La baleine et le papillon – ou – comment réveiller l’Église de Jésus Christ

Je ne demande pas qu’on change l’Église. Je demande qu’elle soit vivante. Je réclame qu’elle reste fidèle à sa mission, qu’elle porte la parole du Christ à nos contemporains, qu’elle témoigne du monde renouvelé par l’Esprit. II ne s’agit pas de la conserver comme un trésor au risque d’en faire un conservatoire des mœurs d’antan. II ne s’agit pas de la rafistoler par quelques astuces pour qu’elle survive un hiver ou deux de plus. II s’agit qu’elle trouve les gestes et les mots qui diront Dieu au monde d’aujourd’hui.

Elle est mon Église et il n’est pas question de me désolidariser d’elle. J’assume son histoire avec fierté souvent, avec honte parfois, avec résignation toujours. Je prends tout en elle, le meilleur et le pire, les croisades et les conciles, Alexandre VI et Jean-Paul II, la cour de Rome et les saints. Je crois que cette histoire d’hommes avec ses héros et ses lâches, ses audaces et ses calculs, n’est sainte que par l’Évangile qu’elle porte.

Je lui demande seulement de rester dans l’histoire sans se figer dans l’éternel. Je lui demande de ne pas sacraliser son passé au point d’être indisponible au présent. Je l’implore de renoncer aux réussites mondaines et aux vaines richesses pour ne pas « contrister » l’Esprit qui l’appelle.

J’aimerais qu’elle se rende compte qu’il lui faut changer parce que le monde qui est le champ de sa mission change. II me plairait qu’elle reconnaisse le travail de l’Esprit mieux que les traces du démon. Les nouveautés ne sont pas forcément des valeurs qui se perdent mais souvent aussi des « signes des temps », prémices du Royaume. II faut qu’elle ouvre les portes de l’espérance au lieu de cultiver les archives de la nostalgie.

Elle a inventé l’école pour tous. Elle a appris aux hommes à lire et à écrire. Elle a voulu que l’homme grandisse mais elle s’affole aujourd’hui parce que son discours ne passe plus. Son « catéchisme » peut être aussi riche et cohérent que possible mais des hommes adultes n’attendent plus un catéchisme. Ils souhaitent qu’on écoute leurs questions avant de leur donner des réponses. Ils préfèrent dialoguer avec Dieu plutôt qu’on leur parle de Lui.

Elle a dénoncé les mariages d’intérêts, les unions arrangées par les parents. Elle a défendu la liberté des époux et promu l’amour au cœur du couple. Mais elle est toute surprise aujourd’hui qu’on n’accepte plus la triste fidélité hypocrite d’autrefois. La Bible nous parle pourtant d’une alliance d’amour en permanence trahie et en permanence renouvelée.Elle a voulu l’éducation des filles. Elle les a encouragées à prendre leurs responsabilités. Elle se réjouit de les voir accéder à une vocation personnelle. Elle sait la place qu’elles tiennent concrètement dans la vie quotidienne des communautés. Mais la voilà toute perdue parce que les femmes acceptent mal qu’on leur refuse, dans la vie de l’Église, les responsabilités de direction.

Elle a développé un discours sur la sexualité, la chasteté, le célibat, la virginité, moins à partir de la tradition biblique qu’à travers une philosophie néo-platonicienne et une anthropologie naïve. Elle s’étonne que le monde d’aujourd’hui comprenne mal son propos et peine à retrouver un Dieu qui a pris corps et qui a donné son corps pour le salut du monde.

La Pentecôte rassemble la diversité des peuples dans un même Esprit. L’Église – et l’Église catholique en particulier – a tout fait pour pacifier les frontières et encourager les échanges. Elle ne saurait se contenter d’inviter les nations riches à reconnaître leurs racines chrétiennes en ignorant le brassage de populations, contrôle ou pas, qui bouscule les états, les consciences et les nations.

De tout temps la grandeur de l’Église a été de prendre le parti des pauvres. Même quand elle ne savait pas apporter la justice elle consolait par sa charité. Aujourd’hui encore des chrétiens sont présents dans la recherche d’une politique plus juste et dans les urgences caritatives. C’est là qu’on comprend le Christ. C’est là qu’on attend ses disciples. Mais les médias s’amusent à ne voir l’Église qu’à travers un pontife jouant au dernier monarque absolu, dans un cérémonial d’un autre âge, loin des problèmes de fins de mois de ses auditeurs.

Un cri comme celui-ci vers qui le faire entendre ? Une prière comme celle-ci vers quel saint l’adresser ? À quelle adresse poster ce courrier ? Y a-t-il une chance de changer quelque chose ? La lourdeur de l’administration vaticane – ce n’est pas un mammouth mais une énorme baleine échouée sur le sable – donne l’impression que rien ne peut la réveiller. Mes mots ne feront pas plus de bruit que l’aile d’un papillon sur le dos du cétacé. Mais, après tout, on sait qu’un vol de papillon dans l’hémisphère sud peut engendrer une tempête dans l’hémisphère nord. Et puis il y a beaucoup de papillons. Et puis dans le vent qu’ils font souffle aussi l’Esprit. Pourquoi ne seraient-ils pas capables de réveiller la baleine : une grande marée et un petit ouragan et la voilà remise à l’eau, légère et vivante !

Mgr Jacques Noyer, évêque émérite d’Amiens

L’Eglise catholique en France

Quelle sera l’Eglise de demain ?          Personne ne détient la réponse à cette question. On peut supposer que seront maintenus un service public du religieux ouvert à tous et la célébration de rites de passage. On est en droit de penser que des pôles de rassemblement visibles, festifs, diversifiés répondront aux conditions de la vie moderne et aux modes d’expression d’une nouvelle génération. Conjointement existeront, plus nombreuses, des petites communautés chrétiennes de proximité, quelles soient spirituelles, bibliques, ou de partage de la foi.                               

Faut-il conclure  en formulant quelques souhaits ?          

 J. Moingt les présente ainsi, en forme de synthèse : « Pour les années et les décennies à venir, il serait déjà beau de parvenir à donner à l’Eglise de France une structure moins hiérarchique et sacrale, moins exclusivement cléricale et masculine, et un visage un tant soit peu démocratique et laïc : c’est presque une question de décence  dans le monde où nous vivons ! Et c’est sûrement une question vitale pour le déploiement de la mission de l’Eglise ». (Croire quand même, p. 194).                 

Pour ce qui est des modifications institutionnelles, je résumerai ainsi mes propres souhaits :

      L’Eglise ne sortira de son anémie que si elle se tourne résolument vers les besoins de ce temps, ses centres d’intérêt, ses interrogations, ses peurs, ses raisons d’espérer. Les « signes des temps », dont on parle peu aujourd’hui ne sont pas une simple donnée sociologique, mais des réalités où Dieu appelle de façon nouvelle à travers la nouveauté d’un temps.

      Que le peuple des baptisés prenne davantage sa place dans la réflexion, les débats, les décisions qui concernent la communauté chrétienne en tant que telle et la communauté humaine où elle est implantée.      Le temps de la seule soumission est révolu. Les rénovations de l’Eglise partent moins, sauf exception notoire, d’instances dirigeantes, souvent portées à la prudence  que de la contribution d’une partie du peuple chrétien. La mission évangélique nécessite la participation du plus grand nombre possible des baptisés.

      Pour l’avenir de l’Eglise, et surtout pour la venue du Royaume, l’action de l’Esprit et l’ingéniosité des chrétiens –si elle peut librement s’exercer- représentent un capital de renouvellement qui donne des raisons d’espérer. 

Jean Rigal C’est un grand spécialiste de l’ecclésiologie, ancien professeur de l’institut catholique de Toulouse, qui est retraité, a plus de 80 ans et vit actuellement à Rodez.Pour la lecture complète de cet article, il suffit de consulter le site de Jonas, à l’adresse suivante

http://www.groupes-jonas.com/neojonas/article.php?sid=738

On vous parlera aussi de son dernier livre « Ces questions qui remuent les croyants »

Rendre l’évangile au monde

Voici le texte que Jean Marie KOHLER, chercheur en anthropologie culturelle et sociale a envoyé pour introduire son intervention sur le thème Rendre l’évangile au monde, au forum de Croyants en Liberté Moselle qu’il animera le 7 mai 2011 au Foyer Sainte Constance à Metz de 9 h à 17 h 

Se libérer de la religion 

C’est l’évangile qui est notre première passion. Et non pas l’Église en tant qu’institution sociopolitique qui, trop souvent, se soucie plus de sa survie que de sa vocation à témoigner de l’évangile. Mais cela ne doit pas faire oublier que c’est malgré tout par l’Église que le message évangélique nous a été transmis, et il n’existe peut-être pas d’autres canaux pour continuer à le transmettre. Humaine et divine Église, entre Vendredi saint et Pâques… Dans les faits, l’évangile a été accaparé par les institutions ecclésiastiques. Elles ont voulu s’approprier cette source d’eau vive pour en contrôler le cours, se mesurant au souffle et au feu de l’Esprit pour les diriger. Pourquoi et comment une telle chose a-t-elle été osée, et avec quelles conséquences ? Institution sociale, l’Église s’est très tôt alliée aux puissants pour servir sa propre gloire sous couvert de la gloire de Dieu, et ce péché originel la poursuit. Pour rendre aujourd’hui l’évangile au monde, il faut le libérer de la religion qui l’a travesti. L’avenir de Dieu parmi les hommes ne se joue pas dans les sanctuaires et moyennant des rites, ni dans les facultés de théologie. Il se joue dans la splendeur et la boue du monde, dans la jubilation et la détresse des cœurs qui aiment et haïssent, dans l’enfantement, la mort et le désir d’infini. Et ce parmi toutes les nations, toutes les cultures et toutes les religions. 

Pour une foi engagée  

Mille fois trahies, les béatitudes et les paraboles n’ont jamais été oubliées. Dans le passé, une multitude de croyants se sont voués corps et âme, comme François d’Assise, à aimer et à servir leurs semblables et leur Dieu. Les temps modernes ont vu se lever Albert Schweitzer, Martin Luther King, Helder Camara, Oscar Romero, mère Teresa, l’abbé Pierre, sœur Emmanuelle, et d’innombrables inconnus passionnés d’évangile dans l’Église et hors d’elle. D’abord s’impose la lutte pour la justice et la paix. La marchandisation mondialisée des productions et des relations humaines menace à brève échéance l’existence de l’homme et celle de l’humanité. La tyrannie des plaisirs instaurée au profit du marché et les terribles frustrations qui s’en suivent sont mortels. Face à la cupidité, au mensonge et à la violence qu’engendre l’ultralibéralisme, les bonnes volontés doivent partout se mobiliser d’urgence.  Toutes les religions prêchent la bienveillance et le respect de la création, mais le message d’amour apporté par Jésus peut apparaître comme le plus simple et le plus exigeant par sa radicalité et son universalité, comme le plus subversif. Dégagés du dogmatisme qui les rapetisse, les mystères de l’Incarnation et de la Trinité développés ultérieurement par le christianisme contribuent à leur manière à éclairer la voie qui mène l’homme vers Dieu. 

Dans un cadre renouvelé 

Si l’Église voyait avec les yeux du monde le spectacle qu’elle donne au lieu d’exiger que le monde la voie avec les yeux de la foi, elle en serait consternée. Prisonnière d’usages rituels et mondains obsolètes, péremptoire au plan doctrinal et dure dans ses jugements, ne conformant pas ses pratiques à ses enseignements, intéressée et liée par des alliances douteuses, gouvernée par une gérontocratie machiste attachée à un centralisme bureaucratique, etc.  La foi chrétienne n’est pas un savoir ou un legs cultuel qu’il suffirait de conserver et de reproduire, un « dépôt sacré » confié à un corps sacerdotal surplombant le monde. Son inculturation dans les réalités contemporaines est non seulement la première condition de son audibilité, mais la condition incontournable de sa crédibilité, de sa vérité aux yeux des hommes. La fidélité à la foi ne demeure qu’en se renouvelant. Loin de se réduire aux structures et aux représentations qu’elle a héritées de l’histoire, l’Église n’existe pour les hommes et pour Dieu que là où se vit l’évangile. Sans doute lui faudra-t-il, pour renaître, emprunter des formes et des appellations inédites. Ce n’est pas la continuité apostolique et le droit canon, ni même quelque orthodoxie que ce soit, qui la constitue. C’est l’amour et le service des hommes auquel le Christ s’est identifié.

Jean-Marie Kohler        www.recherche-plurielle.net 

L’Eglise catholique et le sacrement de la réconciliation

Un exemple particulièrement douloureux aujourd’hui de l’incapacité d’aggiornamento à l’intérieur de l’Eglise est celui du sacrement de la réconciliation. Depuis au delà de vingt ans on est obligé de constater, dans de nombreuses Eglises, un profond malaise au regard de la manière de définir la forme concrète de ce sacrement. La pratique de ce sacrement est en chute libre et tend, en maints endroits, vers le point zéro. De nombreux pasteurs l’administrent sous la forme actuelle sans grande conviction, estimant qu’elle répond mal aux vrais besoins des hommes d’aujourd’hui. Jean Delumeau, au terme d’une longue étude sur la culpabilisation en Occident, ne craint pas d’écrire concernant l’aveu obligatoire: «Echec de la confession auriculaire? Au niveau collectif, pour moi, cela ne fait pas de doute» En face de cette situation pressante concernant l’un des aspects les plus importants de la vie de l’Eglise, de la vie des croyants et de la pastorale, malgré des requêtes nombreuses pour que la forme du sacrement de Pénitence soit assouplie de manière à ce que celui-ci soit accessible et plus acceptable à l’homme d’aujourd’hui, on ne sait que se lamenter sur une supposée perte du sens du péché et renvoyer aux décrets du concile de Trente présenté comme indépassable. Est-il plus bel exemple d’un cas où l’aggiornamento de l’Eglise, pourtant absolument nécessaire, est rendu complètement impossible par une conception tragiquement bornée et déficiente de la vraie tradition de l’Eglise?Certes, il n’est pas question de préconiser ici des mutations précipitées et inconsidérées. Dans les choses humaines, une certaine modération dans le rythme du changement est toujours nécessaire. Et cela est particulièrement vrai pour les choses spirituelles et religieuses, où les références sereines à la tradition prennent tout leur poids. Mais ce qui fait problème dans l’Eglise, à la fois d’un point de vue théologique et d’un point de vue pastoral, c’est cet alourdissement inacceptable du dépôt, c’est qu’on fasse d’une formulation qui fut énoncée pour un temps et conditionnée par ce temps, une formulation pour toute la suite des temps. Ce qui fait problème, c’est la tentation de fixer et de figer ce qui doit évoluer. Ce qui fait problème, c’est une Eglise qui exagère le poids ou l’autorité de sa propre tradition, qui semble se complaire dans la pure répétition des formules anciennes, sans examiner avec tout le soin voulu leur prétention à représenter la « vérité éternelle », qui se contente d’expliquer les mouvements de désaffection par la méchanceté ou l’infidélité des fidèles, qui s’attache à des formulations de la pensée et des pratiques chrétiennes qui n’intéressent et ne rejoignent plus que des groupes souvent marginaux. Il n’y a vraiment plus d’aggiornamento possible quand on hypostasie les formes culturelles héritées d’un passé désormais révolu, que les portions les plus dynamiques du monde présent ne peuvent plus admirer, voire simplement tolérer.Tout cela fait d’autant plus problème que les habitudes intellectuelles de l’homme contemporain sont tout autres. L’homme d’aujourd’hui sait qu’il faut être capable de remises en question importantes et de revenir sur des doctrines autrefois universellement reconnues. Il est conscient des limites de l’esprit humain. Il est profondément marqué par le sens de l’historicité des décisions et des doctrines, et il sait l ‘influence exercée sur celles-ci par les contextes culturels. Il est spectateur de l’évolution du monde. Il peut constater la fatale partialité des points de vue, engendrée par une  insertion historique et géographique nécessairement limitative. Il sent le besoin d’une approche rigoureusement critique et scientifique des questions. Il est plus que jamais conscient de la dimension mystérieuse des réalités divines et de l’inadéquation de tout ce qui prétend l’exprimer. Il est souvent très au fait des tâtonnements et des errements de l’enseignement ordinaire de l’Eglise et même de certains enseignements qu’on désigne comme extraordinaires. Il est prêt à accepter que Dieu parle dans l’histoire, pourvu que ce soit à travers l’histoire et d’une manière incarnée dans l’histoire. Il n’accepte volontiers l’argument de la tradition que lorsque l’on peut légitimer la tradition qu’on invoque. Il ne se satisfait volontiers que des solutions, théoriques ou pratiques, qui collent à la vie réelle qu’il expérimente. Tel est l’homme contemporain. Une Eglise ne peut s’enfermer dans un passé figé et absolutisé sans le perdre. Pour faire cette analyse, j’ai longuement cité André Naud dans son livre «Le magistère incertain». Il est plus compétent que moi-même pour appréhender cette situation mais je précise que je partage entièrement son point de vue.

La conclusion que j’en tire, c’est qu’il est tout à fait inadmissible que vous puissiez prendre la décision de supprimer les célébrations communautaires du sacrement de la réconciliation. Qui avez-vous consulté avant de prendre une telle décision? Ni les fidèles, ni les prêtres. Pensez-vous vraiment que vous avez le droit d’agir de la sorte contre l’avis de la très grande majorité des croyants? Bien sûr l’Eglise n’est pas une démocratie dans le sens où ce n’est pas un référendum qui dira si le Christ est ressuscité ou qu’il est Fils de Dieu. Mais l’Eglise n’est pas non plus une monarchie, structure sociologique complètement anachronique. Et il est aussi non moins vrai qu’une décision du Magistère qui va à l’encontre du «sensu fidei» ne peut être considérée comme une décision authentique du magistère et de ce fait est critiquable. Votre décision est un acte de cléricalisme qui, une fois de plus, dessert l’Eglise. Et surtout ne dites pas qu’il s’agit de la volonté de Dieu. Ce serait gravement offenser Dieu que de l’affirmer. D’après le contexte biblique, je crois que Dieu dirait plutôt: «Comment peut-on aussi mal comprendre mon enseignement, moi qui voulais libérer les hommes en particulier des servitudes de la loi prise au pied de la lettre. Eux ils ont transformé mon message en oppression des consciences, en prétextant qu’ils font cela pour libérer les hommes. En plus ils ont le culot de dire qu’ils agissent en mon nom, que c’est moi qui ai voulu cela. Décidément ils n’ont pas du tout compris la leçon que j’avais faite aux pharisiens. Ils espèrent créer une Eglise de purs et de durs alors que moi je suis essentiellement venu pour les marginaux.»

Qu’espérez-vous obtenir comme résultat avec ce genre de dictat? Ne croyez surtout pas naïvement que les gens vont retourner au confessionnal. D’après mes observations personnelles, au moins 90% des fidèles n’iront plus se confesser du tout parce qu’ils ne se laisseront pas prendre par cet odieux chantage. Voilà le résultat concret. Un jour vous serez certainement obligé de rendre des comptes. On vous demandera peut-être: «Qu’avez-vous fait des 90 fidèles sur 100 alors que moi j’ai laissé 99 brebis pour aller chercher la 100e qui était perdue?». Vous accusez très facilement les fidèles de ne plus avoir le sens du péché, mais vous, aveuglé par l’idéologie dans laquelle vous êtes enfermé, vous n’avez même pas l’ombre d’un soupçon que vous commettez là un péché très grave. Si vous vouliez chasser de l’Eglise les rares personnes qui y sont encore, vous ne pourriez pas mieux vous y prendre. C’est vraiment très amer d’être obligé de constater cela.

Ceci est un extrait d’une lettre envoyée à Monseigneur Raffin, évêque de Metz, en mars 1989. Avec le recul d’une vingtaine d’années, ce qui était redouté s’est produit et même amplifié. La confession individuelle est pratiquement au point mort. A force de n’autoriser qu’au compte goutte la célébration communautaire de la confession, de moins en moins de personnes se sentent concernées. En discutant avec des responsables ecclésiastiques, ils se contentent de constater ces désaffections, mais en se gardant bien de s’interroger sur les pratiques actuelles. Décidément, comme pour d’autres questions, l’Eglise préfère crever plutôt que de se remettre en cause.

A quoi bon rester dans l’Eglise catholique ?

Une question très personnelle : à quoi bon rester dans l’Église catholique quand on a comme moi choisi d’être chrétien à un moment donné mais qu’on se rend compte que cet espace-là, cette institution-là n’est pas du tout propice aux chantiers que vous venez de décrire ? 

J’ai quantité d’amis qui me posent cette question et je leur réponds : « si vous le pouvez, restez pour faire évoluer les choses ». 

Mais comment ? 

En faisant des communautés qui ne soient pas de simple adhésion mais aussi de contestation, en se rappelant que, linguistiquement, « contestation » est lié à « attestation ». On conteste l’autorité pour attester l’Évangile. Que des chrétiens ne puissent plus vivre dans l’institution, je le comprends, mais s’ils sont seuls, ils ne peuvent plus faire grand chose. Je rêve de communautés chrétiennes où pourraient venir d’autres croyants, mais aussi des gens qui n’ont pas la foi, et qui se diraient : « Que pouvons-nous faire ensemble ? Y a-t-il des choses que nous voudrions supprimer ou corriger, ou d’autres que nous aurions envie d’inventer ? » ; qui réfléchiraient à tout cela et décideraient que faire. C’est ainsi qu’on pourra répandre l’esprit de l’Évangile. Je vois souvent des amis à qui je dis : « Faites des groupes, des communautés ; évitez les ruptures bruyantes qui n’aboutissent à rien; gardez même si possible des contacts avec l’institution et faites Église autrement; et puis, bon, vous verrez bien ce qui arrivera ». Il y a des évolutions qui peuvent se faire dans le sein même de l’Église : je recevais hier un fascicule sur la communauté Saint Luc de Marseille, qui reste en lien avec l’institution diocésaine et paroissiale, sous un encadrement peut-être encore trop clérical à mon goût, mais qui lui a permis de faire du neuf à côté d’elle, sans rupture. Sans en faire un modèle, on peut s’inspirer de son exemple, et il y en a beaucoup d’autres de ce genre, comme les groupes de « chrétiens en liberté » des réseaux du Parvis, que vous connaissez bien. C’est en groupe qu’on peut faire des choses importantes, et il est difficile à un chrétien de vivre isolé surtout quand on pense que le christianisme est une religion incarnée et communautaire, non une pure philosophie. Vous ne changerez pas le monde en restant seuls chacun dans son coin, et puisque vous voulez vivre en chrétiens, pensez aussi à changer l’Église, donc à rester en lien.

 
Extrait du livre de Joseph Moingt « Croire quand même », libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme, Editions du Temps Présent, novembre 2010 pages 82 et 83

Précisons que Joseph Moingt a été interviewé par Lucienne Gouguenheim et Karim Mahmoud-Vintam, tous deux membres de NSAE (Nous sommes aussi l’Eglise, non pas une autre Eglise mais une Eglise Autre) et qui font partie des Réseau du Parvis

Le manifeste des théologiens allemands

Plus de 150 théologiens germanophones ont signé un manifeste appelant l’Eglise catholique à entreprendre des réformes de fond.

Le manifeste « Kirche 2011, Ein notwendiger Aufbruch »  ( » Église 2011 : un renouveau indispensable ») a été publié le 3 février dans le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. Plus d’un tiers des 400 professeurs de théologie catholique enseignant dans les universités allemandes l’ont pour l’instant signé. Le dernier mouvement de ce type date de 1989 (« Déclaration de Cologne »). La traduction du manifeste proposée ici a été effectuée par le service religion de TC   Voici un extrait de cette déclaration. On n’y apprend rien de nouveau mais il est intéressant que ce manifeste ait été signé par un nombre important de théologiens. Il ne s’agit donc pas d’un discours de quelques marginaux, comme le dit trop souvent l’Eglise, pour les discréditer

Dans tous les cas, c’est le message libérateur de l’Évangile qui constitue le critère d’une Église crédible, de son action, et de sa présence dans la société. Les défis concrets que doit relever l’Église ne sont pas nouveaux. Pourtant, on a du mal à voir advenir les réformes préparant l’avenir. Le dialogue ouvert à propos de ces réformes doit être mené dans les domaines d’action suivants :

1. Structures participatives

Dans tous les champs de la vie ecclésiale, la participation des fidèles est une pierre de touche de la crédibilité du message libérateur de l’Évangile. Selon un vieux principe juridique, «ce qui concerne tout le monde doit être décidé par tout le monde» : il faut donc plus de structures synodales à tous les niveaux de l’Église. Les fidèles doivent participer aux nominations des principaux ministres (évêque, curé). Ce qui peut être décidé localement doit être décidé localement. Et les décisions doivent être transparentes.

2. Paroisse

Les paroisses chrétiennes doivent être des lieux dans lesquels l’on partage des biens matériels et spirituels. Mais la vie paroissiale est en train de s’éroder. Sous la pression du manque de prêtres, on met en place des unités administratives de plus en plus grandes – des paroisses XXL -, dans lesquels la proximité et l’appartenance peuvent à peine être ressenties. Les identités historiques et les réseaux de sociabilité construits au cours du temps sont abandonnés. Les prêtres sont «envoyés au casse-pipe» et s’épuisent. Si on ne leur fait pas confiance, les fidèles ne se décident pas à participer aux responsabilités et à prendre leur place au sein de structures plus démocratiques de direction de leur communauté. Le ministère ecclésial doit servir la vie de la paroisse, et pas l’inverse. L’Église a aussi besoin d’hommes mariés et de femmes aux ministères ecclésiaux.

3. Culture du droit

La reconnaissance de la dignité et de la liberté de chacun se manifeste particulièrement lorsque des conflits sont gérés de manière juste et dans le respect réciproque. Le droit de l’Église ne mérite d’être appelé «droit» que si les fidèles peuvent effectivement faire valoir les leurs. La protection des droits et la culture du droit dans l’Église doivent être améliorés d’urgence. Un premier pas en ce sens est l’établissement d’un système juridictionnel administratif.

4. Liberté de conscience

Respecter la conscience individuelle, cela veut dire croire à la capacité de l’homme à être responsable et à décider lui-même. Soutenir cette faculté est un des devoirs de l’Église ; mais ce soutien ne doit pas se transformer en paternalisme. Cette question devient très concrète lorsqu’on aborde les grands choix de vie des personnes et leurs modes de vie. La haute considération dans laquelle l’Église tient le mariage et le célibat n’est pas en question. Mais cette considération ne doit pas avoir pour conséquence d’exclure ceux qui vivent de manière responsable l’amour, la fidélité et l’attention réciproque au sein d’un couple de même sexe ou divorcé-remarié.

5. Réconciliation

La solidarité avec les pécheurs suppose de prendre au sérieux le péché qui existe aussi dans nos propres rangs. Le rigorisme moral péremptoire ne sied pas à l’Église. L’Église ne peut pas prêcher la réconciliation avec Dieu si elle ne fait pas elle-même en sorte de créer les conditions d’une réconciliation avec ceux envers qui elle s’est rendue coupable par la violence, par le refus du droit, et par le renversement du message libérateur de la Bible en une morale rigoriste et impitoyable.

6. Le culte

La liturgie vit de la participation active de tous les fidèles. Les expériences et les formes d’expression contemporaines doivent y trouver leur place. Le culte ne doit pas se figer en traditionalisme. La diversité culturelle enrichit la vie cultuelle et cette diversité n’est pas compatible avec la tendance au centralisme unificateur. Le message porté par l’Église ne touchera les gens que si la fête de la foi prend en compte la vie concrète des fidèles.

Le processus de dialogue qui s’ouvre aujourd’hui dans l’Église peut conduire à la libération et au renouveau si tous les participants sont prêts à traiter ces questions pressantes. Il s’agit, par l’échange libre et honnête d’arguments, de rechercher des solutions qui tirent l’Église de cette obsession d’elle-même qui la paralyse. Il n’est pas question que le calme suive la tempête de l’année dernière ! Dans la situation actuelle, ce calme pourrait être mortel. La peur n’a jamais été bonne conseillère en temps de crise. L’Évangile invite les chrétien(ne)s à affronter l’avenir avec courage en gardant à l’esprit les paroles de Jésus lorsque Pierre a été invité à marcher sur l’eau : «Homme de peu de foi, pourquoi doutes-tu ?»

La Süddeutsche Zeitung dans un autre article rappelle aussi à ses lecteurs que le 9 février 1970, 9 théologiens allemands avaient signé un mémorandum adressé à l’épiscopat allemand demandant de reconsidérer le célibat obligatoire pour les prêtres. Parmi ces signataires il y avait Karl Lehmann, Walter Kasper et un certain Joseph Ratzinger qui ont tous fait carrière dans l’Eglise, mais la réflexion sur le célibat des prêtres est restée dans les starting-blocks. On a même essayé de l’étouffer. Mais on sait bien que même d’infimes braises peuvent ranimer une flamme.

Voici l’intégralité du mémorandum en allemand

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La semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Le thème de cette année 2011 est la phrase biblique des Actes des Apôtres

 

« Unis dans l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière » (2, 42)

 

C’est de Jérusalem, l’Église-mère, que l’appel à l’unité est parvenu cette année aux Églises du monde entier. C’est un défi lancé à toutes les communautés ecclésiales ! L’appel à l’unité va au-delà des mots et nous oriente vraiment vers un avenir qui nous fasse anticiper la Jérusalem céleste et contribuer à sa construction. Les chrétiens à Jérusalem nous ont appelé à faire de cette semaine de prière l’occasion de renouveler notre engagement à travailler pour un véritable œcuménisme, enraciné dans l’expérience de l’Église primitive. Ils nous ont pressés également de prier avec eux et pour eux dans leur aspiration à la liberté, à la dignité, à la justice et à la paix de tous les peuples sur cette terre.

A Sarreguemines, comme l’année dernière, 7 moments de prière le matin avec entre trente et quarante participants, un échange de chaire et une soirée où était proposée de mettre en œuvre cette communion fraternelle par l’apport de nourriture. 3 des éléments du verset 42 qui décrivaient les premières communautés chrétiennes sont mises en œuvre dans les communautés de paroisse de Sarreguemines. Mais la frilosité de nos dirigeants ecclésiastiques empêche toujours encore la fraction commune du pain qui est pourtant le signe par lequel les disciples d’Emmaüs avaient reconnu le ressuscité.

 

Georges Heichelbech

Bon anniversaire et bonne retraite Jacques !

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Le 18 septembre 2010, Jacques Gaillot. a fêté ses 75 ans, l’âge de la retraite pour les évêques. Mais nul doute qu’il ne s’arrêtera pas là!  Voici un extrait d’une interview où il parle de l’Eglise catholique 

Comment considérez-vous l’Eglise catholique aujourd’hui ? 

L’Eglise nous a enseigné que Dieu a voulu nous apporter le malheur pour nous amener à la résignation. Mais ce n’est pas chrétien ! L’Eglise fait intervenir Dieu pour nous forcer à obéir et à ne pas penser. Très peu de discours sur Dieu me parlent de lui, par contre quand quelqu’un dit du bien de l’être humain, cela me parle beaucoup de Dieu. L’Institution reste inamovible sur son piédestal, loin du peuple et de Dieu. En continuant ainsi, l’Eglise se transformera en une secte, parce que beaucoup sont en train de se tourner vers d’autres religions. L’Eglise vit une hémorragie L’Eglise doit changer, se moderniser, reconnaître que les couples ont le droit de divorcer et d’utiliser le préservatif ; que les femmes peuvent avorter ; que les hommes et les femmes puissent être homosexuels et se marier ; que les femmes puissent être ordonnées prêtresses, et avoir accès aux sphères de décision ; que l’on revoie la discipline du célibat, et que les prêtres puissent se marier comme tout être humain, parce que beaucoup doivent vivre leur relation dans la clandestinité, comme des délinquants. La situation actuelle est malsaine et destructrice pour les individus et pour l’Eglise. Le Vatican a la dernière monarchie absolue d’Europe, mais il faudra changer de modèle. L’Eglise a du mal à admettre la démocratie à tous les niveaux. Ce n’est pas évangélique. 

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Le synode sur les laïcs de 1987

En 1987 il y eut un synode sur les laïcs. Un an avant, la revue qui s’appelait « L’actualité religieuse dans le monde » avait demandé à ses lecteurs de donner leurs impressions. Voici la lettre que j’avais envoyée à l’époque. Si je la reproduis, c’est qu’elle est toujours d’actualité. Pire, plus on s’éloigne de Vatican II et plus on revient à concevoir à nouveau l’Eglise de ceux qui enseignent et de ceux qui se laissent enseigner, de ceux qui gouvernent et de ceux qui se laissent gouverner, de ceux qui commandent et de ceux qui obéissent. 

Le fait de réunir un synode sur les laïcs est ambigu en soi. Car qui va statuer sur les droits et les prérogatives des laïcs? Ce sont les clercs. Et de plus pas n’importe lesquels. Un Boff, un Schillebeecks, un Küng, un Wackenheim, (et la liste pourrait s’allonger), n’y seront pas. Il y aura peut-être quelques observateurs laïcs, mais méfions-nous des laïcs qui sont plus cléricaux que les clercs! Cela ressemble à du paternalisme. On se réunira entre personnes « bien-pensantes » qui s’appuieront sur la tradition pour décréter ce que les laïcs « auront le droit de faire en plus » à l’intérieur de l’Eglise. Certes depuis le « Voici, vénérables frères, que nous voyons se manifester cette si funeste doctrine qui voudrait faire croire que les laïcs peuvent être, dans l’Eglise, un élément de progrès » du pape Pie X en 1907, une évolution considérable s’est faite, mais elle ne s’est faite qu’en tenant compte des deux préambules suivants « Les responsabilités suprêmes et le pouvoir de décision ne peuvent rester que dans les mains de clercs » et « Plus on est placé haut dans la hiérarchie et plus on est près de la vérité ». Car un fait est entendu et il sera sous-jacent dans toutes les discussions du synode : le laïc ne peut être qu’un auxiliaire du clerc. Et cela se vérifie concrètement tous les jours dans la vie de l’Eglise et dans la vie de nos paroisses. Bien sûr on ne dira pas cela de cette façon mais plutôt « Tous sont responsables dans l’Eglise, mais chacun à sa place » (Ne dit-on pas aussi sans que cela puisse poser problème à certains « Tous, hommes et femmes sont égaux devant le Seigneur »? ). Une conséquence de cette façon de procéder c’est que le synode se déroulera dans l’indifférence générale et les laïcs ne se sentiront pas concernés par les décisions prises dans la mesure où ce ne sera pas leur synode.

A lire ces premières lignes, on pourrait dire : « Encore un laïc aigri, jaloux des clercs et avide de pouvoir dans l’Eglise ». Le problème n’est pas là. Il ne s’agit pas d’opposer clercs et laïcs et surtout pas de mettre les laïcs à la place des clercs. Il s’agit de faire disparaitre la notion de clerc et de laïc. Bien sûr cette idée n’est pas du goût de tout le monde et en particulier pas du goût du cardinal Ratzinger, lui qui sait ce que chaque chrétien a le droit et le devoir de croire. Pour lui, la hiérarchie telle qu’elle existe dans l’Eglise a été voulue par Dieu. C’est une façon autoritaire de clore le débat avant de l’avoir commencé. Mais ayons l’esprit un peu critique sur tout ce que Dieu est censé vouloir. Il me semble que les rois de France l’étaient aussi de par la volonté divine. Pour ce qui est de la hiérarchie dans l’Eglise, consultons l’histoire. Il est intéressant d’apprendre que la notion de clerc et de laïc n’existait pas dans les deux premiers siècles de l’Eglise. Cette distinction s’est développée à partir du troisième siècle et ceci au profit des clercs qui sont devenus une caste qui s’octroya de plus en plus de pouvoir et qui est devenue dominante dans l’Eglise. Et c’est cette caste de clercs devenus progressivement célibataires, qui a développé la théologie dans l’Eglise en particulier aussi dans le domaine qui nous intéresse. C’est une théologie qui malheureusement a longtemps tourné en vase clos, très loin des préoccupations et de la vie concrète des chrétiens. Il est évident que si cette théologie était l’oeuvre d’hommes et de femmes mariés, engagés dans le « monde », de toute condition et de toute race, on n’en serait pas aujourd’hui à célébrer des ADAP, sous prétexte qu’un laïc ne peut pas présider l’eucharistie. On rétorquera que ceci est contraire à la tradition de l’Eglise. Encore faut-il voir comment et par qui cette tradition a été établie. On dira aussi que l’Eglise ne peut être que dans la vérité puisqu’elle est guidée par l’Esprit-Saint. Je pense que l’Esprit-Saint a bon dos. C’est certainement lui qui a fait condamner Galilée qui prétendait que la terre tourne autour du soleil. Croit-on si peu à la force de l’Esprit-Saint qu’il faille lui dresser des garde-fous à l’intérieur desquels il a le droit de souffler, alors que l’Esprit-Saint souffle où il veut ? Un attitude de foi est-ce une attitude de peur et de crispation sur le passé ou est-ce une attitude de confiance en l’avenir, avec évidemment tous les risques que cela suppose ? A Abraham un de nos pères dans la foi, Dieu ne lui avait-il pas dit : « Quitte le pays d’Ur et va vers la terre que je t’indiquerai » ?

Tout ceci pour dire qu’il faudrait traiter le problème non pas en superficie mais beaucoup plus en profondeur car à mon avis c’est un problème d’ecclésiologie des plus importants. L’ensemble du Peuple de Dieu est concerné par ce problème. Il a donc le droit non seulement d’être consulté (et encore faut-il voir dans quelle mesure on tient compte des divers avis) mais aussi le droit de décider. Au départ il faut d’abord s’entendre sur la terminologie de Peuple de Dieu. Bien que moins compétent que certains, j’ose néanmoins affirmer qu’il ne s’agit pas là uniquement d’une notion d’Ancien Testament (En entrant dans ce petit jeu, il est tout aussi facile de dire que le prêtre, dans la théologie catholique, est la reconduction du Grand-Prêtre de l’Ancien Testament). Il ne s’agit pas non plus d’avoir une vision trop « monarchique » du peuple (c’est à dire que la noblesse et le clergé n’en font pas partie). Le Peuple de Dieu n’est donc pas synonyme de laïcs, mais signifie bien l’ensemble des chrétiens avec qui Dieu a fait alliance (j’utilise volontairement le mot chrétien et non le mot catholique, de même que je pense que l’Eglise catholique est une église parmi d’autres, une église dans la grande Eglise et non la seule et vraie Eglise)

C’est dans le Peuple de Dieu, au sens ainsi défini, qu’une réflexion de fond devrait se faire sur l’engagement et la responsabilité de l’ensemble des chrétiens. Et pour commencer, à l’échelle locale, là où chacun se situe. Et de ce coté l’expérience des communautés de base d’Amérique latine peut nous être très utile. Non qu’il s’agit de reproduire d’une façon identique ces communautés dans le monde entier (quand laisserons-nous tomber ce fantasme que tout le monde doit être coulé dans le même moule !), mais il serait possible d’en utiliser certaines intuitions. En particulier que ce qui est premier, c’est le vécu, la « praxis », et que la théologie en découle ; alors que jusqu’à présent la théologie est faite « in vitro » et la pastorale n’en est que le champs d’application. Ce qui est premier c’est la base, c’est l’église locale et la grande Eglise n’est que la communion de ces églises locales, le tout dans la fidélité à l’Evangile et dans la mouvance de l’Esprit.Certes cette conception ne peut que se heurter à la vision traditionnelle. C’est pour cela qu’il est important d’avoir avant tout le souci de construire et non de détruire. Mais l’obéissance à l’Eglise ne signifie pas soumission inconditionnelle. Si Leonardo Boff a été condamné ce n’est pas à cause de la théologie de la libération (Gutierrez préconisait la lutte des classes et personne ne l’a empêché de passer son doctorat de théologie), mais bien à cause de ses prises de position en matière d’ecclésiologie. Il a pourtant accepté le silence qui lui a été imposé car son appartenance à l’Eglise lui paraissait primordiale.

Un « laïc » engagé dans l’Eglise, qui aime son Eglise, mais qui aimerait qu’elle devienne un peu plus crédible aux hommes et aux femmes de notre temps.

Georges Heichelbech