Préparation du synode sur la famille de 2014

Comme vous le savez sans doute, en 2014 il y aura un synode sur la famille. Rome  a émis un questionnaire pour préparer ce synode qui en principe s’adressera à tous. Voici ce document

Voici  une analyse de Stéphanie Le Bars, chroniqueuse religieuse au journal Le Monde (cliquez ici)

Et une autre de René Poujol, ancien directeur du Pèlerin (cliquez ici) Si vous avez le temps, son article est suivi de pas mal de commentaires, d’un bon niveau

J’y mets aussi mon grain de sel

  • C’est la première fois que pour préparer un synode, on consulte d’autres personnes que des évêques. Dans le processus habituel, les évêques remplissent un questionnaire. A partir de là est élaboré un document préparatoire. Dans la première semaine du synode, tous les évêques qui le souhaitent, peuvent s’exprimer. Dans la deuxième semaine on passe cela à la moulinette dans des réunions de groupes d’évêques. Dans la troisième semaine un document est élaboré après une rencontre de tous les évêques qui est censé faire la synthèse des travaux de la semaine précédente. Six mois après (la dernière fois cela a duré 2 ans) le pape fait une rédaction finale en gardant ce qui lui convient, en enlevant ce qui ne lui convient pas et en ajoutant même des éléments qui n’ont pas été discutés. J’ai suivi ce processus pour plusieurs synodes notamment le synode sur la famille de 1981 qui a abouti au document « Familiaris Consortio » auquel on fera sans doute référence lors du prochain synode. Si vous suivez l’évolution entre les premiers documents et premières déclarations jusqu’au document final, dans le document final vous ne vous retrouvez absolument pas par rapport à ce qui a été dit au début
  • Pour les synodes diocésains, on demande à qui veut, de s’exprimer pour préparer le document préliminaire (dans le diocèse de Metz où j’habite, il n’y a pas eu de synode diocésain). Mais en 1986 Jean Paul II a établi une liste de sujets sur lesquels il est interdit de discuter. Si on évoque par exemple le sacerdoce féminin et un changement de pastorale pour les divorcés remariés, cela est censuré dès le départ. Après cela passe par le filtre de l’évêché, ce qui signifie que même sur les sujets autorisés, tout ne remonte pas à Rome. A comme à Rome on a une inspiration spéciale du Saint Esprit, on éliminera encore une partie de ce qui remonte
  • Dans le diocèse de Metz, pour préparer un grand rassemblement à l’initiative de la pastorale pour les laïcs où il y avait 1200 inscrits et dont on a dû refuser 400, on avait proposé un questionnaire où tous les groupes ou individus pouvaient répondre. Mais comme il ne s’agissait pas d’une initiative de l’évêque et que cela s’est fait pratiquement malgré les réticences de l’évêque, cet énorme travail a pratiquement été étouffé.

Tout cela pour dire qu’il faudra attendre 2 ans avant de savoir si on donne un os à ronger ou si on veut vraiment, d’abord connaître ce que disent les fidèles et en tenir compte pour éventuellement opérer des changements. Il s’agit donc de suivre cette affaire mais avec prudence, non en disant que cela ne donnera rien, mais en sachant qu’on ne changera pas une mentalité qui a régné dans l’Eglise depuis de si longues années.

Le pape François : « La cour est la lèpre de la papauté »

Il ne m’arrive pas souvent d’applaudir à 2 mains les agissements de l’Eglise catholique. Mais pour le virage qu’elle semble pendre et les déclarations en crescendo du pape François on peut difficilement faire autrement tout en maintenant qu’il faut attendre des décisions concrètes, car, suivant de près l’actualité religieuse depuis une bonne quarantaine d’années, j’ai pu constater que l’Eglise catholique a l’art de souffler le chaud et le froid et bien souvent, après des déclarations qui semblaient pleines d’espoir, les pendules ont été remises à l’heure. Mais pourquoi, cela ne pourrait-il pas être pour une fois autrement ?

Je ne peux m’empêcher de citer quelques passages qui m’ont particulièrement plus.

« Les dirigeants de l’Église ont souvent été des narcisses, flattés et excités de manière négative par leurs courtisans. » Et la papolâtrie de certains n’a fait qu’accentuer ce phénomène.

« Lorsque le cardinal Martini a parlé en mettant l’accent sur les conseils et les Synodes, il savait bien comme il serait long et difficile d’aller dans cette direction. » et il avait ajouté que l’Eglise avait 200 ans de retard

« Il m’arrive aussi, quand je me retrouve face à une personne cléricale de devenir subitement anti-clérical. Le cléricalisme ne devrait rien avoir à faire avec le christianisme. Saint-Paul, qui fut le premier à parler aux Gentils, aux païens et aux croyants d’autres religions, a été le premier à nous apprendre cela. » Ceci est particulièrement intéressant de l’entendre dire de la part d’un pape.

Il appelle l’Eglise à « s’ouvrir à la modernité », estimant que le prosélytisme est « une bêtise magistrale », dans la mesure où l’essentiel est « se connaître et de s’écouter, et de faire connaître le monde qui nous entoure ». Assez éloigné de l’esprit de croisade de la nouvelle évangélisation.

« Moi je crois en Dieu. Non pas en un Dieu catholique car il n’existe pas un Dieu catholique : il existe Dieu, tout court. » Là aussi on est loin de Dominus Jesus.

François utilise à plusieurs reprises la dénomination « Eglise, peuple de Dieu ». Cela date de Lumen Gentium, de Vatican II. Par la suite, le cardinal Ratzinger, dans son livre « Entretien sur la foi », estima qu’il s’agit d’une notion d’ancien testament, trop sociologique. Et le synode de 1985 ( il faudrait dire Jean Paul II, car c’est lui qui fixa l’ordre du jour et en a fait le rapport final) remplaça « Eglise peuple de Dieu », par « Eglise communion » Et dans son interview à la revue jésuite, François parle aussi du « sensus fidei » (Lumen Gentium 12)

Comme le vent tourne, l’hebdomadaire « la Vie » se met aussi au diapason. Il y encore un an, il n’aurait pas osé imprimer certaines affirmations. Il suffit de se souvenir comme il fustigeait ceux qui ont publié la dernière interview du cardinal Martini. Il est vrai que maintenant c’est le pape qui énonce certaines affirmations. Mais on pouvait déjà les penser, et on aurait déjà pu les écrire, bien avant.

Voici son article : François : « La Cour est la lèpre de la papauté » et son dossier : Le pape François et la réforme de l’Eglise

Le pape François ne finit pas de nous étonner

Il est indéniable que le pape François veut insuffler un nouvel état d’esprit à l’intérieur de l’Eglise catholique.

Pour preuve le long entretien qu’il vient de donner à la revue jésuite italienne La Civiltà Cattolica et relayée par toute une séries d’autres revues jésuites, dont la revue Etudes

Voici d’abord le texte lui-même, en français

Toute la presse s’en est emparée. A titre d’exemples

L’hebdomadaire La Vie

Le blog de François Vercelletto, responsable de la rubrique religieuse à Ouest-France

Le blog de René Poujol, l’ancien rédacteur en chef du magasine Le Pèlerin.

Cela réjouit beaucoup de personnes extérieures à l’Eglise catholique ou qui sont à la marge de l’Eglise catholique, souvent ayant un pied dedans et un pied dehors. Cela réjouit un peu moins les traditionnalistes qui, comme en 1962 lorsque Jean XXIII a ouvert les fenêtres de l’Eglise pour y laisser entrer de l’air frais chassant l’odeur de naphtaline qui s’y trouvait, ont freiné tant qu’ils pouvaient pour garder l’esprit de Vatican I, notamment par l’action de la minorité conciliaire et une bonne partie de la curie romaine. Espérons que cela ne se passera pas ainsi cette fois ci.

Mais ne nous laissons néanmoins pas griser par l’ivresse de cette ambiance et reposons quelques questions de fond, dont la résolution donnera d’autant plus de crédibilité à toutes ces déclarations

  • Quand annulera-t-on le décret de 2005 qui interdit aux homosexuels l’accès à la prêtrise ?
  • Quand est-ce que le célibat ne sera-t-il plus la condition sine qua non pour l’accession à la prêtrise ?
  • Quand est-ce que les divorcés remariés auront-ils accès à la communion ?
  • Quand n’excommuniera-t-on plus ceux qui font avorter une petite fillette ?
  • Quand reviendra-t-on sur la conception de la contraception d’Humanae Vitae que la très grosse majorité des fidèles rejette ?
  • Quand est ce que la caste des clercs qui s’imagine être la seule à avoir la parole et le pouvoir de décision dans l’Eglise supprimera-t-elle l’apartheid qu’elle fait régner vis-à-vis des femmes et des laïcs et qu’elle souhaite maintenir dans un état d’infantilisation en ayant le culot de dire que c’est Dieu qui en a voulu ainsi ?
  • Quand supprimera-t-on la liste des sujets dont il est interdit de discuter lors de synodes diocésains ?
  • Quand appliquera-t-on les règles de collégialité, de subsidiarité et de véritable coresponsabilité ?
  • Quand cessera-t-on de condamner de nombreux théologiens dont le seul tord est de s’écarter un tant soit peu de l’idéologie officielle du parti?
  • Quand réformera-t-on en profondeur la Curie et d’une façon plus globale tout le fonctionnement de l’Eglise qui est complètement archaïque ?

Il y a donc encore d’énormes chantiers. Mais ne soyons pas naïfs en pensant que cela se résoudra comme par un coup de baguette magique. A priori cela semble prendre la bonne direction et ce n’est pas parce qu’on ne peut pas tout faire qu’il ne faut rien faire. Faisons aussi confiance à l’Esprit Saint qui lui souffle où il veut


Aparecida, tout un symbole pour le catholicisme latino-américain et la crédibilité du catholicisme

Aparecida sera sous les projecteurs de l’actualité parce que le pape François s’y rendra. C’est d’une part le plus grand sanctuaire marial du monde, d’autre part s’y est tenue en 2007 la 5e Conférence générale du CELAM et c’est le cardinal Bergoglio qui a été un des principaux rédacteurs du document d’Aparecida

A l’issue de la rencontre des évêques latino-américains d’Aparecida (Brésil), les membres de l’Assemblée ont voté un document final dans lequel ils entendent exprimer leurs convictions les plus profondes. Or, entre le moment du vote et son approbation ultime par le Pape Benoît XVI, le document a été remanié. Plus précisément, le texte est passé de 573 paragraphes à 554 !

Comme par hasard, les passages tombés aux oubliettes étaient ceux qui insistaient sur le rôle des communautés de base et s’exprimaient dans le sens de la théologie de la libération.

Outre les omissions, on peut observer des ajouts. Qui vont tous dans le sens contraire, on l’aura deviné. Ainsi, le texte, dans sa version remaniée, met-il en garde contre ceux qui « attirés par des institutions séculières ou des idéologies radicales, perdraient leur sens ecclésial ». Il prie aussi les communautés de base de ne pas « altérer le précieux trésor de la tradition et de l’enseignement de l’Eglise ».

En 2007, le cardinal Bergolio dément que des modifications ont été apportées au texte initial

Voici (en espagnol) la version originale et la version modifiée du texte

Voici une analyse du Document d’Aparecida par Joseph Comblin et par Bernard Lestienne

Voici une lettre de Xavier Gilles de Maupeou, évêque de Viana, au Brésil, à Benoît XVI, exprimant son indignation suite aux modifications du document d’Aparecida

L’Eglise gagnera en crédibilité lorsqu’elle se débarrassera de toutes les manœuvres de coulisse où on fait n’importe quoi pour que les positions officielles de l’Eglise soient mises en avant et que les autres formes d’expression soient étouffées. On est encore loin de la transparence, de la libre expression et d’un fonctionnement différent de celui d’un Etat totalitaire.

Une Eglise sans prêtres ?

Tous les ans, au moment des ordinations sacerdotales, revient un problème récurrent, à savoir le manque cruel de prêtres, du moins tels que les conçoit, sous une forme à son point de vue définitivement immuable, l’Eglise catholique. Une façon provocante d’aborder le problème est, comme le fait François Vercelletto sur son blog, de poser la question « Une Eglise sans prêtre ? » (les expressions soulignées, en bleu, sont des liens). Le site Garrigues et Sentiers avait fait en 2012 le même constat

Comment réagir face à ce constat ? Plusieurs niveaux :

  1. D’une façon tout à fait irresponsable et tragiquement suicidaire, comme l’Eglise catholique le fait. Et ceux qui osent remettre en cause cette position se font condamner. Elle a décrété une année sacerdotale et, par exemple dans ma paroisse, pendant un an à la fin de chaque messe, elle a demandé aux personnes présentes d’invoquer le Curé d’Ars, afin qu’il y ait plus de prêtres. De plus les rares prêtres ordonnés (8 à 10 fois moins qu’il n’en faudrait, ne fût-ce que pour renouveler les effectifs), donnent l’image d’un prêtre plutôt du Concile de Trente que de celui du Concile Vatican II. Il suffit de lire un extrait des lettres d’un évêque à un jeune prêtre de Pietro De Paoli, alias Christine Pedotti
  2. Assouplir certaines règles qui se sont greffées au cours de l’histoire, mais qui n’ont pas de fondement théologique. Par exemple supprimer la condition sine qua non du célibat pour l’accès à la prêtrise. Ce n’est pas la seule règle à changer et ne résout pas à elle seule la crise des vocations de prêtres
  3. Pourquoi se priver de plus de la moitié des possibilités de prêtres en interdisant l’accès à la prêtrise aux femmes. On prétend même que cette position serait définitive. D’ici quelques siècles on sourira face à ce genre d’argument.
  4. Au fait Jésus a-t-il voulu des prêtres ?

Les multiples facettes du pape François

D’abord un article de Wikipédia  qui donne une biographie et essaie d’aborder divers aspects de sa personne. Article intéressant mais qui ne peut être qu’en constante évolution. D’où l’importance de dire que j’ai écrit mon article le 24 mai 2013

Voici des interventions récentes du pape François

23 mai 2013 : le pape critique l’arrogance des évêques italiens

21 mai 2013 : Dans l’Eglise il n’y a pas de place pour la lutte de pouvoir

19 mai 2013 : « Je préfère une Eglise qui sort et qui a des accidents, plutôt qu’une Eglise qui pourrit de l’intérieur ! »

« Il n’y a aucune rupture entre le cardinal Ratzinger/Benoît XVI et le pape François concernant la théologie de la libération » affirme Gerhard Ludwig Müller, actuel préfet pour la Congrégation de la doctrine de la foi dans un article publié le 21 mai dans Zénit

Article de l’Express du 13 mai 2013 : Avortement, mariage: le pape François, un conservateur à visage humain

Un article plus ancien du 28 mars 2013 : « François n’est pas le pape qui permettra aux prêtres de se marier! »

Un article du 1ier juin : Économie, église, société : le pape François passe à l’offensive

On peut y lire : Le pape François est conservateur, mais pas contre la modernité

Bref, ce n’est pas un pape insignifiant. Il prend le risque de plaire ou de déplaire aussi bien aux personnes à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Eglise, aussi bien aux chrétiens traditionalistes que progressistes.

Le pape François est-il un théologien de la libération?

On parle à nouveau de la théologie de la libération parce François vient d’Amérique latine, essaie de donner une image de l’Eglise qui accueille les pauvres et pourtant ce n’est pas un partisan de la théologie de la libération.

Une première approche de ce problème est donnée par un article de la Vie  Le pape François est-il un théologien de la libération ?

Bergoglio est jésuite, mais d’une école conservatrice et traditionnelle dont la vision sociale est très assistancialiste. Sa position est celle, traditionnelle, de l’Eglise : les pauvres sont considérés comme un objet d’attention, de compassion et de charité mais pas comme des acteurs

Maintenant une série d’articles qui, pour s’exprimer avec des termes à la mode, « La théologie de la Libération pour les nuls », qui sont des fiches de la revue Croire

Qu’est-ce que la théologie de la libération ?

Que signifie l’expression « Option préférentielle pour les pauvres » ?

Gustavo Gutierrez, père de la théologie de la libération

Gustavo Gutierrez : La pauvreté départ d’une nouvelle théologie

Dom Helder Camara, avocat des pauvres

Pour aller plus loin

Elle était déjà présente à Vatican II

Le pacte des catacombes Ceci est complètement occulté dans le discours officiel de l’Eglise

Dom Helder Camara et la théologie de la libération

Les sources bibliques de la théologie de la libération

Du déclin du catholicisme en Amérique latine

Une théologie de la libération pour l’Europe ?

Tout un dossier sur le site canadien Culture et Foi

La position officielle de l’Eglise catholique

Une interview de Gerhard Ludwig Müller, actuel préfet pour la Congrégation de la doctrine de la foi, confirme mes propos

 Conclusion : La citation de Dom Helder Camara résume tout l’enjeu de la théologie de la libération

« Quand je donne à manger aux pauvres, on m’appelle un saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on m’appelle communiste »

Avoir le souci des pauvres ne signifie pas jouer à la dame patronnesse pour se donner bonne conscience mais œuvrer à éradiquer les causes de la pauvreté.

Cela ne signifie surtout pas collaborer avec les régimes dictatoriaux en place sous prétexte de lutter contre le communisme et de s’opposer à la théologie de la libération parce qu’elle préconise la lutte des classes. Mais la théologie de la libération, s’appuyant sur les communautés de base, est fondamentalement incompatible avec le fonctionnement pyramidal de l’Eglise. On comprend donc que l’Eglise hiérarchique ne se laisse pas remettre en cause, bien que sa position ne soit pas du tout basée sur l’Evangile. Attendons pour voir ce qu’il y a derrière les gestes médiatiques du pape François. Sa confirmation de la condamnation des sœurs américaines et son soutien au mouvement « pro life » appellent à la prudence.

Martine Sevegrand La sexualité, une affaire d’Église? De la contraception à l’homosexualité

L’auteur avait proposé en 2008 une première étude sur l’affaire de l’encyclique Humanae Vitae, qui en 1968, avait condamné la contraception. Des questions déjà anciennes ne pouvaient plus être éludées : l’Église catholique a-t-elle peur de la sexualité ? Celle-ci est-elle de son ressort ? Une nouvelle édition, complétée et enrichie, s’imposait au moment où on assistait à la mobilisation du Vatican et de l’épiscopat français contre le mariage homosexuel. On sait que Humanae Vitae a provoqué la désertion des églises par nombre de catholiques, en particulier de femmes et parfois même aussi de prêtres. On sait moins qu’elle a été suivie par des déclarations des épiscopats du monde entier, certains, comme en France, l’interprétant pour tenter d’en atténuer la portée.

Mais, paradoxalement, le magistère romain en a fait le point de départ d’une reconquête de son autorité sur l’Église toute entière. En imposant Numance Vitae Paul VI, puis Jean-Paul II et Benoît XVI ont entrepris de mettre au pas les épiscopats comme les théologiens. Ils n’ont fait qu’accentuer le fossé qui sépare l’Église de la société moderne.

Au moment où une rupture de pontificat révèle les incertitudes qui parcourent l’Église catholique, il faut bien constater que le sexe ne cesse de constituer un terrain majeur de l’affirmation catholique traditionnelle et d’interpeller la prétention de celle-ci à incarner une « loi naturelle ». C’est tout l’enjeu de ce livre stimulant qui poursuit le débat sur des positions trop souvent superficielles.

Martine Sevegrand, historienne, est spécialiste du catholicisme français contemporain et membre associée au Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (CNRS). Elle a déjà publié: Les enfants du bon Dieu. Les catholiques français et la procréation au XX’ siècle, Albin Michel; L’amour en toutes lettres. Questions à l’abbé Viollet sur la sexualité (1924­1942), Albin Michel; Vers une église sans prêtres. La crise du clergé séculier en France (1945­1978), Presses universitaires de Rennes; Vatican Il (1959-1965). Feuilleton d’un concile en 34 épisodes, Ed. Golias.

Collection Disputatio dirigée par Jean-Pierre Chrétien Editions Karthala, 2013 IBSN : 978-2-8111-0892-2

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime : Méditation pour le Vendredi Saint

A partir du récit sur la crucifixion de Luc 23 : 33 – 49, je vous propose 3 pistes de méditation

Première piste : Jésus pardonne à ceux qui lui veulent injustement du mal

« Père, pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Jésus, l’innocent par excellence, a été condamné à d’affreuses souffrances et à une mort des plus humiliantes et des plus cruelles. Il aurait dû crier à l’injustice, se révolter et maudire ceux qui l’exécutent. Même des personnes moins innocentes que lui utilisent cet artifice pour faire douter les juges sur le bien-fondé de leur décision.  Mais Jésus a une toute autre logique. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ». La reconnaissance du fond d’humanité en chaque homme, va jusqu’à reconnaître que les bourreaux sont aussi des victimes. Certes, à l’égard du système en place, Jésus est considéré comme coupable. Pour le système romain, c’est un fauteur de trouble. Pour le système religieux c’est un blasphémateur. «Détruisez ce temple et je le reconstruirai dans 3 jours » « Le Sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbat ». Les soldats, exécutants des sales besognes sont aussi victimes du système et se déshumanisent. En adoptant cette même analyse, l’ACAT prie pour les victimes des tortures mais aussi pour les tortionnaires.

Deuxième piste : Pourquoi Dieu dans sa toute-puissance n’intervient-il pas pour sortir Jésus de cette mauvaise situation, ou Jésus, fils de Dieu, ne se sauve-t-il pas par lui-même ?

Telle est la réaction des passants « Qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu ». Telle est la réaction d’un de ceux qui sont crucifiés avec Jésus « Sauve-toi toi-même et nous aussi ». Cette réaction, on peut aussi la lire chez le prophète Isaïe aux chapitres 63 et 64 : « Ah! si tu déchirais les cieux et descendais, devant ta face les montagnes seraient ébranlées ; comme le feu enflamme des brindilles, comme le feu fait bouillir l’eau, pour faire connaître ton nom à tes adversaires, devant ta face les nations trembleraient quand tu ferais des prodiges inattendus. » Et nous, ne sommes-nous pas parfois tentés d’appeler Dieu à notre secours pour terrasser les méchants, bien évidemment les autres, pas nous. Mais au Mont Horeb, Dieu n’apparut à Elie, ni dans le tonnerre, ni dans l’ouragan, ni dans le feu mais dans une brise légère. Cette brise est parfois tellement légère qu’on a de la peine à la déceler. Nous sommes parfois dans la nuit du doute. Où était Dieu du temps des camps de concentration ?  C’est aussi ce que vivent les personnes victimes de la torture pendant leur détention. Ils se sentent souvent seuls, épuisés, à bout de ressources et d’espoir, dans l’obscurité d’un tunnel dont ils ne voient pas le bout.  Mais le prix de notre liberté, c’est notre arrachement aux certitudes, aux fausses sécurités, aux idoles dont nous voudrions acheter les faveurs au prix de sacrifices, de bonnes oeuvres. Pour prendre un fait d’actualité, est-ce à coût de neuvaines, de chapelets et de rosaires, sans doute trois fois plus efficaces que les chapelets qu’on espère faire intervenir Dieu en notre faveur pour défendre la bonne cause ? Il va falloir faire confiance sur parole. Dieu n’est pas une idole à qui on pourrait graisser la patte pour entrer dans ses bonnes grâces. Mais comme croyants nous savons que nous sommes de l’aurore. Les ténèbres de la nuit sont derrière nous, mais bien que la lumière du jour se montre à l’horizon, elle n’est pas encore présente dans toute sa clarté. Nous sommes portés par l’espérance de la certitude que le jour va se lever. Du vendredi saint, nous passerons au matin de Pâques.

Troisième piste : Jésus poussa un grand cri et dit « Père, entre tes mains, je remets mon esprit »

Quelle attitude d’abandon et de confiance à son Père de la part de Jésus. C’est l’attitude de foi par excellence. Tout semble fini, Jésus est sur le point de mourir, mais même en ce moment extrême, son espérance est sans faille. Débarrassons-nous de cette mauvaise théologie d’un Père sanguinaire qui exige la mort de son Fils, pour qu’enfin l’offense d’Adam soit réparée. Quel est ce Dieu censé aimer la souffrance et où plus la souffrance est importante et meilleure sera la réparation. Cette vision doloriste, attribuant une valeur salvifique à la souffrance, pour Jésus mais aussi pour nous-mêmes n’est pas ôtée de l’esprit de tout le monde. Il suffit de penser aux scènes de flagellation et de crucifiements aux Philippines, en Amérique latine et ailleurs. Jésus n’a jamais recherché la souffrance. « Eloigne de moi cette coupe ». Mais Jésus n’a jamais biaisé. Il est allé jusqu’au bout, accueillant les marginaux, les exclus, défendant les faibles en étant un empêcheur de tourner en rond de tous les systèmes en place. C’est cet amour allant jusqu’au bout, qui l’a conduit à la mort. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » Laissons-nous imprégner par cette attitude de Jésus et posons-nous la question. : « Jusqu’où irions-nous par amour pour nos frères et jusqu’à quel point faisons-nous confiance à Dieu même si par moment nous sommes dans la nuit et que nous traversons des doutes ? »

Peut-on vraiment rester catholique ? Joseph Doré

Voilà le titre du dernier petit livre de Joseph Doré, théologien et ancien archevêque de Strasbourg. (Editions Bayard, novembre 2012). A priori, en lisant ce titre, on peut être surpris et se dire : « Joseph Doré a-t-il vraiment envie de quitter l’Eglise catholique ? » Et il faut reconnaître que dans notre monde de la communication avec des slogans chocs, plus d’un pourra se laisser attraper, en pensant cela. Mais quand on écrit un livre, on aime aussi le vendre !

En fait pour Joseph Doré ce n’était jamais sa vraie problématique. Ses doutes dans la foi ne lui ont jamais fait envisager de quitter l’Eglise catholique. Son objectif est plutôt de dire « On peut vraiment rester dans l’Eglise catholique » alors qu’on sait que massivement certains, sur la pointe des pieds, d’autres avec grand fracas, la quittent pour diverses raisons.

Il dit lui-même (p 97 – 98) : «  Chaque fois que, dans sa parole, l’Église s’exprime comme s’il lui suffisait d’édicter le vrai et le bien, au lieu de se préoccuper d’abord d’en témoigner vitalement et ensuite d’en rendre possible la réception et la reconnaissance de la part de ceux auxquels elle s’adresse ; chaque fois que, dans sa célébration, le décorum, le sacral, le faste, les vieilleries ou l’insolite l’emportent sur l’appel à la « participation active » et sur l’invitation à prolonger dans la vie ce qui a été partagé dans le culte ; chaque fois que, dans les interventions de ses responsables de tous niveaux, elle tend à se concentrer sur elle-même, sur la reconnaissance de son « autorité » et de son « pouvoir », au lieu de s’ouvrir ad extra et d’aller, avec les moyens qui lui sont propres, vers les hommes tels qu’ils sont dans le souci de les appeler et de les aider à faire croître en eux et entre eux le sens du service et la fraternité, à chacune de ces fois, oui, elle doit bien se dire qu’elle est en train de manquer à sa mission »

Et il explique (p 70 – 71) :« Il faut d’abord ouvrir les yeux sur ce qui se passe réellement aujourd’hui dans le monde qui est le nôtre, qu’on le veuille ou non. Non seulement le temps du cléricalisme et du triomphalisme ecclésiastiques est révolu. Mais d’une part, notre propre histoire et notre propre présent comportent suffisamment de manques et de fautes pour qu’on n’ait pas d’autre choix que de renoncer à faire de haut la leçon à qui que ce soit ; et d’autre part, si assurés que nous puissions être de l’excellence de la voie chrétienne, rien ne nous autorise à poser d’emblée qu’il n’y aurait hors de nous qu’erreur, déviances ou même seulement que « pierres d’attente », sans qu’aucune lueur de vérité n’ait filtré avant, ailleurs ou autrement, ni dans l’histoire de l’humanité entière ni dans l’existence de chacun de ses membres. »

Il nous dit donc clairement que le temps de la chrétienté est révolu et que les nostalgiques d’un passé qu’ils aimeraient restaurer, pensons aux messes en latin, doivent ouvrir leurs yeux et se rendre compte qu’ils deviennent des martiens pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui.

Mais qu’est ce qui compte vraiment dans la vie de Joseph Doré ? Sa référence centrale et unique est « A cause de Jésus ». Beaucoup de personnes s’y retrouvent sur ce chemin, priorité à l’Evangile, à l’humain et aux chemins d’humanisation. Que les catholiques s’y retrouvent, cela est heureux. Mais il n’est nul besoin d’être catholique pour arriver aux mêmes conclusions. Suivre Jésus, c’est aussi prendre en compte son esprit critique vis-à-vis des institutions religieuses, ce qui lui a d’ailleurs coûté la vie, et son accueil inconditionnel de tous ceux qui s’adressaient à lui, sans se poser la question s’ils étaient divorcés remariés, homosexuels ou des sans papiers. Précisons que le contraire n’a pas été dit dans ce petit livre où en plus on ne peut pas tout dire. Mais affirmer avec force que Jésus aime chaque personne, quelle que soit sa condition et ce qu’elle a fait, aurait réconforté bien des blessés de la vie et aurait donné bien des raisons d’être attaché  à lui.

Il est cependant rare que dans un livre, que par ailleurs je vous invite à lire, ne se trouve pas une phrase que l’on n’apprécie guère. Il s’agit (p 92) de « L’Eglise et le Christ, c’est tout un », et il précise qu’il parle de l’Eglise catholique, hiérarchie comprise, avec une référence malheureuse à Jeanne d’Arc. Où est le dialogue œcuménique, le dialogue interreligieux, le dialogue interconvictionnel ? Ne confondons pas adhésion à Jésus Christ et à son Evangile, avec adhésion à l’Eglise catholique. Ne confondons pas Eglise et Royaume de Dieu.

Il ne s’agit pas d’aller complètement dans la direction opposée en rejetant l’Eglise catholique, comme le font certains, mais je pense que Joseph Doré n’arrive pas à prendre suffisamment de recul pour analyser de façon critique la collusion entre le message de l’Evangile et l’idéologie de l’Eglise catholique. Jésus, qui n’était ni catholique, ni protestant, mais juif, c’est bien lui qui a fondé l’Eglise catholique et institué les prêtres le soir du jeudi saint, n’est-ce pas ? Une analyse critique de cette dernière phrase est aussi nécessaire si on souhaite être crédible vis-à-vis d’autres chrétiens, croyants ou chercheurs de Dieu.