Porter un autre regard sur la prison

La prison est un lieu souvent très mal connu du grand public, qui inquiète, pose question et sur lequel, faute d’une véritable information se colportent souvent beaucoup de contrevérités. Le véritable vécu des 61000 prisonniers en France, alors qu’il n’y a que 48000 places, n’intéresse pas beaucoup. On en parle épisodiquement quand il y a une évasion ou une émeute, mais souvent en négatif, en disant que les personnes qui s’y trouvent n’ont que ce qu’elles méritent et qu’il ne faut surtout pas les plaindre. Et on ajoute que les mauvaises conditions de détention font partie de la punition, que la société a besoin de se protéger contre de dangereux criminels. Et c’est en toute bonne conscience qu’on se désolidarise de personnes que l’on ne considère plus comme faisant partie de notre société. En France, on relève beaucoup d’anomalies dans les conditions de détention : surpopulation, vétusté des locaux, nourriture insuffisante, accès aux soins médicaux problématique, hygiène insuffisante, rupture des liens familiaux, non-respect du droit du travail, désespoir et absence de perspectives pour les condamnés à de longues peines. Cela amène à réfléchir sur le sens de la peine : la sanction n’a de sens que dans la perspective de réinsertion du détenu et son retour dans la vie quotidienne après avoir purgé sa peine. Tant que le sentiment d’insécurité se développera et que l’opinion réclamera en conséquence une politique pénale plus ferme, la place de la prison grandira. Il s’agit d’un effort de longue haleine que de sensibiliser l’opinion pour lui faire admettre qu’il vaut mieux prévenir plutôt que guérir, réconcilier plutôt que réprimer, insérer plutôt qu’incarcérer, responsabiliser plutôt que rejeterChaque détenu est appelé à un moment ou à un autre à retourner dans la société. Pour réussir sa réinsertion, le détenu doit pouvoir participer tout au long de son incarcération à des activités qui le réconcilient progressivement avec lui-même et avec la société. Mettre en valeur ces activités, c’est lui permettre d’exister et de préparer sa sortie. La façon dont un Etat traite ses prisonniers est un assez bon indicateur de la qualité de sa démocratie. Et chacun de nous est interpellé sur le regard qu’il porte sur la prison et sur la solidarité qu’il peut exercer à son niveau pour humaniser la prison. 

La semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Le thème de cette année 2011 est la phrase biblique des Actes des Apôtres

 

« Unis dans l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière » (2, 42)

 

C’est de Jérusalem, l’Église-mère, que l’appel à l’unité est parvenu cette année aux Églises du monde entier. C’est un défi lancé à toutes les communautés ecclésiales ! L’appel à l’unité va au-delà des mots et nous oriente vraiment vers un avenir qui nous fasse anticiper la Jérusalem céleste et contribuer à sa construction. Les chrétiens à Jérusalem nous ont appelé à faire de cette semaine de prière l’occasion de renouveler notre engagement à travailler pour un véritable œcuménisme, enraciné dans l’expérience de l’Église primitive. Ils nous ont pressés également de prier avec eux et pour eux dans leur aspiration à la liberté, à la dignité, à la justice et à la paix de tous les peuples sur cette terre.

A Sarreguemines, comme l’année dernière, 7 moments de prière le matin avec entre trente et quarante participants, un échange de chaire et une soirée où était proposée de mettre en œuvre cette communion fraternelle par l’apport de nourriture. 3 des éléments du verset 42 qui décrivaient les premières communautés chrétiennes sont mises en œuvre dans les communautés de paroisse de Sarreguemines. Mais la frilosité de nos dirigeants ecclésiastiques empêche toujours encore la fraction commune du pain qui est pourtant le signe par lequel les disciples d’Emmaüs avaient reconnu le ressuscité.

 

Georges Heichelbech

Le synode sur les laïcs de 1987

En 1987 il y eut un synode sur les laïcs. Un an avant, la revue qui s’appelait « L’actualité religieuse dans le monde » avait demandé à ses lecteurs de donner leurs impressions. Voici la lettre que j’avais envoyée à l’époque. Si je la reproduis, c’est qu’elle est toujours d’actualité. Pire, plus on s’éloigne de Vatican II et plus on revient à concevoir à nouveau l’Eglise de ceux qui enseignent et de ceux qui se laissent enseigner, de ceux qui gouvernent et de ceux qui se laissent gouverner, de ceux qui commandent et de ceux qui obéissent. 

Le fait de réunir un synode sur les laïcs est ambigu en soi. Car qui va statuer sur les droits et les prérogatives des laïcs? Ce sont les clercs. Et de plus pas n’importe lesquels. Un Boff, un Schillebeecks, un Küng, un Wackenheim, (et la liste pourrait s’allonger), n’y seront pas. Il y aura peut-être quelques observateurs laïcs, mais méfions-nous des laïcs qui sont plus cléricaux que les clercs! Cela ressemble à du paternalisme. On se réunira entre personnes « bien-pensantes » qui s’appuieront sur la tradition pour décréter ce que les laïcs « auront le droit de faire en plus » à l’intérieur de l’Eglise. Certes depuis le « Voici, vénérables frères, que nous voyons se manifester cette si funeste doctrine qui voudrait faire croire que les laïcs peuvent être, dans l’Eglise, un élément de progrès » du pape Pie X en 1907, une évolution considérable s’est faite, mais elle ne s’est faite qu’en tenant compte des deux préambules suivants « Les responsabilités suprêmes et le pouvoir de décision ne peuvent rester que dans les mains de clercs » et « Plus on est placé haut dans la hiérarchie et plus on est près de la vérité ». Car un fait est entendu et il sera sous-jacent dans toutes les discussions du synode : le laïc ne peut être qu’un auxiliaire du clerc. Et cela se vérifie concrètement tous les jours dans la vie de l’Eglise et dans la vie de nos paroisses. Bien sûr on ne dira pas cela de cette façon mais plutôt « Tous sont responsables dans l’Eglise, mais chacun à sa place » (Ne dit-on pas aussi sans que cela puisse poser problème à certains « Tous, hommes et femmes sont égaux devant le Seigneur »? ). Une conséquence de cette façon de procéder c’est que le synode se déroulera dans l’indifférence générale et les laïcs ne se sentiront pas concernés par les décisions prises dans la mesure où ce ne sera pas leur synode.

A lire ces premières lignes, on pourrait dire : « Encore un laïc aigri, jaloux des clercs et avide de pouvoir dans l’Eglise ». Le problème n’est pas là. Il ne s’agit pas d’opposer clercs et laïcs et surtout pas de mettre les laïcs à la place des clercs. Il s’agit de faire disparaitre la notion de clerc et de laïc. Bien sûr cette idée n’est pas du goût de tout le monde et en particulier pas du goût du cardinal Ratzinger, lui qui sait ce que chaque chrétien a le droit et le devoir de croire. Pour lui, la hiérarchie telle qu’elle existe dans l’Eglise a été voulue par Dieu. C’est une façon autoritaire de clore le débat avant de l’avoir commencé. Mais ayons l’esprit un peu critique sur tout ce que Dieu est censé vouloir. Il me semble que les rois de France l’étaient aussi de par la volonté divine. Pour ce qui est de la hiérarchie dans l’Eglise, consultons l’histoire. Il est intéressant d’apprendre que la notion de clerc et de laïc n’existait pas dans les deux premiers siècles de l’Eglise. Cette distinction s’est développée à partir du troisième siècle et ceci au profit des clercs qui sont devenus une caste qui s’octroya de plus en plus de pouvoir et qui est devenue dominante dans l’Eglise. Et c’est cette caste de clercs devenus progressivement célibataires, qui a développé la théologie dans l’Eglise en particulier aussi dans le domaine qui nous intéresse. C’est une théologie qui malheureusement a longtemps tourné en vase clos, très loin des préoccupations et de la vie concrète des chrétiens. Il est évident que si cette théologie était l’oeuvre d’hommes et de femmes mariés, engagés dans le « monde », de toute condition et de toute race, on n’en serait pas aujourd’hui à célébrer des ADAP, sous prétexte qu’un laïc ne peut pas présider l’eucharistie. On rétorquera que ceci est contraire à la tradition de l’Eglise. Encore faut-il voir comment et par qui cette tradition a été établie. On dira aussi que l’Eglise ne peut être que dans la vérité puisqu’elle est guidée par l’Esprit-Saint. Je pense que l’Esprit-Saint a bon dos. C’est certainement lui qui a fait condamner Galilée qui prétendait que la terre tourne autour du soleil. Croit-on si peu à la force de l’Esprit-Saint qu’il faille lui dresser des garde-fous à l’intérieur desquels il a le droit de souffler, alors que l’Esprit-Saint souffle où il veut ? Un attitude de foi est-ce une attitude de peur et de crispation sur le passé ou est-ce une attitude de confiance en l’avenir, avec évidemment tous les risques que cela suppose ? A Abraham un de nos pères dans la foi, Dieu ne lui avait-il pas dit : « Quitte le pays d’Ur et va vers la terre que je t’indiquerai » ?

Tout ceci pour dire qu’il faudrait traiter le problème non pas en superficie mais beaucoup plus en profondeur car à mon avis c’est un problème d’ecclésiologie des plus importants. L’ensemble du Peuple de Dieu est concerné par ce problème. Il a donc le droit non seulement d’être consulté (et encore faut-il voir dans quelle mesure on tient compte des divers avis) mais aussi le droit de décider. Au départ il faut d’abord s’entendre sur la terminologie de Peuple de Dieu. Bien que moins compétent que certains, j’ose néanmoins affirmer qu’il ne s’agit pas là uniquement d’une notion d’Ancien Testament (En entrant dans ce petit jeu, il est tout aussi facile de dire que le prêtre, dans la théologie catholique, est la reconduction du Grand-Prêtre de l’Ancien Testament). Il ne s’agit pas non plus d’avoir une vision trop « monarchique » du peuple (c’est à dire que la noblesse et le clergé n’en font pas partie). Le Peuple de Dieu n’est donc pas synonyme de laïcs, mais signifie bien l’ensemble des chrétiens avec qui Dieu a fait alliance (j’utilise volontairement le mot chrétien et non le mot catholique, de même que je pense que l’Eglise catholique est une église parmi d’autres, une église dans la grande Eglise et non la seule et vraie Eglise)

C’est dans le Peuple de Dieu, au sens ainsi défini, qu’une réflexion de fond devrait se faire sur l’engagement et la responsabilité de l’ensemble des chrétiens. Et pour commencer, à l’échelle locale, là où chacun se situe. Et de ce coté l’expérience des communautés de base d’Amérique latine peut nous être très utile. Non qu’il s’agit de reproduire d’une façon identique ces communautés dans le monde entier (quand laisserons-nous tomber ce fantasme que tout le monde doit être coulé dans le même moule !), mais il serait possible d’en utiliser certaines intuitions. En particulier que ce qui est premier, c’est le vécu, la « praxis », et que la théologie en découle ; alors que jusqu’à présent la théologie est faite « in vitro » et la pastorale n’en est que le champs d’application. Ce qui est premier c’est la base, c’est l’église locale et la grande Eglise n’est que la communion de ces églises locales, le tout dans la fidélité à l’Evangile et dans la mouvance de l’Esprit.Certes cette conception ne peut que se heurter à la vision traditionnelle. C’est pour cela qu’il est important d’avoir avant tout le souci de construire et non de détruire. Mais l’obéissance à l’Eglise ne signifie pas soumission inconditionnelle. Si Leonardo Boff a été condamné ce n’est pas à cause de la théologie de la libération (Gutierrez préconisait la lutte des classes et personne ne l’a empêché de passer son doctorat de théologie), mais bien à cause de ses prises de position en matière d’ecclésiologie. Il a pourtant accepté le silence qui lui a été imposé car son appartenance à l’Eglise lui paraissait primordiale.

Un « laïc » engagé dans l’Eglise, qui aime son Eglise, mais qui aimerait qu’elle devienne un peu plus crédible aux hommes et aux femmes de notre temps.

Georges Heichelbech

L’Eglise catholique et le célibat des prêtres

L’obligation du célibat du prêtre ne s’est mise en place que progressivement. La plupart des apôtres étaient mariés. 39 papes étaient mariés et eurent des enfants. L’accent de l’argumentation en faveur du célibat du prêtre s’est déplacé au cours du temps. Un argument primordial au début mais qui n’est plus guère utilisé est celui de la « pureté rituelle ». Il s’agit d’un argument tiré de l’Ancien Testament. En effet les lévites de l’Ancien Testament s’abstenaient de rapports conjugaux pendant leur période de service au temple, à tour de rôle. Les prêtres de la Nouvelle Alliance doivent faire plus et progresser de la continence périodique à l’abstinence permanente, parce qu’ils célèbrent le culte tous les jours

Puis on dit que puisque Jésus ne s’est pas marié, son plus proche disciple, le prêtre, doit l’imiter sur ce point. Mais théologiquement on conçoit mal que Jésus ait pu se marier. Humainement la vie et la carrière missionnaire de Jésus ne ressemblent pas à celle du prêtre. De plus Jésus n’a jamais imposé le célibat à ses disciples.

On dit aussi que le célibat donne une meilleure disponibilité pour le royaume. Cet argument ne plaide pas unilatéralement en faveur du célibat. Tout dépend de l’attitude intérieure du sujet. Résumons les situations : un célibat bien assumé apporte sans doute le maximum de liberté ; un célibat mal accepté entrave cette liberté; un mariage heureux assure une disponibilité suffisante; un mariage malheureux n’est pas plus favorable qu’un célibat analogue. Cet appel s’adresse à tous les croyants, pas seulement aux prêtres. Cet amour du Christ se rencontre aussi bien parmi les laïcs et les ministres mariés des Églises orientales et réformées. Il n’a aucun rapport direct avec le célibat. Le détachement qu’il suggère concerne tous les biens terrestres, pas seulement la famille.

Le célibat serait-il signe eschatologique ? C’est l’argument le plus fort, ces derniers temps qui plaide en faveur de l’idéal de virginité. Il s’appuie sur Mat 22:23-33 ou ses parallèles Marc 12:18-27, Luc 20:27-38 : «A la résurrection on ne prend ni femme, ni mari; mais on est comme des anges dans le ciel» Est-ce à dire que les élus, comme les anges sont célibataires? La question est ridicule. Dans ce texte l’évangile n’enseigne rien sur les conditions concrètes de la vie au ciel, ni sur la nature des anges; il n’insinue rien sur leur sexe et ne suggère pas qu’ils sont asexués, et que l’idéal de l’homme, sur terre, serait de renoncer, comme eux, à l’activité sexuelle. Glisser vers de telles interprétations serait reprendre le dualisme grec de l’union de l’âme et du corps, où l’âme est impatiente de s’évader d’une chair pesante et rendue impure par le sexe. Ce serait, dans la même logique, déprécier non seulement le mariage, mais les divers éléments de la condition terrestre: la nourriture, le travail, l’aménagement du monde, puisque apparemment les anges ne font rien de tel. On voit le contresens, révélateur d’une phobie du sexe, qu’il y aurait à conclure de ce texte à un idéal célibataire. On retrouve ici certains excès du platonisme des Pères de l’Église, en particulier de saint Jérôme: la virginité rend l’homme semblable aux anges; dans le mariage, il se conduit à la façon des bêtes. On méconnaît la sexualité, considérée comme uniquement charnelle. Et l’on se complaît dans les phantasmes du prêtre autre Christ et homme angélique. Ange ne veut pas dire célibataire, mais homme accompli, ressuscité, « fils de Dieu ».

La position officielle de l’Eglise catholique est toujours encore l’obligation du célibat du prêtre. Le fait de mettre en cause cette position est souvent perçu comme une rébellion contre l’Eglise. Précisons qu’il ne s’agit pas d’un article de foi mais d’une règle de discipline interne de l’Eglise catholique latine. Il n’existe aucun argument théologique qui obligerait le prêtre à rester célibataire. De plus une règle peut être changée sans remettre en cause le fondement de l’Eglise. Ce qui fait problème, ce n’est pas le célibat en tant que tel mais le fait que ce soit la condition sine qua non de l’accession à la prêtrise.

Laissons nous interpeller dans ce domaine par la position des autres Eglises chrétiennes. Actuellement il n’est plus possible de réfléchir à un tel problème sans avoir une vision oecuménique. Il ne s’agit pas de perdre son identité ou de s’aligner sur telle ou telle Eglise, mais de s’interroger sur le pourquoi de telles différences. Pour une fois ce n’est pas l’Eglise catholique qui est la plus fidèle à la tradition apostolique en ce domaine. On peut aussi se demander comment le célibat est perçu dans d’autres cultures, notamment dans la culture africaine.

Malgré la pression faite en haut lieu pour que des responsables d’Eglise ne prennent pas officiellement position pour l’ordination d’hommes mariés, un certain nombre d’évêques se sont prononcés en leur faveur (notamment 81 s’étaient prononcés dans ce sens lors du synode sur les prêtres en 1971). La plupart des synodes diocésains en France se sont aussi prononcés dans leur majorité pour cette solution.

Après l’affaire Vogel (évêque de Bâle), il y eut 500000 signatures en Autriche pour demander entre autre la suppression de l’obligation du célibat pour les prêtres. Il y en eut encore plus en Allemagne. Ne sous-estimons pas un tel mouvement d’opinion publique dans l’Eglise. A travers son histoire, l’Eglise a maintes fois changé certaines de ses « positions définitives et irréformables ».

Cependant ne pensons pas naïvement que le mariage des prêtres règlerait le problème des vocations. La crise d’identité du prêtre est beaucoup plus profonde que cela. Mais dans l’autre sens, ne minimisons pas cette affaire. Depuis les années 1960, au moins 5000 prêtres ont quitté leur ministère en France, la plupart pour se marier. Dans le monde il y en a près de 100000. Ceux qui n’ont pas obtenu leur réduction à l’état laïc sont toujours prêtres mais n’ont plus le droit d’exercer leur ministère. Et l’on peut s’interroger sur la manière dont ces personnes sont traitées par l’Eglise-Institution. Il est possible de lire de nombreux témoignages à ce sujet, soit de la part de prêtres, soit de la part de femmes de prêtres. Il est tout à fait scandaleux que l’Eglise puisse fabriquer ses propres exclus. Cette attitude est aux antipodes de l’attitude de Jésus. Il est regrettable que lors de l’année dite « sacerdotale », ce type de réflexion ait été complètement occultée. On a présenté comme modèle de prêtre le curé d’Ars qui est un type de prêtre correspondant à la spiritualité d’une certaine époque mais où la majorité des prêtres actuels ne se retrouvent plus. D’autre part une réflexion valable sur le prêtre ne peut pas se faire sans développer en même temps une réflexion sur les laïcs. Cela ne rentre absolument pas dans les préoccupations de l’Eglise hiérarchique qui décidément a une vision très cléricale de l’Eglise.

 

Georges Heichelbech

Le martyr des chrétiens d’Irak

La situation des chrétiens d’Irak est à nouveau revenue aux devants de l’actualité après le terrible attentat revendiqué par Al-Qaida dans la cathédrale syriaque catholique Notre-Dame du Perpétuel Secours, dans le centre de Bagdad. Au total, 46 civils, dont deux prêtres, et sept membres des forces de sécurité avaient péri dans cette attaque, menée le 31 octobre, l’une des plus violentes contre la communauté chrétienne d’Irak. Le 10 novembre, deux obus de mortier et dix bombes artisanales ont visé les domiciles de chrétiens dans différents quartiers de Bagdad faisant trois tués et 26 blessés.

L’appel des évêques irakiens a été relayé dans beaucoup d’églises à travers la France, en particulier à Sarreguemines dans les églises catholiques mais aussi à l’église protestante où une minute de silence a été observée. 5000 manifestants ont défilé dimanche 14 novembre à Paris, à l’appel d’associations assyrochaldéennes syriaques. Était en particulier présent Mgr Marc Stenger, président de Pax Christi-France.

Mais ces problèmes ne datent pas d’aujourd’hui. Dans la messe télévisée du dimanche des rameaux 2008, Mgr Marc Stenger avait déclaré « Lorsque nous pensons, pour cause d’actualité ou par volonté de solidarité, à nos frères d’Irak ou d’autres contrées de notre monde, ce sont des images de bombes qui tuent, de destruction, de violence, d’enlèvements, d’assassinats, de l’horreur infligée à la victime innocente chargées de surcroît du poids insupportable de nos capacités multipliées de détruire et de donner la mort, qui nous étreignent le cœur »

Cible récurrente d’attaques, la communauté chrétienne de Bagdad, qui comptait 450.000 fidèles en 2003, avant la chute de l’ex-président Saddam Hussein, n’en dénombre plus que 150.000, en raison d’un exode massif vers les pays voisins, l’Europe, l’Amérique du nord et l’Australie. A des degrés différents les 11 millions de chrétiens d’orient sont aussi touchés et poussés à partir en exil. La situation des réfugiés irakiens est l’une des pires au monde en termes de déplacement de populations, et la plus importante dans la région depuis 1948. Le nombre de réfugiés et de déplacés irakiens atteint aujourd’hui 4,7 millions de personnes et cette crise touche l’ensemble de la population, toutes origines et toutes religions confondues. Cette situation, bien qu’elle affecte les chrétiens, dépasse très largement cette communauté et concerne d’autres minorités.

Georges Heichelbech

Les Etats Généraux du Christianisme

Les premiers Etats généraux du christianisme ont réuni près de 5000 personnes et une centaine d’intervenants, tous de grands noms du débat intellectuel et de grands témoins de la vie spirituelle, autour d’une trentaine de débats avec pour socle commun, l’interrogation : « Notre époque a-t-elle besoin de Dieu? »

Débattre sans œillères, sans avoir peur des face-à-face tranchés, pour réaffirmer des convictions sur la société que nous voulons, sur notre espérance. Il y a urgence à se rencontrer, à échanger. Pour chaque débat, 1h30 et deux interlocuteurs, parmi les plus grands théologiens, artistes, intellectuels et personnalités de la société civile. Un temps pour exposer leurs expériences et leurs convictions puis pour débattre avec la salle.

Oui, tel était le défi que l’hebdomadaire La Vie s’était lancé et cela s’est passé à l’Université catholique de Lille. Si tellement de personnes s’étaient déplacées pendant 3 jours, du 23 au 25 septembre, cela traduit un véritable besoin de dialogue et ces journées ont montré que le dialogue était possible entre des personnes de sensibilité très différentes. Il ne m’est pas possible d’évoquer ici tous ces débats. Pour ceux qui ont la chance d’utiliser internet, ils pourront les réécouter et en voir certains sur le site de La vie.

 Quelle gageure de faire dialoguer Christine Pedotti, de la Conférence catholique des baptisés de France, et l’abbé Vincent Ribeton, supérieur en France de la Fraternité Saint Pierre, ou Guy Aurenche, président du CCFD et des amis de La Vie et Laurent Landete, modérateur de la communauté de l’Emmanuel. Quelle audace que d’aborder des sujets tels que « Parents homos, des parents comme les autres? », « Faut-il un nouveau concile ? », « Divan ou confessionnal? », « Un chrétien peut-il se mettre hors-la-loi ? » ou « Faut-il défendre l’Église à tout prix? » En fait certaines personnes tôt ou tard se posent l’une ou l’autre de ces questions. Mais trouveront-elles toujours un lieu et des personnes, surtout à l’intérieur de l’Eglise, où elles pourront échanger et partager leurs craintes et leurs espoirs ?

Vu le succès de ces journées, il est déjà prévu une nouvelle rencontre l’année prochaine. Si à travers ces journées a progressé l’idée que l’Eglise est aussi un lieu d’accueil, d’écoute et de partage, cela ne peut être que bénéfique. Et pourquoi pas envisager à une échelle plus petite une telle expérience au sein de notre communauté de paroisse ?

Georges Heichelbech

Sommes nous des passeurs d’espérance ?

En ce début d’année civile il est coutume de formuler des voeux; voeux de bonheur, de bonne santé, de réussite… Je souhaiterais que nous soyons des passeurs d’espérance. Cette qualité n’est pas réservée à certaines personnes. L’abbé Pierre, ce jeune de 90 ans écrit que l’espérance est une force de vie et que toute sa vie il a admiré la force d’espérance des plus pauvres. Ils ont plus que d’autres des raisons de plonger dans le désespoir,dit-il, et pourtant il les voit réagir. Les pauvres imaginent des solutions qui dépassent les projets les plus fous et l’abbé Pierre ajoute qu’on devient entièrement apte à l’espérance quand on est détaché de tout.L’espérance, c’est la prière, la parole nue, le serviteur inutile, l’apprentissage du oui, la guérison du mythe de l’efficacité, le sens du gratuit, l’inverse du principe économique qui vise à la proportionnalité entre investissement et résultats. L’espérance et l’exercice de l’espérance, c’est aussi se soutenir mutuellement. En d’autres termes, c’est prendre conscience que nous ne sommes pas capable, tout seul, de régler les problèmes.C’est avoir l’humilité d’accepter que nous avons besoin d’être soutenu par d’autres.On ne peut donner que ce que l’on a ou d’une façon plus précise, que ce que l’on est. Il est impossible d’être un passeur d’espérance si par notre comportement nous ne rayonnons pas une certaine espérance. Au lieu de voir un verre à moitié vide, voyons un verre à moitié plein. Ce n’est pas en étant morose, en nous lamentant parce qu’il n’y a pas assez de croyants convaincus ou que les personnes qui sont là, sont à nos yeux trop mollement engagées, que nous améliorerons la situation. Sans tomber dans le travers de la naïveté ou de l’autosatisfaction, reconnaissons néanmoins que dans notre monde et dans l’Eglise, il y pas mal d’actions positives et ce n’est pas parce que l’on ne peut pas tout faire qu’il ne faut rien faire. Sans vouloir être fatalistes, ne soyons pas trop impatiens non plus. On peut même encore aller plus loin en disant qu’aujourd’hui l’opposition entre optimisme et pessimisme est dépassée. Le problème ne se pose plus ainsi mais on devrait plutôt s’interroger si on est prêt à découvrir ceux qui oeuvrent pour que les hommes vivent plus humainement ou si on n’y est pas prêt. L’espérance n’est ni un trait de caractère, ni une doctrine, ni une force objectivement décelable. Elle est avant tout un choix, un regard tourné vers l’autre, un pas fait avec l’autre, simplement pour marcher ensemble afin que la vie soit plus humaine. Mais c’est à chacun de trouver son chemin. Il y a diversité de dons, mais c’est le même Esprit. A l’un est donné un message de sagesse, à l’autre un message de connaissance, selon le même Esprit. Et je pourrais ainsi reprendre tout un passage de la première lettre de Paul aux Corinthiens.Nous sommes souvent trop stressés ou inquiets, et à force de vouloir tout faire nous risquons de tomber dans le travers de l’activisme. Soyons cools. Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent point dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Et qui d’entre vous peut, par son inquiétude, prolonger tant soit peu son existence ? C’est l’Evangile de Mathieu, au chapitre 6Ce qui fait le plus perdre espoir aux croyants, c’est de considérer l’Eglise comme un but et non comme un moyen. Ne tombons pas dans le travers d’une Eglise convaincue être la seule et vraie, en dehors de laquelle il n’y a pas de salut et qui jusqu’à un passé pas trop lointain pensait que le but ultime était de faire rentrer tout le monde en son sein. Elle commence à comprendre que la mission ne peut plus se concevoir sans intégrer le dialogue comme un point de passage incontournable. Ce dialogue est pour l’Eglise le lieu d’apprentissage de sa manière d’être dans l’humanité. Soyons des serviteurs inutiles auxquels on dit que si leur foi était aussi grande qu’un grain de moutarde, ils arriveraient à transporter des montagnes. Si le grain de moutarde ne s’enfouit pas dans la terre, l’arbre ne peut pas pousser. Si le levain ne s’enfouit pas dans la pâte, celle-ci ne peut pas lever.Nous sommes les collaborateurs de Dieu mais nous ne sauverons pas la situation par nos seules oeuvres. Tout est grâce.En conclusion, notre plus grand message d’espérance, c’est que le péché et le mal n’auront pas le dernier mot. Christ a vaincu la mort et, comme le dit l’épître aux Romains, «si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection.». Je nous souhaite d’en être pleinement convaincus et tout le reste nous sera donné par surcroît. 

Georges Heichelbech

A Noël Dieu s’est fait proche de nous

Une des originalités du christianisme par rapport au judaïsme et par rapport à l’Islam, c’est que notre Dieu s’est incarné, il s’est fait homme. Il peut paraître invraisemblable que Dieu, unique et absolu, se soit abaissé en devenant homme mais il ne s’agit pas du Dieu autoritaire et isolé des philosophes mais du Dieu-Amour de la Révélation. Jésus a vécu comme un homme, il est né d’une mère humaine, il a grandi, il s’est réjoui, il a connu l’angoisse et la souffrance, il est mort finalement sur la croix, il a été pareil en nous en toutes choses, excepté le péché. La naissance du Christ est également empreinte de discrétion. Elle passe inaperçue des populations, et même des autorités religieuses pourtant précisément informées du lieu où elle devait survenir.

Seuls des bergers et de mystérieux mages orientaux en déchiffrent les signes : l’apparition d’un ange pour les premiers, une étoile pour les seconds. Ce qui n’empêche qu’à travers eux, les voisins et les lointains étrangers, les ignorants et les savants, l’événement est annoncé à toute l’humanité. La discrétion de cette naissance est aussi soulignée par l’humilité des circonstances : Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.

Bien qu’une part de merveilleux enveloppe ces récits de naissance qui bien sûr ne sont pas des récits historiques mais symboliques, le message de Noël est important pour la compréhension que nous nous faisons de Dieu. Il est vrai que nous ne pouvons en découvrir que des facettes. Chaque représentation n’est qu’imparfaite mais il y en a qui cadrent très peu avec le mystère de l’incarnation. C’est ainsi que les théologiens disent d’une façon savante que Jésus est à la fois homme et Dieu.

Un certain nombre pensent que Noël est la plus grande fête. Il n’en est rien. Le plus important est que Jésus est ressuscité. Et c’est à partir de là qu’on s’est posé la question « Mais d’où vient-il ? » Et ce ne sont que deux évangélistes, Luc et Mathieu qui en parlent et pas de la même façon et ce n’est pas ce qui a été écrit en premier. D’autres se représentent Dieu comme un super Louis XIV avec sa cour, son faste, son bling-bling. Mais par son fils Jésus, il ne s’est pas manifesté dans la cour des grands, ni dans le temple, ni même dans le milieu sacerdotal. Il est venu humblement parmi les bergers qui étaient des gens déconsidérés dans la société de l’époque et a d’abord été reconnu par des étrangers. Et cette attitude il l’a gardée tout au long de sa vie terrestre. Citons juste trois versets bibliques :

Mt 20:28  C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. 

Jn 13:14  Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres .

Lu 5:32  Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent. 

C’est ce Dieu qui est proche de nous, qui nous fait confiance et en lequel nous pouvons mettre toute notre confiance.

Georges Heichelbech