Pour un dialogue nouveau entre Église et Société

Communiqué de l’équipe nationale des groupes Jonas

D’abord, nous constatons que de tous côtés, et notamment en différents pays européens, des appels pressants sont adressés à l’Eglise catholique pour qu’elle entende, enfin, certaines questions qui se posent et de manière insistante. Un moment étouffées- car les murs bétonnés existent dans l’Eglise- les vraies questions reviennent à la surface. Nous pensons, en particulier, aux conditions de réintégration des lefebvristes, au memorandum de plus de 400 théologiens germanophones, à l’appel de plus de 400 prêtres et diacres autrichiens, appel approuvé par plus de 71% de la population Leur inquiétude est aussi la nôtre et nous en sommes solidaires. Ces protestations expriment indiscutablement un malaise mais formulent également des demandes précises.. Ici, chez nous, nous sommes témoins que nombre de catholiques refusent le mouvement de restauration qui s’est instauré dans leur Eglise. Ils sont inquiets pour l’avenir de leur communauté, spécialement pour sa mission d’évangélisation.

1 – Une première crainte concerne la fidélité à l’enseignement de Vatican II. Elle vient d’être activée, lors de la rencontre du cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et de Mgr Felay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X. C’est toute la légitimité du Concile qui est en jeu, avec quelques questions majeures : la collégialité épiscopale, le dialogue interreligieux, l’oeucuménisme, la liberté religieuse. Est-il nécessaire de rappeler qu’un concile œcuménique est la plus haute instance législative de l’Eglise catholique ? A l’inverse d’autres conciles, Vatican II n’a pas été convoqué pour défendre une institution menacée ou revendiquer un pouvoir hégémonique dans la société mais pour confronter la Parole de Dieu avec le dynamisme de l’histoire. Quelles que soient les limites du travail conciliaire, c’est pour une large part, en acceptant ce parti-pris d’ouverture à la rencontre et à la liberté de recherche, qu’il a permis à l’Eglise de mettre en relief son identité profonde. Cette ouverture – déjà mise en valeur dans la longue histoire du Peuple de Dieu- dépasse, quoiqu’on en dise, de simples problèmes de réformes. C’est une manière autre de concevoir la nature de ‘Eglise et sa situation dans le monde. C’est pourquoi, l’éventualité d’une seconde « Prélature personnelle » ( après celle de l’Opus Dei), en vue de réintégrer les lefébvristes ne laisse, à notre avis, présager rien de bon. Nous craignons que cela revienne à légitimer l’existence d’une Eglise dans l’Eglise et cela sur simple décision du pape. Va-t-on sacrifier les éléments novateurs de Vatican II sur l’autel d’intégristes résolus ?

2) Un deuxième aspect retient notre attention. Il est lié à la vie ecclésiale. Il s’agit de ces sujets qui reviennent sans cesse dans les synodes diocésains mais qu’il est interdit –curieusement – de transmettre à Rome. L’un des plus fréquemment évoqués concerne l’attitude de l’Eglise catholique à l’égard des divorcés remariés. La question revient souvent, posée désormais par de hautes instances de la communauté ecclésiale (tel le président de la Conférence épiscopale allemande), par nombre de pasteurs et par une fraction chaque jour grandissante du peuple chrétien. Beaucoup s’étonnent – à juste titre- que l’Eglise ne tienne pas compte de la diversité des situations. Le synode des évêques sur la famille, en 1980, demandait par 179 voix contre 20 « qu’on se livre à une nouvelle recherche à ce sujet, en tenant compte également des Eglises d’Orient, de manière à mieux mettre en évidence la miséricorde pastorale ». Cette demande expresse n’a produit aucun résultat, et il n’est pas étonnant que la loi encore en vigueur ait pour effet d’encourager les décisions individuelles de plus en plus nombreuses.

3) Nous relevons aussi la question des ministères La situation des prêtres, en nombre continu de décroissance et de vieillissement, est devenu un véritable défi. Certains « se tuent » littéralement à la tâche, trop souvent limitée au culte, et les nouvelles formes d’aménagement pastoral sont plus qu’hésitantes. D’autre part, beaucoup d’instances d’animation pastorale (conseils pastoraux, équipes pastorales) ne remplissent pas leur mission. Parmi les questions posées, en France et ailleurs, on ne peut oublier celle de l’ordination presbytérale d’hommes mariés, sans en faire une panacée et en tenant compte du contexte. Quant aux diacres permanents, la plupart mariés, on constate que certains deviennent de véritables animateurs de paroisses, ce qui interroge sur la spécificité du diaconat et sur la confusion qu’on entretient entre « exercer un ministère » et choisir tel état de vie (célibataire, marié).Revient aussi, en différents lieux, la question de l’ordination des femmes, soit au diaconat, soit à la prêtrise. Sans doute, faudrait-il distinguer ce qui est théologiquement possible et ce qui demeure inopportun dans le contexte actuel…

4) Un autre point d’attention porte sur la rupture culturelle qui s’établit entre l’Eglise et la société. C’est cela notre première préoccupation. Le langage, les rites, la communication, la manière de sentir et de penser de l’institution ecclésiale sont décalés et deviennent imperméables à la majorité de nos contemporains. Il s’agit bien plus que d’une question de vocabulaire, il s’agit d’une manière autre d’approcher les réalités que nous vivons, et particulièrement les réalités d’ordre religieux. Nous assistons à un véritable mouvement d’émancipation par rapport aux arguments d’autorité et de tradition, et à une revendication de la liberté de penser et de croire. Ce rejet d’une vérité toute faite et intangible, ce refus d’une parole surplomblante et enfermante, cette impossibilité d’admettre un pouvoir discrétionnaire et sans appel sont au cœur du divorce qui sépare l’institution ecclésiale et la société. Le système doctrinal et ritualiste élaboré par des cultures et des langages du passé devient irrecevable de nos jours. Par contre, il nous paraît primordial d’être attentif à la richesse des différentes cultures. Ne faudrait-il pas revenir à la Source, c’est-à-dire à l’appel de Jésus de Nazareth à le suivre sur les chemins inédits de libération qu’il ne cesse d’ouvrir ? D’autre part, n’est-il pas urgent de clarifier la notion de « nouvelle évangélisation » désormais à l’ordre du jour ? En quoi l’évangélisation sera-t-elle nouvelle ? – Ce n’est sûrement pas en faisant appel d’abord à de nouveaux « outils » (Internet, rassemblements de tous ordres) pour autant nécessaires dans notre monde de communication. L’évangélisation sera « nouvelle » si elle s’inscrit concrètement dans un contexte qui lui, est, incontestablement, nouveau. Fera-t-on l’effort d’analyser ce nouveau contexte socio-culturel et d’en tirer courageusement les conséquences qui en découlent ? Nous demandons instamment que le synode romain 2012 y soit attentif.

C’est bien une Eglise en débat qui est ici en jeu pour affronter les défis de notre temps. Nous avons voulu y prendre notre modeste part et nous serions heureux si elle suscitait vos propres réactions.

L’équipe nationale des groupes Jonas

Brève présentation de Jonas.

Les groupes JONAS sont nés dans les années 1987-1988. Jonas » a toujours eu comme souci de participer au grand projet de Vatican Il : « une Église qui se laisse interroger par le monde », « une Église douée d’une parole audible et compréhensible » pour ce monde. Les membres fondateurs de Jonas ont depuis plus de vingt ans, toujours veillé aux orientations de Vatican II sans en faire un point final. Jonas s’est donné quelques moyens d’observation :

des groupes dans bon nombre de Diocèses

un bulletin : « Courrier de Jonas » et un site Internet :

www.groupes-jonas.com/neojonas Adresse mail du site : redaction@groupes-jonas.com

La fin de la sécularisation ?

Cet article est la reproduction telle quelle d’un article du blog  http://royannais.blogspot.com/ et qui s’appelle « Pour les hommes c’est impossible ». Vous pouvez remarquer qu’il figure parmi les blogs que je recommande

Suite aux JMJ madrilènes, sans doute emporté par un enthousiasme aussi compréhensible que peu réfléchi, un des responsables locaux de l’événement déclare dans La Croix du 16 août : « Ces journées vont marquer la fin d’une époque : celle de la sécularisation de notre société ».

C’est n’avoir rien compris à ce qu’est la sécularisation ; c’est ainsi passer à côté de ce qu’est la culture occidentale contemporaine. On peut sans doute se lever contre cette culture, voire la considérer comme non-culture, mais imaginer que l’on pourrait en stopper le mouvement de fond suffirait à vous discréditer à tout jamais et l’on s’étonne que des personnes portées par autant de naïveté ou de refus de voir la réalité, occupent des postes de responsabilité dans l’Eglise. A moins que ce ne soit pour tenir un discours idéologique, contre les faits, qu’elles n’occupent ces postes.

Je ne vais pas refaire ici une analyse de ce qu’est la sécularisation. Même de façon diverse voire contradictoire, elle est suffisamment décrite, y compris par des théologiens ou évêques, y compris par des discours théologiques et pastoraux. Je pose la question contre laquelle semble buter les espoirs fous de notre homme.

Si la sécularisation est inexorable, si on ne peut envisager voir sa fin, quelle chance reste-t-il à l’Eglise ou à l’Evangile ? A l’Eglise, pour le dire tout net, si elle n’accepte pas de changer son regard sur la société moderne, il ne lui reste d’autre avenir que celui d’une secte. Et l’on dirait qu’ils sont nombreux les responsables ecclésiastiques, notamment parmi les plus en vue, qui s’emploient à la sectarisation de l’Eglise.

L’Evangile réchappera-t-il au naufrage annoncé de l’Eglise ? Le pire n’est pas toujours sûr et la force de conversion de l’évangile, une fois encore, pourrait toucher l’Eglise elle-même. Si nous acceptons de ne pas défendre des positions (territoriales mais surtout idéologiques) mais de tout perdre ‑ car celui qui veut sauver sa vie la perdra, à commencer par l’Eglise – alors tout n’est pas perdu. Si nous acceptons de persévérer dans le service des frères, à commencer par les plus pauvres, comme le fait nombre de chrétiens, à titre personnel et/ou dans des institutions ecclésiales, alors tout n’est pas perdu. Si le Seigneur a été rejeté et a connu la mort, l’Eglise pourrait-elle rêver pour elle-même d’autres chemins ? Elle se mentirait et trahirait son Seigneur. La victoire de la résurrection n’appartient à ce monde que sous la forme des arrhes de l’Esprit.

Déjà en 1987, le Cardinal Kasper écrivait : « Partout l’Eglise est devenue plus ou moins une Eglise dans la diaspora du monde moderne, et cette diaspora, qui est la situation ordinaire de l’Eglise […] elle doit l’accepter dans l’obéissance comme le moment historique que le Seigneur a disposé pour elle. En un certain sens, cette situation est même plus conforme à ce qu’est l’Eglise que celle où Eglise et société se recouvrent. Dans cette perspective, le Moyen Age représente davantage l’exception que la norme et la règle.

Dans une société pluraliste, personne ne peut plus imposer des repères au nom de son autorité ou d’une révélation. Ce que l’on peut faire, plutôt que de se lamenter, c’est éduquer les uns et les autres à ce qu’ils puissent se forger des repères ou accueillir des repères raisonnables. Non que ces repères devraient être réduits à ce qu’une humanité seulement humaine ‑ trop humaine ‑ pourrait concevoir. Mais ces repères doivent pouvoir apparaître, dans leur extravagance même, le cas échéant, susceptibles de conduire l’humanité sur les chemins de la vie en abondance, celle que dans la foi, on nomme divinisation. Qui dit éducation, dit tâche à sans cesse recommencer, jamais achevée, peu capitalisable.

Il y a nécessité à faire entendre dans la société la bonne nouvelle de l’évangile ; c’est notre devoir de disciples et un droit pour tout homme. Que l’évangile soit accueilli ou non, ce n’est pas notre affaire, si ce n’est pour nous inviter à toujours plus d’écoute de ceux auxquels nous voulons nous adresser. Nous devons faire en sorte de ne rien trahir de l’évangile et cependant ôter tout ce qui dans notre discours le rend inaudible avant même que nous n’ayons ouvert la bouche. Cela nous mènera sur des chemins que nous ne pouvons pas prévoir. Un autre te mettra ta ceinture (Jn 21,18). Certains payent le prix du martyre, mais avant d’en venir là, et de façon générale, nous devons commencer par consentir à notre propre conversion, abandonner nos certitudes, celles qui nous rendent inaptes à faire résonner la parole de vie dont pourtant nous sommes les dépositaires comme baptisés-confirmés, comme Eglise. Avant d’aller au bras de force avec la société, avant d’aller fanatiquement ou bêtement au casse-pipe, il y a à concéder que nous sommes parfois plus attachés à telle pratique qu’à l’évangile. La réforme est urgente, je n’y reviens pas une fois de plus. On n’est juste étonné, puis scandalisé, de ce que les responsables l’empêchent malgré les nombreux appels que ne cesse de susciter le sensus fidei. Vous annulez la parole de Dieu au profit de votre tradition (Mt 15,6).

L’annonce de l’évangile n’est pas proportionnelle au nombre de chrétiens. Au contraire, rarement autant qu’aujourd’hui et comme aux premiers siècles, on annonce l’évangile. Il n’était‑ quel malheur ! – plus à annoncer quand on croyait que tous étaient chrétiens. Avec les hommes de bonne volonté, avec les croyants d’autres religions, nous pourrons nous mettre d’accord sur ce qui semble raisonnable pour le vivre ensemble, pour limiter la violence et les injustices. Et cela ne marchera pas forcément plus mal qu’en des époques très chrétiennes qui n’ont pas été épargnées par les pires crimes, commis, par la force des choses, par des chrétiens.

Nous avons notre grain de sel à mettre dans ce monde qui demeure celui de l’injustice, de l’inhumain (Cf. Mt 5,13). Et si le sel de la terre relève le goût de l’humanité, le commandement du Seigneur de faire entendre à tous son amour n’aura-t-il pas été respecté ? Comme se plaît à le dire l’évêque émérite de Poitiers, si tout le plat est sel, il est immangeable. Le sel ne se montre pas, ne se voit pas dans le plat. Dès qu’on l’a oublié, tous voient le problème.

Il ne s’agit pas plus de montrer ses légions que de refuser une certaine visibilité. Cela non plus n’importe pas. Il ne s’agit pas de déserter ce monde sous prétexte que la sécularisation est très avancée, il vaudrait d’ailleurs mieux dire, sous prétexte que la déchristianisation est un fait avéré. L’Eglise a sa forme normale, naturelle oserai-je dire histoire de provoquer les défenseurs de la loi naturelle, comme diaspora. Il ne s’agit pas de se réfugier dans une bastide fortifiée. Il ne s’agit pas non plus de baisser les bras et de cesser d’annoncer l’évangile. Cherchez d’abord le Royaume et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît (Mt 6,33).

Source : http://royannais.blogspot.com/2011/10/la-fin-de-la-secularisation.html

Bravo le CCFD-Terre solidaire

Le CCFD-Terre Solidaire relaxé dans la plainte en diffamation déposée par le président de Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema

Lors de son audience du 30 septembre 2011, le tribunal a débouté le plaignant de son accusation en diffamation et l’a condamné à verser à chacun des quatre prévenus la somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article 472 du Code de procédure pénale.

Le CCFD-Terre Solidaire accueille très positivement cette décision de la justice française qui renforce la liberté d’expression des associations engagées dans la lutte contre la corruption, et crée un précédent en réponse aux tentatives d’intimidation de la part d’un chef d’Etat.

Elle conforte la légitimité de la société civile, lorsqu’au terme d’un travail sérieux, elle prend ses responsabilités et interpelle les responsables politiques : « lorsqu’on dit qu’un corrompu est un corrompu, on ne fait que dire une vérité ! »  indique Guy Aurenche, président du CCFD-Terre Solidaire.

C’est une vraie satisfaction pour le CCFD-Terre Solidaire qui, depuis 5 ans, et la sortie du premier rapport sur les « Biens mal acquis », dénonçait à la fois le pillage des ressources des pays du Sud par les clans au pouvoir et l’intérêt bien compris qu’en tirent les dirigeants et les entreprises des pays riches.

En effet, les transferts occultes dont il est à nouveau question dans l’actualité, ont un impact direct sur les conditions de vie des populations des pays du Sud. En lien avec les  organisations locales qu’il soutient à travers le monde pour lutter contre la faim et promouvoir  le développement, le CCFD-Terre Solidaire continuera de combattre les mécanismes internationaux qui appauvrissent les pays du Sud et de dénoncer les violations des droits humains.

Cette décision s’ajoute aux récents rebondissements de la plainte, déposée par Transparence internationale, à l’encontre de trois chefs d’Etats africains concernant des Biens mal acquis. Le 21 septembre dernier, la justice française a, en effet, opéré une perquisition dans l’hôtel particulier de la famille Obiang avenue Foch et saisi la semaine suivante 11 voitures de luxe à cette même adresse à Paris. 

C’est dans ce contexte que la venue du président Obiang est annoncée au Sommet du G20 à Cannes les 3 et 4 novembre prochains. Le CCFD-Terre Solidaire attend des actes forts de la part du gouvernement français, qui préside ce Sommet, afin que cette visite ne s’apparente pas à une caution à ce régime.

Source : http://ccfd-terresolidaire.org/ewb_pages/d/doc_2629.php?PHPSESSID=99c0f7eac968abe21599de6d5f01affd

Le voyage de Benoît XVI en Allemagne : Un gout amer d’immobilisme

Aucune avancée de Rome sur la question des divorcés remariés, du rôle des femmes dans l’Eglise ou de l’homosexualité. Aucun geste vis-à-vis des protestants qui espéraient un assouplissement dans le domaine de l’hospitalité eucharistique pour les couples mixtes. Etait-ce le moment de dire qu’il se sentait plus proche des orthodoxes que des protestants, dans un pays où il y a autant de protestants que de catholiques ? Etait-ce le plus important d’appeler les allemands à l’obéissance et de juger que les différents avec Rome ont leur origine dans un manque de foi, la vraie foi catholique bien entendue ?  Bref, l’attente de beaucoup de personnes a été déçue. Il est vrai que Benoît XVI avait déclaré dans l’avion qui le transportait en Allemagne qu’il ne fallait pas s’attendre à des annonces spectaculaires. L’inflexion de Rome pour la modernité n’est pas pour demain. Le dialogue avec le monde non plus. C’est un scandale permanent que le « Saint Siège » en tant qu’Etat du Vatican soit encore l’un des derniers Etats à ne pas encore avoir ratifié ni la Déclaration des Droits de l’Homme de l’ONU, ni la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Et ce n’est pas en fustigeant ceux qui n’ont pas les vues conservatrices de Rome de victimes du relativisme, de l’hédonisme ou du matérialisme que la situation s’améliorera. Il est cocasse d’entendre que l’Eglise d’Allemagne a trop de structures et pas assez de foi. Qu’en est-il de la bureaucratie et de la curie vaticane ? Ne pourrait-on pas dire trop de religion et pas assez de foi ? De plus les allemands, comme d’autres aussi, ont été traumatisés par les affaires de pédophilie. Mais il y a quelques années ils l’ont aussi été lorsqu’on a obligé les catholiques de sortir des centres d’entretien pour les avortements. Ils l’ont aussi été quand les initiatives en matière liturgiques  des laïcs ont été muselées. Les chiffres présentés récemment par la Conférence Episcopale pour l’année 2010 le révèlent : jamais durant l’histoire de la République Fédérale d’Allemagne le nombre de catholiques n’a diminué aussi rapidement, malgré le fait que le pape soit originaire d’Allemagne et qu’il concentre l’attention de son pontificat sur l’Europe.

Pour avoir plus de détails de la visite du pape en Allemagne, je vous recommande d’aller sur le blog

http://paroissiens-progressiste.over-blog.com/

En 7 articles les différents aspects de ce voyage sont évoqués. Il suffit de mettre le mot Allemagne dans la case Recherche

C’est inouï, tout ce que Dieu est sensé vouloir

Avec l’appel des prêtres autrichiens, mais ils ne sont de loin pas les seuls, revient entre autre à l’ordre du jour le célibat du prêtre, l’ordination sacerdotale des femmes. Et un observateur extérieur et bon nombre de membres de l’Eglise ne peuvent que rester perplexes à la surdité apparente de la hiérarchie de l’Eglise. Bien plus, on sanctionne  évêques, prêtres ou théologiens qui osent seulement se poser la question d’une éventuelle remise en cause du célibat du prêtre ou de l’ordination sacerdotale de la femme. De plus on fait prêter aux évêques, un sermon d’allégeance au pape. Le contredire est donc une faute grave de rébellion

Bien que cette attitude soit difficile à comprendre, lisons l’interview que le Cardinal Mauro Piacenza, préfet de la Congrégation pour le clergé, a donnée le 20 septembre dernier à Zenit, journal promu par les légionnaires du Christ. http://www.zenit.org/article-28980?l=french Précisons qu’il ne s’agit pas de faire un procès d’intention à ce cardinal précis. Il n’est hélas que le reflet d’une bonne partie de la hiérarchie catholique

Vous y découvrirez que c’est Dieu qui a voulu cela. Un argument en béton qui interdit toute remise en cause. Quelle inconscience, quelle faute grave que de vouloir remettre en cause la volonté de Dieu. Et on en est sûr à 100% qu’il en soit ainsi. Par quels mystères, par quels cheminements connaît-on sans se tromper la volonté de Dieu ? On ne peut que glisser dans le discours idéologique, confondre volonté de Dieu et traditions (que j’écris volontairement avec un petit t). Se forger soi-même un carcan dans lequel on s’enferme et qui n’a plus rien à voir avec  une exigence évangélique quelconque, quel drame, ceci d’autant plus que s’enfermer dans un bunker idéologique de certitudes coupe complètement du monde et des réalités de la base.

Juste quelques citations :

L’Eglise est fondée par le Christ et nous ne pouvons pas, nous les hommes, déterminer son profil. La constitution hiérarchique est liée au sacerdoce ministériel, qui est réservé aux hommes. L’Eglise est le Corps du Christ et en son sein, chacun est membre selon ce qui a été établi par le Christ. Par ailleurs, dans l’Église il n’est pas question de rôles masculins et de rôles féminins mais plutôt de rôles qui supposent, par volonté divine, une ordination ou pas.

La hiérarchie dans l’Eglise, en plus d’être une institution qui vient directement de Dieu, doit toujours être vue comme un service à la communion. Seule  l’équivoque, dérivant historiquement de l’expérience des dictatures pourrait faire penser à la hiérarchie ecclésiastique comme à l’exercice d’un « pouvoir absolu »

Le célibat  n’est pas une simple loi ! La loi est la conséquence d’une réalité bien plus élevée que l’on ne saisit que dans la relation vitale avec le Christ. Le véritable drame réside dans cette incapacité aujourd’hui à faire des choix définitifs, dans cette terrible réduction de la liberté humaine qui, devenue si fragile, n’arrive plus à poursuivre le bien, même lorsque ce bien est reconnu et perçu comme une possibilité pour notre propre existence.

La prière pour les vocations, un réseau intense, universel, étendu, de prière et d’adoration eucharistique qui enveloppe tout le monde, est la seule véritable et possible réponse à la crise des vocations.

Si bien que c’est dans le courage de la vérité, au risque d’être insultés et méprisés, que se trouve la clef de la mission dans notre société ; et c’est ce courage, qui forme un tout avec l’amour, avec la charité pastorale,  que l’on doit retrouver et qui rend encore plus fascinante, aujourd’hui plus que jamais, la vocation chrétienne.

Que toutes les forces s’unissent non pour se dire que nous sommes tous « frères et soeurs » mais pour se communiquer l’audace d’inventer nous mêmes » l’Eglise autrement dans la sérénité et la confiance », sans crainte d’incompréhension ni d’affrontement mais sans les provoquer. La vie en Eglise se crée autrement, sans attendre d’autorisation et sans se croire obligé de désigner des ennemis.

Vous avez compris que cette dernière citation n’est pas du cardinal Piacenza

La sortie de religion, est-ce une chance?

Tel est le titre du livre qu’ont écrit conjointement Michel GIGAND, Michel LEFORT, Jean-Marie PEYNARD, José REIS et Claude SIMON, à la fois ouvriers et prêtres dans le Calvados, qui se rassemblent chaque semaine en équipe depuis plus de vingt ans. La condition ouvrière, leurs engagements dans le Mouvement ouvrier (SUD Solidaires et CGT) et dans des organisations citoyennes les ont profondément changés au fil des années.

Le processus de sécularisation, qui touche les sociétés occidentales et spécialement la nôtre et qui est vu négativement dans certains milieux chrétiens, a interpellé ces prêtres ouvriers qui, eux, y voient une chance. Les réflexions du théologien Joseph Moingt et du philosophe Marcel Gauchet sur « le christianisme comme religion de la sortie de religion » les ont beaucoup marqués. Ils décrivent la religion de leur enfance (hélas encore parfois actuelle) comme une religion englobante détentrice du « salut » avec ses interdits et ses accommodements… La vie quotidienne avec des travailleuses et des travailleurs qui, très majoritairement, ne partagent pas la foi chrétienne les a bousculés. Les luttes syndicales pour plus de justice et pour changer une société devenue si inégalitaire ont remis en cause bien de leurs façons de voir et aussi de croire. Ils essaient de décrire ces changements importants ainsi que leurs évolutions dans la façon de lire la Bible, de l’appréhender, et d’en comprendre le message pour aujourd’hui. Ils expérimentent que la foi chrétienne dépasse la religion qui la porte ; les premiers chrétiens ont dû dépasser leurs religions, juive ou païenne, pour témoigner du message universel de Jésus, tel que l’a mis par écrit le « collectif Jésus » à la fin du premier siècle. Vivant dans un contexte de sortie de religion, leur conviction est que les chrétiens, à leur place et parmi d’autres, sont invités à être des acteurs de la réussite de l’humanité. Ils nous proposent de saisir cette chance.

Laissons-leur la parole :

Claude Simon 

 C’est la vie quotidienne  avec cette multitude de militants de tout poil embarqués dans un même combat syndical, humanitaire, pacifiste, antiraciste… qui m’a fait découvrir Celui en qui j’ai fait le pari de croire et dont j’essaie, vaille que vaille, de témoigner : un Dieu qui vient vers moi et que je peux rejoindre en le recevant, un Dieu en mouvement, un Dieu actuel dont le visage est Jésus-Christ, l’Homme qui m’aide à me dépoussiérer de mes certitudes, l’Homme qui rend libre et nous aide à devenir vivants. Un Dieu en mouvement, donc un Dieu pas fini, un Dieu présent mais en même temps futur, un Dieu actuel mais en même temps à-venir, un Dieu qui devient de plus en plus Dieu à mesure que l’humanité devient de plus en plus humaine. Et cela, ça dépend de nous car Dieu croit en l’homme et nous demande de prendre le relais de son Fils. Comme le dit Madeleine Delbrel : « L’Évangile n’est pas seulement l’histoire du Dieu vivant, c’est l’histoire du Dieu à vivre ! »

Michel Lefort 

À notre époque surtout, la religion catholique est fixée sur son identité, sur ses problèmes internes, et ne s’intéresse pas aux problèmes des hommes de notre temps. Réintégrer le latin dans la liturgie, en faire un problème médiatique, alors que des millions d’hommes souffrent des effets du capitalisme et les réduit, peu à peu, à des vies de sous-hommes, et que cela ne semble pas la concerner, montre le peu de cas qui est fait des Évangiles et de l’esprit qui les traverse. La religion catholique, dans ce cas, est réduite à des rites, à des pratiques cultuelles et perd son attraction évangélique…La religion ne redeviendra intéressante (digne d’intérêt) pour les hommes d’aujourd’hui que si l’Église catholique (pour nous) vit des Évangiles, et que cela se voie. On a notre responsabilité, à notre petite place, mais il faut s’attaquer à une montagne… Raison de plus pour essayer…

José Reis

En 1971, à mon arrivée en France, l’entrée au travail donne un grand coup d’arrêt au peu qui me reste d’ancrage de ma vie comme membre d’un ordre religieux. Le cultuel est mis de côté et donne place entièrement au combat pour la dignité de l’homme. La foi d’avant, la foi dans un Dieu qui peut tout et qui domine tout, est remplacée par une foi dans l’humain. Maintenant je crois au combat pour la dignité de l’homme en tous ses aspects, mais gardant la foi dans le Dieu révélé par Jésus Christ, le Dieu des petits et des pauvres, cela m’amène, occasionnellement à le célébrer par des actes cultuels. Je crois qu’un jour viendra où ce sera à l’homme d’aider Dieu et non à Dieu d’aider l’homme à sauver l’humanité.

Michel Gigand

Petit à petit la religion catholique « officielle » me devient de plus en plus insupportable. Progressivement et souvent insensiblement des détachements s’opèrent. Et cela va se faire parce que des pratiques chrétiennes autres au coeur de la vie profane vont prendre place. Cela me devient de plus en plus insupportable de participer à un culte coupé de la vie avec des sermons, des discours, ou bien qui plagient les lectures bibliques faites comme si c’étaient des textes d’aujourd’hui, ou bien qui déversent une morale dogmatique où l’on ne sent pas la tendresse du Dieu de Jésus envers tous les humains. Des vieux textes d’un autre temps sont lus sans donner le contexte de l’époque, comme si le Dieu de Jésus se moquait de l’histoire humaine. J’ai tellement été marqué par un passé de chrétienté que j’ai du mal à me laisser imbiber par ces convictions. J’ai du mal à entrer dans la conviction que le divin se trouve là au coeur du profane : j’ai encore trop souvent tendance à le chercher ailleurs. N’est-il pas depuis si longtemps dans les tabernacles, dans les églises bâtiments, dans des choses sacrées… C’est dur de se défaire d’un imaginaire social de chrétienté. Pour moi personnellement, à la fois je crois qu’aujourd’hui je suis capable de vivre de la foi chrétienne libératrice sans obligation de religion et, à la fois, je pense que cela peut aussi me convenir de vivre des actes religieux dans la mesure où ils sont célébrations, partages, reconnaissance, révélation de la présence de l’Esprit au coeur de l’humanité. Une religion de chrétienté hiérarchique, non démocratique, dogmatique, intransigeante : NON ! Une foi chrétienne porteuse du message libérateur de Jésus, ouverte et tolérante : OUI !

Jean Marie Peynard

Dans toutes ces années de travail dont vingt-cinq passées aux PTT, et maintenant à la retraite, j’ai pu partager avec les collègues de travail et les militants syndicaux beaucoup de revendications et de valeurs communes de solidarité et de luttes pour la défense des services publics et des droits des salariés. Ce faisant, s’est forgée de plus en plus la conviction de participer à une humanité en marche pour un avenir meilleur qui, je le crois, a quelque chose à voir avec le Royaume annoncé par Jésus.

Le livre est publié chez l’Harmattan, décembre 2010

Le Youcat : tout n’est pas parole d’Evangile

Voici une analyse sur trois des articles qui se trouvent dans le Youcat

5          Pourquoi certaines personnes nient-elles l’existence de Dieu alors qu’elles peuvent le connaître par la raison ?

Pour l’esprit humain, connaître le Dieu invisible est un grand défi qui en fait reculer plus d’un. Beaucoup ne veulent pas reconnaître Dieu parce que cela les obligerait à changer de vie. Celui qui dit qu’il est absurde de se poser la question de Dieu se simplifie la vie un peu trop vite.

On part du principe que je peux connaître Dieu par la raison. Des catéchismes encore plus anciens parlent des preuves « ontologiques » de l’existence de Dieu (par exemple l’histoire de l’œuf et de la poule…)

On peut très sérieusement mettre en cause cette approche. Cela sous entend aussi que l’existence de Dieu ne peut être qu’évidente si je réfléchis un peu. Si je ne l’admets pas, c’est que je suis un minable. Cela provient sans doute du fait, qu’à cause du péché originel, je porte en moi une « goutte de venin » (paragraphe 68), qui m’empêche de reconnaître Dieu et de lui attribuer la place qu’il mérite.

Dans un système idéologisé et j’ajouterai fanatisé, cette logique tient la route. Mais, indépendamment de la non véracité de ce genre d’affirmation, elle présente de graves inconvénients

  • ·         Si j’étais incroyant, je me sentirai vexé et insulté par ce genre d’affirmation. Les incroyants sont des pauvres types qui s’engagent dans une voie sans issue, alors qu’il ne dépend que d’eux de se mettre sur la bonne voie. (Ceci est encore affirmé dans l’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI). Je ne suis pas sûr que c’est le meilleur moyen d’engager le dialogue Eglise-monde et je comprends très bien que les personnes extérieures à l’Eglise puissent se méfier de l’Eglise. En plus, il ne s’agit pas de n’importe quel Dieu. C’est celui de l’Eglise catholique romaine et sans doute pas du Dieu de ceux qui ne sont même pas des églises (les protestants)
  • ·         Pour accueillir Dieu, il faut que je fasse des efforts. Ce n’est donc pas à la portée de tous. Je fais donc partie de l’élite des purs et des durs qui, à cause de leurs efforts et de leurs mérites, mettent Dieu au centre de leur vie.
  • ·         Un gourou d’une secte ou un chef politique fasciste ne s’y prendrait pas autrement pour galvaniser ses troupes.
  • ·         On a complètement oublié la déclaration de Vatican II sur la liberté religieuse. Il est vrai que pour certains, Vatican II est une parenthèse qu’il faut vite gommer et qu’avant Vatican II, l’Eglise a combattu l’idée de la liberté religieuse

 

160      Pouvons-nous aider les âmes du purgatoire ?

Oui, puisque tous les baptisés dans le Christ forment la communion des saints et sont solidaires les uns des autres, les vivants peuvent aider les âmes des défunts qui sont au purgatoire.

Une fois mort, l’homme ne peut plus rien faire pour lui-même. La période de probation active est terminée. Mais nous, nous pouvons faire quelque chose pour les défunts du purgatoire. Notre amour est actif jusque dans l’au-delà. Par nos jeûnes, nos prières, nos bonnes actions, mais, surtout par la célébration de l’eucharistie, nous pouvons demander des grâces pour les défunts.

Précisons que le purgatoire est une spécificité catholique et une invention des théologiens du XIIe siècle. (il est vrai que certains y voient des traces dans le livre des Maccabées, mais pas sous la forme où cela est conçu actuellement). Mais indépendamment de cela qu’est ce qui est important ? Le jeûne, la prière, nos bonnes actions et la célébration de l’eucharistie. On n’a pas abandonné l’idée que ce sont nos mérites qui nous sauvent et apparemment aussi d’autres. C’est une façon de fabriquer des dévots et des piétistes. Il me semble que tout est grâce. Ne confondons pas foi et religion. (on peut relire l’article Foi et religion ). On a complètement oublié qu’un accord catholique-protestants sur la justification par la foi a été signé qu’on contourne allègrement avec le concept de « Consensus différencié » qui, en langage moins diplomatique signifie que chacun croit ce qu’il veut.

Dans le même registre (mais Youcat n’en parle pas), tout le fatras des indulgences reste toujours valable dans l’Eglise catholique. Lorsque le pape le décide, à un moment donné (mais si on décide que c’est le jeudi, cela ne marche pas le mardi), à un endroit donné, en faisant des salamalecs bien précises, visiter telle église, réciter telle prière et surtout prier aux intentions du pape, on obtient des indulgences qui, si on a suivi le bon rituel et que le pape en a décidé ainsi, sont plénières et dont on peut aussi faire bénéficier les âmes du purgatoire. Que des esprits un peu simplets y trouvent leur compte, tant mieux pour eux, mais l’Eglise ne se rend pas compte qu’en encourageant de telles pratiques, elle perd toute crédibilité vis-à-vis de l’extérieur et vis-à-vis de bon nombre de ses membres.

Encore un mot sur la célébration de l’eucharistie. Dans la stratégie de reconquête de la nouvelle évangélisation, l’accent sera mis sur l’adoration du saint sacrement, la fête Dieu ou le Sacré Cœur qui sont des dévotions populaires datant du moyen âge et dont on ne voit pas de traces dans le premier millénaire. Ne soyez donc pas surpris si on essaiera de remettre tout cela à l’honneur. On voudrait aussi porter l’accent sur la confession. Mais apparemment pour le moment cela ne marche pas. On a voulu faire une grosse pub en installant 200 confessionnaux dans les rues de Madrid et le pape, dans sa grande mansuétude, a permis aux prêtres de ces confessionnaux, de pardonner le péché d’avortement.

 

374      Pourquoi Dieu est-il plus important que la famille ?

Personne ne peut vivre sans relation avec autrui. Pour quelqu’un, la relation la plus importante est celle qu’il entretient avec Dieu. Elle passe avant toutes les relations humaines, même avant les liens familiaux.

Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents ni les parents à leurs enfants. Toute personne appartient directement à Dieu, elle n’a de lien absolu et pour toujours qu’avec Dieu. C’est ainsi qu’il faut comprendre le sens de la Parole de Jésus à ceux qu’il appelle Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi (Mt 10, 37). C’est pourquoi les parents remettront leur enfant avec confiance dans les mains de Dieu, si le Seigneur l’appelle à lui donner sa vie comme prêtre ou comme religieux (ou religieuse).

Quel est ce dieu jaloux et despote qui voudrait qu’on le préfère à sa propre famille ? Il me semble que c’est Dieu qui nous aime en premier, gratuitement et sans condition. Et celui qui prétend aimer Dieu et qui n’aime pas son prochain est un menteur. Cette vision de Dieu je la rejette. Elle ne correspond pas au Dieu d’amour, libérateur. Je comprends difficilement que quelqu’un qui a fait l’expérience d’une vraie vie de famille puisse écrire cela. En absolutisant cette vision fanatique (c’est aussi l’exigence de gourous de sectes et on sait les drames de suicides collectifs que cela a parfois donnés), cela peut déboucher sur des situations tout à fait inhumaines.

Ce commentaire en dit aussi long sur le fait que ce sont aux parents de remettre dans les mains de Dieu les enfants qui veulent devenir prêtre, religieux ou religieuse. Cela nécessiterait tout un développement sur la conception qui est véhiculée sur la vie religieuse qui est considérée (il faut bien gratifier les personnes qui s’y engagent) comme un état supérieur aux autres.

Youcat, ou Le Petit Benoît illustré

Voici le début d’un article dont vous trouvez l’intégralité sur le site de la Conférence des Baptisés de France

http://www.baptises.fr/actualite/actualites-tristement-desopilantes/youcat-ou-le-petit-benoit-illustre/

En plus de l’article vous pouvez aussi lire pas mal de réactions de lecteurs du site. Il est à remarquer que sur ce site, pour la plupart des articles, on trouve beaucoup de réactions. D’ailleurs, sur mon blog, il figure parmi les sites que je recommande.

Exit l’Évangile, et vive Youcat ! Oui, c’est le petit Youth catechism qui sera donné aux jeunes des prochaines JMJ à Madrid, à leur arrivée, vers le 11 août prochain. En effet, au lieu de l’Évangile, habituellement donné aux jeunes, ce sera l’abrégé retravaillé en questions et réponses du Catéchisme de l’Eglise catholique de 1992 qu’ils trouveront dans leur sac à dos.

Que voulez-vous, la Bible est vieillotte, elle est compliquée, il faut toujours l’expliquer, débusquer les fausses interprétations pour donner des réponses un peu claires. Or, de nos jours, c’est un droit d’avoir une réponse aux questions que l’on se pose, et si la religion ne les donne pas, qui les donnera ? Qui consolera les jeunes de leur désarroi ?

Et puis, la Bible, je vais vous dire, elle inquiète. Elle met en scène des gens si douteux qu’on passe un temps fou à expliquer aux jeunes qui ils doivent suivre. A part Jésus et Marie, il n’y a pas grand monde de recommandable… Même Pierre ! C’est tellement plus facile d’en parler avec les grands auteurs plutôt qu’avec l’Évangile. Au moins, on ne passe pas une heure à expliquer le reniement.

C’est pour cela que, dans le Youcat, on a mis le Catéchisme au centre, sur deux larges et belles colonnes, avec nos commentaires, et l’Écriture, en bordure, sur les côtés des pages, avec des citations extrêmement brèves et un peu choisies, afin de ne pas alourdir la compréhension. On a fait bonne mesure tout de même : 210 mentions. Suffisant, non ? Et on a égayé la chose avec des citations du pape, Benoît, bien sûr, à tout seigneur tout honneur, il a 63 citations. Ainsi, chaque jeune aura vraiment lu du Benoît dans le texte, et illustré avec des photos. On a mis aussi des citations des papes d’avant, mais, c’est amusant, leur chiffre est juste inversé : 36. Certains voulaient aussi que l’on mentionne les conciles. On n’a pas discuté : 9 citations.

Ce qu’il faut, croyez-moi, pour des jeunes, c’est des repères. Du coup, on a préféré rédiger les questions en termes simples. Par exemple « Pourquoi devons-nous accepter la souffrance dans notre vie ? » (§102) ou « Que doit-on faire quand on a reconnu Dieu ? » (§34), ou « Combien d’enfants doit avoir un couple chrétien ? » (§419), ou « Est-ce grave si… » (§347), ou « Quels sont les cinq commandements de l’Eglise ? » (§345). (Allez, pour cette question, je vous donne les réponses car on vient de les mettre au point : aller à la messe, se confesser une fois l’an, recevoir l’eucharistie à Pâques, pas de viande le vendredi saint et le mercredi des cendres, subvenir aux besoins matériels de l’Eglise ! C’est pas mal, non ? Comme quoi nous n’avons rien à envier aux« cinq piliers », tout de même !)

Vatican II… respecté ou trahi

La revue canadienne « Prêtres et Pasteurs » a interviewé Mgr Charbonneau, évêque canadien qui a maintenant 88 ans et qui a participé au Concile Vatican II.

Revue Prêtre et Pasteur, juin 2011, «Vatican II… respecté ou trahi», p. 322-329.

Une partie plus longue de cet entretien se trouve sur le site Culture et Foi

http://www.culture-et-foi.com/texteliberateur/mgr_paul-emile_charbonneau_entretien.htm

Prêtre et Pasteur: Enthousiaste durant vos quatre années du concile, après cinquante ans, l’êtes-vous encore autant dans l’Église d’aujourd’hui? Comment vous y sentez-vous?

Mgr Charbonneau: J’ai gardé, je pense, mon enthousiasme dans mon ministère d’évêque. Le feu est toujours là. Par ailleurs une grande peine se mêle à mon enthousiasme. C’est de constater que le concile est oublié. Vatican II, un bel avenir oublié! À votre question je réponds: aujourd’hui, dans mon Église, je me sens mal à l’aise, perplexe et impatient.

Mal à l’aise, car je ne ressens plus cette belle liberté de parole que j’avais durant le concile. Cette liberté de parole, à l’image de celle du cardinal Frings d’Allemagne — dont le théologien personnel s’appelait l’abbé Joseph Ratzinger — qui disait en pleine salle conciliaire, le 9 novembre 1963: « Les congrégations romaines sont un scandale dans l’Église et dans le monde ». Une intervention suivie d’une longue salve d’applaudissements, la plus longue de tout le concile, dans ce lieu vénérable.

Perplexe. À certains jours, je me demande dans quelle Église on veut me voir vivre. Dans une Église qui fait des clins d’œil bienveillants aux anciens Lefebvristes, hostiles au concile, à qui on assigne une paroisse dans un diocèse de France sans en parler à l’évêque du lieu? Dans une Église qui accueille des évêques et des prêtres anglicans en dissension interne avec leur Église? Je me retrouve alors dans une Église traditionnelle de « récupération ». Et je me sens loin, bien loin de l’aggiornamento de Vatican II.

Impatient. Ma grande impatience, c’est de passer d’une Église cléricale à une Église peuple de Dieu, peuple des baptisés, telle que voulue par le concile Pour moi, dans le déroulement et le travail du concile Vatican II, l’initiative la plus décisive, l’initiative la plus chargée d’avenir a été l’introduction entre le chapitre premier du document sur l’Église et son chapitre troisième consacré à la hiérarchie, l’introduction d’un chapitre deuxième sur le peuple de Dieu.

À 88 ans, je n’ai pas le goût d’entrer en guerre avec la curie romaine. Je n’ai pas le goût de croiser le fer avec les mouvements intégristes du Québec. Je n’ai pas le goût de jouer à l’évêque rebelle. J’ai tout simplement le goût d’être vrai, d’être positif et d’annoncer à temps et à contre-temps ce que le concile Vatican II désire de son Église. Depuis un an, j’ai repris le bâton du pèlerin et j’en serai bientôt à ma 38e rencontre à travers le Québec pour remettre mes soeurs et frères chrétiens à l’école de Vatican II, pour les re-concilier. Depuis un an, j’ai échangé avec des milliers de laïcs et de religieuses, avec des centaines de prêtres, pour apprendre leurs déceptions et aussi et surtout leurs grands désirs.

C’est ainsi que je me situe dans mon Église d’aujourd’hui.

Prêtre et Pasteur: Quand vous êtes revenu du concile, selon vous, quelles idées maîtresses devaient orienter les efforts à accomplir pour répondre aux attentes des Québécois catholiques de cette époque?

Mgr Charbonneau: Je crois que nos chrétiens avaient comme première attente une liturgie renouvelée. Une attente clairement exprimée. Le concile pour nos Québécois c’était : « Le concile, c’est le changement dans la messe ». C’est d’ailleurs ce qu’ils avaient retenu du concile. Et ils ont été comblés sur ce point : beaucoup et d’heureux efforts ont été faits pour répondre à cette attente.

Mais il est une autre attente, peu exprimée, une attente, je dirais, silencieuse mais bien réelle : celle d’être reconnu dans l’Église, d’avoir une place dans l’Église. Je viens de dire que pour plusieurs, le concile c’était la liturgie. II faut ajouter qu’on avait aussi retenu une expression célèbre du concile : « le peuple de Dieu ».

Dans les années précédant le concile, les militants d’Action Catholique réclamaient leur place dans l’Église. Je revois encore cette jeune militante de la J.A.C. qui me dit avec du feu dans les yeux, lors d’une réunion des responsables d’Action Catholique : « Monseigneur, quand est-ce que vous allez nous lâcher « lousses »? » Ils étaient une minorité. Aujourd’hui ce sont des milliers de baptisés, appelons-les des « laïcs libérés », qui veulent vraiment passer d’une Église cléricale à une Église peuple Dieu et qui sont prêts à prendre des responsabilités. Ce sont ces laïcs et ces religieuses que j’ai rencontrés dans mes pérégrinations depuis un an. Ils ont des questions à poser, des déceptions à souligner, et aussi de grands désirs à exprimer.

Par ailleurs, je constate que la hiérarchie et le clergé, nous sommes encore attachés à notre Église cléricale. Nous nous entêtons à conserver le modèle constantinien au lieu de passer au modèle proposé par Vatican II, inspiré des trois premiers siècles où la conscience des chrétiens, disciples du Christ, d’être le peuple de Dieu était prédominante. Nous sommes préoccupés par le manque de prêtres et nous recourons à des prêtres de Pologne ou d’Afrique pour colmater les brèches. Évidemment si nous tenons au modèle de l’Église cléricale, nous manquerons de prêtres et nous paniquerons pour l’avenir. Si nous relevons le défi d’édifier une Église, peuple de Dieu, une Église des baptisés, en reconnaissant le sacerdoce commun des fidèles, nous vivrons sans panique, dans une Église remodelée, rebâtie selon les désirs de Vatican II. Au fond, nous ne vivons pas une crise du sacerdoce, mais une crise de baptêmes endormis. J’oserais dire — et je me cache la figure — que c’est parce que nous avions trop de prêtres que depuis seize siècles nous avons gardé le modèle d’une Église cléricale. Depuis Constantin au quatrième siècle. Jean XXIII disait à l’ambassadeur de France au Vatican, en 1963, alors qu’il se mourait : « J’ai voulu secouer la poussière impériale qu’il y a depuis Constantin sur le trône de Pierre ».

Je reviens donc à mon impatience : passer d’une Église cléricale à une Église, peuple des baptisés. C’est la grande urgence aujourd’hui.

Entre la routine et la magie, la messe

La réorganisation des horaires des messes, suite à la diminution du nombre de prêtres, a fait réagir plus d’un et espérons le a fait se poser des questions sur le sens de la messe. Il est vrai que deux écueils nous guettent. La messe, si nous n’y prenons garde peut devenir une routine ou un acte magique. La routine a pour conséquence de banaliser la démarche au point qu’on ne sait plus très bien pourquoi on va à la messe. Cela peut conduire les personnes conformistes à s’aliéner dans un ritualisme légaliste, source d’identification sécurisante et d’autres à abandonner une pratique dont ils ne voient plus l’intérêt.

A l’opposé, dans la ligne de l’idolâtrie dénoncée par les prophètes d’Israël, la magie se nourrit de la prétention de l’homme religieux à opérer son salut par des moyens dont il a la maîtrise. Ces moyens consistent de préférence en paroles et en conduites rituelles. A reconnaître aux rites correctement célébrés une efficacité quasi mécanique, on en vient à négliger dangereusement ce qui donne tout leur sens aux sacrements chrétiens, c’est à dire la démarche de foi par laquelle l’assemblée reçoit de Dieu, par le Christ et dans l’Esprit, le don du salut.

Le congrès eucharistique de Lourdes de 1981 définit en sept têtes de chapitres les divers moments de l’action eucharistique : l’Eglise se rassemble, proclame la parole de Dieu, rend grâce au Père, fait mémoire du Christ, fait appel à l’Esprit Saint, communie au corps du Christ et participe à la mission du Christ.

Cette dynamique existait déjà dès le début du christianisme. Cependant au Moyen Age, il y eut une inflation de messes et on pensait que plus le nombre de messes auxquelles on assistait était important et meilleure était notre vie de chrétien. Certains prêtres célébraient aussi des messes tout seuls, sans fidèles. Les lecteurs d’un certain âge se souviennent sans doute de prêtres qui célébraient une messe sur un autel latéral pendant que les fidèles étaient censés suivre la messe de l’autel principal. Comme gamin je m’amusais à voir lequel des prêtres allait le plus vite. Avec l’importance grandissante du rôle du prêtre au cours de l’histoire, d’acteurs les laïcs devinrent spectateurs. Qui ne se souvient de personnes récitant le chapelet durant la messe. Vatican II a partiellement rétabli l’équilibre, mais la majorité des fidèles gardent toujours une attitude passive, ce qui démobilise nombre de personnes et notamment les jeunes. Dans la mentalité catholique la messe a été tellement majorée que toute autre célébration est considérée comme mineure et souvent on pense que le fait d’assister à la messe est l’essentiel de la démarche chrétienne, oubliant ou négligeant la prière, la recherche spirituelle ou l’engagement dans la société et le service de nos frères.

Si nous ne voulons pas que la messe devienne routine ou magie, nous sommes amenés à nous poser des questions bien plus fondamentales que celles de savoir si on y va le samedi ou le dimanche ou si nous chantons en latin ou non.

Cet article s’inspire du livre de Charles Wackenheim portant le même titre