« Quand ils sont venus chercher les communistes… » par Martin Niemöller

« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.

Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

MARTIN NIEMÖLLER, DACHAU

arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen.
Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau.
Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.

Les Réseaux du Parvis, vous connaissez ?

Un réseau est un ensemble d’associations, qui tout en gardant chacune son identité, travaillent ensemble en se fixant des objectifs communs. Le Parvis dont il est question est celui de l’Eglise. C’est le lieu par lequel il faut passer quand on rentre dans l’Eglise ou qu’on en sort. C’est un lieu, extérieur au bâtiment de l’église, à partir du quel on peut regarder à l’intérieur de l’église, sans nécessairement y aller. Mais c’est aussi le lieu que l’on voit de l’intérieur de l’église quand on ouvre une fenêtre pour voir ce qui se passe au dehors. Mais pour être plus précis, donnons la parole à Cécile Entremont, ancienne présidente des Réseaux du Parvis. Cliquez ici

Elle parle de 50 associations. Pour voir leur liste cliquez ici Si vous voulez avoir plus de renseignements sur une association précise, il suffit de cliquer sur son intitulé

Les Réseaux éditent une revue intitulée « PARVIS »

Un numéro a été consacré au CCFD, avec, en particulier une interview de Guy Aurenche. « Humaniser le monde avec et par delà la religion » Cliquez ici  (si le texte est trop petit, vous pouvez l’agrandir en appuyant sur la touche Control et en faisant tourner la molette de votre souris)

Un autre numéro a parlé du thème de la subversion évangélique avec une interview d’Olivier Abel « L’Évangile au rythme des hommes La Parole demeure, les Églises passent ». Cliquez ici

Un numéro a aussi été consacré au problème du nucléaire, avec une interview de Jean Claude Guillebaud « Face au nucléaire, quel monde voulons-nous ? » Cliquez ici

Le prochain numéro traitera du thème « Croire aujourd’hui » Pour lire sa présentation détaillée cliquez ici

Il est possible de s’abonner à la revue en cliquant ici ou ici

Si vous voulez lire d’autres textes édités par les Réseaux du Parvis, cliquez ici

Si vous voulez consulter d’autres numéros, cliquez ici

Georges Heichelbech, coordinateur de Croyants en Liberté Moselle, membre des Réseaux du Parvis et en même temps trésorier des Réseaux du Parvis

L’Eglise catholique et la sexualité

Une conséquence indirecte de la prière du 15 août qui faisait allusion au mariage homosexuel est le fait de revenir à la façon dont l’Eglise catholique perçoit le problème de la sexualité. Et les échanges sur blogs, facebook et Twitter vont bon train. René Poujol, ancien rédacteur en chef du Pèlerin écrivit un premier article « La sexualité Et Dieu vit que cela était bon »  pour dire que le langage actuel de l’Eglise n’était plus écouté par grand monde, avec la phrase choc « Avoir conduit des générations à se détourner de Dieu pour des questions de braguette… là est le véritable scandale. ». Beaucoup de réactions. En particulier celle de Nathalia Trouiller, « Sexe, et si l’Eglise avait tout compris », qui est un merveilleux témoignage montrant le bien fondé de la position de l’Eglise (catholique) sur la sexualité qu’elle vit d’une façon tout à fait épanouie. Il n’en fallait pas plus pour que sur la page Facebook de René Poujol la discussion s’enflamme, souvent avec des positions très tranchées, en faveur ou contre l’un des deux points de vue. En analysant avec du recul certaines réactions on constate qu’il y en a encore qui sont loin de réaliser que ce type de problème peut être discuté entre chrétiens à l’intérieur de l’Eglise. Combien de fois ne lit-on pas, même si cela est exprimé autrement, qu’il n’y a pas de discussion possible. L’Eglise a donné officiellement son point de vue et en bon chrétien, ce point de vue n’est pas à remettre en cause. Certains, d’une façon un peu simpliste vont jusqu’à affirmer que si on n’adopte pas ce point de vue, on n’est pas catholique. Et d’autres, d’une façon un peu plus agressive vous disent carrément que si cela ne vous plait pas, vous n’avez qu’à quitter l’Eglise. Et cela conduit à un dialogue de sourds. Il n’y a pas très longtemps, sur un autre sujet, je me suis fait traiter d’illuminé qui sait mieux les choses que l’Eglise. Mais on ne se rend pas compte que l’on se transforme en secte de purs et de durs et que l’on se coupe de la majorité des personnes qui ne se laissent plus diriger par des oukases. Où est la liberté de conscience et le message libérateur de l’Evangile ?

René Poujol a écrit un second article pour répondre à celui de Nathalia Trouiller : « Lettre ouverte à une « fidèle » de la morale sexuelle catholique », qui poursuit la réflexion. Puis vient la réponse à la réponse de Nathalia Trouiller : http://www.nystagmus.me/article-eloge-de-la-non-communion-une-seconde-reponse-a-rene-poujol-109461722.html  Souhaitons que ces échanges fassent évoluer les mentalités et prendre conscience qu’il est possible d’affirmer son identité sans nier celle de l’autre

La prière du 15 août fait polémique

Il est toujours délicat de réagir à chaud sur un sujet qui soulève les passions et où il est difficile d’avoir une position objective. Chacun a son analyse propre mais ceci n’empêche qu’il est possible de consulter des documents divers même si on n’est pas d’accord avec tout ce qui y est dit pour essayer de comprendre le pourquoi de ces différentes réactions.

Commençons par le texte lui-même. Quoi que l’on s’en défende, cette initiative est essentiellement motivée par le fait qu’on va statuer sur le mariage homosexuel où la hiérarchie de l’Eglise catholique est contre. Elle a déjà une vision qui est au minimum très négative sur l’homosexualité, alors que ce problème existe en son sein mais qu’elle préfère l’occulter et qu’elle a décrété en 2005 qu’un homosexuel ne peut pas être ordonné prêtre. Alors comment voulez vous qu’elle puisse avoir une approche plus positive sur le mariage homosexuel. On peut lire sous les plumes de Jean Rigal ou de Patrick Royannais des analyses qui marquent un effort évident d’ouverture. Il ne s’agit pas de les écarter d’un revers de main. Elles méritent notre réflexion. N’ayons pas le complexe d’être traités de conservateurs parce qu’on n’accueille pas à bras ouverts, sans réserve, toutes les nouveautés qui sont proposées.

Tout est orchestré à partir du sommet avec les fameux « principes non négociables » de Benoît XVI de 2006 où on faisait allusion aux élections en Italie. Mais ceci a été repris en France pour les élections présidentielles et législatives. D’ailleurs un certains nombre d’évêques, en termes à peine voilés, encourageaient leurs fidèles à voter pour la droite et une étude statistique montre que 80% des catholiques pratiquants auraient voté pour Sarkozy au 2e tour des élections présidentielles  Mais le hic pour l’Eglise catholique, c’est que Sarkozy n’a pas gagné. Un récent sondage montre que 65% des français et 45 % des catholiques pratiquants sont favorables au mariage homosexuel et que la droite elle-même est divisée sur le sujet. De toute façon la loi sera votée, comme l’a été celle sur la pilule ou celle sur l’avortement. Lisons à ce sujet l’analyse de Jean Louis Schlegel

Mais revenons à la prière du 15 août et analysons le pourquoi de tant de critiques négatives. D’abord, il ne s’agit pas de botter en touche comme le fait le cardinal Barbarin ou d’autres occultant la véritable raison de cette initiative. Cela montre aussi que l’Eglise catholique ne fonctionne pas d’une façon satisfaisante. Le cardinal Vingt Trois ne peut pas imposer aux croyants ce qu’ils doivent prier, surtout que beaucoup ne sont pas d’accord avec l’objectif visé. D’ailleurs toutes les paroisses n’ont pas suivi ces consignes. Lisons l’analyse d’Anne Soupa. Mais lisons aussi la réaction de Marie-Anne Jehl, au nom de Jonas Alsace et des Réseaux du Parvis. Pour terminer (provisoirement) cette analyse, donnons la parole à Jacques Fraissignes, prêtre-ouvrier, membre de David et Jonathan.

Je complète mon texte par un nouvel article de réflexion paru sur le site de Garrigues et Sentiers La prière du 15 août, prière de combat ?

L’année de la foi et la nouvelle évangélisation

Le but de cet article est d’expliquer mes plus grandes réserves, pour ne pas dire plus, sur la façon dont est envisagé la célébration de l’année de la foi et la nouvelle évangélisation par l’Eglise catholique

Il faut partir du document  « Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à propos de l’Année de la Foi »

Une critique « soft » de ce document se trouve sur un blog du Figaro (l’auteur n’est donc pas un gauchiste)

http://blog.lefigaro.fr/religioblog/2011/10/benoit-xvi-met-le-cap.html

Avec mon sens de la diplomatie, j’en ai fait une critique un peu plus musclée

http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2012/01/10/pour-l%E2%80%99annee-de-la-foi-rome-annonce-la-couleur/

Dans cet article j’ai surtout cité des extraits du document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, laissant deviner au lecteur pourquoi j’avais choisi ces extraits. Mais dans ce nouvel article mettons  les points sur les i.

D’abord Benoît XVI veut faire passer l’idée que Vatican II ne se situe pas en rupture, mais dans la continuité de ce qu’il y avait avant Vatican II. Comme le rôle dévolu aux évêques est de jouer au perroquet du pape, cette version est devenue la version officielle de l’idéologie du parti. Et le brave peuple, dans sa grande majorité ignare des textes et de ce qui s’est passé à Vatican II, ignare aussi de la manière dont cela se passait avant Vatican II, est incapable d’avoir une opinion sur la question et a tort de s’en remettre à l’opinion de son curé, ou alors cela le laisse indifférent ou il se dit « Cause toujours, de toute façon je pense ce que je veux ». Personnellement j’ai mis les pieds dans le plat avec l’article

http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2012/05/25/je-persiste-et-je-signe-vatican-ii-se-situe-dans-la-discontinuite-et-la-rupture-par-rapport-a-ce-qui-a-precede/

Deuxième critique : on met surtout l’accent sur le piétisme, la dévotion populaire et le culte de la personnalité du pape

 Il faut favoriser les pèlerinages mariaux. Je suis désolé, mais ceci n’est de loin pas le centre de la foi

Il faut favoriser les dévotions pieuses : adoration du Saint Sacrement. Et là je constate (mais pas de visu parce que je refuse d’y participer) qu’il y a quelques années,  pour la fête Dieu, on se contentait de tourner autour de l’Eglise et maintenant on se promène dans le quartier (et une partie des participants sont scandalisés parce que les musulmans prient dans la rue)

On voudrait remettre à l’honneur la confession alors que tout le monde sait que c’est devenu un fiasco. En interdisant les célébrations avec absolution collective, on pensait que les gens allaient revenir au confessionnal. Certes, il y a une toute petite minorité, mais la plupart ne vont plus nulle part. Il y a 20 ans j’avais déjà dit cela à notre évêque.

Il y a de plus en plus tendance à passer de la foi à la religion. On voudrait à nouveau remettre plus à l’honneur le sacré qui, dans une certaine conception est plus une notion païenne qu’une notion évangélique

http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2011/01/06/foi-et-religion/

La foi n’est pas avant tout « croire à un certain nombre de vérités » Elle se situe dans la réponse de l’homme à l’initiative de Dieu. Ce qui signifie que la Bible est beaucoup plus importante que le catéchisme universel. Et pour les jeunes on y a ajouté son acolyte le Youcat

http://www.baptises.fr/?p=3817

http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2011/09/02/le-youcat-tout-nest-pas-parole-devangile/

Je ne vois pas l’intérêt de faire un pèlerinage à Rome parce que le pape y est, ni l’intérêt de lire plus particulièrement ses écrits plutôt que d’autres. Il s’agit là d’une invitation au culte de la personnalité qui n’a aucun rapport avec la foi.

 Pour terminer, je citerai un extrait de la conférence qu’Alice Gombault a faite à Sarreguemines : « Les papes, Jean-Paul II dès le début de son pontificat, relayé aujourd’hui par Benoît XVI, nous invitent à ne pas avoir peur. Mais comment accorder quelque crédit à une telle injonction ? Leur conduite de l’Eglise manifeste qu’ils ont peur. Peur du monde contemporain, relativiste, sécularisé ; peur des femmes, ( combien de textes pour les exclure des ministères ?) qui est finalement une peur de la sexualité et du plaisir (combien de normes édictées pour canaliser la sexualité au risque de propager le SIDA ?) ; peur des théologiens dont la pensée est libre (combien d’exclusions et d’interdiction d’enseigner ?) ; peur des évêques qui ne chantent pas avec le choeur (Gaillot, Morris) ; peur du scandale (d’où le silence sur les actes coupables des prêtres pédophiles jusqu’à récemment) ; peur des responsables pastoraux laïcs (s’ils font trop bien leur travail, les prêtres se sentiront inutiles) ; peur de perdre le pouvoir sacré d’où une sacralisation des actes du culte ( sans parler de la pompe des cérémonies romaines , j’évoquerai ce qui se développe à nouveau dans nos liturgies dominicales (agenouillements, saluts, communion dans la bouche…) et un encouragement aux pratiques de piété populaire (processions, culte des reliques, adoration du St Sacrement, retour des rogations….)) ».

A propos de la nouvelle évangélisation, il est possible de lire le résumé et l’analyse critique d’Antoine Sondag de l’instrumentum laboris

Un catéchisme au goût de liberté

Dans la note avec indications pastorales pour l’Année de la foi, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi parle 18 fois du Catéchisme de l’Eglise catholique, un vrai matraquage. Par contre il est question seulement 2 fois de la Parole de Dieu et aucune mention de la lecture de la Bible. Or la foi n’est pas avant tout « croire à un certain nombre de vérités » Elle se situe dans la réponse de l’homme à l’initiative de Dieu. Ce qui signifie que la Bible est beaucoup plus importante que le catéchisme universel. Cependant un catéchisme pourrait avoir un tout autre rôle que d’asséner un ensemble de vérités. Avec les avancées de la modernité, les vérités transmises, prescrites, ne s’imposent plus. Il s’agit moins d’être conforme que d’être authentique. C’est dans cet état d’esprit que Jacques Gaillot et Alice Gombault ont écrit « Un catéchisme au goût de liberté ». Il y a une centaine de petits chapitres, tous évocateurs de sens, porteurs de vie et ouverts à l’avenir. Je vous propose celui qui est intitulé « S’ouvrir à la tolérance »

La tolérance est une valeur en progrès Elle est plébiscitée et jugée indispensable pour le vivre ensemble. Près de 80 % des personnes interrogées dans les sondages disent leur accord avec la proposition suivante : respecter les autres quelles que soient leurs origines.

Ce qui n’empêche pas que nous puissions nous montrer intolérants. Nous nous heurtons aussi à des gens intolérants qui, tout en affichant une attitude dure et intransigeante, révèlent en même temps une grande fragilité : la fragilité de celui qui se voit condamné à l’inexistence s’il permet à l’autre d’être lui-même. Il s’enferme en effet dans une logique exclusive : ou lui ou moi, mais pas les deux. On s’en rend compte quand on aborde des sujets qui fâchent, comme la présence des étrangers, la guerre, la peine de mort… Il s’agit d’une différence de valeurs et surtout d’une autre image du monde, incompatible avec la mienne.

L’image du monde que chacun se forge s’élabore au sein d’une culture, au gré des expériences personnelles et collectives. Elle donne sens et cohérence au monde dans lequel on vit. On n’est pas loin d’y voir la vérité du monde, car bien souvent on prend l’image du monde pour la réalité du monde. Quand Christophe Colomb a découvert l’Amérique, il allait de soi que, pour lui, la civilisation qu’il représentait était supérieure aux autres, et que l’homme blanc était fait pour dominer les hommes noirs.

Lorsque des idéologies, notamment les idéologies religieuses, viennent confirmer, « absolutiser », voire sacraliser, cette image du monde, celle-ci prend une objectivité qui la rend évidente. Comment remettre en cause ce qui est évident. L’autre, qui apporte un point de vue différent, ne peut être que dans l’erreur.

Soit il accepte de se plier à la vision commune, soit il disparaît, sa présence constituant une menace pour la cohérence individuelle et collective. On voit là l’origine de l’esprit de croisade, des conversions forcées, des intégrismes et des génocides. Même si l’opinion publique perçoit mieux ce qu’il y a d’inacceptable dans l’intolérance, la fragilité identitaire reste toujours à l’œuvre pour imposer sa façon de voir, ses coutumes, sa religion, son Dieu.

Cependant, les brassages de population ne cessent de s’intensifier et font vivre dans un pluralisme culturel et religieux qui rend caducs les replis identitaires. Une autre attitude est possible : être tolérant.

La tolérance n’est pas le règne de l’indifférence ni celui du laisser-faire. Elle est la capacité de s’enrichir de la différence d’autrui. Elle est accueil et respect des convictions de l’autre. Elle peut devenir émerveillement devant une image du monde qui révèle, autrement que la mienne, la multiplicité des facettes de la réalité. Elle élargit la représentation étriquée que je m’étais faite de Dieu. Sa logique est inclusive : lui et moi. Il n’y a plus de concurrence et de logique pouvant aboutir à l’extermination, mais convivialité, enrichissement et transformation mutuelle. Nous avons le sentiment d’appartenir à la même humanité.

C’est est au nom de la tolérance que les régimes démocratiques ont introduit le principe de la laïcité, garante des chances égales données à chacun. La laïcité empêche, par exemple, une idéologie religieuse de s’imposer au détriment des autres, de se livrer à des brimades ou autres pressions partisanes. En même temps, elle favorise l’épanouissement spirituel de chacun.

La tolérance est une attitude cohérente avec la foi chrétienne, qui n’est pas possession de la vérité, mais quête de celle-ci, qui n’est pas installation dans un donné révélé, mais ouverture à l’infini de Dieu.

La Constitution dogmatique sur la Révélation divine, « Dei Verbum »

Voici un article que je propose pour le  SarrEglise.com, journal paroissial de la communauté de paroisses de Sarreguemines, pour le mois de septembre

Le Concile Vatican II a produit 16 documents dont 4 constitutions dogmatiques. L’une d’elles a pour titre Dei Verbum et traite de la Révélation divine. C’est la plus courte puisqu’elle ne comporte qu’une dizaine de pages. Elle est constituée d’un préambule et de 6 chapitres composés de 26 paragraphes

1. La Révélation elle-même

2. La transmission de la Révélation divine

3. L’inspiration de la Sainte Ecriture et son interprétation

4. L’Ancien Testament

5. Le Nouveau Testament

6. La Sainte Ecriture dans la vie de l’Eglise.

« Trois facteurs ont contribué à l’élaboration d’une Constitution sur la Révélation. Le premier relève d’une nouvelle compréhension du phénomène de la Tradition qui, pour diverses raisons, s’est peu à peu élaborée à partir du siècle dernier. Le deuxième facteur déterminant pour la rédaction de cette Constitution est lié à l’application de la méthode historico-critique en exégèse et aux répercussions théologiques de cette pratique. Le troisième facteur décisif est le plus positif : il est en rapport avec le mouvement biblique qui, depuis le début du siècle, n’a cessé de prendre de l’ampleur, suscitant dans une large portion du monde catholique une attitude nouvelle à l’égard de l’Écriture Sainte, et par là même une meilleure connaissance et un recours toujours plus résolu à ses enseignements dans les domaines de la théologie et de la piété. Le texte porte bien évidemment les traces de son élaboration difficile : il est, manifestement, le résultat de multiples compromis» Voilà ce qu’écrivait le théologien Joseph Ratzinger en 1967.

Un texte avait été préparé avant le Concile et on pensait qu’il serait entériné tel quel. Mais il a été refusé par la majorité des Pères conciliaires parce qu’il partait de l’ancien schéma des 2 sources de la Révélation, à savoir l’Ecriture et la Tradition. Cette conception a été modifiée en affirmant qu’il y a une seule source de la Révélation mais que la prédication de l’Evangile nous parvient par le double canal de l’Ecriture et de la Tradition. En remettant l’acte de la Révélation de Dieu en premier, les Pères conciliaires situent la foi dans la réponse de l’homme à l’initiative de Dieu et non dans un ensemble de « vérités à croire ». Le texte place vraiment l’Eglise « sous la Parole de Dieu »

Mais l’apport le plus spectaculaire de Dei Verbum est l’approche radicalement différente de la lecture de la Bible. On va jusqu’à affirmer, en se référant à St Jérôme, que « l’ignorance de l’Ecriture, c’est l’ignorance du Christ ». La Bible est recommandée pour la prière, qui doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Ecriture pour que s’établisse le dialogue entre Dieu et l’homme. Depuis Vatican II, elle tient une place de choix dans la liturgie, la catéchèse, la prière et les groupes bibliques. La prédication est clairement devenue une homélie portant sur les textes du lectionnaire. Ce dernier prévoit dans un cycle de 3 ans la lecture d’un maximum de textes bibliques, aussi bien de l’Ancien que du Nouveau Testament. A une catéchèse par questions/réponses succéda une catéchèse nourrie de la Bible. La prière est devenue plus biblique qu’elle ne l’était avant le Concile en mettant en particulier, mais pas uniquement, l’accent sur les Psaumes. Des instruments grand public y contribuent de façon notable, par exemple la revue « Prions en Eglise » ou la revue « Magnificat ». Les groupes bibliques se multiplient. Il suffit de penser à la lecture suivie de Marc, de Luc ou des Actes des Apôtres. Des efforts de formation sont faits pour déceler les genres littéraires des textes bibliques et éviter ainsi une lecture fondamentaliste. Ceci favorise ainsi des rencontres œcuméniques. Le magistère lui-même n’est pas au dessus de la Parole de Dieu, mais il la sert, « n’enseignant que ce qui fut transmis ». Certes sa charge est d’interpréter la Parole de Dieu, mais il n’en est pas propriétaire, pas plus que l’Eglise catholique ou toute autre Eglise.

En faisant le bilan de tous ces changements on peut dire qu’il s’agit là d’une vraie rupture avec l’approche d’avant Vatican II.

Questions de mœurs : quelle attitude politique de la part des catholiques ?

Face aux projets du gouvernement sur le mariage homosexuel, sur l’adoption par les couples homosexuels et sur l’euthanasie en fin de vie, nous sommes tentés de réagir, comme catholiques (ou comme « chrétiens », mais je ne veux pas parler pour les protestants), avant tout en affirmant des convictions morales et religieuses (voire évangéliques), ou encore anthropologiques, mais nous peinons à définir une attitude politique. Il faudrait pourtant essayer d’aborder sans détours la question : que ferons-nous, catholiques, et que devrait faire l’Eglise, le jour, proche, où ces questions passeront au Parlement ? Un texte de Jean-Louis Schlegel, sociologue des religions.

A priori, ces projets seront votés par la gauche archi-majoritaire et unanimement d’accord, semble-t-il, pour ce « progrès », cette « avancée » – puisque c’est présenté ainsi (et qu’on va finir par le croire, comme le croit, semble-t-il, la majorité de l’opinion publique). Une partie des députés de droite (R. Bachelot, par exemple) ou du Centre radical risquent d’ailleurs de rejoindre la gauche. On peut penser aussi que pour la discussion de ces projets, le gouvernement choisira le moment politique le plus opportun pour lui.

Comme tout le monde, je constate cependant que sur la fin de vie, le président de la République n’aime pas le mot « euthanasie » ; même s’il pense qu’il faut améliorer encore la loi Léonetti, j’ai l’impression que pour sa part, il s’en serait volontiers tenu à cette loi. J’ai tendance à lui faire crédit d’une réserve ou d’une prudence sincères, mais c’était une promesse de campagne, et il a les mains liées.

Il souhaite donc au moins un débat sur ce point. J’ignore ses convictions sur les deux autres projets. Mais en tout état de cause, c’est politiquement « cuit ». Il faudrait donc plutôt se placer dans cette perspective. Que dire, que faire concrètement le jour où ces projets seront discutés ?

La situation risque d’être comparable à celle de 1974 pour l’IVG et de 1998 pour le PACS…

Pour nous, catholiques, peu importent ce que chacun pense en conscience de chacun des trois projets, et les belles tribunes que nous ne manquerons pas de lire et auxquelles chacun de nous pourra tenter de participer… Non pas que cela soit inutile : j’ai personnellement beaucoup appris, et j’apprends toujours, des réflexions et des controverses créées par les un(e)s et les autres.

Mais elles m’éclairent d’autant moins sur une attitude pratique à tenir que beaucoup se disent finalement incertain(e)s sur le fond et sur la position à adopter – d’ailleurs différentes selon les trois questions discutées. Or nous allons nous trouver dans une situation absolument semblable à celle qui a prévalu en 1974 pour l’IVG et en 1998 avec le PACS : une ou des lois seront votées qui vont de toute façon s’imposer et entrer tranquillement dans les institutions et les mœurs, comme « une liberté des modernes », liberté dont le propre est, avec l’appui de la science comme toujours, d’aller jusqu’au bout du bout de sa logique (la science résiste toujours à ne pas faire tout ce qu’elle est capable de faire : je suis presque certain que le clonage arrivera sur le tapis un jour, ainsi que le choix possible du sexe de l’enfant, etc.). Restera le souvenir d’une Eglise toujours opposante, qui s’en trouvera encore un peu plus déconsidérée et marginalisée.

Peut-être tout cela est-il un énorme mensonge…

Certes, sur le fond, tout cela – toutes ces « avancées du progrès » – est peut être un gros, un énorme mensonge malgré tout, par rapport à tout ce qui reste de nature en nous, gens de culture de plus en plus artificialisés, et aussi par rapport à tout ce qui nous a été révélé dans la sagesse simple et dynamique des Ecritures sur le sexe, la souffrance et la mort.

Peut-être qu’il y des catastrophes qui se préparent (« la liberté absolue ou la Terreur », disait le vieux Hegel dans la Phénoménologie de l’Esprit) ; peut-être en particulier que tous ces enfants qui vont naître d’un parole mutuelle (on l’espère) et peut-être d’« une seule chair », mais quand même en passant par l’écran de la science et de la technologie et d’une manipulation externe, et qui seront confrontés à une « parentalité » aux figures multiples et incertaines, auront-ils un problème colossal avec leur origine (c’est surtout ce dernier point qui me gêne : je croyais que Sigmund, Lacan et Dolto avaient tout dit là-dessus, et que ce qu’on m’avait enseigné sur l’envahissement mortel, instrumental, des techno-sciences dans notre univers naturel était un grand malheur pour notre monde vécu…, mais j’apprends que je me trompais grossièrement et je n’étais qu’un « phobe »).

… ou peut-être cela sera-t-il sans grande conséquence

Mais peut-être n’y aura-t-il rien du tout, pas ou peu de conséquences tangibles, c’est-à-dire : ce ne sera pas pire qu’aujourd’hui, où nous sommes déjà envahis par tant de techniques qui ont transformé notre vie, et peut-être que la société démocratique et l’Etat providence seront (apparemment) toujours assez forts pour surmonter ou absorber tout ça, ces petits malaises et ces dépressions dans nos civilisations qui résultent de nos inventions.

Personnellement, je suis tenté de penser que le « modernisme » agressif de certains socialistes en matière morale et en permissions données aux individus contribue à démoraliser la société, à lui faire perdre toute orientation aussi en d’autres domaines que les trois sujets concernés – mais en réalité, il faut bien reconnaître que l’éclatement de la « famille » par exemple (alors que « la » famille est en théorie valorisée plus que tout, selon les sondages sur ce qui a valeur !) a déjà atteint de telles dimensions, avec le taux des divorces et le nombre de familles monoparentales, qu’on se demande bien ce qui pourrait encore déstabiliser davantage une situation familiale détériorée (et le statut du mariage en même temps, en tant qu’union d’un homme et d’une femme).

La dégradation de la structure familiale appartient déjà au passé

C’est même la situation catastrophique de la famille nucléaire traditionnelle (un père, une mère, un ou deux enfants) qui permet aux gays de se présenter comme une alternative plus favorable aux enfants que la situation présente… En tout cas, un ami philosophe que j’estime est plus horrifié par la violence faite aux enfants par les divorces démultipliés que par les nouvelles lois en préparation, qui ne l’inquiètent pas du tout. On le voit bien : le point de départ de sa réflexion est la dégradation déjà réalisée du « bloc de l’intime », du début à la fin de la vie. A partir de là, on cherche pragmatiquement des solutions, sans se donner une définition préalable, anthropologique, de l’homme et des rôles différents tenus en principe par les sexes – rôles qui sont déjà très ébranlés.

L’Eglise : instance légitime ou réactionnaire ?

L’Eglise voit et prêche plutôt la catastrophe annoncée (la « civilisation de mort » de notre cher Jean-Paul II), mais il faut bien le dire : ces prophéties de malheur sont assez éloignées de la réalité vécue. Sont-elles bibliques ou évangéliques ? C’est à voir. La catastrophe pour les gens est plutôt dans l’économie, dans le fait d’être inquiet pour leur avenir matériel et leur vie quotidienne. Et chacun veut avoir sa part de bonheur privé, éviter les souffrances – dont les pires sont celles que la « nature », encore elle, leur aurait assignées au point de départ. Out la fatalité et la résignation ! On n’en veut plus, et tous les moyens sont bons pour en sortir (cf. les mères porteuses : on en parle quand déjà ?).

De toute façon, vie privée ou vie publique, l’Eglise est dans l’opposition impuissante, faute d’avoir encore le moindre levier pour influencer les décisions et imposer ses normes. Je crois aussi que depuis 1969 au moins, sinon avant, son opposition à tout, en ces domaines de la vie humaine du début à sa fin, l’a déconsidérée : elle apparaît moins comme une instance légitime avec qui il est intéressant de discuter qu’une institution réactionnaire qu’il faut combattre. Mais quand on dit « l’Eglise » ici, de qui parle-t-on ? Des derniers papes qui ont pris cette orientation rigoriste (et qui sont moins compréhensifs pour les « avancées scientifiques » que Pie XII !) ?

Pas sûr que les cathos soient si ulcérés que ça par le mariage homosexuel…

Dans le bocal catho, seuls s’agitent les « tradis » et les intégristes sur le créneau de la morale privée et contre des lois qui permettent des « avancées ». Que représentent-ils réellement, si on fait abstraction de leur activisme traditionnel, si l’on peut dire, et de l’héritage maurrassien qui semble reprendre chez certains, les plus activistes, un peu de poil de la bête et l’habitude du coup de poing ? Rappelons ce que le très sérieux Jérôme Fourquet, de l’IFOP, dit de la masse des catholiques pratiquants (14% en rassemblant large) : ils privilégient les politiques gouvernementales en matière d’école libre (« privée », pour ceux qui préfèrent) et les politiques de soutien à la famille. Seuls les militants (tradis) s’occupent activement des questions qui font mal, les uns par conviction profonde et sincère fidélité aux enseignements des papes et à l’Eglise, les autres par pure opposition politique, et pour tirer les marrons du feu d’une situation qu’ils croient favorable pour eux.

Est-ce que les catholiques ordinaires seront ulcérés si les homos fondent eux aussi des « familles », avec des avantages similaires ? J’en doute. Est-ce qu’une loi sur la fin de vie et l’euthanasie les inquiètera ? Non, ils pensent qu’ils ne seront pas concernés, eux, le moment venu, parce qu’ils ont une autre conception de la fin de vie et de l’accompagnement des mourants. Est-ce que le mariage homosexuel les gênera ? Probablement pas : il suffit d’aimer, n’est-ce pas (c’est comme au début de la cohabitation juvénile dans les années 70 : « s’ils s’aiment, qu’est-ce qu’on peut leur reprocher ? », disaient les grands-mères). Si on avait encore des doutes, d’innombrables télés, films, livres, etc. se chargent de nous montrer la franche (et même parfois franchouillarde) et saine normalité homosexuelle…

Tout ça fait-il partie de l’avachissement général, de la société molle, dénuée de valeurs et de repères, qui crée ses replis et ses niches identitaires par ailleurs ? Peut-être, mais ce genre de procès n’aboutit pas à grand-chose tant qu’on n’arrive pas à formuler mieux ce qui ne va pas et ce qu’il faudrait changer ou empêcher. Plus juste me semble être la multiplication des « droits-créance », soulignée par Jean-Pierre Rosa, c’est-à-dire des droits qui en fin de compte ne peuvent être honorés, ou qui ne peuvent remplir leurs promesses.

La souffrance a-t-rlle le moindre sens en dehors de la foi ?

En fait, à mon avis, ceux qui promeuvent ces nouvelles lois « qui permettent » veulent surtout qu’elles existent, au nom de l’égalité pour les unes, et pour d’autres au nom de la suppression de la souffrance – un des « programmes » qui meut en permanence la science moderne et les espoirs qu’on place en elle. Mais, de fait, la souffrance a-t-elle encore le moindre sens en dehors de la foi – et en particulier de la croix du Christ ? Mais même là : en quoi les théologiens nous aident-ils à comprendre aujourd’hui (et pour aujourd’hui, je veux dire : pour en parler intelligemment) le sens de la croix ? Il se peut qu’il y ait des choses (pardon pour mon ignorance !), mais je n’ai pas lu ni vu grand-chose récemment sur le thème de la « rédemption ».

Au final, ces lois, à mon sens, concerneront peu de monde – sauf peut-être celle de l’adoption généralisée à tous les couples en tous genres. Même si des homosexuels désirent donner sens à leur amour et leur fidélité en se mariant à la mairie – par un acte public donc –, j’ai tendance à penser que la majorité – et en tout cas l’aile la plus bruyante en faveur d’une loi – n’a aucune envie de se marier. De même, je ne suis pas tellement inquiet sur le nombre de demandes de « suicides assistés ». On veut que la possibilité existe, pour se rassurer peut-être. C’est tout, même si ce n’est pas peu.

L’Eglise devrait dire intelligemment ce qu’elle a à dire

Je sais : la quantité n’est pas tout, ce n’est pas l’argument solide qu’on peut avancer contre les principes. De même pour d’autres arguments d’opportunité. Néanmoins, à l’inverse, s’en tenir aux principes revient toujours au même axiome, qu’avait déjà énoncé Charles Péguy : on a les mains pures, mais il n’y a plus de mains… Personnellement, j’ai tendance à penser que lors des débats à venir, l’Eglise devrait surtout dire intelligemment ce qu’elle a envie de dire – plus intelligemment qu’elle ne le fait, avec plus d’intelligence des situations –, mais sans en faire un cas de guerre et quitte à être (encore une fois) déconsidérée par les uns et par les autres et à mener un combat d’arrière-garde de plus.

Elle devrait laisser à d’autres les arguments apocalyptiques. Elle devrait laisser les gouvernements prendre leurs responsabilités et éviter de vouloir faire de la prophylaxie sociale – une société « propre » selon ses vœux – y compris en matière symbolique : ce temps est fini.

Si elle arrivait à poser question à quelques-uns, des questions qui seraient reçues comme légitimes et non tournées en dérision, ce serait déjà très bien. Mais ça supposerait aussi des réformes intérieures qu’elle ne semble pas prête à faire, déjà sur le rôle des hommes et des femmes dans l’Eglise et l’exercice des pouvoirs « sacrés ». Cela supposerait aussi qu’elle fasse plus d’efforts concrets pour parler déjà aux siens et les convaincre de la justesse de ses positions, et que nous soyons tout compte fait heureux voire fiers d’être catholiques. Qu’elle indique des voies pour faire le Bien dans la Cité politique plutôt que de constamment condamner le Mal qui s’y passe.

De toute façon, l’Eglise catholique fait trop de papiers sur tout : un peu de jeûne là-dessus, et un peu plus d’exercices pratiques positifs, ferait du bien. Mais un vrai « grand papier » de réflexion, qui inclurait l’essentiel des questions posées et des positions exprimées par tous les catholiques, aurait peut-être, en l’occurrence, du sens et serait éclairant.

Une attitude unilatérale d’opposition n’a aucun sens

Ce que nous (nous l’Eglise) n’arrivons pas à concevoir, c’est que ce monde et sa politique se fasse sans nous, comme si nous étions encore et toujours un tiers parti qui pourrait influer, en soi et de soi (simplement du fait que nous sommes la religion du pays, par une légitimité purement historique et indiscutée), sur les décisions, sur la culture, sur le droit, sur la loi, etc., alors que ce temps est déjà derrière nous. Il n’est plus possible d’imposer sa parole qu’en passant par les canaux de légitimation modernes : l’élection, les décisions justes, l’action reconnue légitime dans une place qu’il faut créer, trouver, imposer d’une certaine manière…

La « déférence » qui continue certes en faveur de l’Eglise dans certains milieux n’a souvent pas grand chose à voir avec la légitimité : c’est ou de l’héritage historique ou de la bienséance, ou, comme on le voit de-ci de-là, à droite, un « maurrassisme » culturel qui garde l’Eglise comme pilier moral et surtout esthétique dans une société laide moralement et branchée sur l’art comme elle ne l’a jamais été, comme un mort-de-soif… La seule façon juste de se poser serait d’avoir des élus politiques chrétiens, mais pour les problèmes en discussion, ce ne serait pas une garantie, parce qu’ils sont des élus du peuple et non des délégués de l’Eglise, et qu’ils ont aussi une conscience morale pour décider de ce qu’ils ont à faire et de ce qui est juste ou non.

Mais de toute façon on ne peut pas attendre qu’il y en ait beaucoup dans l’avenir proche… J’en déduis que c’est plutôt la position de l’Eglise, qui voudrait encore influer sur les décisions, qui devrait se repenser sur ces questions et sur d’autres. Elle n’a pas à faire profil bas pour autant, mais la position unilatérale d’opposition (attendue) n’a aucun sens.

Ma position est que les chrétiens peuvent être éclairés par leurs Eglises, mais qu’ils et elles ne peuvent plus imposer la loi politique et compter sur elles pour soutenir leurs positions éthiques (et s’ils sont d’accord avec les lois « qui permettent », tant mieux ou tant pis pour eux !). C’est une conséquence de la sécularisation radicale que nous avons vécue ces trente dernières années : plus de « théologico-politique » possible, sauf pour les intégristes et les fondamentalistes, qui en donnent l’image la pire !

Tout faire pour éviter une sorte de marginalisation

Je ne dis pas que c’est bien, j’aurais plutôt tendance à penser le contraire. Mais c’est un fait que nous en sommes là. Certains, que je connais et qui ne sont pas des intégristes du tout ni des tradis, ont voté contre Hollande à cause de ses trois projets. Ils ont à la fois raison et tort : raison, parce qu’en démocratie on a le droit de s’opposer en globalisant une question particulière, et qu’ils ont pris leurs responsabilités pour empêcher quelque chose dont ils ne voulaient pas. Tort, parce qu’ils en sont restés à une position purement éthique finalement, qui n’empêchera rien. Mais peut-être est-ce la seule forme de protestation encore possible. Sauf qu’il faut tout faire pour éviter une sorte de marginalisation, ou de vie en marge, ou de célébration de l’étrangeté catholique dans ce monde (à cet égard, je crains qu’on ne nous lise un peu trop souvent, par les temps qui courent, la « lettre à Diognète », en la tirant dans le sens d’un séparatisme un peu sectaire).

En 1974, après les débats sur la loi Veil (loi sur l’IVG), Témoignage chrétien avait résumé la position des cathos de gauche de l’époque : « Oui à la loi sur l’IVG, non à l’avortement ». C’était plausible comme position, même si les extrémistes de l’avortement ont cherché depuis ce moment à banaliser totalement cet acte et à le rendre « sans importance » (on l’a encore vu récemment dans une tribune publiée par des « féministes » dans Libération). Avec les trois lois qui nous attendent, je ne suis pas sûr que la position simple de TC soit encore possible. Il y a entre elles des points communs et de fortes différences éthiques, philosophiques, religieuses, avec aussi des conséquences différentes, dans une société profondément changée en matière légale, morale et religieuse.

Jean-Louis Schlegel, sociologue des religions.

Cet article a été publié sur le blog  http://chretiensdegauche.eu/

Gerhard Ludwig Müller, nouveau préfet pour la Congrégation pour la Doctrine de la Foi

Voici la traduction française que j’ai faite du communiqué de presse du mouvement populaire « Nous sommes Eglise », suite à la nomination du nouveau préfet pour la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. La personnalité de Gehrard Ludwig Müller n’inaugure rien de bon quant à la volonté de réforme et d’ouverture au monde de l’Eglise catholique.

Nous sommes Eglise : Repenser la question de Dieu ou stagnation dogmatique ?

 

Munich, Ratisbonne, Rome, le 2 juillet 2012

Communiqué de presse à l’occasion de la nomination de l’évêque, le Professeur Docteur Gerhard Ludwig Müller, en tant que Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Comme le pape Benoît XVI a nommé l’évêque de Ratisbonne, le Professeur Docteur Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, celui-ci prend sa fonction dans une phase particulièrement difficile de l’histoire de l’Eglise, où il s’agit de mettre en place la réception et la mise en œuvre du Concile Vatican II, dont l’ouverture a eu lieu exactement il y a 50 ans. On verra très rapidement si avec le Professeur Docteur Gerhard Ludwig Müller les fenêtres du Concile Vatican II seront à nouveau davantage ouvertes afin que l’Eglise puisse agir dans le monde, ou si on fermera encore les derniers volets afin de s’isoler du monde.

Le mouvement populaire Nous sommes Eglise souhaite au futur préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi que Dieu le bénisse afin qu’il puisse s’acquitter de cette tâche à très haute responsabilité pour le bien de l’Eglise.

Avec le Professeur Docteur Gerhard Ludwig Müller arrive de nouveau à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, un homme qui, comme son prédécesseur Joseph Ratzinger, a acquis une haute qualification scientifique dans des facultés de théologie catholiques allemandes. Ses publications parues jusqu’à présent révèlent une connaissance approfondie de la dogmatique. C’est sans doute la vision immuable et traditionnelle de son ouvrage traitant de la dogmatique catholique, paru en 1995, qui fut déterminante dans le choix de sa personne par le pape.

La question déterminante sera de savoir quelles évolutions du concile ou quelles évolutions actuelles le théologien Gerhard Ludwig Müller encouragera ou autorisera dans sa future fonction. Et s’il aura l’envergure intellectuelle et spirituelle nécessaire pour repenser la question de Dieu et pouvoir ainsi répondre d’une façon créative et innovante aux défis que lui lancent la théologie contemporaine et l’athéisme moderne.

Une autre question importante sera de savoir si ses contacts amicaux durant de longues années avec les théologiens de la Libération d’Amérique latine, et spécialement avec leur père spirituel Gustavo Gutierrez, pourraient déboucher sur une réhabilitation de la théologie de la Libération, que Ratzinger avait combattue durant des décennies. Justement, compte tenu de l’éveil et du développement vertigineux du continent sud américain, la théologie de la Libération est d’une importance capitale en tant que porte parole des opprimés.

Müller a participé aux pourparlers avec la fraternité Saint Pie X et a, sans doute compte tenu des expériences qu’il avait faites dans son diocèse, une attitude très réservée, voire de rejet, à son égard. En tout état de cause, il refuse aussi avec véhémence l’ordination des femmes, comme il l’avait encore écrit récemment dans un article « orthodoxe », dans le 6e cahier datant du 6 juin 2012 de la revue « Stimmen der Zeit », qui devait être publié sur ordre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à l’encontre de l’ordre des jésuites. Dans bien d’autres domaines, comme par exemple celui de l’œcuménisme, dont il avait la charge au sein de l’épiscopat allemand, Müller défend la position officielle catholico-romaine de la différentiation plutôt que celle de la réconciliation. En ce qui concerne les initiatives des prêtres qui se mettent en place dans toute l’Eglise à travers le monde en vue d’obtenir des réformes, il est à craindre qu’il mettra tout en œuvre pour les empêcher et les combattre en les faisant passer pour antichrétiennes et diamétralement opposées à la foi catholique.

Ses dix années de fonction dans le diocèse de Ratisbonne ont été caractérisées par la survalorisation de l’importance de l’épiscopat et de la personne de l’évêque. En licenciant ou en mettant à l’écart des laïcs élus dans des instances diocésaines, ou en imposant de sévères sanctions disciplinaires à des prêtres contestataires, il a très rapidement créé un climat de servilité et de peur dans son diocèse. Sévir contre les instigateurs de réformes était plus important pour lui que le dialogue, imposer la discipline ecclésiastique était plus important pour lui que de rectifier des abus évidents, dénigrer ceux qui pensent autrement que lui était plus important que de tendre une main réconciliatrice. Dans la manière de gérer les abus sexuels dans le diocèse de Ratisbonne, il a pris de très mauvaises décisions et jusqu’à ce jour il ne veut toujours pas admettre que des causes structurelles à l’intérieur de l’Eglise catholique romaine en sont en grande partie responsables.

Contacts de presse :

Sigrid Grabmeier, Tél : +49 (0) 170 8626 290, E-Mail : grabmeier@wir-sind-kirche.de

Magnus Lux, Tél : +49 (0) 176 41266392, E-Mail : Famlux@t-online.de

Christian Weisner, Tél : +49 (0) 172 518 40 82, E-Mail : presse@wir-sind-kirche.de

Adresse du site Internet : http://www.wir-sind-kirche.de/

Le Mariage homosexuel

Jean Rigal m’a envoyé une réflexion que je publie sur mon blog. C’est une piste qui permet de réfléchir au mariage homosexuel

Le projet d’une loi sur le mariage homosexuel et l’adoption m’interroge, en tant que citoyen et en tant que « croyant ».

Loin de toute polémique politicienne, trois questions me viennent à l’esprit. Elles représentent, à mes yeux, autant d’enjeux par rapport à cet important débat, aux dimensions diverses.

L’argument généralement avancé en faveur du « mariage gay » tient, pour l’essentiel, dans la proclamation en forme de slogan : « le mariage pour tous ». Autrement dit, le mariage homosexuel est revendiqué au nom de l’égalité entre les français. L’interdire constituerait une intolérable « discrimination ». Je pense que beaucoup de couples homosexuels expriment, ainsi, une souffrance et traduisent non seulement le besoin légitime de ne pas être méprisés dans la société mais d’être reconnus à part entière. A cet égard, il reste beaucoup à faire, et peut-être à revoir, dans ce sens, les dispositions du « Pacs ».

Mon interrogation est la suivante : la notion d’égalité inscrite dans la Constitution française et rappelée sur la façade de nos édifices publics est-elle compatible avec des différences ? Oui, certainement. Pour moi, le respect de l’égalité non seulement admet mais exige un autre respect : le respect des différences, qu’il s’agisse de l’âge, de l’origine, de la culture, du statut conjugal. C’est ainsi que se côtoient des personnes célibataires, mariées, pacsées, divorcées ou vivant d’autres situations de vie de couple plus ou moins reconnues…

Je constate que certains courants « féministes » ne manquent pas de revendiquer, avec raison, la place des femmes dans la société et parfois dans l’Eglise, notamment en matière de « ministères ». Il ne s’agit pas alors de « se calquer » sur le ministère exercé par les hommes mais de le vivre d’une manière « autre », selon la condition féminine, en l’occurrence. C’est un exemple parmi beaucoup d’autres.

Peut-on  parler de  « mariage »  ( union d’un homme et d’une femme selon le Dictionnaire et le langage courant) pour  un couple homosexuel ?  Y a-t-il équivalence ? – Egalité, oui.  Même identité, sûrement pas. « La différence sexuelle » demeure radicale, avec les conséquences qu’elle entraîne pour assurer et structurer la vie des humains et l’avenir de l’humanité.

Les chrétiens se réfèrent aussi, en ce domaine comme en bien d’autres, au message biblique. Dans le deuxième chapitre de la Genèse, le langage symbolique prend une singulière importance. Il ouvre de larges horizons. Que lit-on ? « L’homme s’écrie : voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair ; car celle-ci on l’appellera femme, car c’est de l’homme qu’elle a été prise. » (Gn. 2,2). Que dit ce texte ? – D’une part, Adam reconnaît la femme égale à l’homme, comme membre à part entière de la communauté humaine. D’autre part, la femme reste formellement différente, c’est-à-dire une autre personne et un vis-à-vis irréductible. Elle s’appellera « ishâh » (femme) féminin de « ish » (homme).

Dans le premier chapitre de la Genèse, on lit encore : «  Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance…homme et femme il les créa…Soyez féconds… remplissez la terre et dominez-là. » (Gn. 1, 26-30).

Ces textes fondateurs sont riches d’enseignement, au moins sur deux points concernant ce que nous appelons le mariage : celui-ci concerne l’union d’un homme et d’une femme et il est ouvert à la naissance de nouveaux êtres.  Employer le même mot « mariage » pour désigner deux réalités foncièrement différentes  me paraît ne pas respecter ces réalités et introduire, de surcroît, la confusion.

Ma deuxième question concerne « les droits de l’enfant ».  On ne cesse de parler « des droits des individus » (en fait, des adultes). Et si l’on se demandait « Qu’en est-il des droits de l’enfant » ? Il est généralement reconnu que pour structurer sa personnalité, une personne a besoin qu’interviennent « image paternelle et image maternelle ». Certes, l’homoparentalité est largement répandue. Est-elle forcément bénéfique pour qu’un enfant se construise ? Faut-il en élargir l’application et l’ériger en principe ? On peut, au moins, se poser la question. D’autre part, dans « quel gouffre d’inconnu » engage une naissance extérieure au couple et produite « dans des conditions très artificielles » (C. Delorme) ?

Ma troisième question concerne la vie sociale. Je pense que ce débat a quelque chose à voir avec « le lien social » auquel beaucoup de français de tous bords sont attachés. A-t-on réfléchi « aux conséquences sociales »  (J.L. Schlegel) de l’ouverture  envisagée ? N’est-on pas enclin à trop considérer les choses dans la perspective très « libérale »  des libertés individuelles où chacun réclame « son dû », et devient « son maître à penser » et « son centre de décision » ? Prend-on suffisamment en compte les incidences institutionnelles, éducatives, sociologiques, morales que paraissent entraîner ces profondes modifications ?

Je sais que ces réflexions sont loin de faire l’unanimité. Je n’ignore pas que des groupes de pression existent et que les sondages d’opinion se montrent favorables au projet de loi. Mais, après tout, il n’est pas humiliant d’être minoritaire quand on croit que des valeurs importantes sont en cause.

Je recevrai, avec reconnaissance, vos remarques critiques à ces interrogations, en espérant que vos propres réflexions m’aideront à y voir plus clair dans ce complexe débat.

Jean Rigal.

Adresse mail :    jeanrigal.theo@orange.fr

Adresse  Postale : Jean Rigal, 3 rue Maurice Bompard ,  12000   Rodez .