La Constitution dogmatique sur la Révélation divine, « Dei Verbum »

Voici un article que je propose pour le  SarrEglise.com, journal paroissial de la communauté de paroisses de Sarreguemines, pour le mois de septembre

Le Concile Vatican II a produit 16 documents dont 4 constitutions dogmatiques. L’une d’elles a pour titre Dei Verbum et traite de la Révélation divine. C’est la plus courte puisqu’elle ne comporte qu’une dizaine de pages. Elle est constituée d’un préambule et de 6 chapitres composés de 26 paragraphes

1. La Révélation elle-même

2. La transmission de la Révélation divine

3. L’inspiration de la Sainte Ecriture et son interprétation

4. L’Ancien Testament

5. Le Nouveau Testament

6. La Sainte Ecriture dans la vie de l’Eglise.

« Trois facteurs ont contribué à l’élaboration d’une Constitution sur la Révélation. Le premier relève d’une nouvelle compréhension du phénomène de la Tradition qui, pour diverses raisons, s’est peu à peu élaborée à partir du siècle dernier. Le deuxième facteur déterminant pour la rédaction de cette Constitution est lié à l’application de la méthode historico-critique en exégèse et aux répercussions théologiques de cette pratique. Le troisième facteur décisif est le plus positif : il est en rapport avec le mouvement biblique qui, depuis le début du siècle, n’a cessé de prendre de l’ampleur, suscitant dans une large portion du monde catholique une attitude nouvelle à l’égard de l’Écriture Sainte, et par là même une meilleure connaissance et un recours toujours plus résolu à ses enseignements dans les domaines de la théologie et de la piété. Le texte porte bien évidemment les traces de son élaboration difficile : il est, manifestement, le résultat de multiples compromis» Voilà ce qu’écrivait le théologien Joseph Ratzinger en 1967.

Un texte avait été préparé avant le Concile et on pensait qu’il serait entériné tel quel. Mais il a été refusé par la majorité des Pères conciliaires parce qu’il partait de l’ancien schéma des 2 sources de la Révélation, à savoir l’Ecriture et la Tradition. Cette conception a été modifiée en affirmant qu’il y a une seule source de la Révélation mais que la prédication de l’Evangile nous parvient par le double canal de l’Ecriture et de la Tradition. En remettant l’acte de la Révélation de Dieu en premier, les Pères conciliaires situent la foi dans la réponse de l’homme à l’initiative de Dieu et non dans un ensemble de « vérités à croire ». Le texte place vraiment l’Eglise « sous la Parole de Dieu »

Mais l’apport le plus spectaculaire de Dei Verbum est l’approche radicalement différente de la lecture de la Bible. On va jusqu’à affirmer, en se référant à St Jérôme, que « l’ignorance de l’Ecriture, c’est l’ignorance du Christ ». La Bible est recommandée pour la prière, qui doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Ecriture pour que s’établisse le dialogue entre Dieu et l’homme. Depuis Vatican II, elle tient une place de choix dans la liturgie, la catéchèse, la prière et les groupes bibliques. La prédication est clairement devenue une homélie portant sur les textes du lectionnaire. Ce dernier prévoit dans un cycle de 3 ans la lecture d’un maximum de textes bibliques, aussi bien de l’Ancien que du Nouveau Testament. A une catéchèse par questions/réponses succéda une catéchèse nourrie de la Bible. La prière est devenue plus biblique qu’elle ne l’était avant le Concile en mettant en particulier, mais pas uniquement, l’accent sur les Psaumes. Des instruments grand public y contribuent de façon notable, par exemple la revue « Prions en Eglise » ou la revue « Magnificat ». Les groupes bibliques se multiplient. Il suffit de penser à la lecture suivie de Marc, de Luc ou des Actes des Apôtres. Des efforts de formation sont faits pour déceler les genres littéraires des textes bibliques et éviter ainsi une lecture fondamentaliste. Ceci favorise ainsi des rencontres œcuméniques. Le magistère lui-même n’est pas au dessus de la Parole de Dieu, mais il la sert, « n’enseignant que ce qui fut transmis ». Certes sa charge est d’interpréter la Parole de Dieu, mais il n’en est pas propriétaire, pas plus que l’Eglise catholique ou toute autre Eglise.

En faisant le bilan de tous ces changements on peut dire qu’il s’agit là d’une vraie rupture avec l’approche d’avant Vatican II.

Liberté de conscience et liberté de religion

La Conférence des évêques canadiens vient de publier une lettre pastorale sur la liberté de conscience et de religion. On peut télécharger ce document, via le journal La Croix en cliquant ici.

Analysons ce document de 12 pages pour en relever les aspects positifs mais aussi les manquements.

Il est indéniable qu’un des aspects du problème de la liberté de religion est le fait de pouvoir pratiquer librement sa religion et le document fait bien de souligner que cela est loin d’être garanti à travers le monde.

On rappelle la déclaration de Benoît XVI dans son message à l’occasion de la Journée mondiale de la Paix 2011 « Il est douloureux de constater que, dans certaines régions du monde, il n’est pas possible de professer et de manifester librement sa religion, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En d’autres points du monde, il existe des formes plus silencieuses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition à l’encontre des croyants et des symboles religieux ». Et on ne peut qu’y souscrire.

Et on rappelle la déclaration du Concile Vatican II qui enseigne qu’une personne « ne doit pas être contrainte d’agir contre sa conscience, pas plus qu’elle ne doit être empêchée d’agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse (Dignitatis Humanae, n° 3).

C’est violer la liberté de conscience que d’essayer d’imposer à autrui sa conception de la vérité. Il faut constamment défendre et revendiquer le droit de professer la vérité, mais jamais sans le moindre mépris pour ceux et celles qui pensent autrement. « Nier à une personne la pleine liberté de conscience, et notamment la liberté de chercher la vérité, ou tenter de lui imposer une façon particulière de comprendre la vérité, cela va contre son droit le plus intime» Ceci a été déclaré par Jean Paul II dans son message pour la Journée mondiale de la Paix de 1991. On ne peut s’empêcher de dire « Que c’est beau ». Mais il faut tout de suite ajouter « Que ce serait encore plus beau, si l’Eglise catholique commençait par appliquer cela pour elle-même » Car vous viennent à l’esprit l’impressionnante liste des théologiens condamnés par l’Eglise catholique et la liste des exclus qu’elle fabrique elle-même : les prêtres mariés, les divorcés remariés, les homosexuels.

Mais en poursuivant le document, ce que je viens d’évoquer semble être hors sujet. On peut y lire « Si nous pensons que la liberté de suivre sa conscience revient à suivre son sentiment subjectif, nous oublions que cette liberté a pour orientation essentielle d’agir conformément à la vérité objective. Le droit d’agir selon sa conscience doit donc s’accompagner de l’acceptation du devoir de la conformer à la vérité et à la loi que Dieu a inscrite dans nos cœurs » Et si nous n’agissons pas selon cette « vérité objective », il nous faut éduquer notre conscience.

Qu’est ce que cette vérité objective ? On se réfugie derrière Dieu en disant que c’est celle que ce dernier a révélée. Mais si on regarde de très près, une bonne partie de cette vérité a été fabriquée par l’Eglise, qui prétend que c’est Dieu qui en a voulu ainsi. Quelques exemples : Le discours officiel prétend que c’est Dieu qui a voulu que la femme ne devienne pas prêtre ou que le prêtre reste célibataire. Utiliser une méthode de contraception, c’est aller contre la volonté de Dieu. Et on pourrait multiplier les exemples. Et au Katholikentag, l’évêque de Ratisbonne, Mgr Gehrard Ludwig Müller, proche du pape a déclaré que ceux qui mettent cela en cause font partie des gens qui n’obtenant rien de l’existence, s’accrochent aux événements, pour promouvoir une forme d’existence parasitaire.

Il n’y a qu’une vérité objective, c’est celle professée par l’Eglise catholique et il est tout a fait impossible de mettre sur un même pied d’égalité la vérité et l’erreur. Il s’agit d’un discours totalitaire, mais pas d’une reconnaissance effective de la liberté religieuse et de la liberté de conscience. Ces dernières ne se résument pas à avoir la liberté d’exercer sa religion et d’entrer en résistance contre un état qui met en place des centres d’interruption de grossesse. La liberté de conscience et la liberté de religion signifient que chacun a le droit de choisir sa religion ou de choisir de ne pas en avoir. Cela peut aussi signifier entrer en résistance à l’intérieur de l’Eglise catholique, comme le font par exemple les prêtres autrichiens et bien d’autres personnes,  quand la dignité humaine y est bafouée. Pensons à l’apartheid qui y est pratiquée vis-à-vis des femmes ou vis-à-vis des laïcs.

Je persiste et je signe : Vatican II se situe dans la discontinuité et la rupture par rapport à ce qui a précédé

Devant les membres de la Conférence épiscopale italienne réunis en assemblée plénière du 21 au 25 mai 2012, Benoît XVI a réaffirmé jeudi 24 mai 2012 son opposition à une lecture du Concile Vatican II selon « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture ». Ce faisant, il a réaffirmé une nouvelle fois la ligne définie lors de son discours à la Curie romaine le 22 décembre 2005, considéré comme le programme de son pontificat. Ceci est relaté dans le journal La Croix du 25 mai 2012, mais cela ne sert à rien de donner la référence puisqu’il s’agit d’un document protégé.

Vatican II, continuité ou rupture? Tout dépend de la définition précise qu’on donne à ces mots. Si on dit que la continuité signifie que rien n’a changé, vous trouverez peu de personnes qui parleront de continuité. Si rupture signifie que l’Eglise d’après Vatican II n’a plus rien à voir avec celle d’avant Vatican II, on ne peut pas parler de rupture. L’Evangile et le Credo par exemple sont des références aussi bien d’avant que d’après Vatican II. Par contre lorsque les changements dans un certain nombre de domaines sont très profonds, il n’est plus possible de parler de continuité, on est donc obligé de parler de rupture.

La thèse dominante est que Vatican II est une rupture : le Concile a lancé une dynamique nouvelle et radicale, l’aggiornamento, à laquelle l’Église doit travailler en fidélité à un « esprit du Concile ». De l’autre côté, une autre thèse, jadis minoritaire mais montante, conteste l’idée que le Concile avait, dans ses gènes, le projet d’un changement profond. Cette thèse a grandi en force depuis l’arrivée aux commandes de Benoît XVI. Celui-ci participa au Concile comme expert. Pas question donc de renier son bébé. Le 22 décembre 2005, il prononce un discours dans lequel il édicte la juste interprétation. Il récuse l’idée d’une « rupture » dans l’histoire, même s’il s’agit de l’interprétation communément admise. Car, dit-il, il ne peut exister deux Églises, celle d’avant 1965 et celle d’après. Le pape propose son interprétation : celle de la « réforme », de la « nouveauté dans la continuité ». Pour lui, Vatican II ne devait être qu’un simple retour aux sources (à la Bible, aux Pères de l’Église), mais on serait allés trop loin, notamment dans la liturgie. Dans sa volonté de réécrire l’histoire, Benoît XVI évite pourtant de se confronter aux évidences qui font conclure à une révolution copernicienne : il suffit de penser à l’attitude de l’Église face au judaïsme, à sa réconciliation avec le protestantisme et l’orthodoxie, et surtout à son acceptation de la liberté religieuse.

On a effectivement assisté à une révolution copernicienne dans la façon dont l’Église se conçoit elle-même et envisage son rapport au monde, aux autres confessions chrétiennes et aux autres traditions religieuses. Avec la constitution Lumen Gentium, on passe d’une Église comprise comme société parfaite, dans une perspective juridique, à une Église communion, une communion d’Églises locales. De la conception pyramidale de l’Eglise, on est passé à la conception Eglise peuple de Dieu. Mais dès 1974 le théologien Ratzinger a mis en cause cette conception en disant qu’il s’agit d’une part d’une notion d’Ancien Testament et d’autre part d’une notion trop sociologique (cf son livre « Entretiens sur la foi »). Et d’ailleurs dans la même logique, il a désavoué, voire combattu la théologie de la libération.

Vatican II représente une rupture par rapport à ce qui a pu être enseigné auparavant quant au droit à la liberté religieuse. Durant des siècles, l’Église a été tentée de sacrifier les droits de la personne aux droits absolus de la vérité révélée. Vatican II affirme les droits imprescriptibles de la conscience humaine et reconnaît la liberté de ne pas croire. La conscience est un sanctuaire inviolable et la foi ne peut jamais résulter d’une contrainte. Mais la notion de liberté religieuse, actuellement on la vide complètement de son intuition d’origine. On met en avant que cela signifie que les états doivent garantir aux catholiques d’exercer leur religion, alors que la liberté religieuse signifie la liberté de choisir sa religion ou de choisir de ne pas en avoir du tout, ce que des théologiens de cour qualifient d’idée maçonnique à laquelle le Concile Vatican II n’a jamais pensé.

Le débat sur la bonne interprétation du Concile est un débat toujours ouvert. Certains veulent distinguer l’esprit du Concile et les textes. Il est vrai que les textes sont souvent ambigus. En effet, pour parvenir à la plus grande unanimité des pères conciliaires lors des votes, il est arrivé que l’on juxtapose le point de vue d’une minorité irréductible et celui de l’écrasante majorité. C’est le cas, par exemple, à propos du pouvoir épiscopal. Le Concile a juxtaposé le principe de la collégialité et l’autorité absolue du pontife romain. Il est donc souhaitable d’interpréter les textes en fonction de l’esprit qui animait tous les pères du Concile, celui d’une conversion de l’Église elle-même, dans sa fidélité à l’Évangile.

Sur l’année de la foi dans laquelle doit se célébrer le 50e anniversaire de l’ouverture de Vatican II, je me suis déjà exprimé (cliquer ici). Mais comment peut-on naïvement croire que les intégristes vont réintégrer l’Eglise catholique en acceptant Vatican II sans qu’on dise qu’il se situe dans la continuité de ce qui précède ? Et on oublie, ou on fait passer par pertes et profits, les milliers de croyants qui quittent l’Eglise catholique, parce qu’ils la jugent d’un autre âge et qu’elle ne correspond pas du tout à leurs aspirations de croyants ? N’est-ce pas une des caractéristiques d’une secte de s’imaginer être les seuls à être dans la vérité et que tous ceux qui ne la rejoignent pas vont à leur perte ? Faut-il que l’Eglise implose par elle-même avant que ses dirigeants comprennent cela ? Depuis le Katholikentag de dimanche dernier je sais qu’avec ce que je viens d’écrire, je fais partie des gens qui n’obtenant rien de l’existence, s’accrochent aux événements, pour promouvoir une forme d’existence parasitaire. Attention : il est interdit de rigoler ! Celui qui a dit cela le croyait vraiment et ceci est d’autant plus inquiétant.

Le cardinal Koch estime que la fronde dans l’Église est influencée par une mauvaise interprétation du concile

L’actuelle contestation des prêtres des pays germanophones contre Rome est très inspirée par la vision du théologien Hans Küng du concile Vatican II, a estimé jeudi 26 avril le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens.

L’Allemagne, l’Autriche et la Suisse ont « reçu le concile Vatican II de façon très particulière, en accueillant surtout l’interprétation qu’en a faite Hans Küng, qui a été relayée par beaucoup de médias de masse », analyse le cardinal suisse dans un entretien à l’hebdomadaire italien Tempi .

Dans le monde germanophone, selon lui, on a assisté « à la diffusion de l’idée de Küng selon laquelle le concile constituerait un acte de rupture avec la tradition de l’Église et non d’évolution de celle-ci ». Selon lui, « c’est sur cette interprétation que se basent les agitations actuelles », tandis que Benoît XVI, dans la lignée de son discours de décembre 2005 à la Curie, défend une interprétation « de la réforme, du renouveau dans la continuité ».

« De nombreux prêtres sont très inquiets »

Celui qui a en charge l’œcuménisme au Vatican a jugé légitime et « nécessaire » que Benoît XVI ait critiqué, le jour du Jeudi saint, « l’appel à la désobéissance » lancé en juin 2011 par des prêtres autrichiens dans le cadre de la Pfarrer Initiative . « Naturellement, le pape a réagi à sa façon, claire mais très gentille. Il l’a fait dans le contexte d’une messe (…) où les prêtres renouvellent leurs promesses sacerdotales, dont celle de l’obéissance », a souligné le cardinal.

Les signataires de l’appel déploraient en particulier l’impossibilité pour les personnes divorcées et remariées d’accéder au sacrement de la communion. Ils prônent également le mariage des prêtres, un engagement plus large des laïcs dans la liturgie, ou encore l’ordination sacerdotale des femmes.

Le cardinal se dit conscient que « de nombreux prêtres sont très inquiets à cause des problèmes de la pastorale dans la société contemporaine », ajoutant qu’il comprend ces inquiétudes. Il estime néanmoins que tous les signataires de la Pfarrer Initiative ne sont pas d’accord avec toutes les conséquences qu’implique l’appel des prêtres autrichiens.

Les lefebvristes ne peuvent pas refuser « 65 % du concile Vatican II »

Jusqu’à présent, le texte a été signé par quelque 400 prêtres et diacres autrichiens, soit un dixième du clergé, et rencontre un certain succès en Allemagne, en Suisse et jusqu’en Irlande. En France, cet appel a été relayé par quelques prêtres du diocèse de Rouen.

Dans un entretien le même jour à l’agence de presse catholique autrichienne Kathpress, le cardinal Koch est également revenu sur l’offre de réconciliation de Benoît XVI envers la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX).

Selon lui, les deux réponses des lefebvristes de novembre 2011 et de mars 2012 au Préambule doctrinal proposé par Rome, et dont le cardinal Koch a eu connaissance, étaient insuffisantes. La teneur de la réponse du 17 avril ne lui est pas encore connue, mais il est clair qu’elle ne suffira pas « s’ils refusent 65 % du concile Vatican II »

Pour le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, le concile, auquel le pape actuel a participé en tant qu’expert, marque une césure dans le domaine de l’œcuménisme. Mais après 50 ans, il est devenu clair que « l’unité prendra plus de temps qu’on le pensait à l’époque ».

Source : La Croix du 27 avril 2012

Cet article montre que Rome est à mille lieux de réaliser ce qui se passe concrètement à la base. C’est une mauvaise interprétation de Vatican II (est mauvaise par définition toute autre idée sur Vatican II que celle de Benoît XVI) qui est à la base de la fronde dans l’Eglise. Mais les idées d’avant Vatican II sur l’Eglise, qu’il y en a qui enseignent et que les autres doivent se laisser enseigner, qu’il y en a qui commandent et que les autres doivent obéir, que les uns ont la vérité infuse et que les autres sans le secours des uns sont dans l’erreur, oui Vatican II les a balayées. Mais pour le comprendre il faut réaliser que Vatican II est en rupture avec ce qui s’est passé avant et pas en continuité. Ce n’est pas en fricottant avec les intégristes qu’on arrivera à comprendre cela

Rome assène la saine doctrine et condamne ceux qui ne s’y soumettent pas

La plus grande vertu du chrétien est l’obéissance au magistère. Si en nous laissant guider par notre conscience on voulait décider différemment que ce que nous dicte le magistère, qui lui est directement branché sur le Saint Esprit, il faudrait s’alarmer et réaliser que notre conscience est mal éduquée. Heureusement que nous avons le magistère, sinon nous irions à notre perdition !

Voici quelques saines lectures pour vous convaincre de cette affirmation (il suffit de cliquer sur les textes soulignés)

Benoît XVI exige l’obéissance des prêtres autrichiens. Mais est-ce que l’obéissance est encore une vertu ?

L’« Année de la foi » doit aussi devenir «l’Année du dialogue»

La Conférence des religieuses américaines invitée à renforcer ses bases doctrinales

Une liste de toutes les personnes sur lesquelles, directement ou indirectement, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a enquêté, qu’elle a sanctionnées, ou excommuniées sous Joseph Ratzinger 

Une liste de théologiens et de leaders spirituels qui ont été bannis, exclus ou interdits de parole sous Ratzinger 

Notre conscience nous dicte de protester contre ce genre d’agissement mais elle est sans doute mal éduquée. Il me semblait que la foi était libre ou elle n’est pas, que le message de l’Evangile est libérateur et non pas oppression des consciences

Rome et les intégristes : réconciliation ou manipulation?

Rome croit-elle vraiment que les intégristes vont accepter Vatican II? C’est tellement gros que même tout non spécialiste peut répondre à cette question. Ou a-t-on tellement dénaturé Vatican II qu’on puisse faire croire qu’il se situe dans la continuité de ce qui précède au lieu d’être en rupture? Ou est-on devenu soi-même si intégrisant qu’on estime qu’il faille aller dans cette direction? D’une façon plus diplomatique on peut répondre qu’on veut préserver l’unité de l’Eglise mais en chassant des milliers d’autres qui ne sont pas d’accord avec cette politique. C’était déjà le chantage que la curie avait fait à Paul VI pendant le concile qui lui a fait ajouter des parties de textes dans les documents de Vatican II et qui lui avait fait retirer de la compétence du Concile les discussions sur la contraception, sur le célibat des prêtres et le sacerdoce féminin. On a vu par la suite ce que cette décision a fait comme ravage dans l’Eglise catholique.

Je vous propose, mais il y en a des tas d’autres, une analyse sur cette question (cliquez sur le mot souligné « analyse » pour y accéder) et son complément et une autre analyse du site de la CCBF

L’influence universelle de la théologie latino-américaine de la libération

L’excellent documentaire qu’il était possible de voir sur Fr3, hélas après 23 h, et qu’on peut encore regarder pendant quelques temps,  a montré comment Jean Paul II et le cardinal Ratzinger ont tout mis en œuvre pour étouffer la théologie de la libération en Amérique latine, sous prétexte qu’elle s’inspirait d’idées marxistes incompatibles avec le christianisme. Par les interventions en particulier de Dom Helder Camara lors du Concile Vatican II, elle avait influencé les Pères du Concile pour que l’Eglise accorde une plus grande attention aux pauvres. Lors de la conférence de Medellin en 1968, elle alla jusqu’à parler de « l’option préférentielle pour les pauvres ». Mais à la conférence de Puebla en 1979, cela a été oublié, non pas officiellement, mais en critiquant la théologie de la libération. Lors du décès de Dom Helder Camara, il a été remplacé par un évêque issu du rang de l’Opus Dei, tout à fait opposé à la théologie de la libération. D’ailleurs cette politique de nomination d’évêques conservateurs s’était développée un peu partout en Amérique latine (il suffit de penser aux successeurs du cardinal Arns), mais hélas aussi ailleurs dans le monde et quand on sait que ce sont ces prélats qui élisent le pape, il ne faut pas s’étonner que le pape soit conservateur. Mais parait-il, c’est Dieu qui veut cela, comme ces derniers temps il veut qu’à nouveau un grand nombre de cardinaux soient italiens.

Pour éradiquer la théologie de la libération, on a aussi opéré un contrôle strict sur les séminaires, en veillant à ce qu’il ne soit absolument plus question de la théologie de la libération dans les enseignements. On préférait soutenir les dictatures d’Amérique latine qui luttaient contre le communisme, en particulier en envoyant une lettre de félicitations au général Pinochet lors de son anniversaire plutôt que d’encourager les Communautés Ecclésiales de base. Une partie du peuple, se sentant trahie par son Eglise, se tourna vers les églises pentecôtistes et évangéliques. Alors ne versons pas de larmes de crocodiles en constatant la défection de l’Eglise catholique et le développement des églises pentecôtistes et évangéliques. Ce ne sont pas les faiblesses théologiques de ces églises qui vont arrêter ces mutations.

Mais les intuitions de la théologie de la libération ont aussi produit leurs effets ailleurs dans le monde. Il s’agit de partir des réalités de la base, de la « praxis » pour élaborer la théologie et non l’élaborer en vase clos, complètement déconnectée des réalités, en considérant que la pastorale n’en est que le champ d’application. Il y a eu une théologie de la libération en Afrique, en Asie, en Europe. La théologie féministe se place aussi dans cette optique.

Un article de Gregory Baum publié sur le site Culture et Foi, montre que son influence est universelle. Citons la conclusion de son article.

« Ces exemples montrent que même si toutes les religions sont présentement traversées par des mouvements conservateurs, l’étincelle produite par la théologie latino-américaine de la libération continue à allumer des feux dans beaucoup de milieux religieux à travers le monde. »

Des indignés dans l’Eglise?

Devant le récent mouvement social des « indignés », encore incertain et difficile à juger, nous pouvons nous demander si, dans l’Église, il n’y a pas aussi des indignés. Nous ne trouvons certainement pas dans l’Église quelque chose de semblable à ce qui s’est passé sur la Plaza del Sol de Madrid. Il n’y a personne qui campe sur la Place Saint Pierre de Rome, il n’y a pas de pancartes qui disent « démocratie dans l’Église, maintenant » ou bien « le Christ, oui, l’Église, non » ; la garde suisse avec ses pittoresques uniformes n’a réprimé personne…

Il y a certainement dans l’Église des voix indignées comme celle de Hans Küng, des personnes et des forums qui expriment leur mécontentement, qui regrettent Vatican II, il y a des gens qui abandonnent l’Église, des groupes qui en Amérique Latine passent chez les Pentecôtistes ; on constate un schisme doux et silencieux de femmes, d’intellectuels et de jeunes, il y a du désenchantement et de l’indifférence chez beaucoup. Mais nous sommes une majorité silencieuse de fidèles qui souffrons en silence, qui travaillons, qui prions et qui attendons des temps meilleurs. Silence par lâcheté, par prudence ou par crainte ? Nous ne le savons pas.

Mais si nous creusons un peu, il y a toujours eu, en Israël et dans l’Église, une indignation éthique et religieuse, même si on ne les appelle pas « indignés » mais prophètes ou prophétesses.

Les prophètes d’Israël étaient les voix de l’indignation et de la dénonciation, face à l’idolâtrie du peuple et face à la corruption et l’injustice des rois. Jésus de Nazareth, quand il a expulsé les marchands du temple, n’était-il pas indigné parce qu’ils avaient transformé la maison du Père en un repaire de voleurs ? Les moines qui allaient au désert pour protester, François, Dominique, Catherine de Sienne, Ignace et Thérèse, ne voulaient-ils pas réformer l’Église de leur temps ? Plus récemment, des théologiens de la libération comme Boff et Sobrino, des théologiennes comme Yvonne Gebara et Lucia Ramôn ne sont-ils pas prophétiquement indignés-es par des réalités indignes et injustes ? Que furent en leur temps Jean XXIII, Romero, Helder Camara, Samuel Ruiz, Arrupe, sinon des prophètes ? Qu’y a-t-il derrière Desmond Tutu, Nicolas Castellanos, Buxarrais et le Cardinal Martini lui-même, sinon des voix prophétiques et des désirs de réforme ecclésiale ? Beaucoup de ces prophètes aussi ont été réprimés et condamnés au silence, ont souffert persécution et martyre. L’expulsion des marchands du temple a coûté à Jésus de Nazareth la condamnation à mort et la crucifixion. Nous, croyants, nous croyons que derrière ces mouvements sociaux de protestation, derrière ces voix prophétiques de l’Église, souvent mêlées d’ambiguïté, d’erreurs et de déviances qu’il faut en permanence discerner, il y a la présence de l’Esprit du Seigneur qui remplit l’univers, celui-là même qui fait surgir la vie du chaos, celui qui a parlé par les prophètes, celui qui a accompagné la vie de Jésus de Nazareth, celui qui a fait naître l’Église et qui conduit l’histoire de l’humanité jusqu’à son achèvement dans le Royaume.

Que nous l’appelions indignation, prophétisme, contestation, réforme, opinion publique ou dissidence, au fond, c’est l’Esprit de Jésus qui est présent d’une manière silencieuse mais réelle sous ces mouvements.

Dans l’Église, nous tous les baptisés, nous participons au prophétisme du Christ ; il manquerait quelque chose d’essentiel à l’Église si disparaissait ou n’était pas prise en compte l’opinion publique de laïcs, de religieux et de religieuses, de ministres du Seigneur. C’est pour cela que Paul nous exhorte à ne pas éteindre l’Esprit, à ne pas mépriser ce que disent les prophètes, à tout examiner et à garder le meilleur (Tes 5, 19). Parce que l’Esprit renouvelle la face de la terre (Psaume, 103, 30).

Victor Codina Publication de Centro Nuevo Tierra,

Buenos Aires, Argentine Traduction de Daniel Hangouët

Cet article fait partie du dossier intitulé « La subversion évangélique » du numéro 53 de la revue « Les Réseaux des Parvis ». Pour découvrir la Fédération du Parvis, visitez le site des Réseaux du Parvis

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La Bataille du Vatican 1959 – 1965

Tel est le dernier livre de Christine Pedotti, cofondatrice de la Conférence catholique des Baptisé(e) Francophones. Pourquoi écrire un pavé de 570 pages alors que des dizaines d’ouvrages ont déjà été écrits sur le sujet ? Dès que vous en commencez la lecture, vous vous apercevez que c’est un livre tout à fait à part. Il ne s’agit pas d’un traité de théologie. Il s’agit d’une histoire d’hommes et non une histoire d’idées. A partir de très nombreuses chroniques, Christine Pedotti a mis en scène ces hommes, pape, cardinaux, évêques, théologiens, journalistes et on assiste à leurs débats et à leurs questionnements. Tous aiment leur Eglise mais suivant qu’ils sont conservateurs ou progressistes ils expriment plutôt leurs craintes ou leurs espoirs durant le déroulement du Concile Vatican II. Tous ont conscience qu’ils sont les acteurs d’un événement important.

Voici un extrait où intervient le cardinal Siri, conservateur, qui avait été papable lors de l’élection de Jean XXIII. Cela se passe tout au début du Concile

« Dans son dos, il avait entendu une conversation qui lui avait semblé bien malvenue dans un moment pareil. Les cardinaux Frings, Döpfner et Confalonieri s’entretenaient avec une certaine animation d’un message que le concile devrait adresser « au monde ». Il n’avait pu s’empêcher de se retourner et de marquer sa stupéfaction. Il n’avait pas eu le temps de se mêler à la conversation car on annonçait l’arrivée du pape. Mais il était resté dans un sentiment de malaise. Comment pouvait-on en de telles circonstances songer au monde et se trouver d’autres devoirs que ceux que l’on a vis-à-vis du Seigneur et de Sa Sainte Église ? Cette incroyable légèreté de la part d’hommes si considérables l’avait alerté […]. Le cardinal Siri demeurait convaincu que les temps actuels nécessitaient que l’on demeure ferme et vigilant dans le combat de la foi. Le monde s’éloignait de la sainte religion à grands pas. À bien des égards, la foi se perdait. L’athéisme progressait, ainsi que l’indifférence. Mais le pire était sans doute que, dans bien des consciences qui se croyaient encore chrétiennes, le souffle putride du relativisme était passé. L’époque connaissait une grave crise de l’autorité. L’obéissance n’était plus enseignée avec suffisamment de fermeté comme la première des vertus chrétiennes. On voyait partout pasteurs et théologiens négliger la sainte doctrine enseignée de façon constante et sûre, confirmée par les souverains pontifes, et se laisser séduire par des théories aventureuses. Non, en des circonstances si périlleuses pour la foi, le concile devait d’abord affirmer l’unité visible de l’Église autour du successeur de Pierre, unanime dans sa foi. Le concile se devait de réaffirmer avec force et conviction la vérité que le Seigneur lui avait confiée, vérité que nul ne pouvait ni altérer, ni atténuer, ni « adapter ». La miséricorde que l’on devait au monde, c’était celle de la vérité. Quant à l’erreur, il fallait la condamner sans faiblir. »

Ce cardinal reflète bien la mentalité d’avant le Concile : aucune ouverture au monde, obéissance inconditionnelle au pape même si on n’est pas d’accord avec ses décisions, une peur bleue de la modernité, la certitude de détenir la vérité et la condamnation de l’erreur. Vatican II est en rupture avec cette vision des choses, mais les conservateurs, à commencer par Benoît XVI, sont toujours à l’œuvre aujourd’hui. Ils voudraient imposer l’idée que Vatican II se situe dans la continuité de ce qui a précédé.

Pour l’année de la foi, Rome annonce la couleur

La congrégation pour la doctrine de la foi a donné des indications précises sur « l’authentique façon de célébrer l’année de la foi ». Pourquoi année de la foi ? Parce que tel était le bon plaisir de Benoît XVI qu’il en soit ainsi

On précise « l’authentique façon de célébrer les 50 ans du Concile Vatican II »

« Favoriser la réception correcte du Concile en continuité avec toute la Tradition, sous la direction sûre du Magistère. » « Depuis le début de son pontificat, le Pape Benoît XVI s’est engagé fermement en faveur d’une juste compréhension du Concile, repoussant comme erronée la dénommée « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » et promouvant celle qu’il a lui-même appelée « l’ »herméneutique de la réforme », du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Église, que le Seigneur nous a donné ; c’est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche »

Que ceux qui ne le savaient pas encore, l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture est erronée et puisque le pape le dit, cela ne peut pas être autrement. Cela aidera peut-être à faire avancer les négociations (secrètes) avec les intégristes.

Que faire pour bien célébrer cette année de la foi ?

Favoriser la lecture de la Bible ? Mais non, ceci n’est pas à l’ordre du jour. Il faut lire le Catéchisme de l’Eglise catholique qui a été rédigé sous la direction du cardinal Ratzinger, ainsi que son acolyte le Youcat. Ce catéchisme « exprime véritablement ce qu’on peut appeler la  » symphonie » de la foi ». Et si d’autres catéchismes ne sont pas conformes à celui là, il faudra les changer.

« Au cours de l’Année de la foi, il conviendra d’encourager les pèlerinages des fidèles auprès du Siège de Pierre, pour y professer la foi en Dieu Père, Fils et Esprit Saint, en s’unissant avec celui qui, aujourd’hui, est appelé à confirmer ses frères dans la foi »

« Au cours de cette Année, il sera utile d’inviter les fidèles à s’adresser avec une particulière dévotion à Marie, figure de l’Église, qui « rassemble et reflète en elle-même d’une certaine façon les requêtes suprêmes de la foi ». Il faut donc encourager toute initiative aidant les fidèles à reconnaître le rôle particulier de Marie dans le mystère du salut, à l’aimer filialement et à en suivre la foi et les vertus. À cet effet, il sera très opportun d’organiser des pèlerinages, des célébrations et des rencontres auprès des sanctuaires les plus importants.»

Il faut aussi développer le culte de la personnalité du pape et lui montrer son obéissance et sa soumission « Cette Année sera une occasion propice pour un accueil plus attentif des homélies, des catéchèses, des discours et des autres interventions du Saint-Père. Les Pasteurs, les personnes consacrées et les fidèles laïcs seront invités à un engagement renouvelé pour une adhésion effective et cordiale à l’enseignement du Successeur de Pierre. »

« Il sera utile de préparer des instruments de travail de caractère apologétique Chaque fidèle pourra ainsi mieux répondre aux questions qui se posent dans les différents milieux culturels, en rapport au défi des sectes, aux problèmes liés à la sécularisation et au relativisme, aux « interrogations qui proviennent d’une mentalité changée qui, particulièrement aujourd’hui, réduit le domaine des certitudes rationnelles à celui des conquêtes scientifiques et technologiques »

En avant la croisade. Pour le moment on n’a pas encore promis d’indulgences, mais cela ne saurait tarder.

Voici mon analyse de la situation, mais comme le dit une célèbre émission, « vous n’êtes pas obligés de me croire ». Vous pouvez aussi lire l’original de ce texte