Hans Kung, interviewé par la Passauer Neue Presse

Le théologien et critique de l’Eglise de Tubingen, Hans Kung ne croit plus à des progrès possibles dans le domaine de l’œcuménisme aussi longtemps que Benoît XVI sera pape. C’est ce qu’il expliqua lors d’une interview qu’il a accordée à la Passauer Neue Presse, le journal local de Passau, petite ville de Bavière sur la frontière avec l’Autriche, aux confluents du Danube et de l’Inn. Voici le texte original en allemand http://www.pnp.de/nachrichten/heute_in_ihrer_tageszeitung/politik/244439_Hans-Kueng-im-PNP-Interview.html et j’en ai fait une traduction

Monsieur le professeur Kung, vous êtes considéré depuis des décennies comme le critique de l’Eglise le plus connu. Pourquoi êtes-vous toujours encore membre de l’Eglise ?

Je ne suis pas dans l’Eglise à cause de la curie romaine, mais à cause de l’évangile qui est annoncé dans cette Eglise et duquel on vit malgré tous les problèmes. Et aussi parce que dans ma théologie ce qui compte c’est l’Eglise en tant que communauté des croyants et pas l’Eglise en tant que hiérarchie.

En 1979 Jean Paul II vous a retiré votre chaire d’enseignement. Cela non plus ne vous a pas découragé ?

Les quatre mois qui ont suivi furent les plus pénibles de ma vie et je suis content d’y avoir survécu d’une façon indemne. Je connais des collègues que cela a brisés. Mais pour moi cela s’est avéré profitable. En effet à cause de cela j’ai pu avoir une chaire que ne dépendait plus de la faculté de théologie catholique. Cela m’a donné une nouvelle liberté dont je me suis amplement servi.

Vous venez maintenant pour une rencontre ayant pour titre « Peut-on encore sauver l’Eglise ? » Tel est aussi le titre de votre dernier livre. Vous dites que l’Eglise est sérieusement malade. De quoi souffre-t-elle ?

Elle souffre de l’oppression du système romain. C’est un système moyenâgeux qui s’est imposé à l’Eglise au 11e siècle lors de la réforme de Grégoire VII. Depuis nous avons le papisme, une papauté exercée d’une manière absolue, un cléricalisme forcené et l’obligation du célibat. L’Eglise catholique a vécu précédemment pendant 1000 ans sans tout cela et pourrait survivre sans tout cela.

Votre livre se termine par la phrase « Je n’ai pas abandonné l’espoir que l’Eglise survivra ». Sur quoi fondez-vous cet espoir ?

Je fonde mon espoir sur le message chrétien lui-même auquel adhéreront à coup sûr toujours des croyants. La question est vers quelle forme cette communauté évoluera-t-elle. Suite à toutes les expériences négatives, cela n’est pas très clair.

Dans votre livre vous faite aussi allusion à Karl Rahner qui parle de l’hibernation de l’Eglise. Vous attestez ce temps de glaciation de l’Eglise. D’après le calendrier, après chaque hiver il y a un printemps. Quelle température avons-nous actuellement ?

Je suis malheureusement obligé de dire, qu’après la visite du pape, nous ne sommes pas encore arrivés au printemps. Bien au contraire. Mon diagnostic de l’état de l’Eglise s’est confirmé et beaucoup qui attendaient une réforme et des progrès dans le domaine de l’œcuménisme ont été amèrement déçus. Nous devons donc attendre et observer ce qui peut germer d’en bas et pas ce qu’il pourrait pleuvoir d’en haut. Certes compte la devise du voyage papal « Là où est Dieu, là est l’avenir », mais malheureusement dans la réalité, ce qui compte aussi est « Là où est le pape, là est le passé ».

Vous comptez aussi sur le soutien, venant des communautés ecclésiales et des espaces publics élargis, d’évêques ouverts au dialogue. Qu’en est-il à ce niveau là ?

Je pense que beaucoup d’évêques ont de la sympathie pour ces positions que je ne suis pas le seul à défendre. Et, s’ils étaient libres, ils les exprimeraient aussi publiquement. Mais pour le moment cela ne m’a pas encore réussi à faire bouger un évêque pour qu’enfin il dise publiquement quelle est la situation dans les diocèses, qu’il n’est plus possible de continuer ainsi et qu’on devrait s’attaquer à des réformes dont la réalisation a été repoussée depuis des décennies et pour certaines depuis des siècles.

En Autriche pas mal de prêtres ont, à l’initiative de Helmut Schuller ancien vicaire général de Vienne, appelé à la « désobéissance » vis-à-vis de Rome. Ceci pourrait-il mettre un processus en mouvement ?

Je pense que cette initiative compte, dans l’espace linguistique allemand, énormément de sympathisants.  J’ose espérer que beaucoup de prêtres se joindront à cette initiative. On a discuté pour savoir s’il fallait qualifier cela de désobéissance. Personnellement je n’ai aucune objection à faire. Il faut plus obéir à Dieu qu’aux hommes. C’est avec raison qu’Helmut Schuller, qui est très connu et estimé en Autriche, a dit qu’il fallait faire savoir publiquement que pas mal de réformes qu’il demandait sont déjà appliquées dans la pratique dans les paroisses. Beaucoup tiennent à ce que ce soient des laïcs qui font la prédication et distribuent aussi la communion à des divorcés ou des personnes qui ont quitté l’Eglise. Ce que dit Rome, en particulier que c’est la volonté de Dieu que les femmes ne puissent pas être ordonnées prêtres, ne peut pas être prouvé théologiquement.

Vous êtes contre la prétention à la domination absolue du pape et parlez même d’une « poutinisation » de l’Eglise, d’une dictature absolutiste à laquelle manque singulièrement la tolérance. A quels faits concrets faites vous là allusion ?

J’ai dit que la dictature de l’absolutisme a été utilisée comme réponse au slogan de la dictature du relativisme. C’est un paradoxe que le cardinal Ratzinger dans son allocution avant l’élection pontificale ait parlé de la dictature du relativisme, alors que tout le monde sait que le pape est le dernier monarque absolu du monde occidental. En ce qui concerne la poutinisation j’ai clairement dit que je ne comparais pas le saint père au chef d’état russe qui n’est pas du tout saint. Je connais la différence et je me suis toujours gardé de médire sur la personne de Joseph Ratzinger. J’ai du respect pour lui et je sais que cela est réciproque. Mais il est évident que structurellement il existe des parallèles entre les deux systèmes. En l’occurrence, le chef de l’administration la plus secrète du Vatican, à savoir la congrégation pour la doctrine de la foi, dont l’inquisition est l’ancêtre, est devenu pape. Jusqu’à son élection cela était inimaginable. Mais cela s’est passé. Le pape n’a malheureusement pas réuni autour de lui les gens les plus compétents pour conduire l’Eglise durant ces temps critiques. Il a sollicité ses anciens collaborateurs de cette administration secrète. Il a partout installé dans les postes clés des personnes qui à un moment donné ou à un autre ont travaillé pour la congrégation pour la doctrine de la foi. De fait nous avons de nouveau le même type de combines secrètes qu’autrefois. Par exemple le problème de la pédophilie est aussi le problème de l’étouffement de ces affaires. Ces combines secrètes sont aussi la marque de fabrique des décisions qui sont prises pour gouverner. Par exemple on se comporte vis-à-vis des synodes des évêques comme Poutine se comporte vis-à-vis de la Douma. Personne n’a rien à dire. On peut se poser la question comment tout cela peut continuer ainsi quand à la tête il y a un homme qui a encore plus de pouvoir que Poutine, puisqu’il concentre en ses mains à la fois les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires et qu’il les utilise pour promouvoir la restauration du système ante-conciliaire.

Les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?

Le climat de restauration s’appesantit dans l’Église. Le « peuple de Dieu » a beau poser des questions dans les synodes : Rome ne veut pas les entendre et les nonces font savoir aux évêques qu’ils ne doivent pas les transmettre. Pareille censure fait penser aux pratiques des régimes totalitaires. La suprématie pontificale contrôle la vie des Églises, elle nomme souvent des évêques à sa botte, elle fait fi de la collégialité épiscopale et de la sensibilité des fidèles.

Des milliers de chrétiens « s’en vont sur la pointe des pieds » sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes. Le souci prévalent de continuité avec le passé commande. N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ?

Quatre cents théologiens universitaires en Allemagne, des centaines de prêtres et de diacres en Autriche, ont élevé la voix. En France, si l’on excepte un petit groupe de prêtres à Rouen, et le communiqué – non signé – de l’équipe nationale du groupe « Jonas », le silence est compact. En conversation privée, beaucoup de personnes, y compris des responsables d’Église, disent leur inquiétude, leur déception. Mais les mêmes ne s’expriment jamais publiquement. Rome peut penser que ses orientations sont acceptées. L’absence de protestation cautionne, négativement, le pouvoir et les décisions de la monarchie romaine.

Pourquoi le silence de tant de prêtres qui ont joué leur vie sur le renouveau du Concile ? Ils ont pris de l’âge, leur capacité de résistance s’est usée devant l’inertie et la suffisance de l’appareil, une lassitude croissante pèse sur eux. « À quoi bon ? » Un sentiment d’impuissance les paralyse. Ils continuent à vivre proches de leurs concitoyens et de témoigner de l’évangile « à la base », comme l’on dit, sans plus vouloir influer aux échelons supérieurs.

Enfin ils vieillissent. On leur fait sentir parfois qu’ils ne portent pas l’avenir.

Dans cette foule silencieuse de laïcs et de prêtres, que font les théologiens, les hommes de la pensée, ceux qui doivent aider les responsables hiérarchiques par leurs études et leur réflexion ? En France, à l’exception de Joseph Moingt et de Jean Rigal, ils se taisent, eux aussi. Alors qu’ils devraient exprimer et analyser le « sensus fidei », ce que dit l’Esprit dans le peuple, ils demeurent muets. Est-ce le souci de préserver leur chaire, de ne pas compromettre leur accès à des échelons supérieurs ? On est étonné de constater qu’ils ne forment pas une instance collective de réflexion et d’expression publique. Eux aussi, sans doute, si on les interrogeait, se réfugieraient derrière l’ « À quoi bon ? ». Ils attendent que le vent tourne. Ils disent parfois à tel ami qui parle haut : « Toi, tu peux le dire, moi, je ne peux pas ».

Hélas, on recueille parfois pareille réflexion sur la bouche de laïcs qui ont des rôles dans l’Église où ils sont parfois permanents, employés et salariés. On parle « mission », « évangélisation », « peuple de Dieu », sans trop savoir ce que ces mots incantatoires engagent dans la pratique. On demeure soumis, souvent dans une étonnante « papolâtrie », qui s’est établie jusque dans les esprits. On accepte, comme si elle était de droit divin, la centralisation romaine qui s’est accrue progressivement au cours des siècles. Comme on est loin des commencements, comme on est loin de la démarche libre de Jésus !

Concluons sereinement. L’Évangile est un volcan. On ne l’éteindra pas. Il rentrera à nouveau en éruption féconde. À l’intérieur des Églises et en dehors d’elles.

Habités par cette conviction paisible, les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?

Gérard Bessière http://fr-fr.facebook.com/pages/G%C3%A9rard-Bessi%C3%A8re/156699844389911?sk=info – 18 Octobre 2011

L’appel des prêtres autrichiens n’est pas un cas isolé

En Autriche, l’Appel à la désobéissance est maintenu

Dans leur dernière newsletter, Helmut Schüller et les désormais 407 diacres et prêtres signataires de l’Appel à la désobéissance disent ceci: « On nous a demandé de retirer notre appel. Mais nous ne pouvons le faire en conscience, alors que nous continuons à être d’accord avec son contenu ».

Le père Schüller a expliqué que « les laïcs ne sont pas des clients d’une enseigne quelconque, mais les pierres de l’édifice de l’Eglise. Ils devraient être de plus en plus présents dans les décisions, grâce à leur expérience de la vie, mais l’Eglise a peur d’eux, elle les considère comme infectés par la sécularisation et le relativisme ». Un point de vue que je partage, car les fidèles ont toujours su prendre des avis justes sur les faits de société, sans avoir l’air de dangereux athées. L’Église doit se rendre compte que le fidèle n’est pas un mouton mais aussi une de ses composantes dont l’avis importe autant que celui de la hiérarchie.

Dans la newsletter, les prêtres rebelles expliquent qu’ils ont été invités à discuter avec le cardinal Schönborn, mais qu’ils avaient refusé pour éviter « que quelques membres du haut clergé discutent de choses qui concernent l’ensemble des fidèles avec quelque membres du bas clergé ». Les prêtres n’ont pas eu tort de refuser car ce qui doit être fait pour tous doit être décidé par tous.

La semaine dernière, comme le rapporte le journal autrichien Der Standart, Helmut Schüller était l’invité de l’Union des entrepreneurs chrétiens de Sankt Pölten pour parler du thème « Désobéissance dans l’Eglise et dans l’économie ». « Nous l’avons invité parce qu’il est controversé », a déclaré le président de l’Union. « Et le diocèse ne s’immisce pas dans notre programmation ».

Du côté de l’évêché, le discours est un peu différent : on n’a pas fait interdire la réunion, ce que l’on aurait pu faire puisqu’elle a eu lieu dans des locaux diocésains, mais on a clairement dit que l’initiative ne « réjouit pas ». Elle peut ne pas réjouir, mais Helmut Schüller était le bon invité pour parler de la désobéissance à cette réunion, car pour désobéir, il faut de bonnes raisons et c’est le cas ici.

Le mouvement commence à se stabiliser et semble se renforcer, quoi de plus normal, vu que les prêtres et les fidèles s’y retrouvent. Il est dommage que l’Église ne comprenne pas ce mouvement qui pourrait lui donner un peu d’oxygène en ces temps de crise pour elle.

Cette partie de l’article se trouve sur le site : http://paroissiens-progressiste.over-blog.com/article-en-autriche-l-appel-a-la-desobeissance-est-maintenu-86412686.html

Des prêtres de Rouen rejoignent l’appel à la désobéissance des prêtres autrichiens

Une douzaine de prêtres du diocèse de Rouen ont signé le manifeste des prêtres autrichiens pour demander des réformes dans l’Église.

Selon le quotidien régional Paris-Normandie , trois prêtres ont pris la tête, dans le diocèse, de ce mouvement : « Nous voulons une Église qui soit à l’écoute des besoins et des attentes des hommes d’aujourd’hui, une Église solidaire des pauvres et des exclus » explique le P. Paul Flament, entouré du P. Guy Gravier, curé de Grand-Couronne, et du P. René Gobbé, délégué à la pastorale des migrants.

Ces prêtres avaient d’ailleurs été signataires d’une lettre ouverte allant dans ce sens, publiée par La Croix en 2008 (« Qu’attendent nos évêques ? »). Par leur mobilisation, qu’ils espèrent bien voir s’étendre dans les diocèses voisins du Havre et d’Évreux, ils souhaitent montrer que la question ne saurait être circonscrite à la seule Église d’Autriche.

L’archevêque de Rouen, Mgr Jean-Charles Descubes, n’a pas souhaité s’exprimer sur le fond de cet appel à la désobéissance.

Dans leur manifeste, les prêtres autrichiens, plus de 300 selon le site de l’appel, souhaitent que les laïcs puissent désormais prononcer des sermons et diriger des paroisses, afin de faire face au recul des vocations. Ils annoncent aussi qu’ils ne refuseront pas la communion aux divorcés remariés, et qu’ils feront campagne pour l’ordination des femmes et des personnes mariées.

En Irlande, les prêtres contestataires s’organisent

Voir le blog paroissiens progressistes  http://paroissiens-progressiste.over-blog.com/article-en-irlande-les-pretres-contestataires-s-organisent-86377925.html

Déclaration des Prêtres Mariés « Chemins Nouveaux » association membre des Réseaux du Parvis

A l’occasion de leur rencontre annuelle, le 9 octobre 2011 à Paris, les prêtres mariés du groupe « Chemins Nouveaux » et leurs épouses font la déclaration suivante :

«  Nous entendons en ce moment l’appel de nombreux prêtres en exercice en faveur de l’ordination d’hommes mariés et de femmes, en faveur de ceux et celles qui vivent des divorces, nous entendons l’appel de tous ceux qui aspirent à une parole qui ne soit plus confisquée par l’Eglise institutionnelle.

346 prêtres autrichiens ont fait cette demande, quelques prêtres français déclarent ouvertement soutenir leur démarche. Beaucoup de prêtres et de laïcs, inquiets à juste titre de la baisse de vitalité des communautés chrétiennes et du manque de dialogue dans l’Eglise, soutiennent sans conteste le mouvement.

Nous qui avons fait le pas vers le mariage et continuons à vivre de l’Evangile au service du Seigneur et de nos frères de multiples façons, approuvons cet appel dans le sens d’une fidélité à l’esprit même de l’Evangile et à la tradition apostolique.

Le serviteur que Jésus a voulu, lui, le Fils de Dieu incarné, n’est pas hors du monde, il est dans le monde, messager d’une Bonne Nouvelle et rassembleur des hommes dans l’Amour.

Parce que nous aimons Dieu et nos frères, nous demandons à l’Eglise, à nos évêques, à celui qui est « le premier parmi ses semblables », d’ouvrir leur esprit et leur cœur au souffle de l’Esprit, comme au premier jour de l’Eglise.

L’Evangélisation dans un monde nouveau oblige à des ajustements courageux.

Vous pouvez consulter leur site  http://www.pretresmaries.eu/

Déclaration de la « Fédération européenne des prêtres catholiques mariés » (FEPCM)

« Nous, prêtres mariés et leurs épouses de la « Fédération européenne des prêtres catholiques mariés » (FEPCM), présents dans différents groupes actifs aujourd’hui en Belgique, France, Espagne, Allemagne,  Royaume-Uni, Italie, Autriche, nous vous remercions de votre prise de position et nous avons décidé de vous assurer de notre soutien.

Fidèles aux orientations du Concile Vatican 2, nous ne pouvons que constater comment les nombreuses ouvertures qu’il avait permises sont aujourd’hui freinées, voire rejetées. 

Nous savons d’autre part que la réforme urgente et nécessaire viendra d’abord par la volonté et les initiatives de la base.

Après tant de chrétiens qui ont déjà pris les chemins d’une Église « Autre », nous nous réjouissons de voir enfin des prêtres choisir de suivre leur conscience et mener une action collective, sachant que le corps épiscopal en est actuellement réduit à se taire sous prétexte d’unité.

Mais l’Unité n’est pas dans l’uniformité, ni dans la soumission aveugle.

Nous soutenons notamment l’opposition au système actuel de regroupement de paroisses qui va à l’encontre d’un ministère inséré dans la communauté et créateur de lien social et fraternel.

Nous allons continuer à diffuser votre manifeste auquel nous ajouterons dorénavant notre lettre de soutien.

Nous vous souhaitons persévérance et force dans cette longue marche.

Que l’esprit de Jésus guide nos esprits et nos cœurs. »

Lorsqu’un barrage risque de s’écrouler, il y a des signes avant coureurs. Souhaitons que des mesures soient prises avant qu’arrive une inondation générale avec tous les dégâts que cela risque d’occasionner. Lorsqu’un barrage est trop vieux, pour éviter les inondations, il faut le vider

Promouvoir la culture du dialogue dans l’Eglise

A l’initiative de Guy Aurenche http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Aurenche voici la synthèse de la remontée de 2000 réponses à un questionnaire

1. Parmi les questions qui vous tiennent le plus à cœur pour l’avenir de l’humanité et sur lesquelles vous seriez prêts à vous battre, quelles sont celles que vous désigneriez en priorité ?

L’amplitude de la question a donné lieu à des réponses qui se situent sur plusieurs registres.

D’abord, la plupart des personnes font le constat d’un monde inégal :

« Notre monde …souffre d’inégalités criantes, et qui ne cessent de s’aggraver. Une partie de l’humanité bâtit sa croissance sur la course aux faux besoins, entretenue par des techniques de plus en plus sophistiquées, tandis qu’une autre, la plus nombreuse, ne peut satisfaire ses besoins les plus élémentaires (eau potable, nourriture, santé, instruction). Il appartient aux chrétiens de s’insurger, avec tous les hommes de bonne volonté, contre un modèle de croissance qui conduit l’humanité dans le mur »

Devant ce constat, « la question la plus urgente est celle du partage » affirment beaucoup.

Dans un second  registre, des réponses constatent  la confiscation du pouvoir et des savoirs par une élite qui fonctionne du haut vers le bas et jamais l’inverse. « Les discours de haut en bas sont nombreux mais la parole n’est que rarement donnée du « bas vers le haut ».

« Je redoute plus que tout une logique libérale libertaire prête à sacrifier les plus pauvres, les plus fragiles, pour assurer à une minorité de nantis une forme de toute puissance. »

Dès lors, l’un des combats prioritaires est de redonner la parole à ceux qui subissent les inégalités d’accès aux biens et aux savoirs sans  réduire ces femmes et ces hommes aux problèmes auxquels ils font face. Leur accès à la parole est en ce sens décisif : « Etre homme c’est parler. C’est la parole qui nous distingue des animaux. Il faut se parler  entre intimement proches, entre amis, entre voisins, entre étrangers, entre adversaires, entre ennemis. »

Un troisième registre de réponses s’interroge sur la volonté d’agir pour lutter contre ces fractures planétaires en notant la progression d’une forme de cynisme ambiant : « L’idée d’un Homme ou d’une Humanité qui mériterait un combat me semble ne pas résister au pragmatisme ambiant au-delà des sursauts ponctuels…. Les combats sont de plus en plus proches de chacun jusqu’à ne concerner que sa propre personne. C’est sûrement ce qui est le plus grave pour moi et c’est sûrement ce sur quoi je suis acteur ou aie envie de l’être. Aider à penser au-delà de son petit clan, limité dans l’instant et marqué par l’oubli du passé. Penser, rêver, espérer encore…Ouvrir ce qui s’est fermé peu à peu, pas seulement à l’autre mais aussi à ce qui produit l’autre.»

Alors que faire ? « Face à la marchandisation du monde et à la victoire des transactions sur les relations », il s’agit pour beaucoup d’agir dans trois directions :

–          les questions environnementales et sociales

–          la lutte contre la pauvreté

–          la cause de l’Homme et de son bonheur (respect de la diversité, reconnaissance de l’autre, accès à la parole, éducation à la citoyenneté, accès des femmes à l’éducation, à l’égalité des droits et aux responsabilités).  

Beaucoup insistent également pour combiner à la fois la responsabilité de chacun et l’action collective : dans l’usage de l’argent par exemple en combinant  placement éthique et lutte contre les paradis fiscaux.

L’accent est mis également sur la nécessité de promouvoir une approche spirituelle des  questions mondiales.

2ème question : En quoi l’Evangile éclaire ces questions et peut apporter un souffle, une force pour l’avenir ?

Trois remarques préalables sont d’abord formulées :

–          l’Evangile n’apporte pas de réponses toutes faites aux questions de l’humanité,

–          on ne peut comprendre l’Evangile qu’en le reliant à l’ensemble du Premier Testament et du Second Testament,

–          « on ne peut isoler la Parole de Dieu de ses lecteurs. Il n’est pas possible (contrairement à ce que font croire les fondamentalistes) de passer de la lecture à l’action de manière monovalente. Il y a un espace irrémissible entre la parole lue et l’action tentée. »

L’insistance est souvent mise sur la découverte ou la redécouverte que l’Evangile ne se résume pas à un corpus de valeurs. Sans les nier, il porte une Parole qui les dépasse. Cette Parole porte à la rencontre de l’autre à la suite du Christ, en mémoire de Lui. Inspirée par l’Evangile, cette rencontre touche l’être en profondeur, elle peut révéler une force de vie et une dignité qui habitent chacun.

« Encore faut-il que cette Parole ne soit pas seulement écoutée mais entendue. C’est d’entendre en effet qu’il s’agit, d’entendre une Parole qui veut frapper l’oreille du cœur, la Parole du Dieu vivant adressée aux hommes et femmes d’aujourd’hui pour cheminer jusqu’au plus intime du cœur de chacun. Une écoute qui ne peut percevoir le « fin silence » de Dieu que dans la veille quotidienne. C’est jour après jour que la fréquentation de la Parole  de Dieu lui permet de tracer son chemin vers le cœur de l’homme. Il ne s’agit pas de « zapper » mais de se laisser imbiber. Les Pères de l’Église avaient un vocabulaire pittoresque pour dire comment, dans le silence, ils «ruminaient », «mastiquaient», « berçaient » la Parole, pour se laisser « blesser » par elle, la laisser cheminer, en saisir peu à peu et toujours mieux le sens profond dans le plus concret de leur vie. Grâce à l’Écriture, la prière n’est plus, en effet, monologue ou introspection. Elle devient dialogue avec Dieu, réponse aux invitations qu’il adresse à travers la Parole. Dieu nous parle bien plus que nous ne lui parlons. »

Entrer dans cette dynamique d’écoute de la Parole de Dieu suppose de créer un mouvement  communautaire de lecture des textes bibliques. Oser cette ouverture, c’est ouvrir à une multitude d’interprétations (y compris conservatrices et très subjectives). On retrouvera alors le rôle régulateur du magistère qui n’empêche pas ces interprétations multiples de s’exprimer mais effectue à partir d’elles un travail de discernement.

Beaucoup de contributions mettent également en évidence l’humanité de la feuille de route proposée par Jésus. Il n’a pas la solution mais ses propos travaillent toute action :

  • §  Il remet l’homme debout
  • §  Il remet l’homme au centre
  • §  Il met l’homme avant la Loi
  • §  Il lutte contre l’exclusion
  • §  Il choisit la sobriété
  • §  Il choisit la confiance plutôt que la sécurité, il se laisse toucher
  • §  Il exige la justice
  • §  Il encourage le pardon
  • §  Il a toujours un regard qui grandit la personne

L’Evangile lu, écouté, entendu, loin de se réduire à une idéologie ou à un programme est à la fois source, lumière et souffle de vie.

« L’Evangile est une lumière qui ne déçoit jamais : « Confiance, lève toi, il t’appelle ! »

« L’Evangile est un souffle car c’est le chemin du bonheur, du bonheur responsable qui regarde toute la vie avec ses creux et ses pleins, ses souffrances et ses joies pour nous amener à ce chemin d’amour où l’on se sent pleinement aimé et où est plein de joie de se donner et de partager. » 

 « Je ne peux pas séparer l’analyse du monde du retour aux sources évangéliques. Je ne sais plus faire d’analyses où ma foi serait entre parenthèses. »

3ème question : Avez-vous d’autres sources ?

La réponse à cette question est évidente. Se référer à la  source  évangélique, sauf à la chosifier,  n’empêche pas de faire un travail de compréhension du monde à travers l’écoute des grands témoins (Gandhi, l’Abbé Pierre, Bonhoeffer, Luther King, Joseph Moingt, Etty Hillesum, Mandela, François d’Assise, Sœur Emmanuelle, etc.)

–          La référence à des penseurs :  E. Mounier – E. Morin – D ; Duigou – M. Zundel – Theilard de Chardin – Mgr Noyer – le P. Congar – le P. Chenu – V. Margron – G. Ringlet – H. Vuilliez – J. Rigal – F. Cheng – M. Légaut – D. Hervieu-Léger – Ricoeur – Lévinas – Radcliffe – Sesboué – Vincent Cosmao – Leonardo Boff …

–          La lecture des revues et journaux

  • o   La Croix – La Vie – Le Parvis – Le Monde des religions – Panorama

 L’étude des textes ecclésiaux

  • o   Encycliques – doctrine sociale

La consultation des sources en provenance d’experts

  • o   Les résolutions de la CNUCED
  • o   Les discussions à l’OMC
  • o   L’avis des ONG
  • o   L’ONU
  • o   L’avis des Eglises locales

–          Les autres religions

  • o   Le bouddhisme
  • o   L’islam
  • o   La laïcité

–          La relation à autrui

  • o   Le discours silencieux des personnes isolées, humiliées, souffrantes
  • o   Les équipes de vie
  • o   Les amis – la famille – les enfants
  • o   Les artistes
  • o   Les révisions de vie – action catholique
  • o   Les célébrations réf. St-Merry
  • o   La prière
  • o   Les moines, les moniales

–          La nature, la beauté de la création, la beauté de la musique et du chant

–          La pratique de la méditation.

Ces multiples références sont en retour « bousculées par l’expérience spirituelle » : « ce lieu qui peut être celui de la contemplation ». Ainsi, la lecture de la Parole  suggère des déplacements de paradigme (le don et non l’accumulation, la mise en commun et non l’appropriation, la fraternité et non la concurrence) pour penser la vie en société à travers un dialogue avec les autres acteurs sociaux. »

Les répondant insistent presque tous sur l’ « Importance de la vérité à travers le dialogue »

Il s’agit de se laisser changer par l’autre.

4ème question : Pour vivre ce souffle et cette espérance, qu’est-ce qui vous semble faire  difficulté au sein de l’Eglise catholique ?

Malgré la vitalité de groupes chrétiens, c’est la peur vis-à-vis du monde et de ses évolutions qui semble dominer dans le gouvernement de l’Eglise. « C’est rassurant de se retrouver à quelques purs à mépriser les autres mais ce n’est pas le message de Jésus Christ. La seule fois que le Christ a parlé de sexualité, c’est pour dire que les putains seront les premières dans le Royaume de Dieu. Tous ceux et toutes celles qui allaient voir le Christ en vérité, tous les pêcheurs en particulier étaient libérés, on ne peut pas en dire autant de l’Eglise. »

L’impression domine que l’Eglise se préoccupe d’abord d’elle-même sans accepter de se laisser déplacer par la rencontre de l’autre.

Le fait de privilégier la loi sur l’esprit conduit à légitimer une absence de compassion

La parole de la hiérarchie semble décalée de la vie des communautés qui se sentent insuffisamment consultées dans les périodes qui précèdent les prises de parole et la publication des textes.

Les critiques touchent plusieurs domaines de la vie de l’Eglise :

La gouvernance

  • o   L’autoritarisme
  • o   La centralisation
  • o   Le cléricalisme
  • o   Le souci de préserver un pouvoir
  • o   La sacralisation de l’Institution

La communication

  • o   Une image et une communication catastrophique
  • o   Un langage d’un autre âge et d’une autre culture
  • o   Une terrible perte de crédibilité et de confiance : « L’Eglise n’est plus crédible »

La peur domine dans le rapport à la société, dans la théologie comme dans la façon d’envisager la vie des communautés chrétiennes.

  • o   La méfiance à l’égard de la recherche scientifique
  • o   La peur et le mépris à l’égard des femmes
  • o   La crainte forte d’un retour à Vatican 1, une théologie anté-conciliaire qui reste prégnante
  • o   La peur de la modernité, la peur du syncrétisme
  • o   Le formatage des jeunes prêtres
  • o   La priorité donnée au culte
  • o   La priorité donnée à la loi
  • o   Le retour au primat du dogme
  • o   Le repli identitaire : pour beaucoup de jeunes, l’Eglise apparaît comme une secte

L’écart entre l’Eglise hiérarchique et le vécu des chrétiens et non-chrétiens

  • o   l’enfermement dans un style inaudible
  • o   l’éloignement du terrain  de la part de la hiérarchie
  • o   la déconnection du spirituel de la vie ordinaire des gens
  • o   l’absence des pauvres dans les célébrations de nos pays riches.

De nombreuses expressions reflètent ces constats :

« Il existe un fossé entre l’univers fossile de l’Eglise hiérarchique et le vécu concret de beaucoup de chrétiens  et non-chrétiens ».

« Au Pérou on dit : « si on obligeait les évêques à circuler durant un mois seulement avec les transports publics (bus et taxis collectifs), toute la théologie changerait ! »

« L’Eglise, nous l’aimons, mais elle doit écouter avant de parler. »

5ème question : Quelles seraient vos attentes et vos propositions ?

Deux attentes se conjuguent : l’une insiste sur l’importance de miser sur la vitalité des communautés chrétiennes, l’autre sur la nécessité de réformer l’Eglise.

Pour prendre un peu de champ avec l’acuité des débats et des attentes, un  contributeur cite Michel Rondet : « Nous sommes appelés à rompre avec une tradition cléricale qui n’a cessé de s’imposer depuis le Ve siècle mais qui n’est pas évangélique. Le Christ n’a pas confié l’avenir de sa communauté à une classe d’hommes qui en assumeraient seuls l’animation et les orientations ; or c’est ce qui s’est produit à travers l’instauration d’un clergé conçu sur le mode de celui des cultes païens. C’est avec cette tradition qu’il faut rompre en rendant aux communautés chrétiennes la responsabilité de leur vie et de leur animation sous le contrôle du ministère apostolique des évêques. »

Dans cet esprit, beaucoup attendent de  l’institution qu’elle  accompagne les recherches des communautés humaines en forte attente de spiritualité (au lieu de les juger) : « Une Eglise qui cherche, à l’écoute de l’Esprit,  au lieu d’une Eglise qui sait ».

Un grand nombre de répondants soulignent le besoin d’une vie ecclésiale qui tienne davantage compte ce que vivent les communautés à la base, d’une parole qui circule de bas vers le haut et non seulement du haut vers le bas.

Il s’agit de mettre les communautés chrétiennes à l’écoute de l’Ecriture pour produire une parole pour aujourd’hui. Au magistère ensuite de réguler cette parole et de la faire circuler. D’aucuns proposent de généraliser une démarche synodale qui relise le Concile Vatican II, débatte des questions nouvelles et « mette au clair les responsabilités missionnaires et ecclésiales ».

Cela suppose que le dialogue s’instaure à tous les niveaux notamment  que les évêques « avec le soutien des catholiques » osent un dialogue audacieux avec Rome.

Outre un changement dans l’attitude de l’institution, des réformes plus précises sont souhaitées :

-« La collégialité des évêques doit être rétablie. Le rôle du pape, « premier parmi les évêques » est de servir cette collégialité et l’unité de l’Eglise en respectant la diversité des Eglises continentales. »

– « Ce n’est pas trahir la tradition chrétienne que de se reposer la question du célibat des prêtres, du rôle des femmes dans l’Eglise, de leur ordination, de l’exercice du pouvoir au Vatican, de la subsidiarité dans le fonctionnement de l’institution, de la gestion des biens de l’Eglise. »

-«  Que notre Eglise, légitimée sur ses fondamentaux, n’ait pas peur de se remettre en question, de faire preuve de moins d’arrogance quant à ses certitudes, de plus de compassion pour les pécheurs, dont nous sommes. C’est le moyen de ne pas laisser le champ libre aux dérives et aux idoles qui menacent nos sociétés. »

Sans nier la nécessité de réformes dans l’institution, beaucoup insistent pour miser avant tout  sur la force de  l’expérience des communautés chrétiennes qui empêchent de se focaliser sur les dérives conservatrices de l’institution.

-« L’Eglise est toujours dans les douleurs de l’enfantement. Des choses remarquables s’y découvrent. Nous avons mis en place sur le secteur pastoral des équipes de proximité pour partager la vie avec ceux de nos quartiers. D’un repli identitaire, nous passons mois après mois à des actions pour accueillir, rejoindre, porter une parole de fraternité dans la ville, mais aussi d’essayer de vivre la fraternité entre nous. » 

 -« Si l’accent est déplacé de l’institution à l’espace de lecture partagée et à l’expérience de Dieu, alors la question des obstacles devient secondaire. Certes l’Eglise-institution a un impact sur l’opinion publique, sur chaque croyant et peut constituer des freins ou des blocages mais on reste sur le modèle des luttes institutionnelles qui ne sont plus très porteuses et qui n’intéressent plus beaucoup de monde. Il ne faut pas se crisper là-dessus. Les vrais obstacles ne sont pas de type institutionnels mais au contraire dans le fait de croire que le changement doit venir de l’institution. Cela n’a jamais été le cas dans l’histoire y compris celle de l’Eglise. Faire porter trop d’énergie sur la question de l’institution, c’est aussi ne pas se rendre suffisamment attentifs à ce qui se passe dans des communautés croyantes ailleurs qu’en Europe ou dans la stricte orthodoxie catholique. »

Un prêtre fait écho à cette invitation en se référant à la vie d’une communauté chrétienne dans un quartier populaire, fruit d’un choix pastoral : « Cette réalisation qui reste modeste  a pour nous une grande portée symbolique. Elle permet de constater que faire naître l’Eglise dans la société actuelle est possible ; que rejoindre les hommes dans la durée là où ils vivent et d’abord ceux qui sont en grande précarité, pour leur proposer de vivre ensemble l’Evangile est une chance pour toute l’Eglise environnante. Cette expérience peut être une référence pour d’autres communautés. Il doit être possible dans plusieurs quartiers de mettre en place des équipes ayant une visée analogue : prendre en compte les besoins des personnes et à partir de là élaborer à la fois éducatif et évangélique qui soit fondateur ou refondateur dans les communautés actuelles. »

Quelques contributeurs notent également qu’il faut être attentif à l’expression des jeunes générations :

« – Il importe aussi de prendre le temps le temps pour entendre  et accueillir les jeunes générations et leurs quêtes d’identité voire de sécurité en Eglise. »

Si tristesse, déceptions devant les vagues conservatrices qui touchent aujourd’hui l’Eglise catholique sont exprimées sans fard, l’aspiration au changement personnel et collectif n’est pas morte.

 « Il est urgent de se réconcilier avec l’audace d’inventer en Eglise. »

La fin de la sécularisation ?

Cet article est la reproduction telle quelle d’un article du blog  http://royannais.blogspot.com/ et qui s’appelle « Pour les hommes c’est impossible ». Vous pouvez remarquer qu’il figure parmi les blogs que je recommande

Suite aux JMJ madrilènes, sans doute emporté par un enthousiasme aussi compréhensible que peu réfléchi, un des responsables locaux de l’événement déclare dans La Croix du 16 août : « Ces journées vont marquer la fin d’une époque : celle de la sécularisation de notre société ».

C’est n’avoir rien compris à ce qu’est la sécularisation ; c’est ainsi passer à côté de ce qu’est la culture occidentale contemporaine. On peut sans doute se lever contre cette culture, voire la considérer comme non-culture, mais imaginer que l’on pourrait en stopper le mouvement de fond suffirait à vous discréditer à tout jamais et l’on s’étonne que des personnes portées par autant de naïveté ou de refus de voir la réalité, occupent des postes de responsabilité dans l’Eglise. A moins que ce ne soit pour tenir un discours idéologique, contre les faits, qu’elles n’occupent ces postes.

Je ne vais pas refaire ici une analyse de ce qu’est la sécularisation. Même de façon diverse voire contradictoire, elle est suffisamment décrite, y compris par des théologiens ou évêques, y compris par des discours théologiques et pastoraux. Je pose la question contre laquelle semble buter les espoirs fous de notre homme.

Si la sécularisation est inexorable, si on ne peut envisager voir sa fin, quelle chance reste-t-il à l’Eglise ou à l’Evangile ? A l’Eglise, pour le dire tout net, si elle n’accepte pas de changer son regard sur la société moderne, il ne lui reste d’autre avenir que celui d’une secte. Et l’on dirait qu’ils sont nombreux les responsables ecclésiastiques, notamment parmi les plus en vue, qui s’emploient à la sectarisation de l’Eglise.

L’Evangile réchappera-t-il au naufrage annoncé de l’Eglise ? Le pire n’est pas toujours sûr et la force de conversion de l’évangile, une fois encore, pourrait toucher l’Eglise elle-même. Si nous acceptons de ne pas défendre des positions (territoriales mais surtout idéologiques) mais de tout perdre ‑ car celui qui veut sauver sa vie la perdra, à commencer par l’Eglise – alors tout n’est pas perdu. Si nous acceptons de persévérer dans le service des frères, à commencer par les plus pauvres, comme le fait nombre de chrétiens, à titre personnel et/ou dans des institutions ecclésiales, alors tout n’est pas perdu. Si le Seigneur a été rejeté et a connu la mort, l’Eglise pourrait-elle rêver pour elle-même d’autres chemins ? Elle se mentirait et trahirait son Seigneur. La victoire de la résurrection n’appartient à ce monde que sous la forme des arrhes de l’Esprit.

Déjà en 1987, le Cardinal Kasper écrivait : « Partout l’Eglise est devenue plus ou moins une Eglise dans la diaspora du monde moderne, et cette diaspora, qui est la situation ordinaire de l’Eglise […] elle doit l’accepter dans l’obéissance comme le moment historique que le Seigneur a disposé pour elle. En un certain sens, cette situation est même plus conforme à ce qu’est l’Eglise que celle où Eglise et société se recouvrent. Dans cette perspective, le Moyen Age représente davantage l’exception que la norme et la règle.

Dans une société pluraliste, personne ne peut plus imposer des repères au nom de son autorité ou d’une révélation. Ce que l’on peut faire, plutôt que de se lamenter, c’est éduquer les uns et les autres à ce qu’ils puissent se forger des repères ou accueillir des repères raisonnables. Non que ces repères devraient être réduits à ce qu’une humanité seulement humaine ‑ trop humaine ‑ pourrait concevoir. Mais ces repères doivent pouvoir apparaître, dans leur extravagance même, le cas échéant, susceptibles de conduire l’humanité sur les chemins de la vie en abondance, celle que dans la foi, on nomme divinisation. Qui dit éducation, dit tâche à sans cesse recommencer, jamais achevée, peu capitalisable.

Il y a nécessité à faire entendre dans la société la bonne nouvelle de l’évangile ; c’est notre devoir de disciples et un droit pour tout homme. Que l’évangile soit accueilli ou non, ce n’est pas notre affaire, si ce n’est pour nous inviter à toujours plus d’écoute de ceux auxquels nous voulons nous adresser. Nous devons faire en sorte de ne rien trahir de l’évangile et cependant ôter tout ce qui dans notre discours le rend inaudible avant même que nous n’ayons ouvert la bouche. Cela nous mènera sur des chemins que nous ne pouvons pas prévoir. Un autre te mettra ta ceinture (Jn 21,18). Certains payent le prix du martyre, mais avant d’en venir là, et de façon générale, nous devons commencer par consentir à notre propre conversion, abandonner nos certitudes, celles qui nous rendent inaptes à faire résonner la parole de vie dont pourtant nous sommes les dépositaires comme baptisés-confirmés, comme Eglise. Avant d’aller au bras de force avec la société, avant d’aller fanatiquement ou bêtement au casse-pipe, il y a à concéder que nous sommes parfois plus attachés à telle pratique qu’à l’évangile. La réforme est urgente, je n’y reviens pas une fois de plus. On n’est juste étonné, puis scandalisé, de ce que les responsables l’empêchent malgré les nombreux appels que ne cesse de susciter le sensus fidei. Vous annulez la parole de Dieu au profit de votre tradition (Mt 15,6).

L’annonce de l’évangile n’est pas proportionnelle au nombre de chrétiens. Au contraire, rarement autant qu’aujourd’hui et comme aux premiers siècles, on annonce l’évangile. Il n’était‑ quel malheur ! – plus à annoncer quand on croyait que tous étaient chrétiens. Avec les hommes de bonne volonté, avec les croyants d’autres religions, nous pourrons nous mettre d’accord sur ce qui semble raisonnable pour le vivre ensemble, pour limiter la violence et les injustices. Et cela ne marchera pas forcément plus mal qu’en des époques très chrétiennes qui n’ont pas été épargnées par les pires crimes, commis, par la force des choses, par des chrétiens.

Nous avons notre grain de sel à mettre dans ce monde qui demeure celui de l’injustice, de l’inhumain (Cf. Mt 5,13). Et si le sel de la terre relève le goût de l’humanité, le commandement du Seigneur de faire entendre à tous son amour n’aura-t-il pas été respecté ? Comme se plaît à le dire l’évêque émérite de Poitiers, si tout le plat est sel, il est immangeable. Le sel ne se montre pas, ne se voit pas dans le plat. Dès qu’on l’a oublié, tous voient le problème.

Il ne s’agit pas plus de montrer ses légions que de refuser une certaine visibilité. Cela non plus n’importe pas. Il ne s’agit pas de déserter ce monde sous prétexte que la sécularisation est très avancée, il vaudrait d’ailleurs mieux dire, sous prétexte que la déchristianisation est un fait avéré. L’Eglise a sa forme normale, naturelle oserai-je dire histoire de provoquer les défenseurs de la loi naturelle, comme diaspora. Il ne s’agit pas de se réfugier dans une bastide fortifiée. Il ne s’agit pas non plus de baisser les bras et de cesser d’annoncer l’évangile. Cherchez d’abord le Royaume et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît (Mt 6,33).

Source : http://royannais.blogspot.com/2011/10/la-fin-de-la-secularisation.html

La sortie de religion, est-ce une chance?

Tel est le titre du livre qu’ont écrit conjointement Michel GIGAND, Michel LEFORT, Jean-Marie PEYNARD, José REIS et Claude SIMON, à la fois ouvriers et prêtres dans le Calvados, qui se rassemblent chaque semaine en équipe depuis plus de vingt ans. La condition ouvrière, leurs engagements dans le Mouvement ouvrier (SUD Solidaires et CGT) et dans des organisations citoyennes les ont profondément changés au fil des années.

Le processus de sécularisation, qui touche les sociétés occidentales et spécialement la nôtre et qui est vu négativement dans certains milieux chrétiens, a interpellé ces prêtres ouvriers qui, eux, y voient une chance. Les réflexions du théologien Joseph Moingt et du philosophe Marcel Gauchet sur « le christianisme comme religion de la sortie de religion » les ont beaucoup marqués. Ils décrivent la religion de leur enfance (hélas encore parfois actuelle) comme une religion englobante détentrice du « salut » avec ses interdits et ses accommodements… La vie quotidienne avec des travailleuses et des travailleurs qui, très majoritairement, ne partagent pas la foi chrétienne les a bousculés. Les luttes syndicales pour plus de justice et pour changer une société devenue si inégalitaire ont remis en cause bien de leurs façons de voir et aussi de croire. Ils essaient de décrire ces changements importants ainsi que leurs évolutions dans la façon de lire la Bible, de l’appréhender, et d’en comprendre le message pour aujourd’hui. Ils expérimentent que la foi chrétienne dépasse la religion qui la porte ; les premiers chrétiens ont dû dépasser leurs religions, juive ou païenne, pour témoigner du message universel de Jésus, tel que l’a mis par écrit le « collectif Jésus » à la fin du premier siècle. Vivant dans un contexte de sortie de religion, leur conviction est que les chrétiens, à leur place et parmi d’autres, sont invités à être des acteurs de la réussite de l’humanité. Ils nous proposent de saisir cette chance.

Laissons-leur la parole :

Claude Simon 

 C’est la vie quotidienne  avec cette multitude de militants de tout poil embarqués dans un même combat syndical, humanitaire, pacifiste, antiraciste… qui m’a fait découvrir Celui en qui j’ai fait le pari de croire et dont j’essaie, vaille que vaille, de témoigner : un Dieu qui vient vers moi et que je peux rejoindre en le recevant, un Dieu en mouvement, un Dieu actuel dont le visage est Jésus-Christ, l’Homme qui m’aide à me dépoussiérer de mes certitudes, l’Homme qui rend libre et nous aide à devenir vivants. Un Dieu en mouvement, donc un Dieu pas fini, un Dieu présent mais en même temps futur, un Dieu actuel mais en même temps à-venir, un Dieu qui devient de plus en plus Dieu à mesure que l’humanité devient de plus en plus humaine. Et cela, ça dépend de nous car Dieu croit en l’homme et nous demande de prendre le relais de son Fils. Comme le dit Madeleine Delbrel : « L’Évangile n’est pas seulement l’histoire du Dieu vivant, c’est l’histoire du Dieu à vivre ! »

Michel Lefort 

À notre époque surtout, la religion catholique est fixée sur son identité, sur ses problèmes internes, et ne s’intéresse pas aux problèmes des hommes de notre temps. Réintégrer le latin dans la liturgie, en faire un problème médiatique, alors que des millions d’hommes souffrent des effets du capitalisme et les réduit, peu à peu, à des vies de sous-hommes, et que cela ne semble pas la concerner, montre le peu de cas qui est fait des Évangiles et de l’esprit qui les traverse. La religion catholique, dans ce cas, est réduite à des rites, à des pratiques cultuelles et perd son attraction évangélique…La religion ne redeviendra intéressante (digne d’intérêt) pour les hommes d’aujourd’hui que si l’Église catholique (pour nous) vit des Évangiles, et que cela se voie. On a notre responsabilité, à notre petite place, mais il faut s’attaquer à une montagne… Raison de plus pour essayer…

José Reis

En 1971, à mon arrivée en France, l’entrée au travail donne un grand coup d’arrêt au peu qui me reste d’ancrage de ma vie comme membre d’un ordre religieux. Le cultuel est mis de côté et donne place entièrement au combat pour la dignité de l’homme. La foi d’avant, la foi dans un Dieu qui peut tout et qui domine tout, est remplacée par une foi dans l’humain. Maintenant je crois au combat pour la dignité de l’homme en tous ses aspects, mais gardant la foi dans le Dieu révélé par Jésus Christ, le Dieu des petits et des pauvres, cela m’amène, occasionnellement à le célébrer par des actes cultuels. Je crois qu’un jour viendra où ce sera à l’homme d’aider Dieu et non à Dieu d’aider l’homme à sauver l’humanité.

Michel Gigand

Petit à petit la religion catholique « officielle » me devient de plus en plus insupportable. Progressivement et souvent insensiblement des détachements s’opèrent. Et cela va se faire parce que des pratiques chrétiennes autres au coeur de la vie profane vont prendre place. Cela me devient de plus en plus insupportable de participer à un culte coupé de la vie avec des sermons, des discours, ou bien qui plagient les lectures bibliques faites comme si c’étaient des textes d’aujourd’hui, ou bien qui déversent une morale dogmatique où l’on ne sent pas la tendresse du Dieu de Jésus envers tous les humains. Des vieux textes d’un autre temps sont lus sans donner le contexte de l’époque, comme si le Dieu de Jésus se moquait de l’histoire humaine. J’ai tellement été marqué par un passé de chrétienté que j’ai du mal à me laisser imbiber par ces convictions. J’ai du mal à entrer dans la conviction que le divin se trouve là au coeur du profane : j’ai encore trop souvent tendance à le chercher ailleurs. N’est-il pas depuis si longtemps dans les tabernacles, dans les églises bâtiments, dans des choses sacrées… C’est dur de se défaire d’un imaginaire social de chrétienté. Pour moi personnellement, à la fois je crois qu’aujourd’hui je suis capable de vivre de la foi chrétienne libératrice sans obligation de religion et, à la fois, je pense que cela peut aussi me convenir de vivre des actes religieux dans la mesure où ils sont célébrations, partages, reconnaissance, révélation de la présence de l’Esprit au coeur de l’humanité. Une religion de chrétienté hiérarchique, non démocratique, dogmatique, intransigeante : NON ! Une foi chrétienne porteuse du message libérateur de Jésus, ouverte et tolérante : OUI !

Jean Marie Peynard

Dans toutes ces années de travail dont vingt-cinq passées aux PTT, et maintenant à la retraite, j’ai pu partager avec les collègues de travail et les militants syndicaux beaucoup de revendications et de valeurs communes de solidarité et de luttes pour la défense des services publics et des droits des salariés. Ce faisant, s’est forgée de plus en plus la conviction de participer à une humanité en marche pour un avenir meilleur qui, je le crois, a quelque chose à voir avec le Royaume annoncé par Jésus.

Le livre est publié chez l’Harmattan, décembre 2010

Le Youcat : tout n’est pas parole d’Evangile

Voici une analyse sur trois des articles qui se trouvent dans le Youcat

5          Pourquoi certaines personnes nient-elles l’existence de Dieu alors qu’elles peuvent le connaître par la raison ?

Pour l’esprit humain, connaître le Dieu invisible est un grand défi qui en fait reculer plus d’un. Beaucoup ne veulent pas reconnaître Dieu parce que cela les obligerait à changer de vie. Celui qui dit qu’il est absurde de se poser la question de Dieu se simplifie la vie un peu trop vite.

On part du principe que je peux connaître Dieu par la raison. Des catéchismes encore plus anciens parlent des preuves « ontologiques » de l’existence de Dieu (par exemple l’histoire de l’œuf et de la poule…)

On peut très sérieusement mettre en cause cette approche. Cela sous entend aussi que l’existence de Dieu ne peut être qu’évidente si je réfléchis un peu. Si je ne l’admets pas, c’est que je suis un minable. Cela provient sans doute du fait, qu’à cause du péché originel, je porte en moi une « goutte de venin » (paragraphe 68), qui m’empêche de reconnaître Dieu et de lui attribuer la place qu’il mérite.

Dans un système idéologisé et j’ajouterai fanatisé, cette logique tient la route. Mais, indépendamment de la non véracité de ce genre d’affirmation, elle présente de graves inconvénients

  • ·         Si j’étais incroyant, je me sentirai vexé et insulté par ce genre d’affirmation. Les incroyants sont des pauvres types qui s’engagent dans une voie sans issue, alors qu’il ne dépend que d’eux de se mettre sur la bonne voie. (Ceci est encore affirmé dans l’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI). Je ne suis pas sûr que c’est le meilleur moyen d’engager le dialogue Eglise-monde et je comprends très bien que les personnes extérieures à l’Eglise puissent se méfier de l’Eglise. En plus, il ne s’agit pas de n’importe quel Dieu. C’est celui de l’Eglise catholique romaine et sans doute pas du Dieu de ceux qui ne sont même pas des églises (les protestants)
  • ·         Pour accueillir Dieu, il faut que je fasse des efforts. Ce n’est donc pas à la portée de tous. Je fais donc partie de l’élite des purs et des durs qui, à cause de leurs efforts et de leurs mérites, mettent Dieu au centre de leur vie.
  • ·         Un gourou d’une secte ou un chef politique fasciste ne s’y prendrait pas autrement pour galvaniser ses troupes.
  • ·         On a complètement oublié la déclaration de Vatican II sur la liberté religieuse. Il est vrai que pour certains, Vatican II est une parenthèse qu’il faut vite gommer et qu’avant Vatican II, l’Eglise a combattu l’idée de la liberté religieuse

 

160      Pouvons-nous aider les âmes du purgatoire ?

Oui, puisque tous les baptisés dans le Christ forment la communion des saints et sont solidaires les uns des autres, les vivants peuvent aider les âmes des défunts qui sont au purgatoire.

Une fois mort, l’homme ne peut plus rien faire pour lui-même. La période de probation active est terminée. Mais nous, nous pouvons faire quelque chose pour les défunts du purgatoire. Notre amour est actif jusque dans l’au-delà. Par nos jeûnes, nos prières, nos bonnes actions, mais, surtout par la célébration de l’eucharistie, nous pouvons demander des grâces pour les défunts.

Précisons que le purgatoire est une spécificité catholique et une invention des théologiens du XIIe siècle. (il est vrai que certains y voient des traces dans le livre des Maccabées, mais pas sous la forme où cela est conçu actuellement). Mais indépendamment de cela qu’est ce qui est important ? Le jeûne, la prière, nos bonnes actions et la célébration de l’eucharistie. On n’a pas abandonné l’idée que ce sont nos mérites qui nous sauvent et apparemment aussi d’autres. C’est une façon de fabriquer des dévots et des piétistes. Il me semble que tout est grâce. Ne confondons pas foi et religion. (on peut relire l’article Foi et religion ). On a complètement oublié qu’un accord catholique-protestants sur la justification par la foi a été signé qu’on contourne allègrement avec le concept de « Consensus différencié » qui, en langage moins diplomatique signifie que chacun croit ce qu’il veut.

Dans le même registre (mais Youcat n’en parle pas), tout le fatras des indulgences reste toujours valable dans l’Eglise catholique. Lorsque le pape le décide, à un moment donné (mais si on décide que c’est le jeudi, cela ne marche pas le mardi), à un endroit donné, en faisant des salamalecs bien précises, visiter telle église, réciter telle prière et surtout prier aux intentions du pape, on obtient des indulgences qui, si on a suivi le bon rituel et que le pape en a décidé ainsi, sont plénières et dont on peut aussi faire bénéficier les âmes du purgatoire. Que des esprits un peu simplets y trouvent leur compte, tant mieux pour eux, mais l’Eglise ne se rend pas compte qu’en encourageant de telles pratiques, elle perd toute crédibilité vis-à-vis de l’extérieur et vis-à-vis de bon nombre de ses membres.

Encore un mot sur la célébration de l’eucharistie. Dans la stratégie de reconquête de la nouvelle évangélisation, l’accent sera mis sur l’adoration du saint sacrement, la fête Dieu ou le Sacré Cœur qui sont des dévotions populaires datant du moyen âge et dont on ne voit pas de traces dans le premier millénaire. Ne soyez donc pas surpris si on essaiera de remettre tout cela à l’honneur. On voudrait aussi porter l’accent sur la confession. Mais apparemment pour le moment cela ne marche pas. On a voulu faire une grosse pub en installant 200 confessionnaux dans les rues de Madrid et le pape, dans sa grande mansuétude, a permis aux prêtres de ces confessionnaux, de pardonner le péché d’avortement.

 

374      Pourquoi Dieu est-il plus important que la famille ?

Personne ne peut vivre sans relation avec autrui. Pour quelqu’un, la relation la plus importante est celle qu’il entretient avec Dieu. Elle passe avant toutes les relations humaines, même avant les liens familiaux.

Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents ni les parents à leurs enfants. Toute personne appartient directement à Dieu, elle n’a de lien absolu et pour toujours qu’avec Dieu. C’est ainsi qu’il faut comprendre le sens de la Parole de Jésus à ceux qu’il appelle Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi (Mt 10, 37). C’est pourquoi les parents remettront leur enfant avec confiance dans les mains de Dieu, si le Seigneur l’appelle à lui donner sa vie comme prêtre ou comme religieux (ou religieuse).

Quel est ce dieu jaloux et despote qui voudrait qu’on le préfère à sa propre famille ? Il me semble que c’est Dieu qui nous aime en premier, gratuitement et sans condition. Et celui qui prétend aimer Dieu et qui n’aime pas son prochain est un menteur. Cette vision de Dieu je la rejette. Elle ne correspond pas au Dieu d’amour, libérateur. Je comprends difficilement que quelqu’un qui a fait l’expérience d’une vraie vie de famille puisse écrire cela. En absolutisant cette vision fanatique (c’est aussi l’exigence de gourous de sectes et on sait les drames de suicides collectifs que cela a parfois donnés), cela peut déboucher sur des situations tout à fait inhumaines.

Ce commentaire en dit aussi long sur le fait que ce sont aux parents de remettre dans les mains de Dieu les enfants qui veulent devenir prêtre, religieux ou religieuse. Cela nécessiterait tout un développement sur la conception qui est véhiculée sur la vie religieuse qui est considérée (il faut bien gratifier les personnes qui s’y engagent) comme un état supérieur aux autres.

Youcat, ou Le Petit Benoît illustré

Voici le début d’un article dont vous trouvez l’intégralité sur le site de la Conférence des Baptisés de France

http://www.baptises.fr/actualite/actualites-tristement-desopilantes/youcat-ou-le-petit-benoit-illustre/

En plus de l’article vous pouvez aussi lire pas mal de réactions de lecteurs du site. Il est à remarquer que sur ce site, pour la plupart des articles, on trouve beaucoup de réactions. D’ailleurs, sur mon blog, il figure parmi les sites que je recommande.

Exit l’Évangile, et vive Youcat ! Oui, c’est le petit Youth catechism qui sera donné aux jeunes des prochaines JMJ à Madrid, à leur arrivée, vers le 11 août prochain. En effet, au lieu de l’Évangile, habituellement donné aux jeunes, ce sera l’abrégé retravaillé en questions et réponses du Catéchisme de l’Eglise catholique de 1992 qu’ils trouveront dans leur sac à dos.

Que voulez-vous, la Bible est vieillotte, elle est compliquée, il faut toujours l’expliquer, débusquer les fausses interprétations pour donner des réponses un peu claires. Or, de nos jours, c’est un droit d’avoir une réponse aux questions que l’on se pose, et si la religion ne les donne pas, qui les donnera ? Qui consolera les jeunes de leur désarroi ?

Et puis, la Bible, je vais vous dire, elle inquiète. Elle met en scène des gens si douteux qu’on passe un temps fou à expliquer aux jeunes qui ils doivent suivre. A part Jésus et Marie, il n’y a pas grand monde de recommandable… Même Pierre ! C’est tellement plus facile d’en parler avec les grands auteurs plutôt qu’avec l’Évangile. Au moins, on ne passe pas une heure à expliquer le reniement.

C’est pour cela que, dans le Youcat, on a mis le Catéchisme au centre, sur deux larges et belles colonnes, avec nos commentaires, et l’Écriture, en bordure, sur les côtés des pages, avec des citations extrêmement brèves et un peu choisies, afin de ne pas alourdir la compréhension. On a fait bonne mesure tout de même : 210 mentions. Suffisant, non ? Et on a égayé la chose avec des citations du pape, Benoît, bien sûr, à tout seigneur tout honneur, il a 63 citations. Ainsi, chaque jeune aura vraiment lu du Benoît dans le texte, et illustré avec des photos. On a mis aussi des citations des papes d’avant, mais, c’est amusant, leur chiffre est juste inversé : 36. Certains voulaient aussi que l’on mentionne les conciles. On n’a pas discuté : 9 citations.

Ce qu’il faut, croyez-moi, pour des jeunes, c’est des repères. Du coup, on a préféré rédiger les questions en termes simples. Par exemple « Pourquoi devons-nous accepter la souffrance dans notre vie ? » (§102) ou « Que doit-on faire quand on a reconnu Dieu ? » (§34), ou « Combien d’enfants doit avoir un couple chrétien ? » (§419), ou « Est-ce grave si… » (§347), ou « Quels sont les cinq commandements de l’Eglise ? » (§345). (Allez, pour cette question, je vous donne les réponses car on vient de les mettre au point : aller à la messe, se confesser une fois l’an, recevoir l’eucharistie à Pâques, pas de viande le vendredi saint et le mercredi des cendres, subvenir aux besoins matériels de l’Eglise ! C’est pas mal, non ? Comme quoi nous n’avons rien à envier aux« cinq piliers », tout de même !)

Quelle liberté politique, quelle liberté de la parole et quelle liberté de décision sont laissées aux fidèles dans l’Eglise?

L’Eglise du 19ème siècle s’est définie face aux Etats comme une société parfaite, c’est-à-dire, disposant absolument de tous les pouvoirs qu’il y avait dans les Etats. Je rappelle qu’à ce moment là, il y avait encore un Etat du Vatican, qui est un Etat de l’Eglise, il y avait des Etats de l’Eglise en Italie, où le pape était en même temps souverain temporel qui traitait à égalité avec les autres souverains. La papauté imposait son propre idéal politique. Alors, l’Eglise se définissait comme une société parfaite, c’est-à-dire dotée de tous les pouvoirs. L’Eglise a voulu s’affirmer comme société parfaite en voyant combien l’idée démocratique gagnait du terrain en Europe où beaucoup d’Etats monarchiques devaient laisser au moins les aristocrates ou les hommes plus riches élaborer des constitutions et donc reconnaître une certaine liberté aux autres. C’était aussi l’époque où tous les Etats monarchiques étaient menacés par l’idée démocratique c’est-à-dire par l’idée que le pouvoir appartient au peuple. Pour la papauté, c‘était une idée tout à fait irréligieuse car le pouvoir vient de Dieu. Il ne monte pas du peuple, il descend de Dieu. La papauté était persuadée que l’aspiration démocratique allait entraîner l’Europe dans le chaos politique, de telle sorte qu’un jour, tous les Etats se retourneraient vers l’Eglise et l’Eglise tenait à donner l’exemple d’être la société parfaite. Une société parfaite, c’était une monarchie absolue de droit divin, un tout petit peu tempérée par le collège des cardinaux. Et donc, le pouvoir appartient exclusivement à la succession apostolique des évêques, successeurs des Apôtres. C’est un pouvoir sacré, réservé aux personnes consacrées. Rappelez-vous que les rois étaient aussi sacrés, une sacralisation reçue du pape, qui marquait bien que le roi ou l’empereur était l’oint du Seigneur, c’est-à-dire tout proche de Dieu. Il avait reçu l’onction. Et donc pour l’Eglise, la démocratie s’oppose au droit divin, selon lequel tout pouvoir vient de Dieu, le droit révélé. D’où l’Eglise ne veut pas de démocratie sous quelque forme que ce soit, par exemple l’idée ce que l’on a appelé un moment le présbytérianisme, où le pouvoir serait aux mains de l’assemblée des prêtres ; ou encore l’Eglise a combattu l’idée que le concile œcuménique serait supérieur au pape. C’est ainsi que s’est construite, l’idée de la primauté pontificale.

Vatican II a apporté bien des adoucissements à cette vision des choses, c’est certain. Il y a des aménagements qui sont entrés dans le droit canon, ce n’est pas niable. Par exemple, il y a des laïcs qui sont entrés dans les conseils pastoraux. Vatican II a fortement invité tous les évêques et les curés à faire appel au conseil des laïcs, à faire entrer des laïcs dans leurs conseils. J’ai bien dit conseil… je n’ai pas parlé de la prise de décision ; le conseil, la réflexion, mais c’est déjà quelque chose ! Le droit canon reconnaît un droit d’association aux laïcs, à condition qu’ils se déclarent, bien entendu. Il n’empêche que la question se pose : est-ce que le chrétien jouit, dans l’Eglise, de droits citoyens comparables à ceux dont il jouit dans la société civile ? On peut se poser la question. On y répond d’ailleurs assez vite.

Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a l’inégalité qui tient à la consécration. Le pouvoir appartient aux clercs depuis l’institution de la distinction entre laïcs et clercs qui remonte au début du IIIème siècle, avec ce qu’on appelle la tradition apostolique d‘Irénée, qui n’a rien d’apostolique d’ailleurs. Mais, c’est le moment où l’on a commencé à imposer les mains à des personnes qui avaient, seules, le droit de participer à la liturgie. Donc, une inégalité hommes – femmes, puisque l’Eglise ne permet pas aux femmes d’accéder à la consécration. Est-ce que cet accès à la consécration sacerdotale serait le seul moyen de rétablir des droits politiques dans l’Eglise ? A vous encore d’y réfléchir. Mais il est certain que l’inégalité homme – femme devient de plus en plus choquante dans un monde dont l’évolution se caractérise, inversement, par la participation de plus en plus grande des femmes à tous les échelons du pouvoir, du pouvoir politique comme du pouvoir industriel. Donc, au regard du monde sécularisé, le chrétien ne jouit pas, dans l’Eglise, des prérogatives et des libertés qui sont considérées comme constitutives des droits humains dans le société civile. Le chrétien n’est pas un individu majeur. Il est encore mineur. La femme encore plus. Et cela contribue très fortement à la séparation du monde et de l’Eglise, et contribue très fortement à la perte de crédibilité du langage théologique. Et même quand nous considérons les très belles avancées de Vatican II, en direction du monde moderne, il est certain que ces avancées sont réelles, très réelles, mais que le langage de l’Eglise n’est pas crédible, vu qu’elles ne sont pas appliquées à l’intérieur de l’Eglise, qu’il n’y a pas de liberté de parole dans l’Eglise, que les fidèles ne participent pas à l’organisation de la cité chrétienne, de la cité ecclésiale et que les femmes sont traitées à inégalité avec les hommes.

Comment reconstruire l’Eglise en société respectueuse des droits politiques de ses fidèles ?

Comment les chrétiens peuvent-ils arriver à tenir une parole responsable dans l’Eglise ? Comment faire ?

Il est certain que l’Eglise n’entend pas laisser, par exemple, ses dogmes et ses pratiques religieuses, et les abandonner à la libre initiative des fidèles. On ne peut oublier que l’Eglise est un Etat de droit, comme on aime à le dire de nos jours. C’est-à-dire qu’elle est fondée sur une écriture, une tradition. On pourrait rappeler que, pendant très longtemps, la coutume était d’élire les évêques. Les évêques étaient élus par leur communauté. C’est quand l’administration de l’Eglise s’est modelée sur l’administration impériale après la conversion de Constantin, c’est à ce moment-là que toute la vie de l’Eglise a changé et qu’elle est devenue beaucoup plus hiérarchique et centralisée etc.

La hiérarchie ecclésiastique se dit dépositaire du droit divin, de l’écriture et de la tradition, mais cela ne devrait pas empêcher les catholiques, les chrétiens, les fidèles, d’exercer une fonction interprétative.

La tradition a toujours été une innovation incessante qui reflète beaucoup des évolutions culturelles des sociétés où les laïcs ont eu leur importance. Comment se fait-il, par exemple, que la pénitence privée a succédé, au XIème siècle, à la pénitence publique ? Parce que les chrétiens ne voulaient plus de la pénitence publique, ne voulaient plus s’y soumettre, et alors l’Eglise a évolué pour cette raison-là. Comment les laïcs pourraient-ils exercer une fonction interprétative ? Comment concevoir des droits de citoyenneté, de concitoyenneté dans l’Eglise. Il faut se rappeler, bien sûr, que Paul ne prônait rien tant que l’unité de la foi. Autrement dit, aucun chrétien ne peut prétendre imposer sa parole à d’autres. Aucun groupe chrétien ne peut l’imposer aux autres groupes chrétiens. Il faut avoir le souci de l’unité, d’un certain consensus. Alors, il ne faut pas s’attendre à ce que les évêques, d’eux-mêmes, donnent la liberté de la parole aux chrétiens. Il ne faut pas rêver. Il y a des évêques qui, de plus en plus, consultent, oui, mais il ne faut pas oublier non plus que l’épiscopat, c’est la chaîne historique qui nous rattache aux origines chrétiennes. C’est à ce titre que je tiens au symbole des Apôtres, non pas pour refuser aux chrétiens ou à des groupes chrétiens de se faire des credo particuliers. Mais c’est le lien qui nous rattache à l’événement historique de Jésus-Christ, à la révélation historique de Dieu en Jésus-Christ. Le symbole des Apôtres rappelle que Jésus était un homme de l’histoire et que l’Esprit Saint vient de lui, l’Esprit Saint qui forme la communauté.

Donc les chrétiens peuvent revendiquer le droit d’exercer la responsabilité de leur « vivre ensemble » en l’Eglise. Et aucune autorité religieuse ne peut les empêcher de prendre la responsabilité de leur « être chrétien » dans le monde, de leur « être avec les autres » dans le monde. Encore doit-il prendre aussi ses responsabilités sur la base d’une lecture commune de l’Evangile, d’une interprétation collective de l’Evangile pour voir comment vivre en chrétien dans le monde et comment vivre dans l’Eglise en « être politique » c’est-à-dire en être libre. Comment vivre la vie de l’Eglise dans des communautés de partage de la parole évangélique ? Là, je crois que vous savez faire. Vous avez là un savoir-faire à répandre, en évitant d’effrayer les autres. Hélas, tous n’aspirent pas à la même liberté, c’est ça qui est triste. Il faudrait rendre attractive la liberté à laquelle nous, nous aspirons et que nous essayons de prendre. Mais transformer de plus en plus la vie en Eglise, non pas en réunions cultuelles mais en communautés de partage de la parole évangélique. Ce partage incluant le partage du pain, comme ça se faisait au début de l’Eglise. Partager la parole, c’est ainsi que, peu à peu, les fidèles pourront prendre et exercer des droits de citoyenneté dans l’Eglise.

Il y a là, donc, un vaste champ de réflexion en se disant et en essayant de faire comprendre aux autorités de l’Eglise, que l’Eglise ne sera respectée dans le monde que dans la mesure où elle apparaîtra, elle-même, comme un espace de vie et de liberté politiques. Tant qu’elle n’apparaîtra pas ainsi, alors elle apparaîtra comme une secte religieuse où c’est le rite qui domine tout. La chance de l’Eglise de répandre l’Evangile dans le monde, c’est de montrer, elle-même, qu’il y a, dans l’Eglise, une liberté de parole, d’échange de parole, de construction d’une parole chrétienne

Ceci est un extrait de la conférence du Père Joseph Moingt prononcée le 27 mars 2011, lors de la Rencontre de la Communauté Chrétienne dans la Cité (CCC).

La conférence complète se trouve sur le site de NSAE (Nous Sommes Aussi l’Eglise)

http://www.nsae.fr/2011/07/13/l%e2%80%99humanisme-evangelique-par-joseph-moingt/

 

Marie dans le dialogue œcuménique catholiques – protestants

Si j’évoque cette question, c’est parce que j’ai remarqué que sur Marie il y a souvent une méconnaissance mutuelle entre catholiques et protestants. Les catholiques sont souvent convaincus que Marie ne joue pratiquement aucun rôle dans le protestantisme et les protestants sont convaincus qu’elle y joue un rôle beaucoup trop important. Le groupe des Dombes a d’ailleurs fait un travail remarquable sur cette question avec le document « Marie dans le dessein de Dieu et la communion des Saints ». Essayons de faire le point. Mais pour la clarté de l’exposé il faut distinguer plusieurs plans. D’abord le plan théologique.

Dans une relecture commune et convergente des Ecritures et des grands Symboles de foi œcuméniques, ressortent les points suivants qui expriment ce qui appartient à l’unanimité dans la foi : Marie est l’une des créatures de Dieu. Elle est une femme, une fille d’Israël, une épouse et une mère. Elle a été choisie par Dieu pour être la mère de son propre Fils. Elle consent sans réserve à ce choix par lequel elle occupe une place unique dans la création. Appelée à être la mère de Jésus, Marie, ainsi « comblée de grâce », accueille dans la foi ce don de la grâce auquel elle répond par l’action de grâce. Se disant la servante du Seigneur, Marie précède tous les croyants sur le chemin de la foi au Verbe incarné, les invitant avec son Magnificat à entrer avec elle dans le cercle de la louange de Dieu. Elle a été proclamée « mère du Seigneur » dans les Evangiles et confessée par l’Eglise comme « mère de Dieu ». Mais les protestants récusent les dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption, du fait qu’ils n’ont aucun fondement dans la Bible.

En fait du point de vue théologique, même dans l’Eglise catholique le Concile Vatican II a freiné le développement de la théologie mariale. En effet certains courants de pensée auraient voulu ajouter un nouveau dogme sur Marie, à savoir que Marie est corédemptrice. Mais cela n’a pas été accepté. On voulait aussi promulguer une constitution spécifique sur Marie mais finalement on ne parle de Marie que dans le chapitre VIII de la Constitution sur l’Eglise, c’est à dire dans le document Lumen Gentium. On a aussi dit clairement que la mariologie ne pouvait être que christocentrique, c’est à dire qu’il n’était pas possible de développer une théologie sur Marie d’une façon indépendante mais qu’elle devait toujours être liée et subordonnée à la théologie sur le Christ.

Mais à côté de la théologie il y a la dévotion mariale. Et là la différence entre catholiques et protestants est assez radicale. Il ne viendrait pas à l’idée d’un protestant de prier Marie. D’ailleurs pour lui cela n’a aucun sens. A ce niveau je voudrais faire remarquer qu’il y a une notion omni présente dans le catholicisme et qui est étrangère au protestantisme, c’est la notion de médiation. Nous découvrons cette notion à travers notre réflexion sur Marie, mais cette notion de médiation permet aussi de comprendre la différence de conception des sacrements, la différence de conception des ministères et d’une façon plus globale la différence de conception de l’Eglise. Pour en revenir à Marie, le catholique, au moins celui qui rentre dans cette logique, est convaincu que Marie peut jouer un rôle d’intermédiaire entre lui et le Christ. Je caricature à peine en disant que Marie est capable de régler elle-même les affaires courantes mais que pour des affaires plus importantes elle est un excellent avocat, grâce à son coeur de mère, pour plaider notre cause auprès de Dieu. Je voudrais simplement dire qu’ici nous sommes en plein dans la religion au sens magique du terme, mais que nous sommes aux antipodes de la foi. Je précise néanmoins que je parle ici d’un point de vue théologique et que je ne me permets pas de juger de l’attitude concrète des personnes et que si par cette affirmation j’ai pu blesser quelqu’un, je m’en excuse.

Cet exemple montre, qu’à coté de la théologie officielle s’est développée, et ceci beaucoup plus dans le catholicisme que dans le protestantisme, ce qu’on appelle la religion populaire. Pour rester dans le sujet de Marie, dans le catholicisme se sont développés d’innombrables lieux de pèlerinage. Marie est apparue à des tas d’endroits. Les plus célèbres sont Lourdes et Fatima. Je me suis déjà naïvement posé la question « Pourquoi Marie n’est-elle jamais apparue à un protestant ». Mais je tiens à préciser que la théologie catholique n’oblige personne à croire aux apparitions. Personnellement j’étais déjà plusieurs fois à Lourdes et j’ai été frappé par la ferveur de la démarche des personnes et même si certaines démarches semblent parfois un peu maladroites aux yeux d’un intellectuel peut-être trop cérébral, je pense que Lourdes peut être l’occasion d’une démarche de foi beaucoup plus profonde. J’ai eu l’occasion de discuter avec l’un ou l’autre prêtre qui m’ont dit avoir entendu des témoignages bouleversants dans les confessionnaux de Lourdes. Ce qui fait qu’actuellement j’ai une position beaucoup plus nuancée sur la religion populaire et je me dis que peut-être le protestantisme gagnerait à lui donner un peu plus droit de cité. Bien sûr quand cet aspect des choses prend une place prépondérante dans la démarche spirituelle, il faut se poser des questions.

Mais dans le catholicisme, Marie n’a pas l’exclusivité de la religion populaire. Vous avez toute une armada de saints qui sont spécialisés, suivant le type de problèmes que vous avez. Si vous avez mal à la gorge, vous vous adressez à Saint Blaise. Si vous voulez vous prévenir des accidents, vous mettez une médaille de Saint Christophe dans votre voiture. J’avoue ne pas être très féru dans ce domaine mais je sais que ce genre de préoccupation intéresse plus de personnes qu’on ne pourrait l’imaginer et ceci essentiellement dans le catholicisme. Vous voyez donc que les différences ne sont pas uniquement théologiques, mais aussi dans la perception de la relation avec le sacré.

Ceci est un extrait de la conférence « Vivre en œcuménisme » faite le 21 mai 2011 à La Roche sur Yon