Lettre ouverte à Mgr Descubes

Nous, laïcs chrétiens du diocèse de Rouen, nous prenons à notre compte et nous venons porter vers vous les questions et l’interpellation lancées à notre Église par les prêtres du diocèse qui, dans la suite des prêtres autrichiens, ont écrit un “Appel à la désobéissance… pour une plus grande obéissance à l’évangile”. Ils ajoutent aussi “qu’ils veulent une Église qui soit à l’écoute des besoins et des attentes des hommes d’aujourd’hui, une Église solidaire des pauvres et des exclus”.

Si nous prenons au sérieux l’enseignement du Concile sur la vocation universelle des baptisés, la situation de nos petites communautés dispersées, le fait qu’il y a davantage de laïcs engagés et formés, capables de responsabilités, il nous paraît urgent de nous engager nous aussi dans cette démarche, en tant que laïcs, pour faire évoluer l’ Église catholique à laquelle nous sommes attachés. Celle-ci nous semble trop frileuse et manquer d’audace pour trouver les moyens de répondre aux besoins du peuple chrétien et du monde d’aujourd’hui.

Le Synode a souhaité « la reconnaissance de ministères confiés à des fidèles laïcs pour répondre à la situation actuelle de l’ Église diocésaine » (IV.15). Mais il convient d’aller beaucoup plus loin et plus vite par rapport à ce qui est proposé, afin que laïcs et prêtres soient collectivement responsables de l’animation des communautés chrétiennes. Celles-ci doivent en effet pouvoir partager partout et toujours la Parole, le Pain et le Vin.

On imagine par exemple une communauté urbaine ou rurale, privée d’eucharistie et de partage d’évangile, qui pourrait se réunir, proposer le nom d’une ou deux personnes, hommes ou femmes d’expérience, mariés ou célibataires, pour un ministère au service de la communauté et ce serait à l’évêque de valider cette proposition. Sans nier la valeur du célibat consacré choisi librement par ceux qui envisagent de devenir prêtres, nous souhaitons que l’Église latine réfléchisse dès aujourd’hui à l’ordination de ministres de l’Eucharistie et de la Parole sur des bases plus larges, comme cela se fait dans les Églises orientales et les autres Églises chrétiennes.

Nous souhaitons aussi que l’on dynamise fortement l’appel de diacres permanents, trop peu nombreux aujourd’hui, en particulier dans notre diocèse. C’est un acquis de Vatican II insuffisamment exploité actuellement.

Nous souhaitons que l’on reconnaisse à des laïcs baptisés, hommes et femmes compétents, le droit de faire des homélies, pratique qui s’est répandue avec bonheur après Vatican II et qui est aujourd’hui remise en cause. Beaucoup y sont préparés par les formations reçues au diocèse.

Nous souhaitons également que l’Église cesse de refuser l’eucharistie aux fidèles divorcés-remariés au nom d’une discipline qui fait souffrir inutilement. Chacun sait d’ailleurs qu’heureusement de nombreux prêtres, en conscience, s’écartent des directives canoniques.

Enfin, il est vital d’établir un vrai dialogue entre prêtres et laïcs, entre chrétiens de tendances différentes, voire opposées, car il est urgent de faire entendre à nos contemporains une parole plus soucieuse de promouvoir une Bonne Nouvelle que d’édicter des règles de morale, dont beaucoup sont incompréhensibles et le plus souvent inappliquées.

Nous partageons l’inquiétude de Gérard Bessière, prêtre, qui écrit le 18 octobre 2011 :

« Des milliers de chrétiens ‘ s’en vont sur la pointe des pieds’ sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes(…). N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ? »

Oui, nous sommes de ceux qui souhaitent une Église à l’écoute des besoins et des attentes des hommes et des femmes d’aujourd’hui, une Église solidaire des pauvres et des exclus.

Publié sur le site de Jonas http://groupes-jonas.com/?Lettre-ouverte-a-Mgr-Descubes

Un monde nouveau : l’Evangile

« Dans un monde en mutation, le rapport à la religion est en mutation et les religions elles-mêmes sont en mutation. Alors, que deviendra le christianisme ? Personne ne peut le dire, même si des constats, des réflexions et des propositions sont avancées. Par contre, la problématique engendrée par la marchandisation généralisée s’énonce clairement : « aujourd’hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s’agit bel et bien de sauver l’humanité » (Edgar Morin). Or, pour la question de l’humanité nous pouvons encore et toujours nous référer à l’Evangile, pour autant que nous sachions renouveler notre mode de lecture.

Le christianisme, dans sa forme sociale, historique et instituée n’est pas l’Evangile : comme entre la lettre et l’Esprit, on constate un écart, et parfois même une incompatibilité entre les deux ! Il est fréquent par exemple d’entendre déplorer la rupture entre l’Eglise « officielle » qui s’arroge le pouvoir et la vérité tout en refusant la modernité, et le peuple des croyants, qui se reconnaissent amis du Jésus de l’Evangile tout en vivant dans leur temps. Les bons chrétiens du Petit Reste risquent de former le troupeau fidèle d’une Eglise-musée, celle de l’intégrisme religieux, de la restauration romaine ou même simplement celle d’un christianisme anachronique accroché à ses dogmes, rites, préceptes moraux et expressions de langage complètement dépassés pour nos contemporains. Mais heureusement aussi, de fait, l’Eglise en diaspora est déjà là ! Chez les protestants depuis longtemps déjà, rejoints par les catholiques critiques, les membres du Parvis, et de plus en plus de chrétiens déçus par des paroisses figées ou rétrogrades, on peut dire comme José Maria Castillo : le christianisme est en train de sortir de l’Eglise. Parmi les théologiens aussi, des voix s’élèvent et réclament l’ouverture de nouveaux chantiers. En février dernier, 143 théologiens allemands, dans leur manifeste : « Eglise 2011 : un renouveau indispensable », réclament des réformes de fond, et entre autres un meilleur rapport entre Eglise et Société. Le même mois, au Forum Social de Dakar, d’autres théologiens suggèrent que les religions soient reconsidérées à partir d’une nouvelle épistémologie théologique en fonction de l’actuelle pluralité religieuse et la crise écologique planétaire. Mentionnons la richesse des écrits de la théologie de la libération, qui est toujours aux côtés des opprimés, toujours anti-raciste, féministe, et sensible à l’environnement. Dans une direction proche, l’éco-spiritualité naissante dénonce la vision d’un Dieu extérieur et une théologie anthropo-centrée qui favorisent la coupure dominante de l’homme avec la nature dont il fait pourtant partie. Les chrétiens d’Orient peuvent nous envisager l’in-habitation réciproque de Dieu et de la Création et nous apprendre notre responsabilité envers la création, puisque nous devons aussi lui faire exprimer sa divinité. En un mot, il s’agit aussi de l’aimer !

Avec la perspective de crises enchevêtrées sur les plans économiques, écologiques, et sociétaux, en contexte postmoderne et multi-religieux, nous ne savons donc pas ce que va devenir l’Eglise. Nous savons que nous ne changerons pas l’institution nous-mêmes. Mais l’intérêt et le foisonnement de ces recherches évoquées au sein même du monde chrétien nous indiquent un changement orienté vers l’avenir, et il est bien nécessaire !

A notre époque mouvement et angoissée, quelles valeurs et quels modèles sont proposés à nos contemporains pour atteindre le bonheur ? L’argent, le pouvoir, la consommation, le loisir, l’individualisme, le mensonge, la violence. Face au vide laissé par l’abandon d’une pratique chrétienne décalées, et face à la religion du marché et du spectacle, comment nourrir l’être profond et vivre ensemble ? Face aux défis qui nous attendent pour « sauver la planète et l’humanité » où puiser l’énergie pour nos résistances et nos espérances ?

Pour approcher les besoins spirituels de nos contemporains, il nous faut distinguer au moins deux générations. Les seniors hérités de Vatican II et Mai 68 sensibilisés aux libertés, à la politique, l’exigence démocratique, à la justice, l’égalité homme-femme. Et, d’autre part, les adultes plus jeunes, première génération libérée des obligations religieuses, sensibles à l’épanouissement personnel et à la sécurité affective, davantage rôdée à l’inter-culturalité et marquée par l’urgence écologique. Si certains anciens ont encore quelque attente vis à vis de l’Eglise-institution, pour les plus jeunes, il s’agit d’un passé révolu. Par contre, ils sont « en recherche » ; recherche de repères et croissance humaine et spirituelle et recherche de sens.

A tout âge, ces adultes plébiscitent le partage et l’amitié ; ils sont tous, au fond, mobilisés par les questions d’injustice et d’incertitude planétaire, et tous ont besoin d’une dimension intérieure et d’un soutien fédératif pour investir la responsabilité et l’engagement de solidarité qui leur incombe, comme à tout citoyen du monde. Progressivement, nous avons conscience en effet : il nous faudra revendiquer et construire une civilisation de l’austérité partagée pour reprendre l’expression de Juan José Tamayo, en développant une spiritualité de la finitude et de la modération selon les termes de Dominique Bourg.

Serions-nous vraiment étonnés de relever la concordance entre les attentes de nos contemporains comme nous venons de les brosser rapidement et les conclusions auxquelles aboutissent aujourd’hui des penseurs à l’écoute du monde, tels qu’Edgar Morin, Alain Touraine, Hervé Kempf, ou encore Dominique Bourg ou même Jacques Gaillot ? Selon eux, les deux principaux défis à relever pour un monde nouveau : la défense des droits humains pour tous, et l’écologie. Et les ressources principales pour y arriver : la vertu, la conquête d’un nouvel art de vivre, et la communauté.

Alors après avoir admis que nous changeons notre manière de croire – en poursuivant un itinéraire personnel d’évolution – et de nous réunir en ékklésia (mot grec, signifiant assemblée et traduit par église), et après avoir nommé nos besoins spirituels face aux enjeux que vit l’humanité aujourd’hui, posons la question directement : l’Evangile est-il toujours d’actualité ? Et en particulier pour les plus jeunes, et pour celles qui n’attendent plus de l’Eglise mais cherchent des textes de spiritualité, des témoins, des éveilleurs.

L’Evangile – plus exactement les quatre évangiles – est un texte inspiré, délivré pour tous, à égalité, et qui appartient à tous. C’est un texte poétique, issu du terreau humain et de la vie de la nature. Il relate la vie et les paroles de Jésus, Homme totalement accompli, qu’il adresse à ses ami-es. qui le suivent. Dans cet Evangile Jésus touche le fond de l’être humain qui est toujours le même à travers le temps et l’espace ; il dit la vérité de l’homme et cela ne se démode pas.

Oui, l’Evangile met encore aujourd’hui l’homme au debout au centre, il le libère et le guérit. S’adressant aux plus petits, exclus, pauvres ou malades, il renverse le « beaucoup avoir » ou le « bien être ». Il renverse aussi la possession en gratuité, et propose le don, le partage et la sobriété (un exemple ? la multiplication des pains : quel contrepoids à la société de consommation, aux faux besoins matériels et à l’individualisme !). L’Evangile est un exemple de non violence et de confiance : il montre une autre façon de réagir en altérité et respect de la différence. Contrecarrant l’idée de réussite et de pouvoir ostentatoire, l’Evangile propose à la place l’humilité, le service aux autres, hors des rituels, des règles morales ou des dogmes (pensons au Samaritain). Le message central de l’Evangile, c’est l’Amour Agapè : amour fraternel réciproque (aimez-vous les uns les autres) qui exige une réelle autonomie et appelle à la communauté. La visée essentielle de l’Evangile peut se résumer ainsi : humanisation de l’Humanité et divinisation de l’humain.

Oui, osons affirmer la puissance de l’Evangile pour le monde nouveau que nous espérons ! Son message d’amour universel apporte ce qu’il faut pour ressourcer notre force intérieure en cette ère de perturbations et de mutations : amour envers soi, envers les autres, envers le cosmos ; amour simple, réciprocité, amour de partage, de soin, de solidarité.

« Le journal d’une main et l’Evangile de l’autre, cela nous suffit », serions-nous tentés de dire, car l’important, pour nous, c’est de mettre l’Evangile comme une boussole au coeur de nos vies et de faire confiance à l’Esprit. Si chacun pratique cette double lecture quotidienne, c’est en effet une bonne fondation. Mais ce serait oublier la dimension essentielle d’une lecture à plusieurs en un même lieu. Modifions alors la formule : « Le journal d’une main, l’Evangile de l’autre, et la vie partagée avec celle des autres ». Nombreux groupes de Parvis en font l’expérience : lire l’Evangile à plusieurs, en l’articulant au vécu de chacun, le renouvelle, le rend vivant. On peut s’émerveiller et s’enrichir d’entendre les résonnances multiples d’une seule page comme le kaléidoscope jouant avec le reflet particulier de chaque vie, de chaque interprétation. Car nous avons le droit de lire et d’interpréter librement l’Evangile ! Nous sommes toutes et tous adultes, capables de le lire en le respectant et en l’actualisant. Saisissons ensemble l’Evangile : nous y apprendrons la justice et le respect de tous les humains : nous y apprendrons les attitudes de douceur et de tendresse les uns envers les autres et envers la nature. Partageons nos vies à la lumière de l’Evangile dans des groupes fraternels : nous expérimentons le soutien d’une petite communauté de sens et nous pratiquerons une lecture incarnée de ces textes tout en recevant leur souffle régénérant. Car l’Evangile est dans la vie – et non pas enfermé, ni dans une théorie ni dans une église ! L’Evangile est Vie, il nous dynamise aujourd’hui et pour demain encore. »

Cécile Entremont, Les Réseaux des Parvis, éditorial du numéro spécial consacré au thème « Un monde nouveau l’Evangile », juin 2011. Cécile Entremont est docteur en théologie et co-présidente des Réseaux du Parvis

Hans Kung, interviewé par la Passauer Neue Presse

Le théologien et critique de l’Eglise de Tubingen, Hans Kung ne croit plus à des progrès possibles dans le domaine de l’œcuménisme aussi longtemps que Benoît XVI sera pape. C’est ce qu’il expliqua lors d’une interview qu’il a accordée à la Passauer Neue Presse, le journal local de Passau, petite ville de Bavière sur la frontière avec l’Autriche, aux confluents du Danube et de l’Inn. Voici le texte original en allemand http://www.pnp.de/nachrichten/heute_in_ihrer_tageszeitung/politik/244439_Hans-Kueng-im-PNP-Interview.html et j’en ai fait une traduction

Monsieur le professeur Kung, vous êtes considéré depuis des décennies comme le critique de l’Eglise le plus connu. Pourquoi êtes-vous toujours encore membre de l’Eglise ?

Je ne suis pas dans l’Eglise à cause de la curie romaine, mais à cause de l’évangile qui est annoncé dans cette Eglise et duquel on vit malgré tous les problèmes. Et aussi parce que dans ma théologie ce qui compte c’est l’Eglise en tant que communauté des croyants et pas l’Eglise en tant que hiérarchie.

En 1979 Jean Paul II vous a retiré votre chaire d’enseignement. Cela non plus ne vous a pas découragé ?

Les quatre mois qui ont suivi furent les plus pénibles de ma vie et je suis content d’y avoir survécu d’une façon indemne. Je connais des collègues que cela a brisés. Mais pour moi cela s’est avéré profitable. En effet à cause de cela j’ai pu avoir une chaire que ne dépendait plus de la faculté de théologie catholique. Cela m’a donné une nouvelle liberté dont je me suis amplement servi.

Vous venez maintenant pour une rencontre ayant pour titre « Peut-on encore sauver l’Eglise ? » Tel est aussi le titre de votre dernier livre. Vous dites que l’Eglise est sérieusement malade. De quoi souffre-t-elle ?

Elle souffre de l’oppression du système romain. C’est un système moyenâgeux qui s’est imposé à l’Eglise au 11e siècle lors de la réforme de Grégoire VII. Depuis nous avons le papisme, une papauté exercée d’une manière absolue, un cléricalisme forcené et l’obligation du célibat. L’Eglise catholique a vécu précédemment pendant 1000 ans sans tout cela et pourrait survivre sans tout cela.

Votre livre se termine par la phrase « Je n’ai pas abandonné l’espoir que l’Eglise survivra ». Sur quoi fondez-vous cet espoir ?

Je fonde mon espoir sur le message chrétien lui-même auquel adhéreront à coup sûr toujours des croyants. La question est vers quelle forme cette communauté évoluera-t-elle. Suite à toutes les expériences négatives, cela n’est pas très clair.

Dans votre livre vous faite aussi allusion à Karl Rahner qui parle de l’hibernation de l’Eglise. Vous attestez ce temps de glaciation de l’Eglise. D’après le calendrier, après chaque hiver il y a un printemps. Quelle température avons-nous actuellement ?

Je suis malheureusement obligé de dire, qu’après la visite du pape, nous ne sommes pas encore arrivés au printemps. Bien au contraire. Mon diagnostic de l’état de l’Eglise s’est confirmé et beaucoup qui attendaient une réforme et des progrès dans le domaine de l’œcuménisme ont été amèrement déçus. Nous devons donc attendre et observer ce qui peut germer d’en bas et pas ce qu’il pourrait pleuvoir d’en haut. Certes compte la devise du voyage papal « Là où est Dieu, là est l’avenir », mais malheureusement dans la réalité, ce qui compte aussi est « Là où est le pape, là est le passé ».

Vous comptez aussi sur le soutien, venant des communautés ecclésiales et des espaces publics élargis, d’évêques ouverts au dialogue. Qu’en est-il à ce niveau là ?

Je pense que beaucoup d’évêques ont de la sympathie pour ces positions que je ne suis pas le seul à défendre. Et, s’ils étaient libres, ils les exprimeraient aussi publiquement. Mais pour le moment cela ne m’a pas encore réussi à faire bouger un évêque pour qu’enfin il dise publiquement quelle est la situation dans les diocèses, qu’il n’est plus possible de continuer ainsi et qu’on devrait s’attaquer à des réformes dont la réalisation a été repoussée depuis des décennies et pour certaines depuis des siècles.

En Autriche pas mal de prêtres ont, à l’initiative de Helmut Schuller ancien vicaire général de Vienne, appelé à la « désobéissance » vis-à-vis de Rome. Ceci pourrait-il mettre un processus en mouvement ?

Je pense que cette initiative compte, dans l’espace linguistique allemand, énormément de sympathisants.  J’ose espérer que beaucoup de prêtres se joindront à cette initiative. On a discuté pour savoir s’il fallait qualifier cela de désobéissance. Personnellement je n’ai aucune objection à faire. Il faut plus obéir à Dieu qu’aux hommes. C’est avec raison qu’Helmut Schuller, qui est très connu et estimé en Autriche, a dit qu’il fallait faire savoir publiquement que pas mal de réformes qu’il demandait sont déjà appliquées dans la pratique dans les paroisses. Beaucoup tiennent à ce que ce soient des laïcs qui font la prédication et distribuent aussi la communion à des divorcés ou des personnes qui ont quitté l’Eglise. Ce que dit Rome, en particulier que c’est la volonté de Dieu que les femmes ne puissent pas être ordonnées prêtres, ne peut pas être prouvé théologiquement.

Vous êtes contre la prétention à la domination absolue du pape et parlez même d’une « poutinisation » de l’Eglise, d’une dictature absolutiste à laquelle manque singulièrement la tolérance. A quels faits concrets faites vous là allusion ?

J’ai dit que la dictature de l’absolutisme a été utilisée comme réponse au slogan de la dictature du relativisme. C’est un paradoxe que le cardinal Ratzinger dans son allocution avant l’élection pontificale ait parlé de la dictature du relativisme, alors que tout le monde sait que le pape est le dernier monarque absolu du monde occidental. En ce qui concerne la poutinisation j’ai clairement dit que je ne comparais pas le saint père au chef d’état russe qui n’est pas du tout saint. Je connais la différence et je me suis toujours gardé de médire sur la personne de Joseph Ratzinger. J’ai du respect pour lui et je sais que cela est réciproque. Mais il est évident que structurellement il existe des parallèles entre les deux systèmes. En l’occurrence, le chef de l’administration la plus secrète du Vatican, à savoir la congrégation pour la doctrine de la foi, dont l’inquisition est l’ancêtre, est devenu pape. Jusqu’à son élection cela était inimaginable. Mais cela s’est passé. Le pape n’a malheureusement pas réuni autour de lui les gens les plus compétents pour conduire l’Eglise durant ces temps critiques. Il a sollicité ses anciens collaborateurs de cette administration secrète. Il a partout installé dans les postes clés des personnes qui à un moment donné ou à un autre ont travaillé pour la congrégation pour la doctrine de la foi. De fait nous avons de nouveau le même type de combines secrètes qu’autrefois. Par exemple le problème de la pédophilie est aussi le problème de l’étouffement de ces affaires. Ces combines secrètes sont aussi la marque de fabrique des décisions qui sont prises pour gouverner. Par exemple on se comporte vis-à-vis des synodes des évêques comme Poutine se comporte vis-à-vis de la Douma. Personne n’a rien à dire. On peut se poser la question comment tout cela peut continuer ainsi quand à la tête il y a un homme qui a encore plus de pouvoir que Poutine, puisqu’il concentre en ses mains à la fois les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires et qu’il les utilise pour promouvoir la restauration du système ante-conciliaire.

Les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?

Le climat de restauration s’appesantit dans l’Église. Le « peuple de Dieu » a beau poser des questions dans les synodes : Rome ne veut pas les entendre et les nonces font savoir aux évêques qu’ils ne doivent pas les transmettre. Pareille censure fait penser aux pratiques des régimes totalitaires. La suprématie pontificale contrôle la vie des Églises, elle nomme souvent des évêques à sa botte, elle fait fi de la collégialité épiscopale et de la sensibilité des fidèles.

Des milliers de chrétiens « s’en vont sur la pointe des pieds » sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes. Le souci prévalent de continuité avec le passé commande. N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ?

Quatre cents théologiens universitaires en Allemagne, des centaines de prêtres et de diacres en Autriche, ont élevé la voix. En France, si l’on excepte un petit groupe de prêtres à Rouen, et le communiqué – non signé – de l’équipe nationale du groupe « Jonas », le silence est compact. En conversation privée, beaucoup de personnes, y compris des responsables d’Église, disent leur inquiétude, leur déception. Mais les mêmes ne s’expriment jamais publiquement. Rome peut penser que ses orientations sont acceptées. L’absence de protestation cautionne, négativement, le pouvoir et les décisions de la monarchie romaine.

Pourquoi le silence de tant de prêtres qui ont joué leur vie sur le renouveau du Concile ? Ils ont pris de l’âge, leur capacité de résistance s’est usée devant l’inertie et la suffisance de l’appareil, une lassitude croissante pèse sur eux. « À quoi bon ? » Un sentiment d’impuissance les paralyse. Ils continuent à vivre proches de leurs concitoyens et de témoigner de l’évangile « à la base », comme l’on dit, sans plus vouloir influer aux échelons supérieurs.

Enfin ils vieillissent. On leur fait sentir parfois qu’ils ne portent pas l’avenir.

Dans cette foule silencieuse de laïcs et de prêtres, que font les théologiens, les hommes de la pensée, ceux qui doivent aider les responsables hiérarchiques par leurs études et leur réflexion ? En France, à l’exception de Joseph Moingt et de Jean Rigal, ils se taisent, eux aussi. Alors qu’ils devraient exprimer et analyser le « sensus fidei », ce que dit l’Esprit dans le peuple, ils demeurent muets. Est-ce le souci de préserver leur chaire, de ne pas compromettre leur accès à des échelons supérieurs ? On est étonné de constater qu’ils ne forment pas une instance collective de réflexion et d’expression publique. Eux aussi, sans doute, si on les interrogeait, se réfugieraient derrière l’ « À quoi bon ? ». Ils attendent que le vent tourne. Ils disent parfois à tel ami qui parle haut : « Toi, tu peux le dire, moi, je ne peux pas ».

Hélas, on recueille parfois pareille réflexion sur la bouche de laïcs qui ont des rôles dans l’Église où ils sont parfois permanents, employés et salariés. On parle « mission », « évangélisation », « peuple de Dieu », sans trop savoir ce que ces mots incantatoires engagent dans la pratique. On demeure soumis, souvent dans une étonnante « papolâtrie », qui s’est établie jusque dans les esprits. On accepte, comme si elle était de droit divin, la centralisation romaine qui s’est accrue progressivement au cours des siècles. Comme on est loin des commencements, comme on est loin de la démarche libre de Jésus !

Concluons sereinement. L’Évangile est un volcan. On ne l’éteindra pas. Il rentrera à nouveau en éruption féconde. À l’intérieur des Églises et en dehors d’elles.

Habités par cette conviction paisible, les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?

Gérard Bessière http://fr-fr.facebook.com/pages/G%C3%A9rard-Bessi%C3%A8re/156699844389911?sk=info – 18 Octobre 2011

Promouvoir la culture du dialogue dans l’Eglise

A l’initiative de Guy Aurenche http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Aurenche voici la synthèse de la remontée de 2000 réponses à un questionnaire

1. Parmi les questions qui vous tiennent le plus à cœur pour l’avenir de l’humanité et sur lesquelles vous seriez prêts à vous battre, quelles sont celles que vous désigneriez en priorité ?

L’amplitude de la question a donné lieu à des réponses qui se situent sur plusieurs registres.

D’abord, la plupart des personnes font le constat d’un monde inégal :

« Notre monde …souffre d’inégalités criantes, et qui ne cessent de s’aggraver. Une partie de l’humanité bâtit sa croissance sur la course aux faux besoins, entretenue par des techniques de plus en plus sophistiquées, tandis qu’une autre, la plus nombreuse, ne peut satisfaire ses besoins les plus élémentaires (eau potable, nourriture, santé, instruction). Il appartient aux chrétiens de s’insurger, avec tous les hommes de bonne volonté, contre un modèle de croissance qui conduit l’humanité dans le mur »

Devant ce constat, « la question la plus urgente est celle du partage » affirment beaucoup.

Dans un second  registre, des réponses constatent  la confiscation du pouvoir et des savoirs par une élite qui fonctionne du haut vers le bas et jamais l’inverse. « Les discours de haut en bas sont nombreux mais la parole n’est que rarement donnée du « bas vers le haut ».

« Je redoute plus que tout une logique libérale libertaire prête à sacrifier les plus pauvres, les plus fragiles, pour assurer à une minorité de nantis une forme de toute puissance. »

Dès lors, l’un des combats prioritaires est de redonner la parole à ceux qui subissent les inégalités d’accès aux biens et aux savoirs sans  réduire ces femmes et ces hommes aux problèmes auxquels ils font face. Leur accès à la parole est en ce sens décisif : « Etre homme c’est parler. C’est la parole qui nous distingue des animaux. Il faut se parler  entre intimement proches, entre amis, entre voisins, entre étrangers, entre adversaires, entre ennemis. »

Un troisième registre de réponses s’interroge sur la volonté d’agir pour lutter contre ces fractures planétaires en notant la progression d’une forme de cynisme ambiant : « L’idée d’un Homme ou d’une Humanité qui mériterait un combat me semble ne pas résister au pragmatisme ambiant au-delà des sursauts ponctuels…. Les combats sont de plus en plus proches de chacun jusqu’à ne concerner que sa propre personne. C’est sûrement ce qui est le plus grave pour moi et c’est sûrement ce sur quoi je suis acteur ou aie envie de l’être. Aider à penser au-delà de son petit clan, limité dans l’instant et marqué par l’oubli du passé. Penser, rêver, espérer encore…Ouvrir ce qui s’est fermé peu à peu, pas seulement à l’autre mais aussi à ce qui produit l’autre.»

Alors que faire ? « Face à la marchandisation du monde et à la victoire des transactions sur les relations », il s’agit pour beaucoup d’agir dans trois directions :

–          les questions environnementales et sociales

–          la lutte contre la pauvreté

–          la cause de l’Homme et de son bonheur (respect de la diversité, reconnaissance de l’autre, accès à la parole, éducation à la citoyenneté, accès des femmes à l’éducation, à l’égalité des droits et aux responsabilités).  

Beaucoup insistent également pour combiner à la fois la responsabilité de chacun et l’action collective : dans l’usage de l’argent par exemple en combinant  placement éthique et lutte contre les paradis fiscaux.

L’accent est mis également sur la nécessité de promouvoir une approche spirituelle des  questions mondiales.

2ème question : En quoi l’Evangile éclaire ces questions et peut apporter un souffle, une force pour l’avenir ?

Trois remarques préalables sont d’abord formulées :

–          l’Evangile n’apporte pas de réponses toutes faites aux questions de l’humanité,

–          on ne peut comprendre l’Evangile qu’en le reliant à l’ensemble du Premier Testament et du Second Testament,

–          « on ne peut isoler la Parole de Dieu de ses lecteurs. Il n’est pas possible (contrairement à ce que font croire les fondamentalistes) de passer de la lecture à l’action de manière monovalente. Il y a un espace irrémissible entre la parole lue et l’action tentée. »

L’insistance est souvent mise sur la découverte ou la redécouverte que l’Evangile ne se résume pas à un corpus de valeurs. Sans les nier, il porte une Parole qui les dépasse. Cette Parole porte à la rencontre de l’autre à la suite du Christ, en mémoire de Lui. Inspirée par l’Evangile, cette rencontre touche l’être en profondeur, elle peut révéler une force de vie et une dignité qui habitent chacun.

« Encore faut-il que cette Parole ne soit pas seulement écoutée mais entendue. C’est d’entendre en effet qu’il s’agit, d’entendre une Parole qui veut frapper l’oreille du cœur, la Parole du Dieu vivant adressée aux hommes et femmes d’aujourd’hui pour cheminer jusqu’au plus intime du cœur de chacun. Une écoute qui ne peut percevoir le « fin silence » de Dieu que dans la veille quotidienne. C’est jour après jour que la fréquentation de la Parole  de Dieu lui permet de tracer son chemin vers le cœur de l’homme. Il ne s’agit pas de « zapper » mais de se laisser imbiber. Les Pères de l’Église avaient un vocabulaire pittoresque pour dire comment, dans le silence, ils «ruminaient », «mastiquaient», « berçaient » la Parole, pour se laisser « blesser » par elle, la laisser cheminer, en saisir peu à peu et toujours mieux le sens profond dans le plus concret de leur vie. Grâce à l’Écriture, la prière n’est plus, en effet, monologue ou introspection. Elle devient dialogue avec Dieu, réponse aux invitations qu’il adresse à travers la Parole. Dieu nous parle bien plus que nous ne lui parlons. »

Entrer dans cette dynamique d’écoute de la Parole de Dieu suppose de créer un mouvement  communautaire de lecture des textes bibliques. Oser cette ouverture, c’est ouvrir à une multitude d’interprétations (y compris conservatrices et très subjectives). On retrouvera alors le rôle régulateur du magistère qui n’empêche pas ces interprétations multiples de s’exprimer mais effectue à partir d’elles un travail de discernement.

Beaucoup de contributions mettent également en évidence l’humanité de la feuille de route proposée par Jésus. Il n’a pas la solution mais ses propos travaillent toute action :

  • §  Il remet l’homme debout
  • §  Il remet l’homme au centre
  • §  Il met l’homme avant la Loi
  • §  Il lutte contre l’exclusion
  • §  Il choisit la sobriété
  • §  Il choisit la confiance plutôt que la sécurité, il se laisse toucher
  • §  Il exige la justice
  • §  Il encourage le pardon
  • §  Il a toujours un regard qui grandit la personne

L’Evangile lu, écouté, entendu, loin de se réduire à une idéologie ou à un programme est à la fois source, lumière et souffle de vie.

« L’Evangile est une lumière qui ne déçoit jamais : « Confiance, lève toi, il t’appelle ! »

« L’Evangile est un souffle car c’est le chemin du bonheur, du bonheur responsable qui regarde toute la vie avec ses creux et ses pleins, ses souffrances et ses joies pour nous amener à ce chemin d’amour où l’on se sent pleinement aimé et où est plein de joie de se donner et de partager. » 

 « Je ne peux pas séparer l’analyse du monde du retour aux sources évangéliques. Je ne sais plus faire d’analyses où ma foi serait entre parenthèses. »

3ème question : Avez-vous d’autres sources ?

La réponse à cette question est évidente. Se référer à la  source  évangélique, sauf à la chosifier,  n’empêche pas de faire un travail de compréhension du monde à travers l’écoute des grands témoins (Gandhi, l’Abbé Pierre, Bonhoeffer, Luther King, Joseph Moingt, Etty Hillesum, Mandela, François d’Assise, Sœur Emmanuelle, etc.)

–          La référence à des penseurs :  E. Mounier – E. Morin – D ; Duigou – M. Zundel – Theilard de Chardin – Mgr Noyer – le P. Congar – le P. Chenu – V. Margron – G. Ringlet – H. Vuilliez – J. Rigal – F. Cheng – M. Légaut – D. Hervieu-Léger – Ricoeur – Lévinas – Radcliffe – Sesboué – Vincent Cosmao – Leonardo Boff …

–          La lecture des revues et journaux

  • o   La Croix – La Vie – Le Parvis – Le Monde des religions – Panorama

 L’étude des textes ecclésiaux

  • o   Encycliques – doctrine sociale

La consultation des sources en provenance d’experts

  • o   Les résolutions de la CNUCED
  • o   Les discussions à l’OMC
  • o   L’avis des ONG
  • o   L’ONU
  • o   L’avis des Eglises locales

–          Les autres religions

  • o   Le bouddhisme
  • o   L’islam
  • o   La laïcité

–          La relation à autrui

  • o   Le discours silencieux des personnes isolées, humiliées, souffrantes
  • o   Les équipes de vie
  • o   Les amis – la famille – les enfants
  • o   Les artistes
  • o   Les révisions de vie – action catholique
  • o   Les célébrations réf. St-Merry
  • o   La prière
  • o   Les moines, les moniales

–          La nature, la beauté de la création, la beauté de la musique et du chant

–          La pratique de la méditation.

Ces multiples références sont en retour « bousculées par l’expérience spirituelle » : « ce lieu qui peut être celui de la contemplation ». Ainsi, la lecture de la Parole  suggère des déplacements de paradigme (le don et non l’accumulation, la mise en commun et non l’appropriation, la fraternité et non la concurrence) pour penser la vie en société à travers un dialogue avec les autres acteurs sociaux. »

Les répondant insistent presque tous sur l’ « Importance de la vérité à travers le dialogue »

Il s’agit de se laisser changer par l’autre.

4ème question : Pour vivre ce souffle et cette espérance, qu’est-ce qui vous semble faire  difficulté au sein de l’Eglise catholique ?

Malgré la vitalité de groupes chrétiens, c’est la peur vis-à-vis du monde et de ses évolutions qui semble dominer dans le gouvernement de l’Eglise. « C’est rassurant de se retrouver à quelques purs à mépriser les autres mais ce n’est pas le message de Jésus Christ. La seule fois que le Christ a parlé de sexualité, c’est pour dire que les putains seront les premières dans le Royaume de Dieu. Tous ceux et toutes celles qui allaient voir le Christ en vérité, tous les pêcheurs en particulier étaient libérés, on ne peut pas en dire autant de l’Eglise. »

L’impression domine que l’Eglise se préoccupe d’abord d’elle-même sans accepter de se laisser déplacer par la rencontre de l’autre.

Le fait de privilégier la loi sur l’esprit conduit à légitimer une absence de compassion

La parole de la hiérarchie semble décalée de la vie des communautés qui se sentent insuffisamment consultées dans les périodes qui précèdent les prises de parole et la publication des textes.

Les critiques touchent plusieurs domaines de la vie de l’Eglise :

La gouvernance

  • o   L’autoritarisme
  • o   La centralisation
  • o   Le cléricalisme
  • o   Le souci de préserver un pouvoir
  • o   La sacralisation de l’Institution

La communication

  • o   Une image et une communication catastrophique
  • o   Un langage d’un autre âge et d’une autre culture
  • o   Une terrible perte de crédibilité et de confiance : « L’Eglise n’est plus crédible »

La peur domine dans le rapport à la société, dans la théologie comme dans la façon d’envisager la vie des communautés chrétiennes.

  • o   La méfiance à l’égard de la recherche scientifique
  • o   La peur et le mépris à l’égard des femmes
  • o   La crainte forte d’un retour à Vatican 1, une théologie anté-conciliaire qui reste prégnante
  • o   La peur de la modernité, la peur du syncrétisme
  • o   Le formatage des jeunes prêtres
  • o   La priorité donnée au culte
  • o   La priorité donnée à la loi
  • o   Le retour au primat du dogme
  • o   Le repli identitaire : pour beaucoup de jeunes, l’Eglise apparaît comme une secte

L’écart entre l’Eglise hiérarchique et le vécu des chrétiens et non-chrétiens

  • o   l’enfermement dans un style inaudible
  • o   l’éloignement du terrain  de la part de la hiérarchie
  • o   la déconnection du spirituel de la vie ordinaire des gens
  • o   l’absence des pauvres dans les célébrations de nos pays riches.

De nombreuses expressions reflètent ces constats :

« Il existe un fossé entre l’univers fossile de l’Eglise hiérarchique et le vécu concret de beaucoup de chrétiens  et non-chrétiens ».

« Au Pérou on dit : « si on obligeait les évêques à circuler durant un mois seulement avec les transports publics (bus et taxis collectifs), toute la théologie changerait ! »

« L’Eglise, nous l’aimons, mais elle doit écouter avant de parler. »

5ème question : Quelles seraient vos attentes et vos propositions ?

Deux attentes se conjuguent : l’une insiste sur l’importance de miser sur la vitalité des communautés chrétiennes, l’autre sur la nécessité de réformer l’Eglise.

Pour prendre un peu de champ avec l’acuité des débats et des attentes, un  contributeur cite Michel Rondet : « Nous sommes appelés à rompre avec une tradition cléricale qui n’a cessé de s’imposer depuis le Ve siècle mais qui n’est pas évangélique. Le Christ n’a pas confié l’avenir de sa communauté à une classe d’hommes qui en assumeraient seuls l’animation et les orientations ; or c’est ce qui s’est produit à travers l’instauration d’un clergé conçu sur le mode de celui des cultes païens. C’est avec cette tradition qu’il faut rompre en rendant aux communautés chrétiennes la responsabilité de leur vie et de leur animation sous le contrôle du ministère apostolique des évêques. »

Dans cet esprit, beaucoup attendent de  l’institution qu’elle  accompagne les recherches des communautés humaines en forte attente de spiritualité (au lieu de les juger) : « Une Eglise qui cherche, à l’écoute de l’Esprit,  au lieu d’une Eglise qui sait ».

Un grand nombre de répondants soulignent le besoin d’une vie ecclésiale qui tienne davantage compte ce que vivent les communautés à la base, d’une parole qui circule de bas vers le haut et non seulement du haut vers le bas.

Il s’agit de mettre les communautés chrétiennes à l’écoute de l’Ecriture pour produire une parole pour aujourd’hui. Au magistère ensuite de réguler cette parole et de la faire circuler. D’aucuns proposent de généraliser une démarche synodale qui relise le Concile Vatican II, débatte des questions nouvelles et « mette au clair les responsabilités missionnaires et ecclésiales ».

Cela suppose que le dialogue s’instaure à tous les niveaux notamment  que les évêques « avec le soutien des catholiques » osent un dialogue audacieux avec Rome.

Outre un changement dans l’attitude de l’institution, des réformes plus précises sont souhaitées :

-« La collégialité des évêques doit être rétablie. Le rôle du pape, « premier parmi les évêques » est de servir cette collégialité et l’unité de l’Eglise en respectant la diversité des Eglises continentales. »

– « Ce n’est pas trahir la tradition chrétienne que de se reposer la question du célibat des prêtres, du rôle des femmes dans l’Eglise, de leur ordination, de l’exercice du pouvoir au Vatican, de la subsidiarité dans le fonctionnement de l’institution, de la gestion des biens de l’Eglise. »

-«  Que notre Eglise, légitimée sur ses fondamentaux, n’ait pas peur de se remettre en question, de faire preuve de moins d’arrogance quant à ses certitudes, de plus de compassion pour les pécheurs, dont nous sommes. C’est le moyen de ne pas laisser le champ libre aux dérives et aux idoles qui menacent nos sociétés. »

Sans nier la nécessité de réformes dans l’institution, beaucoup insistent pour miser avant tout  sur la force de  l’expérience des communautés chrétiennes qui empêchent de se focaliser sur les dérives conservatrices de l’institution.

-« L’Eglise est toujours dans les douleurs de l’enfantement. Des choses remarquables s’y découvrent. Nous avons mis en place sur le secteur pastoral des équipes de proximité pour partager la vie avec ceux de nos quartiers. D’un repli identitaire, nous passons mois après mois à des actions pour accueillir, rejoindre, porter une parole de fraternité dans la ville, mais aussi d’essayer de vivre la fraternité entre nous. » 

 -« Si l’accent est déplacé de l’institution à l’espace de lecture partagée et à l’expérience de Dieu, alors la question des obstacles devient secondaire. Certes l’Eglise-institution a un impact sur l’opinion publique, sur chaque croyant et peut constituer des freins ou des blocages mais on reste sur le modèle des luttes institutionnelles qui ne sont plus très porteuses et qui n’intéressent plus beaucoup de monde. Il ne faut pas se crisper là-dessus. Les vrais obstacles ne sont pas de type institutionnels mais au contraire dans le fait de croire que le changement doit venir de l’institution. Cela n’a jamais été le cas dans l’histoire y compris celle de l’Eglise. Faire porter trop d’énergie sur la question de l’institution, c’est aussi ne pas se rendre suffisamment attentifs à ce qui se passe dans des communautés croyantes ailleurs qu’en Europe ou dans la stricte orthodoxie catholique. »

Un prêtre fait écho à cette invitation en se référant à la vie d’une communauté chrétienne dans un quartier populaire, fruit d’un choix pastoral : « Cette réalisation qui reste modeste  a pour nous une grande portée symbolique. Elle permet de constater que faire naître l’Eglise dans la société actuelle est possible ; que rejoindre les hommes dans la durée là où ils vivent et d’abord ceux qui sont en grande précarité, pour leur proposer de vivre ensemble l’Evangile est une chance pour toute l’Eglise environnante. Cette expérience peut être une référence pour d’autres communautés. Il doit être possible dans plusieurs quartiers de mettre en place des équipes ayant une visée analogue : prendre en compte les besoins des personnes et à partir de là élaborer à la fois éducatif et évangélique qui soit fondateur ou refondateur dans les communautés actuelles. »

Quelques contributeurs notent également qu’il faut être attentif à l’expression des jeunes générations :

« – Il importe aussi de prendre le temps le temps pour entendre  et accueillir les jeunes générations et leurs quêtes d’identité voire de sécurité en Eglise. »

Si tristesse, déceptions devant les vagues conservatrices qui touchent aujourd’hui l’Eglise catholique sont exprimées sans fard, l’aspiration au changement personnel et collectif n’est pas morte.

 « Il est urgent de se réconcilier avec l’audace d’inventer en Eglise. »

Pour un dialogue nouveau entre Église et Société

Communiqué de l’équipe nationale des groupes Jonas

D’abord, nous constatons que de tous côtés, et notamment en différents pays européens, des appels pressants sont adressés à l’Eglise catholique pour qu’elle entende, enfin, certaines questions qui se posent et de manière insistante. Un moment étouffées- car les murs bétonnés existent dans l’Eglise- les vraies questions reviennent à la surface. Nous pensons, en particulier, aux conditions de réintégration des lefebvristes, au memorandum de plus de 400 théologiens germanophones, à l’appel de plus de 400 prêtres et diacres autrichiens, appel approuvé par plus de 71% de la population Leur inquiétude est aussi la nôtre et nous en sommes solidaires. Ces protestations expriment indiscutablement un malaise mais formulent également des demandes précises.. Ici, chez nous, nous sommes témoins que nombre de catholiques refusent le mouvement de restauration qui s’est instauré dans leur Eglise. Ils sont inquiets pour l’avenir de leur communauté, spécialement pour sa mission d’évangélisation.

1 – Une première crainte concerne la fidélité à l’enseignement de Vatican II. Elle vient d’être activée, lors de la rencontre du cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et de Mgr Felay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X. C’est toute la légitimité du Concile qui est en jeu, avec quelques questions majeures : la collégialité épiscopale, le dialogue interreligieux, l’oeucuménisme, la liberté religieuse. Est-il nécessaire de rappeler qu’un concile œcuménique est la plus haute instance législative de l’Eglise catholique ? A l’inverse d’autres conciles, Vatican II n’a pas été convoqué pour défendre une institution menacée ou revendiquer un pouvoir hégémonique dans la société mais pour confronter la Parole de Dieu avec le dynamisme de l’histoire. Quelles que soient les limites du travail conciliaire, c’est pour une large part, en acceptant ce parti-pris d’ouverture à la rencontre et à la liberté de recherche, qu’il a permis à l’Eglise de mettre en relief son identité profonde. Cette ouverture – déjà mise en valeur dans la longue histoire du Peuple de Dieu- dépasse, quoiqu’on en dise, de simples problèmes de réformes. C’est une manière autre de concevoir la nature de ‘Eglise et sa situation dans le monde. C’est pourquoi, l’éventualité d’une seconde « Prélature personnelle » ( après celle de l’Opus Dei), en vue de réintégrer les lefébvristes ne laisse, à notre avis, présager rien de bon. Nous craignons que cela revienne à légitimer l’existence d’une Eglise dans l’Eglise et cela sur simple décision du pape. Va-t-on sacrifier les éléments novateurs de Vatican II sur l’autel d’intégristes résolus ?

2) Un deuxième aspect retient notre attention. Il est lié à la vie ecclésiale. Il s’agit de ces sujets qui reviennent sans cesse dans les synodes diocésains mais qu’il est interdit –curieusement – de transmettre à Rome. L’un des plus fréquemment évoqués concerne l’attitude de l’Eglise catholique à l’égard des divorcés remariés. La question revient souvent, posée désormais par de hautes instances de la communauté ecclésiale (tel le président de la Conférence épiscopale allemande), par nombre de pasteurs et par une fraction chaque jour grandissante du peuple chrétien. Beaucoup s’étonnent – à juste titre- que l’Eglise ne tienne pas compte de la diversité des situations. Le synode des évêques sur la famille, en 1980, demandait par 179 voix contre 20 « qu’on se livre à une nouvelle recherche à ce sujet, en tenant compte également des Eglises d’Orient, de manière à mieux mettre en évidence la miséricorde pastorale ». Cette demande expresse n’a produit aucun résultat, et il n’est pas étonnant que la loi encore en vigueur ait pour effet d’encourager les décisions individuelles de plus en plus nombreuses.

3) Nous relevons aussi la question des ministères La situation des prêtres, en nombre continu de décroissance et de vieillissement, est devenu un véritable défi. Certains « se tuent » littéralement à la tâche, trop souvent limitée au culte, et les nouvelles formes d’aménagement pastoral sont plus qu’hésitantes. D’autre part, beaucoup d’instances d’animation pastorale (conseils pastoraux, équipes pastorales) ne remplissent pas leur mission. Parmi les questions posées, en France et ailleurs, on ne peut oublier celle de l’ordination presbytérale d’hommes mariés, sans en faire une panacée et en tenant compte du contexte. Quant aux diacres permanents, la plupart mariés, on constate que certains deviennent de véritables animateurs de paroisses, ce qui interroge sur la spécificité du diaconat et sur la confusion qu’on entretient entre « exercer un ministère » et choisir tel état de vie (célibataire, marié).Revient aussi, en différents lieux, la question de l’ordination des femmes, soit au diaconat, soit à la prêtrise. Sans doute, faudrait-il distinguer ce qui est théologiquement possible et ce qui demeure inopportun dans le contexte actuel…

4) Un autre point d’attention porte sur la rupture culturelle qui s’établit entre l’Eglise et la société. C’est cela notre première préoccupation. Le langage, les rites, la communication, la manière de sentir et de penser de l’institution ecclésiale sont décalés et deviennent imperméables à la majorité de nos contemporains. Il s’agit bien plus que d’une question de vocabulaire, il s’agit d’une manière autre d’approcher les réalités que nous vivons, et particulièrement les réalités d’ordre religieux. Nous assistons à un véritable mouvement d’émancipation par rapport aux arguments d’autorité et de tradition, et à une revendication de la liberté de penser et de croire. Ce rejet d’une vérité toute faite et intangible, ce refus d’une parole surplomblante et enfermante, cette impossibilité d’admettre un pouvoir discrétionnaire et sans appel sont au cœur du divorce qui sépare l’institution ecclésiale et la société. Le système doctrinal et ritualiste élaboré par des cultures et des langages du passé devient irrecevable de nos jours. Par contre, il nous paraît primordial d’être attentif à la richesse des différentes cultures. Ne faudrait-il pas revenir à la Source, c’est-à-dire à l’appel de Jésus de Nazareth à le suivre sur les chemins inédits de libération qu’il ne cesse d’ouvrir ? D’autre part, n’est-il pas urgent de clarifier la notion de « nouvelle évangélisation » désormais à l’ordre du jour ? En quoi l’évangélisation sera-t-elle nouvelle ? – Ce n’est sûrement pas en faisant appel d’abord à de nouveaux « outils » (Internet, rassemblements de tous ordres) pour autant nécessaires dans notre monde de communication. L’évangélisation sera « nouvelle » si elle s’inscrit concrètement dans un contexte qui lui, est, incontestablement, nouveau. Fera-t-on l’effort d’analyser ce nouveau contexte socio-culturel et d’en tirer courageusement les conséquences qui en découlent ? Nous demandons instamment que le synode romain 2012 y soit attentif.

C’est bien une Eglise en débat qui est ici en jeu pour affronter les défis de notre temps. Nous avons voulu y prendre notre modeste part et nous serions heureux si elle suscitait vos propres réactions.

L’équipe nationale des groupes Jonas

Brève présentation de Jonas.

Les groupes JONAS sont nés dans les années 1987-1988. Jonas » a toujours eu comme souci de participer au grand projet de Vatican Il : « une Église qui se laisse interroger par le monde », « une Église douée d’une parole audible et compréhensible » pour ce monde. Les membres fondateurs de Jonas ont depuis plus de vingt ans, toujours veillé aux orientations de Vatican II sans en faire un point final. Jonas s’est donné quelques moyens d’observation :

des groupes dans bon nombre de Diocèses

un bulletin : « Courrier de Jonas » et un site Internet :

www.groupes-jonas.com/neojonas Adresse mail du site : redaction@groupes-jonas.com

Le Youcat : tout n’est pas parole d’Evangile

Voici une analyse sur trois des articles qui se trouvent dans le Youcat

5          Pourquoi certaines personnes nient-elles l’existence de Dieu alors qu’elles peuvent le connaître par la raison ?

Pour l’esprit humain, connaître le Dieu invisible est un grand défi qui en fait reculer plus d’un. Beaucoup ne veulent pas reconnaître Dieu parce que cela les obligerait à changer de vie. Celui qui dit qu’il est absurde de se poser la question de Dieu se simplifie la vie un peu trop vite.

On part du principe que je peux connaître Dieu par la raison. Des catéchismes encore plus anciens parlent des preuves « ontologiques » de l’existence de Dieu (par exemple l’histoire de l’œuf et de la poule…)

On peut très sérieusement mettre en cause cette approche. Cela sous entend aussi que l’existence de Dieu ne peut être qu’évidente si je réfléchis un peu. Si je ne l’admets pas, c’est que je suis un minable. Cela provient sans doute du fait, qu’à cause du péché originel, je porte en moi une « goutte de venin » (paragraphe 68), qui m’empêche de reconnaître Dieu et de lui attribuer la place qu’il mérite.

Dans un système idéologisé et j’ajouterai fanatisé, cette logique tient la route. Mais, indépendamment de la non véracité de ce genre d’affirmation, elle présente de graves inconvénients

  • ·         Si j’étais incroyant, je me sentirai vexé et insulté par ce genre d’affirmation. Les incroyants sont des pauvres types qui s’engagent dans une voie sans issue, alors qu’il ne dépend que d’eux de se mettre sur la bonne voie. (Ceci est encore affirmé dans l’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI). Je ne suis pas sûr que c’est le meilleur moyen d’engager le dialogue Eglise-monde et je comprends très bien que les personnes extérieures à l’Eglise puissent se méfier de l’Eglise. En plus, il ne s’agit pas de n’importe quel Dieu. C’est celui de l’Eglise catholique romaine et sans doute pas du Dieu de ceux qui ne sont même pas des églises (les protestants)
  • ·         Pour accueillir Dieu, il faut que je fasse des efforts. Ce n’est donc pas à la portée de tous. Je fais donc partie de l’élite des purs et des durs qui, à cause de leurs efforts et de leurs mérites, mettent Dieu au centre de leur vie.
  • ·         Un gourou d’une secte ou un chef politique fasciste ne s’y prendrait pas autrement pour galvaniser ses troupes.
  • ·         On a complètement oublié la déclaration de Vatican II sur la liberté religieuse. Il est vrai que pour certains, Vatican II est une parenthèse qu’il faut vite gommer et qu’avant Vatican II, l’Eglise a combattu l’idée de la liberté religieuse

 

160      Pouvons-nous aider les âmes du purgatoire ?

Oui, puisque tous les baptisés dans le Christ forment la communion des saints et sont solidaires les uns des autres, les vivants peuvent aider les âmes des défunts qui sont au purgatoire.

Une fois mort, l’homme ne peut plus rien faire pour lui-même. La période de probation active est terminée. Mais nous, nous pouvons faire quelque chose pour les défunts du purgatoire. Notre amour est actif jusque dans l’au-delà. Par nos jeûnes, nos prières, nos bonnes actions, mais, surtout par la célébration de l’eucharistie, nous pouvons demander des grâces pour les défunts.

Précisons que le purgatoire est une spécificité catholique et une invention des théologiens du XIIe siècle. (il est vrai que certains y voient des traces dans le livre des Maccabées, mais pas sous la forme où cela est conçu actuellement). Mais indépendamment de cela qu’est ce qui est important ? Le jeûne, la prière, nos bonnes actions et la célébration de l’eucharistie. On n’a pas abandonné l’idée que ce sont nos mérites qui nous sauvent et apparemment aussi d’autres. C’est une façon de fabriquer des dévots et des piétistes. Il me semble que tout est grâce. Ne confondons pas foi et religion. (on peut relire l’article Foi et religion ). On a complètement oublié qu’un accord catholique-protestants sur la justification par la foi a été signé qu’on contourne allègrement avec le concept de « Consensus différencié » qui, en langage moins diplomatique signifie que chacun croit ce qu’il veut.

Dans le même registre (mais Youcat n’en parle pas), tout le fatras des indulgences reste toujours valable dans l’Eglise catholique. Lorsque le pape le décide, à un moment donné (mais si on décide que c’est le jeudi, cela ne marche pas le mardi), à un endroit donné, en faisant des salamalecs bien précises, visiter telle église, réciter telle prière et surtout prier aux intentions du pape, on obtient des indulgences qui, si on a suivi le bon rituel et que le pape en a décidé ainsi, sont plénières et dont on peut aussi faire bénéficier les âmes du purgatoire. Que des esprits un peu simplets y trouvent leur compte, tant mieux pour eux, mais l’Eglise ne se rend pas compte qu’en encourageant de telles pratiques, elle perd toute crédibilité vis-à-vis de l’extérieur et vis-à-vis de bon nombre de ses membres.

Encore un mot sur la célébration de l’eucharistie. Dans la stratégie de reconquête de la nouvelle évangélisation, l’accent sera mis sur l’adoration du saint sacrement, la fête Dieu ou le Sacré Cœur qui sont des dévotions populaires datant du moyen âge et dont on ne voit pas de traces dans le premier millénaire. Ne soyez donc pas surpris si on essaiera de remettre tout cela à l’honneur. On voudrait aussi porter l’accent sur la confession. Mais apparemment pour le moment cela ne marche pas. On a voulu faire une grosse pub en installant 200 confessionnaux dans les rues de Madrid et le pape, dans sa grande mansuétude, a permis aux prêtres de ces confessionnaux, de pardonner le péché d’avortement.

 

374      Pourquoi Dieu est-il plus important que la famille ?

Personne ne peut vivre sans relation avec autrui. Pour quelqu’un, la relation la plus importante est celle qu’il entretient avec Dieu. Elle passe avant toutes les relations humaines, même avant les liens familiaux.

Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents ni les parents à leurs enfants. Toute personne appartient directement à Dieu, elle n’a de lien absolu et pour toujours qu’avec Dieu. C’est ainsi qu’il faut comprendre le sens de la Parole de Jésus à ceux qu’il appelle Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi (Mt 10, 37). C’est pourquoi les parents remettront leur enfant avec confiance dans les mains de Dieu, si le Seigneur l’appelle à lui donner sa vie comme prêtre ou comme religieux (ou religieuse).

Quel est ce dieu jaloux et despote qui voudrait qu’on le préfère à sa propre famille ? Il me semble que c’est Dieu qui nous aime en premier, gratuitement et sans condition. Et celui qui prétend aimer Dieu et qui n’aime pas son prochain est un menteur. Cette vision de Dieu je la rejette. Elle ne correspond pas au Dieu d’amour, libérateur. Je comprends difficilement que quelqu’un qui a fait l’expérience d’une vraie vie de famille puisse écrire cela. En absolutisant cette vision fanatique (c’est aussi l’exigence de gourous de sectes et on sait les drames de suicides collectifs que cela a parfois donnés), cela peut déboucher sur des situations tout à fait inhumaines.

Ce commentaire en dit aussi long sur le fait que ce sont aux parents de remettre dans les mains de Dieu les enfants qui veulent devenir prêtre, religieux ou religieuse. Cela nécessiterait tout un développement sur la conception qui est véhiculée sur la vie religieuse qui est considérée (il faut bien gratifier les personnes qui s’y engagent) comme un état supérieur aux autres.

Vatican II… respecté ou trahi

La revue canadienne « Prêtres et Pasteurs » a interviewé Mgr Charbonneau, évêque canadien qui a maintenant 88 ans et qui a participé au Concile Vatican II.

Revue Prêtre et Pasteur, juin 2011, «Vatican II… respecté ou trahi», p. 322-329.

Une partie plus longue de cet entretien se trouve sur le site Culture et Foi

http://www.culture-et-foi.com/texteliberateur/mgr_paul-emile_charbonneau_entretien.htm

Prêtre et Pasteur: Enthousiaste durant vos quatre années du concile, après cinquante ans, l’êtes-vous encore autant dans l’Église d’aujourd’hui? Comment vous y sentez-vous?

Mgr Charbonneau: J’ai gardé, je pense, mon enthousiasme dans mon ministère d’évêque. Le feu est toujours là. Par ailleurs une grande peine se mêle à mon enthousiasme. C’est de constater que le concile est oublié. Vatican II, un bel avenir oublié! À votre question je réponds: aujourd’hui, dans mon Église, je me sens mal à l’aise, perplexe et impatient.

Mal à l’aise, car je ne ressens plus cette belle liberté de parole que j’avais durant le concile. Cette liberté de parole, à l’image de celle du cardinal Frings d’Allemagne — dont le théologien personnel s’appelait l’abbé Joseph Ratzinger — qui disait en pleine salle conciliaire, le 9 novembre 1963: « Les congrégations romaines sont un scandale dans l’Église et dans le monde ». Une intervention suivie d’une longue salve d’applaudissements, la plus longue de tout le concile, dans ce lieu vénérable.

Perplexe. À certains jours, je me demande dans quelle Église on veut me voir vivre. Dans une Église qui fait des clins d’œil bienveillants aux anciens Lefebvristes, hostiles au concile, à qui on assigne une paroisse dans un diocèse de France sans en parler à l’évêque du lieu? Dans une Église qui accueille des évêques et des prêtres anglicans en dissension interne avec leur Église? Je me retrouve alors dans une Église traditionnelle de « récupération ». Et je me sens loin, bien loin de l’aggiornamento de Vatican II.

Impatient. Ma grande impatience, c’est de passer d’une Église cléricale à une Église peuple de Dieu, peuple des baptisés, telle que voulue par le concile Pour moi, dans le déroulement et le travail du concile Vatican II, l’initiative la plus décisive, l’initiative la plus chargée d’avenir a été l’introduction entre le chapitre premier du document sur l’Église et son chapitre troisième consacré à la hiérarchie, l’introduction d’un chapitre deuxième sur le peuple de Dieu.

À 88 ans, je n’ai pas le goût d’entrer en guerre avec la curie romaine. Je n’ai pas le goût de croiser le fer avec les mouvements intégristes du Québec. Je n’ai pas le goût de jouer à l’évêque rebelle. J’ai tout simplement le goût d’être vrai, d’être positif et d’annoncer à temps et à contre-temps ce que le concile Vatican II désire de son Église. Depuis un an, j’ai repris le bâton du pèlerin et j’en serai bientôt à ma 38e rencontre à travers le Québec pour remettre mes soeurs et frères chrétiens à l’école de Vatican II, pour les re-concilier. Depuis un an, j’ai échangé avec des milliers de laïcs et de religieuses, avec des centaines de prêtres, pour apprendre leurs déceptions et aussi et surtout leurs grands désirs.

C’est ainsi que je me situe dans mon Église d’aujourd’hui.

Prêtre et Pasteur: Quand vous êtes revenu du concile, selon vous, quelles idées maîtresses devaient orienter les efforts à accomplir pour répondre aux attentes des Québécois catholiques de cette époque?

Mgr Charbonneau: Je crois que nos chrétiens avaient comme première attente une liturgie renouvelée. Une attente clairement exprimée. Le concile pour nos Québécois c’était : « Le concile, c’est le changement dans la messe ». C’est d’ailleurs ce qu’ils avaient retenu du concile. Et ils ont été comblés sur ce point : beaucoup et d’heureux efforts ont été faits pour répondre à cette attente.

Mais il est une autre attente, peu exprimée, une attente, je dirais, silencieuse mais bien réelle : celle d’être reconnu dans l’Église, d’avoir une place dans l’Église. Je viens de dire que pour plusieurs, le concile c’était la liturgie. II faut ajouter qu’on avait aussi retenu une expression célèbre du concile : « le peuple de Dieu ».

Dans les années précédant le concile, les militants d’Action Catholique réclamaient leur place dans l’Église. Je revois encore cette jeune militante de la J.A.C. qui me dit avec du feu dans les yeux, lors d’une réunion des responsables d’Action Catholique : « Monseigneur, quand est-ce que vous allez nous lâcher « lousses »? » Ils étaient une minorité. Aujourd’hui ce sont des milliers de baptisés, appelons-les des « laïcs libérés », qui veulent vraiment passer d’une Église cléricale à une Église peuple Dieu et qui sont prêts à prendre des responsabilités. Ce sont ces laïcs et ces religieuses que j’ai rencontrés dans mes pérégrinations depuis un an. Ils ont des questions à poser, des déceptions à souligner, et aussi de grands désirs à exprimer.

Par ailleurs, je constate que la hiérarchie et le clergé, nous sommes encore attachés à notre Église cléricale. Nous nous entêtons à conserver le modèle constantinien au lieu de passer au modèle proposé par Vatican II, inspiré des trois premiers siècles où la conscience des chrétiens, disciples du Christ, d’être le peuple de Dieu était prédominante. Nous sommes préoccupés par le manque de prêtres et nous recourons à des prêtres de Pologne ou d’Afrique pour colmater les brèches. Évidemment si nous tenons au modèle de l’Église cléricale, nous manquerons de prêtres et nous paniquerons pour l’avenir. Si nous relevons le défi d’édifier une Église, peuple de Dieu, une Église des baptisés, en reconnaissant le sacerdoce commun des fidèles, nous vivrons sans panique, dans une Église remodelée, rebâtie selon les désirs de Vatican II. Au fond, nous ne vivons pas une crise du sacerdoce, mais une crise de baptêmes endormis. J’oserais dire — et je me cache la figure — que c’est parce que nous avions trop de prêtres que depuis seize siècles nous avons gardé le modèle d’une Église cléricale. Depuis Constantin au quatrième siècle. Jean XXIII disait à l’ambassadeur de France au Vatican, en 1963, alors qu’il se mourait : « J’ai voulu secouer la poussière impériale qu’il y a depuis Constantin sur le trône de Pierre ».

Je reviens donc à mon impatience : passer d’une Église cléricale à une Église, peuple des baptisés. C’est la grande urgence aujourd’hui.

Entre la routine et la magie, la messe

La réorganisation des horaires des messes, suite à la diminution du nombre de prêtres, a fait réagir plus d’un et espérons le a fait se poser des questions sur le sens de la messe. Il est vrai que deux écueils nous guettent. La messe, si nous n’y prenons garde peut devenir une routine ou un acte magique. La routine a pour conséquence de banaliser la démarche au point qu’on ne sait plus très bien pourquoi on va à la messe. Cela peut conduire les personnes conformistes à s’aliéner dans un ritualisme légaliste, source d’identification sécurisante et d’autres à abandonner une pratique dont ils ne voient plus l’intérêt.

A l’opposé, dans la ligne de l’idolâtrie dénoncée par les prophètes d’Israël, la magie se nourrit de la prétention de l’homme religieux à opérer son salut par des moyens dont il a la maîtrise. Ces moyens consistent de préférence en paroles et en conduites rituelles. A reconnaître aux rites correctement célébrés une efficacité quasi mécanique, on en vient à négliger dangereusement ce qui donne tout leur sens aux sacrements chrétiens, c’est à dire la démarche de foi par laquelle l’assemblée reçoit de Dieu, par le Christ et dans l’Esprit, le don du salut.

Le congrès eucharistique de Lourdes de 1981 définit en sept têtes de chapitres les divers moments de l’action eucharistique : l’Eglise se rassemble, proclame la parole de Dieu, rend grâce au Père, fait mémoire du Christ, fait appel à l’Esprit Saint, communie au corps du Christ et participe à la mission du Christ.

Cette dynamique existait déjà dès le début du christianisme. Cependant au Moyen Age, il y eut une inflation de messes et on pensait que plus le nombre de messes auxquelles on assistait était important et meilleure était notre vie de chrétien. Certains prêtres célébraient aussi des messes tout seuls, sans fidèles. Les lecteurs d’un certain âge se souviennent sans doute de prêtres qui célébraient une messe sur un autel latéral pendant que les fidèles étaient censés suivre la messe de l’autel principal. Comme gamin je m’amusais à voir lequel des prêtres allait le plus vite. Avec l’importance grandissante du rôle du prêtre au cours de l’histoire, d’acteurs les laïcs devinrent spectateurs. Qui ne se souvient de personnes récitant le chapelet durant la messe. Vatican II a partiellement rétabli l’équilibre, mais la majorité des fidèles gardent toujours une attitude passive, ce qui démobilise nombre de personnes et notamment les jeunes. Dans la mentalité catholique la messe a été tellement majorée que toute autre célébration est considérée comme mineure et souvent on pense que le fait d’assister à la messe est l’essentiel de la démarche chrétienne, oubliant ou négligeant la prière, la recherche spirituelle ou l’engagement dans la société et le service de nos frères.

Si nous ne voulons pas que la messe devienne routine ou magie, nous sommes amenés à nous poser des questions bien plus fondamentales que celles de savoir si on y va le samedi ou le dimanche ou si nous chantons en latin ou non.

Cet article s’inspire du livre de Charles Wackenheim portant le même titre

Quelle liberté politique, quelle liberté de la parole et quelle liberté de décision sont laissées aux fidèles dans l’Eglise?

L’Eglise du 19ème siècle s’est définie face aux Etats comme une société parfaite, c’est-à-dire, disposant absolument de tous les pouvoirs qu’il y avait dans les Etats. Je rappelle qu’à ce moment là, il y avait encore un Etat du Vatican, qui est un Etat de l’Eglise, il y avait des Etats de l’Eglise en Italie, où le pape était en même temps souverain temporel qui traitait à égalité avec les autres souverains. La papauté imposait son propre idéal politique. Alors, l’Eglise se définissait comme une société parfaite, c’est-à-dire dotée de tous les pouvoirs. L’Eglise a voulu s’affirmer comme société parfaite en voyant combien l’idée démocratique gagnait du terrain en Europe où beaucoup d’Etats monarchiques devaient laisser au moins les aristocrates ou les hommes plus riches élaborer des constitutions et donc reconnaître une certaine liberté aux autres. C’était aussi l’époque où tous les Etats monarchiques étaient menacés par l’idée démocratique c’est-à-dire par l’idée que le pouvoir appartient au peuple. Pour la papauté, c‘était une idée tout à fait irréligieuse car le pouvoir vient de Dieu. Il ne monte pas du peuple, il descend de Dieu. La papauté était persuadée que l’aspiration démocratique allait entraîner l’Europe dans le chaos politique, de telle sorte qu’un jour, tous les Etats se retourneraient vers l’Eglise et l’Eglise tenait à donner l’exemple d’être la société parfaite. Une société parfaite, c’était une monarchie absolue de droit divin, un tout petit peu tempérée par le collège des cardinaux. Et donc, le pouvoir appartient exclusivement à la succession apostolique des évêques, successeurs des Apôtres. C’est un pouvoir sacré, réservé aux personnes consacrées. Rappelez-vous que les rois étaient aussi sacrés, une sacralisation reçue du pape, qui marquait bien que le roi ou l’empereur était l’oint du Seigneur, c’est-à-dire tout proche de Dieu. Il avait reçu l’onction. Et donc pour l’Eglise, la démocratie s’oppose au droit divin, selon lequel tout pouvoir vient de Dieu, le droit révélé. D’où l’Eglise ne veut pas de démocratie sous quelque forme que ce soit, par exemple l’idée ce que l’on a appelé un moment le présbytérianisme, où le pouvoir serait aux mains de l’assemblée des prêtres ; ou encore l’Eglise a combattu l’idée que le concile œcuménique serait supérieur au pape. C’est ainsi que s’est construite, l’idée de la primauté pontificale.

Vatican II a apporté bien des adoucissements à cette vision des choses, c’est certain. Il y a des aménagements qui sont entrés dans le droit canon, ce n’est pas niable. Par exemple, il y a des laïcs qui sont entrés dans les conseils pastoraux. Vatican II a fortement invité tous les évêques et les curés à faire appel au conseil des laïcs, à faire entrer des laïcs dans leurs conseils. J’ai bien dit conseil… je n’ai pas parlé de la prise de décision ; le conseil, la réflexion, mais c’est déjà quelque chose ! Le droit canon reconnaît un droit d’association aux laïcs, à condition qu’ils se déclarent, bien entendu. Il n’empêche que la question se pose : est-ce que le chrétien jouit, dans l’Eglise, de droits citoyens comparables à ceux dont il jouit dans la société civile ? On peut se poser la question. On y répond d’ailleurs assez vite.

Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a l’inégalité qui tient à la consécration. Le pouvoir appartient aux clercs depuis l’institution de la distinction entre laïcs et clercs qui remonte au début du IIIème siècle, avec ce qu’on appelle la tradition apostolique d‘Irénée, qui n’a rien d’apostolique d’ailleurs. Mais, c’est le moment où l’on a commencé à imposer les mains à des personnes qui avaient, seules, le droit de participer à la liturgie. Donc, une inégalité hommes – femmes, puisque l’Eglise ne permet pas aux femmes d’accéder à la consécration. Est-ce que cet accès à la consécration sacerdotale serait le seul moyen de rétablir des droits politiques dans l’Eglise ? A vous encore d’y réfléchir. Mais il est certain que l’inégalité homme – femme devient de plus en plus choquante dans un monde dont l’évolution se caractérise, inversement, par la participation de plus en plus grande des femmes à tous les échelons du pouvoir, du pouvoir politique comme du pouvoir industriel. Donc, au regard du monde sécularisé, le chrétien ne jouit pas, dans l’Eglise, des prérogatives et des libertés qui sont considérées comme constitutives des droits humains dans le société civile. Le chrétien n’est pas un individu majeur. Il est encore mineur. La femme encore plus. Et cela contribue très fortement à la séparation du monde et de l’Eglise, et contribue très fortement à la perte de crédibilité du langage théologique. Et même quand nous considérons les très belles avancées de Vatican II, en direction du monde moderne, il est certain que ces avancées sont réelles, très réelles, mais que le langage de l’Eglise n’est pas crédible, vu qu’elles ne sont pas appliquées à l’intérieur de l’Eglise, qu’il n’y a pas de liberté de parole dans l’Eglise, que les fidèles ne participent pas à l’organisation de la cité chrétienne, de la cité ecclésiale et que les femmes sont traitées à inégalité avec les hommes.

Comment reconstruire l’Eglise en société respectueuse des droits politiques de ses fidèles ?

Comment les chrétiens peuvent-ils arriver à tenir une parole responsable dans l’Eglise ? Comment faire ?

Il est certain que l’Eglise n’entend pas laisser, par exemple, ses dogmes et ses pratiques religieuses, et les abandonner à la libre initiative des fidèles. On ne peut oublier que l’Eglise est un Etat de droit, comme on aime à le dire de nos jours. C’est-à-dire qu’elle est fondée sur une écriture, une tradition. On pourrait rappeler que, pendant très longtemps, la coutume était d’élire les évêques. Les évêques étaient élus par leur communauté. C’est quand l’administration de l’Eglise s’est modelée sur l’administration impériale après la conversion de Constantin, c’est à ce moment-là que toute la vie de l’Eglise a changé et qu’elle est devenue beaucoup plus hiérarchique et centralisée etc.

La hiérarchie ecclésiastique se dit dépositaire du droit divin, de l’écriture et de la tradition, mais cela ne devrait pas empêcher les catholiques, les chrétiens, les fidèles, d’exercer une fonction interprétative.

La tradition a toujours été une innovation incessante qui reflète beaucoup des évolutions culturelles des sociétés où les laïcs ont eu leur importance. Comment se fait-il, par exemple, que la pénitence privée a succédé, au XIème siècle, à la pénitence publique ? Parce que les chrétiens ne voulaient plus de la pénitence publique, ne voulaient plus s’y soumettre, et alors l’Eglise a évolué pour cette raison-là. Comment les laïcs pourraient-ils exercer une fonction interprétative ? Comment concevoir des droits de citoyenneté, de concitoyenneté dans l’Eglise. Il faut se rappeler, bien sûr, que Paul ne prônait rien tant que l’unité de la foi. Autrement dit, aucun chrétien ne peut prétendre imposer sa parole à d’autres. Aucun groupe chrétien ne peut l’imposer aux autres groupes chrétiens. Il faut avoir le souci de l’unité, d’un certain consensus. Alors, il ne faut pas s’attendre à ce que les évêques, d’eux-mêmes, donnent la liberté de la parole aux chrétiens. Il ne faut pas rêver. Il y a des évêques qui, de plus en plus, consultent, oui, mais il ne faut pas oublier non plus que l’épiscopat, c’est la chaîne historique qui nous rattache aux origines chrétiennes. C’est à ce titre que je tiens au symbole des Apôtres, non pas pour refuser aux chrétiens ou à des groupes chrétiens de se faire des credo particuliers. Mais c’est le lien qui nous rattache à l’événement historique de Jésus-Christ, à la révélation historique de Dieu en Jésus-Christ. Le symbole des Apôtres rappelle que Jésus était un homme de l’histoire et que l’Esprit Saint vient de lui, l’Esprit Saint qui forme la communauté.

Donc les chrétiens peuvent revendiquer le droit d’exercer la responsabilité de leur « vivre ensemble » en l’Eglise. Et aucune autorité religieuse ne peut les empêcher de prendre la responsabilité de leur « être chrétien » dans le monde, de leur « être avec les autres » dans le monde. Encore doit-il prendre aussi ses responsabilités sur la base d’une lecture commune de l’Evangile, d’une interprétation collective de l’Evangile pour voir comment vivre en chrétien dans le monde et comment vivre dans l’Eglise en « être politique » c’est-à-dire en être libre. Comment vivre la vie de l’Eglise dans des communautés de partage de la parole évangélique ? Là, je crois que vous savez faire. Vous avez là un savoir-faire à répandre, en évitant d’effrayer les autres. Hélas, tous n’aspirent pas à la même liberté, c’est ça qui est triste. Il faudrait rendre attractive la liberté à laquelle nous, nous aspirons et que nous essayons de prendre. Mais transformer de plus en plus la vie en Eglise, non pas en réunions cultuelles mais en communautés de partage de la parole évangélique. Ce partage incluant le partage du pain, comme ça se faisait au début de l’Eglise. Partager la parole, c’est ainsi que, peu à peu, les fidèles pourront prendre et exercer des droits de citoyenneté dans l’Eglise.

Il y a là, donc, un vaste champ de réflexion en se disant et en essayant de faire comprendre aux autorités de l’Eglise, que l’Eglise ne sera respectée dans le monde que dans la mesure où elle apparaîtra, elle-même, comme un espace de vie et de liberté politiques. Tant qu’elle n’apparaîtra pas ainsi, alors elle apparaîtra comme une secte religieuse où c’est le rite qui domine tout. La chance de l’Eglise de répandre l’Evangile dans le monde, c’est de montrer, elle-même, qu’il y a, dans l’Eglise, une liberté de parole, d’échange de parole, de construction d’une parole chrétienne

Ceci est un extrait de la conférence du Père Joseph Moingt prononcée le 27 mars 2011, lors de la Rencontre de la Communauté Chrétienne dans la Cité (CCC).

La conférence complète se trouve sur le site de NSAE (Nous Sommes Aussi l’Eglise)

http://www.nsae.fr/2011/07/13/l%e2%80%99humanisme-evangelique-par-joseph-moingt/