Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime : Méditation pour le Vendredi Saint

A partir du récit sur la crucifixion de Luc 23 : 33 – 49, je vous propose 3 pistes de méditation

Première piste : Jésus pardonne à ceux qui lui veulent injustement du mal

« Père, pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Jésus, l’innocent par excellence, a été condamné à d’affreuses souffrances et à une mort des plus humiliantes et des plus cruelles. Il aurait dû crier à l’injustice, se révolter et maudire ceux qui l’exécutent. Même des personnes moins innocentes que lui utilisent cet artifice pour faire douter les juges sur le bien-fondé de leur décision.  Mais Jésus a une toute autre logique. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ». La reconnaissance du fond d’humanité en chaque homme, va jusqu’à reconnaître que les bourreaux sont aussi des victimes. Certes, à l’égard du système en place, Jésus est considéré comme coupable. Pour le système romain, c’est un fauteur de trouble. Pour le système religieux c’est un blasphémateur. «Détruisez ce temple et je le reconstruirai dans 3 jours » « Le Sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbat ». Les soldats, exécutants des sales besognes sont aussi victimes du système et se déshumanisent. En adoptant cette même analyse, l’ACAT prie pour les victimes des tortures mais aussi pour les tortionnaires.

Deuxième piste : Pourquoi Dieu dans sa toute-puissance n’intervient-il pas pour sortir Jésus de cette mauvaise situation, ou Jésus, fils de Dieu, ne se sauve-t-il pas par lui-même ?

Telle est la réaction des passants « Qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu ». Telle est la réaction d’un de ceux qui sont crucifiés avec Jésus « Sauve-toi toi-même et nous aussi ». Cette réaction, on peut aussi la lire chez le prophète Isaïe aux chapitres 63 et 64 : « Ah! si tu déchirais les cieux et descendais, devant ta face les montagnes seraient ébranlées ; comme le feu enflamme des brindilles, comme le feu fait bouillir l’eau, pour faire connaître ton nom à tes adversaires, devant ta face les nations trembleraient quand tu ferais des prodiges inattendus. » Et nous, ne sommes-nous pas parfois tentés d’appeler Dieu à notre secours pour terrasser les méchants, bien évidemment les autres, pas nous. Mais au Mont Horeb, Dieu n’apparut à Elie, ni dans le tonnerre, ni dans l’ouragan, ni dans le feu mais dans une brise légère. Cette brise est parfois tellement légère qu’on a de la peine à la déceler. Nous sommes parfois dans la nuit du doute. Où était Dieu du temps des camps de concentration ?  C’est aussi ce que vivent les personnes victimes de la torture pendant leur détention. Ils se sentent souvent seuls, épuisés, à bout de ressources et d’espoir, dans l’obscurité d’un tunnel dont ils ne voient pas le bout.  Mais le prix de notre liberté, c’est notre arrachement aux certitudes, aux fausses sécurités, aux idoles dont nous voudrions acheter les faveurs au prix de sacrifices, de bonnes oeuvres. Pour prendre un fait d’actualité, est-ce à coût de neuvaines, de chapelets et de rosaires, sans doute trois fois plus efficaces que les chapelets qu’on espère faire intervenir Dieu en notre faveur pour défendre la bonne cause ? Il va falloir faire confiance sur parole. Dieu n’est pas une idole à qui on pourrait graisser la patte pour entrer dans ses bonnes grâces. Mais comme croyants nous savons que nous sommes de l’aurore. Les ténèbres de la nuit sont derrière nous, mais bien que la lumière du jour se montre à l’horizon, elle n’est pas encore présente dans toute sa clarté. Nous sommes portés par l’espérance de la certitude que le jour va se lever. Du vendredi saint, nous passerons au matin de Pâques.

Troisième piste : Jésus poussa un grand cri et dit « Père, entre tes mains, je remets mon esprit »

Quelle attitude d’abandon et de confiance à son Père de la part de Jésus. C’est l’attitude de foi par excellence. Tout semble fini, Jésus est sur le point de mourir, mais même en ce moment extrême, son espérance est sans faille. Débarrassons-nous de cette mauvaise théologie d’un Père sanguinaire qui exige la mort de son Fils, pour qu’enfin l’offense d’Adam soit réparée. Quel est ce Dieu censé aimer la souffrance et où plus la souffrance est importante et meilleure sera la réparation. Cette vision doloriste, attribuant une valeur salvifique à la souffrance, pour Jésus mais aussi pour nous-mêmes n’est pas ôtée de l’esprit de tout le monde. Il suffit de penser aux scènes de flagellation et de crucifiements aux Philippines, en Amérique latine et ailleurs. Jésus n’a jamais recherché la souffrance. « Eloigne de moi cette coupe ». Mais Jésus n’a jamais biaisé. Il est allé jusqu’au bout, accueillant les marginaux, les exclus, défendant les faibles en étant un empêcheur de tourner en rond de tous les systèmes en place. C’est cet amour allant jusqu’au bout, qui l’a conduit à la mort. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » Laissons-nous imprégner par cette attitude de Jésus et posons-nous la question. : « Jusqu’où irions-nous par amour pour nos frères et jusqu’à quel point faisons-nous confiance à Dieu même si par moment nous sommes dans la nuit et que nous traversons des doutes ? »

Peut-on vraiment rester catholique ? Joseph Doré

Voilà le titre du dernier petit livre de Joseph Doré, théologien et ancien archevêque de Strasbourg. (Editions Bayard, novembre 2012). A priori, en lisant ce titre, on peut être surpris et se dire : « Joseph Doré a-t-il vraiment envie de quitter l’Eglise catholique ? » Et il faut reconnaître que dans notre monde de la communication avec des slogans chocs, plus d’un pourra se laisser attraper, en pensant cela. Mais quand on écrit un livre, on aime aussi le vendre !

En fait pour Joseph Doré ce n’était jamais sa vraie problématique. Ses doutes dans la foi ne lui ont jamais fait envisager de quitter l’Eglise catholique. Son objectif est plutôt de dire « On peut vraiment rester dans l’Eglise catholique » alors qu’on sait que massivement certains, sur la pointe des pieds, d’autres avec grand fracas, la quittent pour diverses raisons.

Il dit lui-même (p 97 – 98) : «  Chaque fois que, dans sa parole, l’Église s’exprime comme s’il lui suffisait d’édicter le vrai et le bien, au lieu de se préoccuper d’abord d’en témoigner vitalement et ensuite d’en rendre possible la réception et la reconnaissance de la part de ceux auxquels elle s’adresse ; chaque fois que, dans sa célébration, le décorum, le sacral, le faste, les vieilleries ou l’insolite l’emportent sur l’appel à la « participation active » et sur l’invitation à prolonger dans la vie ce qui a été partagé dans le culte ; chaque fois que, dans les interventions de ses responsables de tous niveaux, elle tend à se concentrer sur elle-même, sur la reconnaissance de son « autorité » et de son « pouvoir », au lieu de s’ouvrir ad extra et d’aller, avec les moyens qui lui sont propres, vers les hommes tels qu’ils sont dans le souci de les appeler et de les aider à faire croître en eux et entre eux le sens du service et la fraternité, à chacune de ces fois, oui, elle doit bien se dire qu’elle est en train de manquer à sa mission »

Et il explique (p 70 – 71) :« Il faut d’abord ouvrir les yeux sur ce qui se passe réellement aujourd’hui dans le monde qui est le nôtre, qu’on le veuille ou non. Non seulement le temps du cléricalisme et du triomphalisme ecclésiastiques est révolu. Mais d’une part, notre propre histoire et notre propre présent comportent suffisamment de manques et de fautes pour qu’on n’ait pas d’autre choix que de renoncer à faire de haut la leçon à qui que ce soit ; et d’autre part, si assurés que nous puissions être de l’excellence de la voie chrétienne, rien ne nous autorise à poser d’emblée qu’il n’y aurait hors de nous qu’erreur, déviances ou même seulement que « pierres d’attente », sans qu’aucune lueur de vérité n’ait filtré avant, ailleurs ou autrement, ni dans l’histoire de l’humanité entière ni dans l’existence de chacun de ses membres. »

Il nous dit donc clairement que le temps de la chrétienté est révolu et que les nostalgiques d’un passé qu’ils aimeraient restaurer, pensons aux messes en latin, doivent ouvrir leurs yeux et se rendre compte qu’ils deviennent des martiens pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui.

Mais qu’est ce qui compte vraiment dans la vie de Joseph Doré ? Sa référence centrale et unique est « A cause de Jésus ». Beaucoup de personnes s’y retrouvent sur ce chemin, priorité à l’Evangile, à l’humain et aux chemins d’humanisation. Que les catholiques s’y retrouvent, cela est heureux. Mais il n’est nul besoin d’être catholique pour arriver aux mêmes conclusions. Suivre Jésus, c’est aussi prendre en compte son esprit critique vis-à-vis des institutions religieuses, ce qui lui a d’ailleurs coûté la vie, et son accueil inconditionnel de tous ceux qui s’adressaient à lui, sans se poser la question s’ils étaient divorcés remariés, homosexuels ou des sans papiers. Précisons que le contraire n’a pas été dit dans ce petit livre où en plus on ne peut pas tout dire. Mais affirmer avec force que Jésus aime chaque personne, quelle que soit sa condition et ce qu’elle a fait, aurait réconforté bien des blessés de la vie et aurait donné bien des raisons d’être attaché  à lui.

Il est cependant rare que dans un livre, que par ailleurs je vous invite à lire, ne se trouve pas une phrase que l’on n’apprécie guère. Il s’agit (p 92) de « L’Eglise et le Christ, c’est tout un », et il précise qu’il parle de l’Eglise catholique, hiérarchie comprise, avec une référence malheureuse à Jeanne d’Arc. Où est le dialogue œcuménique, le dialogue interreligieux, le dialogue interconvictionnel ? Ne confondons pas adhésion à Jésus Christ et à son Evangile, avec adhésion à l’Eglise catholique. Ne confondons pas Eglise et Royaume de Dieu.

Il ne s’agit pas d’aller complètement dans la direction opposée en rejetant l’Eglise catholique, comme le font certains, mais je pense que Joseph Doré n’arrive pas à prendre suffisamment de recul pour analyser de façon critique la collusion entre le message de l’Evangile et l’idéologie de l’Eglise catholique. Jésus, qui n’était ni catholique, ni protestant, mais juif, c’est bien lui qui a fondé l’Eglise catholique et institué les prêtres le soir du jeudi saint, n’est-ce pas ? Une analyse critique de cette dernière phrase est aussi nécessaire si on souhaite être crédible vis-à-vis d’autres chrétiens, croyants ou chercheurs de Dieu.

Que souhaiter au nouveau Pape?

A la première chaîne allemande, tous les samedis soirs vers minuit un commentaire spirituel « Le mot pour le dimanche » est fait, alternativement par un prêtre catholique ou un pasteur protestant. Voilà la traduction de ce qu’a dit samedi dernier un prêtre catholique. Il manipule moins la langue de bois qu’un porte parole de l’épiscopat français

Le Pape Benoît XVI se retire, telle était la nouvelle surprenante de lundi dernier. Et cela eut un retentissement médiatique mondial en un temps record. Et l’opinion quasi unanime était le respect qu’il ait eu le courage de franchir ce pas.

Moi-même j’avais remarqué que la déclaration de Benoît XVI de se retirer avait beaucoup à voir avec le début du temps de carême. Jeûner, au sens chrétien signifie aussi je fais une pause, je me raisonne, je fais une introspection. Et c’est exactement ce que le Pape a fait. Encore et toujours il a vérifié en conscience, si sa décision de se retirer était en accord avec la volonté de Dieu. Faire une pause et réfléchir quel Pape pourrait donner à l’Eglise la direction à suivre dans ce monde moderne et sécularisé. C’est aussi ce que je souhaite aux cardinaux qui vont entrer en conclave pour élire le nouveau pape.

Benoît XVI préféra s’agripper aux vieilles traditions et les conserver plutôt que d’être ouvert pour faire des réformes nécessaires. Avec son retrait, il laissera la place à un nouveau Pape qui sera sans doute plus jeune et qui arrivera à réaliser ce que lui-même n’était pas capable et ne voulait pas faire.

Voilà pourquoi je fais un lien entre le départ du Pape Benoît XVI et ma vision de l’Eglise. Je souhaite que mon Eglise catholique ait le courage et arrivera à se résoudre à faire de profondes réformes dans l’état d’esprit de Jésus, que l’Eglise s’adresse d’une façon ouverte, avec beaucoup de modestie et de doigté aux personnes qui vivent autrement que ce que préconise officiellement l’Eglise. Je pense aux divorcés remariés ou aux homosexuels. Je souhaite aussi que l’Eglise mette en place des structures démocratiques en son sein et qu’elle se défasse de son centralisme romain pur et dur. Je souhaite que mon Eglise reconnaisse l’égalité hommes femmes dans tous les domaines. Et qu’elle se pose sérieusement la question si le célibat obligatoire pour les prêtres découle vraiment de l’Evangile de Jésus et n’est pas anachronique.

Je souhaite plus d’œcuménisme et que toutes les Eglises cessent d’utiliser leurs énergies pour clamer leurs différences. Qu’elles ne s’agrippent pas désespérément au mode de fonctionnement d’une société fermée. Qu’elles se parlent et parlent l’une de l’autre avec respect et avant tout avec modestie devant Dieu. Dieu seul est la vérité. Aucune Eglise ne possède la vérité. Ce qui divise jusqu’aujourd’hui les différentes Eglises, ce n’est pas la vérité sur Dieu, mais les différentes interprétations et accès à cette vérité.

De tout cela les différentes Eglises devraient discuter ensemble. Et je suis convaincu que cela ira le mieux si ensemble elles se remémorent Jésus et sa bonne nouvelle et se demandent : que dirait-il et que ferait-il aujourd’hui ? Je souhaite cela aussi au nouveau Pape, qu’au delà de toutes les barrières dogmatiques, confessionnelles et les réglementations d’Eglises, qu’il se pose toujours la question : Que ferait et comment agirait Jésus aujourd’hui ?

Voici l’original du texte, en allemand   http://www.daserste.de/information/wissen-kultur/wort-zum-sonntag/sendung/broch-16022013-100.html

Le Carême : un temps privilégié pour la charité

Dès le mercredi des cendres, jour d’entrée en Carême,  nous entendons : « convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Toute  la question est  de savoir ce que signifie « se convertir » et « croire en la Bonne Nouvelle ».Nous savons que les trois piliers du carême sont le jeûne, la prière et le partage. Benoît XVI insiste, dans son message pour le Carême, sur le caractère premier de la rencontre avec le Christ : «La foi constitue l’adhésion personnelle, qui inclut toutes nos facultés, à la révélation de l’amour gratuit et passionné que Dieu a pour nous et qui se manifeste pleinement en Jésus Christ ; la rencontre avec Dieu Amour qui interpelle non seulement le cœur, mais également l’esprit». Et la charité découle de la foi.

Le livret Carême à domicile de cette année a pour titre « Aimer et servir ». Et la quatrième rencontre s’intitule : «Nous entendons l’appel à servir nos frères et nos sœurs, proches et lointains, à commencer par les plus pauvres, pour manifester l’unité de la famille humaine». Il s’agit de redécouvrir la sacramentalité du frère, le lien entre prière et diaconie, comme aboutissement de la prière. La célébration eucharistique ne peut pas être détachée du service. L’évangéliste Saint Jean remplace le récit de l’institution de l’Eucharistie par celui du lavement des pieds. Le sacrement de l’autel est en lien avec le sacrement du frère. On peut même dire que ce dernier précède et suit le sacrement de l’Eucharistie. Cela nous est aussi rappelé par l’épisode des pèlerins d’Emmaüs où ce sont l’accueil et le vécu ensemble qui débouchent sur la fraction du pain. Il s’agit de faire retentir l’Evangile à hauteur d’humanité. Là où il y va de la gloire de Dieu, il y va aussi de la dignité de l’homme. Et il s’agit de la dignité de tout être humain, quelle que soit sa religion, sa race ou ses opinions politiques.

Le Christ a nourri du monde, a réconcilié des gens, a guéri des malades, a ouvert des yeux et des oreilles, a lavé des pieds, a relevé des écrasés, sans se demander s’ils étaient juifs, pratiquants, purs, fidèles, propres, mariés selon la loi, sans leur demander leurs papiers. Il est allé toujours au-delà de l’écran que sont les vêtements, les apparences, le passé, les conventions, les catégories sociales, les religions. Par sa parole et son ouverture à l’Esprit, il a apporté un baume, une fraîcheur, un pansement d’espérance à tous les blessés de la vie.

Guy Aurenche, président du CCFD, lors de sa rencontre au Vatican avec le cardinal Sarah a rappelé que l’esprit même de la charité s’inscrivait dans un dialogue avec des hommes, des femmes, des groupes qui ne partagent pas les convictions catholiques. En effet, à l’occasion d’un dialogue sincère, et d’une action commune, l’annonce de l’Evangile peut être réalisée et les principes de la pensée chrétienne dans le domaine social peuvent-être rappelés. Et le temps de carême est un temps privilégié pour relier jeûne, prière et partage.

Foi et morale

Pour introduire ma réflexion, je me baserai sur un extrait d’une lettre pastorale de Gérard Daucourt, évêque de Nanterre. Il dit « Comme évêque, je me demande parfois si certains catholiques ne sont pas des « athées pieux », c’est-à-dire qu’ils défendent des « valeurs ». Ils s’engagent généreusement dans des combats pour lesquels ils font référence à la morale chrétienne. Ils participent à des rites chrétiens. Mais la question demeure : croient-ils que le Christ est vivant, qu’il nous aime, qu’il nous sauve, qu’il nous attend pour une vie éternelle ? Entretiennent-ils une relation avec le Christ ? C’est en tout cela que consiste la spécificité de la foi chrétienne et non pas dans la défense de « valeurs » ou dans la générosité ou dans une morale, toutes réalités que vivent aussi des non chrétiens. » Et il ajoute sur un ton provocateur : «  On m’a parlé d’une baptisée qui se prostitue. Elle commet des péchés. Mais elle prie en disant : « Jésus, prends pitié de moi » Elle croit et espère en Jésus. Elle reconnaît qu’elle a besoin de Lui et veut changer de vie. Elle donne au christianisme son vrai visage : Dieu se révèle à tous ceux qui se tournent vers Lui et Il aime tout être humain. » Voilà la démarche d’une croyante qui a la foi. Il faut en convenir : la foi en Dieu n’est pas en soi nécessaire pour marcher honnêtement au milieu du monde, le but de la foi n’est donc pas de faire la morale à notre vie mais de pousser l’amour à rejoindre les sommets ou à descendre en des abîmes insoupçonnés à l’exemple du Christ qui, à force de trop aimer, se laissera suspendre sur une croix.

Cela signifierait-il qu’il suffit de croire et qu’on peut se comporter n’importe comment ? Ma manière de me comporter est un révélateur de ma façon de croire. On a souvent abusé de la sentence de St Augustin « Aime et fais ce que tu veux ! » pour justifier tous les laxismes. En fait il voulait dire « Aie au fond du cœur la racine de l’amour : de cette racine il ne peut rien sortir que de bon. » La foi est première, la morale est seconde, mais pas secondaire. Cependant la morale évangélique n’est ni celle de la norme, ni celle de la règle. Elle est celle du toujours plus. L’Évangile est moral au sens où Jésus entraîne ceux qui le suivent et qui l’écoutent à chercher ce qui est bien. Le récit le plus exemplaire est sans doute celui du bon Samaritain que Jésus raconte en réponse à la question « qui est mon prochain ». Pour répondre, nulle règle écrite, mais une situation, devant laquelle il faut prendre une décision. Chaque homme, chaque femme est mis devant ses responsabilités. Point de réponse préfabriquée, pas de fiche pré-écrite. Le bien se cherche et appelle à d’autres biens. Il n’est qu’à lire le Discours sur la montagne. Mais ce ne sont pas nos œuvres qui nous sauvent. Abandonnons cette vision infantile d’un Dieu gendarme qui tient une balance et regarde si c’est le fléau de nos bonnes actions ou celui de nos mauvaises actions qui va l’emporter. Ne nous laissons pas gagner par un comportement piétiste qui parfois nous enferme dans une culpabilité morbide au lieu de nous sentir libéré et grandi par celui qui nous aime d’un amour inconditionnel.

Constitution Gaudium et Spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps

C’est le 7 décembre 1965, veille de sa clôture, que fut promulgué l’un des textes les plus marquants du Concile Vatican II : la constitution pastorale Gaudium et Spes intitulée « l’Église dans le monde de ce temps ». Il s’agissait de porter le regard sur les réalités multiples dans lesquelles vivent les hommes d’aujourd’hui. Cette constitution est sans doute celle qui démontre le mieux un vrai changement dans la relation de l’Eglise au monde. Vatican II abandonne l’image d’une Eglise assiégée par un monde hostile pour la présenter comme une Eglise qui entre en dialogue avec le monde parce qu’elle partage l’amour que Dieu a pour les hommes de ce temps. Cela vaut le coup de citer le premier paragraphe dans son ensemble car à lui seul, il résume le nouvel état d’esprit de l’Eglise envers le monde.

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de  tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du  Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet,  s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le  Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des  chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire »

Cette Constitution est organisée comme suit :

Première partie – L’Église et la vocation humaine

Chapitre I – La dignité de la personne humaine

Chapitre II – La communauté humaine

Chapitre III – L’activité humaine dans l’univers

Chapitre IV – Le rôle de l’Église dans le monde de ce temps

Deuxième partie – De quelques problèmes plus urgents

Chapitre I – Dignité du mariage et de la famille

Chapitre II – L’essor de la culture

Chapitre III – La vie économico-sociale

Chapitre IV – La vie de la communauté politique

Chapitre V – La sauvegarde de la paix et la construction de la communauté des Nations

Avec joie et résolution, l’Église entend ainsi tourner son regard et son cœur vers toute femme et tout homme que le Christ nous appelle à reconnaître comme sœurs et frères. Les premières sessions du Concile furent surtout consacrées à des questions internes concernant la liturgie, l’expression de la foi, la Révélation. Mais très vite est apparue la nécessité de faire entrer le monde dans l’enceinte du Concile Tel fut le défi que l’on nomma « ouverture au monde » et qui permit à l’Église de prendre le temps de l’écoute avant d’adresser une parole sereine et audacieuse. Paul VI traduira ce défi par ce propos célèbre : « L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Église se fait parole, l’Église se fait message, l’Église se fait conversation »

À la différence des autres textes du Concile, Gaudium et Spes n’est pas le fruit d’un schéma préparatoire. Il est le résultat du travail des pères durant les 4 sessions. Plusieurs versions seront proposées à l’assemblée des évêques qui les remanieront jusqu’à la fin du Concile, preuve du soin accordé aux délicates questions ainsi traitées. En cette période de crispation identitaire, ce document reste plus que jamais d’actualité.

Rappel : La constitution  Dei Verbum et la constitution Lumen Gentium

Noël : défendre l’Humain, les faibles et les plus démunis.

Voici un communiqué de presse de nos d’amis d’ECCO (équipe de chrétiens en classe ouvrière ), membre de la fédération des Réseaux du Parvis

La valeur suprême de l’Humain diminue tous les jours dans le monde.

Chez nous, en France comme dans le monde, de plus en plus de personnes de tous âges vivent dans la précarité et nombreuses sont celles qui subissent la misère. Elles sont submergées par le souci de l’immédiat et du lendemain. La peur et l’angoisse pour leur avenir et celui de leurs enfants sont permanentes. Les impayés, les besoins de première nécessité (logement, loyer, énergies, santé, scolarité…) les obsèdent. Avant de sombrer, beaucoup de familles s’endettent un peu plus chaque jour parce qu’elles veulent que leurs enfants souffrent le moins possible de leur situation.

Par contre, chez les très riches, leur nombre et leur fortune continuent à progresser outrageusement,  leur cupidité n’a plus aucune limite et ce sont eux qui mènent le monde. Des médias, à leur service et sans état d’âme, nous les montrent tous les jours comme des exemples de réussite humaine.

Nous sommes là en présence de deux mondes qui s’éloignent dangereusement.

Quel sens peut avoir Noël dans la situation désespérante et sans issue où beaucoup se trouvent ?

La naissance de Jésus, un enfant pauvre, fut un événement insignifiant au premier siècle de notre ère, pourtant elle fut riche de promesses. Vingt siècles après, elle nous parle encore. Les choix que Jésus a faits de son temps en faveur de ceux qui étaient considérés comme des « moins que rien » sont toujours révolutionnaires et libérateurs pour tous.

Nous ne pouvons pas tolérer que dans notre pays, l’un des plus riches au monde, pas plus qu’ailleurs, l’inquiétude pour vivre ou survivre soit le lot de tant de gens.

Noël, c’est un message d’espérance et de lumière.

Nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas baisser les bras.

Ce n’est qu’en étant solidaires que nous pourrons transformer ce monde inégalitaire.

Caen, le 10 décembre 2012

Bernadette Biniakounou, Anick et Michel Carabeux, Marie-Thérèse Colin, Colette Fourdeux, Michel Gigand, Michel Leconte, Michel Lefort, Pierre Leduc, Jean-Marie Peynard, José Reis, Claude Simon.

Contact: Jean-Marie Peynard 02 31 20 26 70

Foi et religion, antinomiques ou complémentaires?

Pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité dans notre réflexion, définissons d’abord clairement ce que nous entendons ici par foi et par religion.

Le fait de croire ou de dire que l’on a la foi n’identifie pas nécessairement les chrétiens. Le premier mouvement de la foi est celui de la conversion. Il consiste à se tourner vers Dieu, à lui accorder sa confiance. La foi se fait réponse vécue et toujours actuelle à l’appel de Dieu. Cette réponse proclame des paroles d’espérance, pose des actes, rend membre de la communauté des croyants.

Le mot « religion » peut être pris au sens objectif du terme : il désigne alors l’ensemble de textes, de rites, d’organisations sociales et de coutumes par lesquels la relation de l’homme avec Dieu se donne présence, célébration et rayonnement dans la vie, la société et l’histoire. En ce sens objectif, la foi implique la religion. Au sens subjectif, « religion » désigne la relation concrète que l’homme vit avec son Dieu, le visage qu’il lui attribue, quels que soient les rites et les textes qu’il utilise. Au niveau subjectif, personnel, concret, on peut affirmer qu’il y a une rupture radicale entre deux attitudes devant Dieu, deux manières de percevoir Dieu, dans quelque religion (objective) que ce soit.

Pour la suite, nous comparons foi et religion subjective. Dans cette attitude religieuse, l’homme veut se faire valoir devant Dieu. La religion devient ainsi une initiative, une action de l’homme sur Dieu en vue de provoquer une réaction de Dieu, si possible favorable et utile à l’homme. Et parce que l’homme est faible et que le Puissant est exigeant, voilà que s’accumule le péché, cette action de l’homme qui provoque la réaction menaçante de Dieu. Avec le péché monte aussi la peur et l’angoissante tentative, jamais achevée, de payer pour le passé, de gonfler la valeur des sacrifices, pour pouvoir un jour, peut-être, satisfaire aux exigences du Puissant

Mais dans l’attitude de foi, c’est Dieu qui fait valoir l’homme. Ce que Dieu attend de l’homme c’est qu’il accueille, qu’il ne cesse jamais d’accueillir de « reconnaître » et pour cela qu’il « se rappelle » sans cesse cette relation nouvelle, différente. C’est Dieu qui agit le premier l’homme, lui réagit, accueille et reconnaît. Ce n’est plus l’homme qui se fait valoir devant Dieu. C’est Dieu qui fait valoir l’homme, sans aucune considération pour le passé, le mérite ou le démérite de l’homme. C’est lui qui nous aime en premier, sans condition, tels que nous sommes et il n’est nul besoin de vouloir l’amadouer pour qu’il daigne enfin nous écouter et nous accorder ses faveurs.

Rappel d’un premier article que j’avais publié sur ce thème qui présente un extrait du livre de François Varone « Ce Dieu absent qui fait problème »

A Noël, quel cadeau offrir?

En prenant comme précaution en tant que nanti de donner une aide matérielle à ceux qui sont dans la nécessité, il est néanmoins plus important d’apprendre à pêcher que de donner du poisson et de donner plutôt ce que l’on est que ce que l’on a. Ce n’est pas nécessairement le cadeau matériel le plus cher qui est le plus apprécié, mais la disponibilité, le service, la relation, l’écoute, l’accueil, la fraternité, le souci de reconnaître l’autre dans sa dignité, malgré parfois ses faiblesses, de lui faire comprendre qu’il a aussi une richesse à nous donner, bref de lui faire savoir qu’il est aimé. L’homme a presqu’encore plus besoin de solidarité relationnelle que de solidarité matérielle, à condition qu’il dispose d’un minimum vital pour sa subsistance. Pensons à l’accueil de l’étranger, la réinsertion des prisonniers dans la société, la lutte contre l’exclusion, contre la solitude. Solidarité matérielle, solidarité relationnelle, mais aussi solidarité spirituelle. Bref, pensons à fêter Noël autrement.

Lumen Gentium, Constitution dogmatique sur l’Église

Voici un article, dont une partie s’inspire de Vatican2milledouze que j’ai écrit pour le SarrEglise.com, journal des communautés de paroisses St Pierre et Paul de Sarreguemines, pour le mois de novembre

La Constitution sur l’Église est promulguée fin 1964, à l’issue de la troisième session du Concile. Le texte issu des travaux préparatoires ayant été totalement repoussé, la Commission doctrinale a composé un nouveau texte.

Il est composé de 8 chapitres comprenant 69 paragraphes.

1- le mystère de l’Église

2- le peuple de Dieu

3- la constitution hiérarchique de l’Église et spécialement l’épiscopat

4- les laïcs

5- l’appel universel à la sainteté dans l’Église

6- les religieux

7- le caractère eschatologique de l’Église en marche et son union avec l’Église du ciel.

8- la Bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Église.

 Cette Constitution rompt avec une vision institutionnelle et juridique et s’applique à aborder l’Église dans la perspective de sa mission. L’Église y est décrite dès les premières lignes du premier chapitre comme « sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ». Dans ce même chapitre, le paragraphe 6 explore les diverses images bibliques qui s’appliquent à l’Église : bercail, terrain de culture, construction de Dieu, temple saint, Jérusalem d’en-haut, fiancée ou épouse du Christ, avant de s’arrêter longuement sur l’image du Corps dont le Christ est la tête.

Le deuxième chapitre, intitulé « le peuple de Dieu » est de forte inspiration biblique. C’est dans ce chapitre qu’est remis en lumière le sacerdoce des baptisés. Le peuple de Dieu est un peuple sacerdotal (un peuple de prêtres), peuple conduit par des ministres, qui « dans le rôle du Christ, offre le sacrifice au nom du peuple tout entier ». Il est à remarquer que, contrairement à ce qui était prévu au départ, on parle d’abord de l’Eglise, peuple de Dieu, avant de parler de l’Eglise hiérarchique. Tous les membres de l’Eglise font partie de ce peuple, et ce qui les caractérise en premier, c’est le baptême, par lequel ils en sont devenus membres, et ceci est plus important que les fonctions qu’ils y occupent. Il s’agit donc d’une vision radicalement différente de l’Eglise pyramidale, du moins en théorie, car la hiérarchie continue à y jouer un rôle prépondérant et tout en y décelant quelques fonctionnements démocratiques, l’Eglise n’est de loin pas une démocratie et sa volonté n’est de loin pas de vouloir l’être.

Cependant, même si ces deux premiers chapitres sonnent dans le choix des termes et des tournures de façon très neuve, c’est le troisième chapitre qui a donné lieu aux débats les plus acharnés. Il s’agissait d’achever le travail entamé par le concile de Vatican I. Ce concile avait principalement traité du pape et de son autorité, de sa juridiction, de son infaillibilité mais n’avait rien dit des évêques. Il y avait un équilibre à retrouver. L’épiscopat est-il un sacrement, en quoi les évêques sont-ils les successeurs et héritiers des apôtres, y a-t-il eu un collège des Apôtres, y a-t-il un collège des évêques ? Quelle est la situation de Pierre au milieu des Douze, du pape au milieu des évêques ? Toutes ces questions rassemblées sous le nom de « collégialité épiscopale » sont traitées dans les paragraphes 18 à 27. Concrètement, sous la pression de la Curie, une note explicative préliminaire faite par le secrétaire général du Concile a été ajoutée pour préciser que la collégialité ne pouvait être comprise qu’en communion hiérarchique, donc que « le collège est aussi sujet du pouvoir suprême et plénier dans l’Eglise universelle ». Ceci eut pour conséquence que cette collégialité n’a jamais vraiment fonctionné, notamment dans les synodes où c’est le pape qui les convoque, en fixe l’ordre du jour et en fait le rapport final.

Le quatrième chapitre est consacré aux laïcs qui, de par leur baptême sont prêtres, prophètes et rois et ont ainsi un rôle actif à jouer dans l’Eglise. On peut néanmoins regretter qu’ils n’aient été définis que par la négative, comme étant ceux qui ne sont pas des clercs et que leur rôle se cantonne essentiellement à être actifs dans le monde, en étant des auxiliaires des clercs.

Le dernier chapitre sur la Vierge Marie a été lui aussi très disputé, il s’agissait principalement de savoir s’il fallait traiter de Marie dans un texte à part ou l’inclure dans le chapitre sur l’Église. C’est ce dernier choix qui finalement a été retenu. Mais ce choix est important pour signifier la vraie place qu’occupe Marie dans l’Eglise. Il est précisé « qu’aucune créature ne peut jamais être mise sur le même pied que le Verbe incarné et rédempteur ». En d’autres termes, bien que Marie ait une place tout à fait particulière dans la communion des saints, il n’est pas possible de développer une théologie sur Marie qui ne soit subordonnée à une théologie sur le Christ.

Sur beaucoup de points de cette importante Constitution sur l’Eglise, un gros travail de réception reste à faire pour que toutes les intuitions se traduisent dans la réalité, en étant en plus conscient que ce texte date d’il y a près de 50 ans et que depuis, pas mal d’évolutions se sont produites, tant dans le monde que dans l’Eglise