Heureux Noël. Bonne année 2014

La fête de Noël et le passage d’une année à une année nouvelle font remonter dans mon esprit des réflexions qui me sont chères et qui me sont familières depuis de longues années.

Il est de bon ton, tout en étant comblé de cadeaux, de faire le procès d’une société matérialiste où le Père Noël a, pour certains, fait oublier le sens de la fête de Noël. Comme chacun le sait, Jésus est né en l’an 0, un 25 décembre. C’est méconnaître que la fête païenne du solstice d’hiver précédait Noël et que la chrétienté en a donné un nouveau sens. Et ne nous berçons pas d’illusions, le monde entier n’a jamais été chrétien et ce sens, qui était dominant en Europe et d’autres contrées « évangélisées », ne l’a jamais été partout. Mais les temps ont changé. Dans notre monde sécularisé, ce ne sont plus les Eglises qui donnent le la. Les chrétiens peuvent le constater, le regretter mais doivent aussi réaliser que nous ne vivons plus dans un temps de chrétienté. Et ce n’est pas en noircissant le comportement des autres qu’on arrivera à mettre en lumière notre message.

S’il est vrai que certains pensent trouver leur bonheur dans le matérialisme, ne sous-estimons pas le sens de la fête. Tout le monde a besoin de fêter, même si les motivations sont diverses. Des valeurs comme la famille, même si elle prend une signification plus étendue que par le passé, la paix, la réconciliation et l’attention aux plus démunis, restent présents à Noël, dans des cercles bien plus larges que les cercles chrétiens.

Pour moi, le sens chrétien de Noël est ce qui est primordial, le reste étant des conséquences. Une des originalités du christianisme par rapport au judaïsme et par rapport à l’Islam, c’est que notre Dieu s’est incarné, il s’est fait homme. Il peut paraître invraisemblable que Dieu, unique et absolu, se soit abaissé en devenant homme mais il ne s’agit pas du Dieu autoritaire et isolé des philosophes mais du Dieu‐Amour de la Révélation. Jésus a vécu comme un homme, il est né d’une mère humaine, il a grandi, il s’est réjoui, il a connu l’angoisse et la souffrance, il est mort finalement sur la croix. Sa naissance est également empreinte de discrétion. Elle passe inaperçue des populations, et même des autorités religieuses pourtant précisément informées du lieu où elle devait survenir. Bien qu’une part de merveilleux enveloppe les récits de naissance qui bien sûr ne sont pas des récits historiques mais symboliques, le message de Noël est important pour la compréhension que nous nous faisons de Dieu. Jésus ne s’est pas manifesté dans la cour des grands, ni dans le temple, ni même dans le milieu sacerdotal. Il est venu humblement parmi les bergers qui étaient des gens déconsidérés dans la société de l’époque et a d’abord été reconnu par des étrangers.

Et cette attitude il l’a gardée tout au long de sa vie terrestre. Citons juste trois versets bibliques : Mt 20:28  C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Jn 13:14  Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; Lu 5:32  Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent. » C’est ce Dieu qui est proche de nous, qui nous fait confiance et en lequel nous pouvons mettre toute notre confiance.

Noël nous fait aussi prendre conscience de notre humanité, de sa grandeur et de ses limites. Nous sommes à la fois tout et rien. Tout, dans la mesure où nous sommes uniques et irremplaçables, que nous devons croire en nos possibilités et ne pas nous laisser paralyser par des discours qui voudraient qu’on manque d’humilité si on veut s’affirmer et affirmer ses convictions. Mais en même temps nous ne sommes rien. Nous sommes fragiles et n’importe quoi peut arriver à n’importe qui à n’importe quel moment. Notre vie ne tient qu’à un fil. Mais notre espérance nous aide à nous frayer un chemin, en gardant la tension entre ces deux extrêmes. « C’est quand nous sommes faibles que nous sommes forts »

Pour compléter, voici le message de Régis de Berranger : Noël, celui de toutes les pauvretés

https://www.dropbox.com/s/3kl1l7rwb3d9eu5/No%C3%ABl%20et%20la%20pauvret%C3%A9.pdf

Et celui de Paul Maire : Les mages s’en retournèrent par un autre chemin

https://www.dropbox.com/s/tlk6olrjf1zzb5b/Paul%20Maire%20Ann%C3%A9e%202014.pdf

Et une citation du pape François  (Evangelii Gaudium § 165)

La centralité du kérygme demande certaines caractéristiques de l’annonce qui aujourd’hui sont nécessaires en tout lieu : qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle fasse appel à la liberté, qu’elle possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse qui ne réduise pas la prédication à quelques doctrines parfois plus philosophiques qu’évangéliques. Cela exige de l’évangélisateur des dispositions qui aident à mieux accueillir l’annonce : proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial qui ne condamne pas.

Et pour 2014 ?  Si le message de paix, de réconciliation et d’attention aux plus démunis de Noël devenait plus réalité, cela comblerait toutes mes espérances. C’est ce que je vous souhaite aussi pour votre vie personnelle, votre vie en Eglise ou en société. Bonne et heureuse année 2014.

Préparation du synode sur la famille de 2014

Comme vous le savez sans doute, en 2014 il y aura un synode sur la famille. Rome  a émis un questionnaire pour préparer ce synode qui en principe s’adressera à tous. Voici ce document

Voici  une analyse de Stéphanie Le Bars, chroniqueuse religieuse au journal Le Monde (cliquez ici)

Et une autre de René Poujol, ancien directeur du Pèlerin (cliquez ici) Si vous avez le temps, son article est suivi de pas mal de commentaires, d’un bon niveau

J’y mets aussi mon grain de sel

  • C’est la première fois que pour préparer un synode, on consulte d’autres personnes que des évêques. Dans le processus habituel, les évêques remplissent un questionnaire. A partir de là est élaboré un document préparatoire. Dans la première semaine du synode, tous les évêques qui le souhaitent, peuvent s’exprimer. Dans la deuxième semaine on passe cela à la moulinette dans des réunions de groupes d’évêques. Dans la troisième semaine un document est élaboré après une rencontre de tous les évêques qui est censé faire la synthèse des travaux de la semaine précédente. Six mois après (la dernière fois cela a duré 2 ans) le pape fait une rédaction finale en gardant ce qui lui convient, en enlevant ce qui ne lui convient pas et en ajoutant même des éléments qui n’ont pas été discutés. J’ai suivi ce processus pour plusieurs synodes notamment le synode sur la famille de 1981 qui a abouti au document « Familiaris Consortio » auquel on fera sans doute référence lors du prochain synode. Si vous suivez l’évolution entre les premiers documents et premières déclarations jusqu’au document final, dans le document final vous ne vous retrouvez absolument pas par rapport à ce qui a été dit au début
  • Pour les synodes diocésains, on demande à qui veut, de s’exprimer pour préparer le document préliminaire (dans le diocèse de Metz où j’habite, il n’y a pas eu de synode diocésain). Mais en 1986 Jean Paul II a établi une liste de sujets sur lesquels il est interdit de discuter. Si on évoque par exemple le sacerdoce féminin et un changement de pastorale pour les divorcés remariés, cela est censuré dès le départ. Après cela passe par le filtre de l’évêché, ce qui signifie que même sur les sujets autorisés, tout ne remonte pas à Rome. A comme à Rome on a une inspiration spéciale du Saint Esprit, on éliminera encore une partie de ce qui remonte
  • Dans le diocèse de Metz, pour préparer un grand rassemblement à l’initiative de la pastorale pour les laïcs où il y avait 1200 inscrits et dont on a dû refuser 400, on avait proposé un questionnaire où tous les groupes ou individus pouvaient répondre. Mais comme il ne s’agissait pas d’une initiative de l’évêque et que cela s’est fait pratiquement malgré les réticences de l’évêque, cet énorme travail a pratiquement été étouffé.

Tout cela pour dire qu’il faudra attendre 2 ans avant de savoir si on donne un os à ronger ou si on veut vraiment, d’abord connaître ce que disent les fidèles et en tenir compte pour éventuellement opérer des changements. Il s’agit donc de suivre cette affaire mais avec prudence, non en disant que cela ne donnera rien, mais en sachant qu’on ne changera pas une mentalité qui a régné dans l’Eglise depuis de si longues années.

Le pape François : « La cour est la lèpre de la papauté »

Il ne m’arrive pas souvent d’applaudir à 2 mains les agissements de l’Eglise catholique. Mais pour le virage qu’elle semble pendre et les déclarations en crescendo du pape François on peut difficilement faire autrement tout en maintenant qu’il faut attendre des décisions concrètes, car, suivant de près l’actualité religieuse depuis une bonne quarantaine d’années, j’ai pu constater que l’Eglise catholique a l’art de souffler le chaud et le froid et bien souvent, après des déclarations qui semblaient pleines d’espoir, les pendules ont été remises à l’heure. Mais pourquoi, cela ne pourrait-il pas être pour une fois autrement ?

Je ne peux m’empêcher de citer quelques passages qui m’ont particulièrement plus.

« Les dirigeants de l’Église ont souvent été des narcisses, flattés et excités de manière négative par leurs courtisans. » Et la papolâtrie de certains n’a fait qu’accentuer ce phénomène.

« Lorsque le cardinal Martini a parlé en mettant l’accent sur les conseils et les Synodes, il savait bien comme il serait long et difficile d’aller dans cette direction. » et il avait ajouté que l’Eglise avait 200 ans de retard

« Il m’arrive aussi, quand je me retrouve face à une personne cléricale de devenir subitement anti-clérical. Le cléricalisme ne devrait rien avoir à faire avec le christianisme. Saint-Paul, qui fut le premier à parler aux Gentils, aux païens et aux croyants d’autres religions, a été le premier à nous apprendre cela. » Ceci est particulièrement intéressant de l’entendre dire de la part d’un pape.

Il appelle l’Eglise à « s’ouvrir à la modernité », estimant que le prosélytisme est « une bêtise magistrale », dans la mesure où l’essentiel est « se connaître et de s’écouter, et de faire connaître le monde qui nous entoure ». Assez éloigné de l’esprit de croisade de la nouvelle évangélisation.

« Moi je crois en Dieu. Non pas en un Dieu catholique car il n’existe pas un Dieu catholique : il existe Dieu, tout court. » Là aussi on est loin de Dominus Jesus.

François utilise à plusieurs reprises la dénomination « Eglise, peuple de Dieu ». Cela date de Lumen Gentium, de Vatican II. Par la suite, le cardinal Ratzinger, dans son livre « Entretien sur la foi », estima qu’il s’agit d’une notion d’ancien testament, trop sociologique. Et le synode de 1985 ( il faudrait dire Jean Paul II, car c’est lui qui fixa l’ordre du jour et en a fait le rapport final) remplaça « Eglise peuple de Dieu », par « Eglise communion » Et dans son interview à la revue jésuite, François parle aussi du « sensus fidei » (Lumen Gentium 12)

Comme le vent tourne, l’hebdomadaire « la Vie » se met aussi au diapason. Il y encore un an, il n’aurait pas osé imprimer certaines affirmations. Il suffit de se souvenir comme il fustigeait ceux qui ont publié la dernière interview du cardinal Martini. Il est vrai que maintenant c’est le pape qui énonce certaines affirmations. Mais on pouvait déjà les penser, et on aurait déjà pu les écrire, bien avant.

Voici son article : François : « La Cour est la lèpre de la papauté » et son dossier : Le pape François et la réforme de l’Eglise

Le pape François ne finit pas de nous étonner

Il est indéniable que le pape François veut insuffler un nouvel état d’esprit à l’intérieur de l’Eglise catholique.

Pour preuve le long entretien qu’il vient de donner à la revue jésuite italienne La Civiltà Cattolica et relayée par toute une séries d’autres revues jésuites, dont la revue Etudes

Voici d’abord le texte lui-même, en français

Toute la presse s’en est emparée. A titre d’exemples

L’hebdomadaire La Vie

Le blog de François Vercelletto, responsable de la rubrique religieuse à Ouest-France

Le blog de René Poujol, l’ancien rédacteur en chef du magasine Le Pèlerin.

Cela réjouit beaucoup de personnes extérieures à l’Eglise catholique ou qui sont à la marge de l’Eglise catholique, souvent ayant un pied dedans et un pied dehors. Cela réjouit un peu moins les traditionnalistes qui, comme en 1962 lorsque Jean XXIII a ouvert les fenêtres de l’Eglise pour y laisser entrer de l’air frais chassant l’odeur de naphtaline qui s’y trouvait, ont freiné tant qu’ils pouvaient pour garder l’esprit de Vatican I, notamment par l’action de la minorité conciliaire et une bonne partie de la curie romaine. Espérons que cela ne se passera pas ainsi cette fois ci.

Mais ne nous laissons néanmoins pas griser par l’ivresse de cette ambiance et reposons quelques questions de fond, dont la résolution donnera d’autant plus de crédibilité à toutes ces déclarations

  • Quand annulera-t-on le décret de 2005 qui interdit aux homosexuels l’accès à la prêtrise ?
  • Quand est-ce que le célibat ne sera-t-il plus la condition sine qua non pour l’accession à la prêtrise ?
  • Quand est-ce que les divorcés remariés auront-ils accès à la communion ?
  • Quand n’excommuniera-t-on plus ceux qui font avorter une petite fillette ?
  • Quand reviendra-t-on sur la conception de la contraception d’Humanae Vitae que la très grosse majorité des fidèles rejette ?
  • Quand est ce que la caste des clercs qui s’imagine être la seule à avoir la parole et le pouvoir de décision dans l’Eglise supprimera-t-elle l’apartheid qu’elle fait régner vis-à-vis des femmes et des laïcs et qu’elle souhaite maintenir dans un état d’infantilisation en ayant le culot de dire que c’est Dieu qui en a voulu ainsi ?
  • Quand supprimera-t-on la liste des sujets dont il est interdit de discuter lors de synodes diocésains ?
  • Quand appliquera-t-on les règles de collégialité, de subsidiarité et de véritable coresponsabilité ?
  • Quand cessera-t-on de condamner de nombreux théologiens dont le seul tord est de s’écarter un tant soit peu de l’idéologie officielle du parti?
  • Quand réformera-t-on en profondeur la Curie et d’une façon plus globale tout le fonctionnement de l’Eglise qui est complètement archaïque ?

Il y a donc encore d’énormes chantiers. Mais ne soyons pas naïfs en pensant que cela se résoudra comme par un coup de baguette magique. A priori cela semble prendre la bonne direction et ce n’est pas parce qu’on ne peut pas tout faire qu’il ne faut rien faire. Faisons aussi confiance à l’Esprit Saint qui lui souffle où il veut


Aparecida, tout un symbole pour le catholicisme latino-américain et la crédibilité du catholicisme

Aparecida sera sous les projecteurs de l’actualité parce que le pape François s’y rendra. C’est d’une part le plus grand sanctuaire marial du monde, d’autre part s’y est tenue en 2007 la 5e Conférence générale du CELAM et c’est le cardinal Bergoglio qui a été un des principaux rédacteurs du document d’Aparecida

A l’issue de la rencontre des évêques latino-américains d’Aparecida (Brésil), les membres de l’Assemblée ont voté un document final dans lequel ils entendent exprimer leurs convictions les plus profondes. Or, entre le moment du vote et son approbation ultime par le Pape Benoît XVI, le document a été remanié. Plus précisément, le texte est passé de 573 paragraphes à 554 !

Comme par hasard, les passages tombés aux oubliettes étaient ceux qui insistaient sur le rôle des communautés de base et s’exprimaient dans le sens de la théologie de la libération.

Outre les omissions, on peut observer des ajouts. Qui vont tous dans le sens contraire, on l’aura deviné. Ainsi, le texte, dans sa version remaniée, met-il en garde contre ceux qui « attirés par des institutions séculières ou des idéologies radicales, perdraient leur sens ecclésial ». Il prie aussi les communautés de base de ne pas « altérer le précieux trésor de la tradition et de l’enseignement de l’Eglise ».

En 2007, le cardinal Bergolio dément que des modifications ont été apportées au texte initial

Voici (en espagnol) la version originale et la version modifiée du texte

Voici une analyse du Document d’Aparecida par Joseph Comblin et par Bernard Lestienne

Voici une lettre de Xavier Gilles de Maupeou, évêque de Viana, au Brésil, à Benoît XVI, exprimant son indignation suite aux modifications du document d’Aparecida

L’Eglise gagnera en crédibilité lorsqu’elle se débarrassera de toutes les manœuvres de coulisse où on fait n’importe quoi pour que les positions officielles de l’Eglise soient mises en avant et que les autres formes d’expression soient étouffées. On est encore loin de la transparence, de la libre expression et d’un fonctionnement différent de celui d’un Etat totalitaire.

Une Eglise sans prêtres ?

Tous les ans, au moment des ordinations sacerdotales, revient un problème récurrent, à savoir le manque cruel de prêtres, du moins tels que les conçoit, sous une forme à son point de vue définitivement immuable, l’Eglise catholique. Une façon provocante d’aborder le problème est, comme le fait François Vercelletto sur son blog, de poser la question « Une Eglise sans prêtre ? » (les expressions soulignées, en bleu, sont des liens). Le site Garrigues et Sentiers avait fait en 2012 le même constat

Comment réagir face à ce constat ? Plusieurs niveaux :

  1. D’une façon tout à fait irresponsable et tragiquement suicidaire, comme l’Eglise catholique le fait. Et ceux qui osent remettre en cause cette position se font condamner. Elle a décrété une année sacerdotale et, par exemple dans ma paroisse, pendant un an à la fin de chaque messe, elle a demandé aux personnes présentes d’invoquer le Curé d’Ars, afin qu’il y ait plus de prêtres. De plus les rares prêtres ordonnés (8 à 10 fois moins qu’il n’en faudrait, ne fût-ce que pour renouveler les effectifs), donnent l’image d’un prêtre plutôt du Concile de Trente que de celui du Concile Vatican II. Il suffit de lire un extrait des lettres d’un évêque à un jeune prêtre de Pietro De Paoli, alias Christine Pedotti
  2. Assouplir certaines règles qui se sont greffées au cours de l’histoire, mais qui n’ont pas de fondement théologique. Par exemple supprimer la condition sine qua non du célibat pour l’accès à la prêtrise. Ce n’est pas la seule règle à changer et ne résout pas à elle seule la crise des vocations de prêtres
  3. Pourquoi se priver de plus de la moitié des possibilités de prêtres en interdisant l’accès à la prêtrise aux femmes. On prétend même que cette position serait définitive. D’ici quelques siècles on sourira face à ce genre d’argument.
  4. Au fait Jésus a-t-il voulu des prêtres ?

Les multiples facettes du pape François

D’abord un article de Wikipédia  qui donne une biographie et essaie d’aborder divers aspects de sa personne. Article intéressant mais qui ne peut être qu’en constante évolution. D’où l’importance de dire que j’ai écrit mon article le 24 mai 2013

Voici des interventions récentes du pape François

23 mai 2013 : le pape critique l’arrogance des évêques italiens

21 mai 2013 : Dans l’Eglise il n’y a pas de place pour la lutte de pouvoir

19 mai 2013 : « Je préfère une Eglise qui sort et qui a des accidents, plutôt qu’une Eglise qui pourrit de l’intérieur ! »

« Il n’y a aucune rupture entre le cardinal Ratzinger/Benoît XVI et le pape François concernant la théologie de la libération » affirme Gerhard Ludwig Müller, actuel préfet pour la Congrégation de la doctrine de la foi dans un article publié le 21 mai dans Zénit

Article de l’Express du 13 mai 2013 : Avortement, mariage: le pape François, un conservateur à visage humain

Un article plus ancien du 28 mars 2013 : « François n’est pas le pape qui permettra aux prêtres de se marier! »

Un article du 1ier juin : Économie, église, société : le pape François passe à l’offensive

On peut y lire : Le pape François est conservateur, mais pas contre la modernité

Bref, ce n’est pas un pape insignifiant. Il prend le risque de plaire ou de déplaire aussi bien aux personnes à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Eglise, aussi bien aux chrétiens traditionalistes que progressistes.

Le pape François est-il un théologien de la libération?

On parle à nouveau de la théologie de la libération parce François vient d’Amérique latine, essaie de donner une image de l’Eglise qui accueille les pauvres et pourtant ce n’est pas un partisan de la théologie de la libération.

Une première approche de ce problème est donnée par un article de la Vie  Le pape François est-il un théologien de la libération ?

Bergoglio est jésuite, mais d’une école conservatrice et traditionnelle dont la vision sociale est très assistancialiste. Sa position est celle, traditionnelle, de l’Eglise : les pauvres sont considérés comme un objet d’attention, de compassion et de charité mais pas comme des acteurs

Maintenant une série d’articles qui, pour s’exprimer avec des termes à la mode, « La théologie de la Libération pour les nuls », qui sont des fiches de la revue Croire

Qu’est-ce que la théologie de la libération ?

Que signifie l’expression « Option préférentielle pour les pauvres » ?

Gustavo Gutierrez, père de la théologie de la libération

Gustavo Gutierrez : La pauvreté départ d’une nouvelle théologie

Dom Helder Camara, avocat des pauvres

Pour aller plus loin

Elle était déjà présente à Vatican II

Le pacte des catacombes Ceci est complètement occulté dans le discours officiel de l’Eglise

Dom Helder Camara et la théologie de la libération

Les sources bibliques de la théologie de la libération

Du déclin du catholicisme en Amérique latine

Une théologie de la libération pour l’Europe ?

Tout un dossier sur le site canadien Culture et Foi

La position officielle de l’Eglise catholique

Une interview de Gerhard Ludwig Müller, actuel préfet pour la Congrégation de la doctrine de la foi, confirme mes propos

 Conclusion : La citation de Dom Helder Camara résume tout l’enjeu de la théologie de la libération

« Quand je donne à manger aux pauvres, on m’appelle un saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on m’appelle communiste »

Avoir le souci des pauvres ne signifie pas jouer à la dame patronnesse pour se donner bonne conscience mais œuvrer à éradiquer les causes de la pauvreté.

Cela ne signifie surtout pas collaborer avec les régimes dictatoriaux en place sous prétexte de lutter contre le communisme et de s’opposer à la théologie de la libération parce qu’elle préconise la lutte des classes. Mais la théologie de la libération, s’appuyant sur les communautés de base, est fondamentalement incompatible avec le fonctionnement pyramidal de l’Eglise. On comprend donc que l’Eglise hiérarchique ne se laisse pas remettre en cause, bien que sa position ne soit pas du tout basée sur l’Evangile. Attendons pour voir ce qu’il y a derrière les gestes médiatiques du pape François. Sa confirmation de la condamnation des sœurs américaines et son soutien au mouvement « pro life » appellent à la prudence.

Vatican II innove quant à la liberté religieuse, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux

A l’occasion du 50e anniversaire du début du concile Vatican II, notre journal vous a déjà présenté les 4 Constitutions (Dei Verbum, Lumen Gentium, Gaudium et Spes, Sacrosanctum Concilium). Mais Vatican II a aussi produit 9 décrets et 3 déclarations. Nous allons présenter 3 de ces écrits, la déclaration sur la liberté religieuse, Dignitatis Humanae, le décret sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio, ainsi que la déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes, Nostra Aetate. Tous les trois témoignent d’un changement radical de l’Eglise par rapport à ce qui se vivait avant Vatican II.

A l’article 18 du premier texte il est dit : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites » Certes, le texte se contente de définir la liberté religieuse dans les rapports des hommes entre eux, et des hommes avec les Etats et n’établit nullement cette liberté dans la relation avec Dieu. Mais il présente la liberté religieuse non en termes de tolérance, mais comme un droit fondé dans la dignité humaine, alors qu’au 19e siècle elle avait été combattue et condamnée comme un consentement à l’abomination des idées modernes. A Vatican II, l’Eglise ne se situe plus dans une position triomphaliste de donneuse de leçons, mais comme un interlocuteur parmi d’autres dans une société pluraliste.

Même changement radical dans le domaine de l’œcuménisme. Avant Vatican II, excepté quelques pionniers, l’Eglise catholique était hostile à l’œcuménisme. La seule position qui lui paraissait conforme à la foi catholique est le retour au bercail des dissidents. On peut dire sans exagération que pour la plupart des Pères conciliaires, la démarche œcuménique fut l’objet d’une véritable conversion. Le Concile recommande aux catholiques de faire les premiers pas vers les frères séparés, d’être attentifs à tout ce qui dans la famille catholique a besoin d’être rénové et de faire en sorte que l’Eglise se purifie et se renouvelle de jour en jour. Ce dernier point est un leitmotiv de Vatican II qui ne figurait dans aucun des précédents conciles. Pour autant, le texte ne manque pas d’affirmer avec netteté la place unique de l’Eglise catholique dans l’œuvre du salut.

Le 3e document devait originellement être l’un des chapitres du schéma sur l’œcuménisme et devait traiter exclusivement des juifs. Il en a été détaché et est devenu un texte portant sur les religions non chrétiennes et le dialogue interreligieux. Il ne comporte que 5 paragraphes et parle essentiellement de la religion musulmane, de la religion juive et de la fraternité universelle qui exclut toute discrimination. Ce texte rompt avec des siècles d’indifférence voire de franche hostilité à l’égard des autres religions. Cependant, sans tomber dans le relativisme, un long chemin reste encore à parcourir pour prendre vraiment en compte ce qui fait la spécificité de chaque religion, en étant respectueux de leur autonomie. Dans ce domaine il y a des avancées, telles les rencontres d’Assise mais aussi des reculades telles la déclaration Dominus Iesus.

Martine Sevegrand La sexualité, une affaire d’Église? De la contraception à l’homosexualité

L’auteur avait proposé en 2008 une première étude sur l’affaire de l’encyclique Humanae Vitae, qui en 1968, avait condamné la contraception. Des questions déjà anciennes ne pouvaient plus être éludées : l’Église catholique a-t-elle peur de la sexualité ? Celle-ci est-elle de son ressort ? Une nouvelle édition, complétée et enrichie, s’imposait au moment où on assistait à la mobilisation du Vatican et de l’épiscopat français contre le mariage homosexuel. On sait que Humanae Vitae a provoqué la désertion des églises par nombre de catholiques, en particulier de femmes et parfois même aussi de prêtres. On sait moins qu’elle a été suivie par des déclarations des épiscopats du monde entier, certains, comme en France, l’interprétant pour tenter d’en atténuer la portée.

Mais, paradoxalement, le magistère romain en a fait le point de départ d’une reconquête de son autorité sur l’Église toute entière. En imposant Numance Vitae Paul VI, puis Jean-Paul II et Benoît XVI ont entrepris de mettre au pas les épiscopats comme les théologiens. Ils n’ont fait qu’accentuer le fossé qui sépare l’Église de la société moderne.

Au moment où une rupture de pontificat révèle les incertitudes qui parcourent l’Église catholique, il faut bien constater que le sexe ne cesse de constituer un terrain majeur de l’affirmation catholique traditionnelle et d’interpeller la prétention de celle-ci à incarner une « loi naturelle ». C’est tout l’enjeu de ce livre stimulant qui poursuit le débat sur des positions trop souvent superficielles.

Martine Sevegrand, historienne, est spécialiste du catholicisme français contemporain et membre associée au Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (CNRS). Elle a déjà publié: Les enfants du bon Dieu. Les catholiques français et la procréation au XX’ siècle, Albin Michel; L’amour en toutes lettres. Questions à l’abbé Viollet sur la sexualité (1924­1942), Albin Michel; Vers une église sans prêtres. La crise du clergé séculier en France (1945­1978), Presses universitaires de Rennes; Vatican Il (1959-1965). Feuilleton d’un concile en 34 épisodes, Ed. Golias.

Collection Disputatio dirigée par Jean-Pierre Chrétien Editions Karthala, 2013 IBSN : 978-2-8111-0892-2