Liberté de conscience et liberté de religion

La Conférence des évêques canadiens vient de publier une lettre pastorale sur la liberté de conscience et de religion. On peut télécharger ce document, via le journal La Croix en cliquant ici.

Analysons ce document de 12 pages pour en relever les aspects positifs mais aussi les manquements.

Il est indéniable qu’un des aspects du problème de la liberté de religion est le fait de pouvoir pratiquer librement sa religion et le document fait bien de souligner que cela est loin d’être garanti à travers le monde.

On rappelle la déclaration de Benoît XVI dans son message à l’occasion de la Journée mondiale de la Paix 2011 « Il est douloureux de constater que, dans certaines régions du monde, il n’est pas possible de professer et de manifester librement sa religion, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En d’autres points du monde, il existe des formes plus silencieuses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition à l’encontre des croyants et des symboles religieux ». Et on ne peut qu’y souscrire.

Et on rappelle la déclaration du Concile Vatican II qui enseigne qu’une personne « ne doit pas être contrainte d’agir contre sa conscience, pas plus qu’elle ne doit être empêchée d’agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse (Dignitatis Humanae, n° 3).

C’est violer la liberté de conscience que d’essayer d’imposer à autrui sa conception de la vérité. Il faut constamment défendre et revendiquer le droit de professer la vérité, mais jamais sans le moindre mépris pour ceux et celles qui pensent autrement. « Nier à une personne la pleine liberté de conscience, et notamment la liberté de chercher la vérité, ou tenter de lui imposer une façon particulière de comprendre la vérité, cela va contre son droit le plus intime» Ceci a été déclaré par Jean Paul II dans son message pour la Journée mondiale de la Paix de 1991. On ne peut s’empêcher de dire « Que c’est beau ». Mais il faut tout de suite ajouter « Que ce serait encore plus beau, si l’Eglise catholique commençait par appliquer cela pour elle-même » Car vous viennent à l’esprit l’impressionnante liste des théologiens condamnés par l’Eglise catholique et la liste des exclus qu’elle fabrique elle-même : les prêtres mariés, les divorcés remariés, les homosexuels.

Mais en poursuivant le document, ce que je viens d’évoquer semble être hors sujet. On peut y lire « Si nous pensons que la liberté de suivre sa conscience revient à suivre son sentiment subjectif, nous oublions que cette liberté a pour orientation essentielle d’agir conformément à la vérité objective. Le droit d’agir selon sa conscience doit donc s’accompagner de l’acceptation du devoir de la conformer à la vérité et à la loi que Dieu a inscrite dans nos cœurs » Et si nous n’agissons pas selon cette « vérité objective », il nous faut éduquer notre conscience.

Qu’est ce que cette vérité objective ? On se réfugie derrière Dieu en disant que c’est celle que ce dernier a révélée. Mais si on regarde de très près, une bonne partie de cette vérité a été fabriquée par l’Eglise, qui prétend que c’est Dieu qui en a voulu ainsi. Quelques exemples : Le discours officiel prétend que c’est Dieu qui a voulu que la femme ne devienne pas prêtre ou que le prêtre reste célibataire. Utiliser une méthode de contraception, c’est aller contre la volonté de Dieu. Et on pourrait multiplier les exemples. Et au Katholikentag, l’évêque de Ratisbonne, Mgr Gehrard Ludwig Müller, proche du pape a déclaré que ceux qui mettent cela en cause font partie des gens qui n’obtenant rien de l’existence, s’accrochent aux événements, pour promouvoir une forme d’existence parasitaire.

Il n’y a qu’une vérité objective, c’est celle professée par l’Eglise catholique et il est tout a fait impossible de mettre sur un même pied d’égalité la vérité et l’erreur. Il s’agit d’un discours totalitaire, mais pas d’une reconnaissance effective de la liberté religieuse et de la liberté de conscience. Ces dernières ne se résument pas à avoir la liberté d’exercer sa religion et d’entrer en résistance contre un état qui met en place des centres d’interruption de grossesse. La liberté de conscience et la liberté de religion signifient que chacun a le droit de choisir sa religion ou de choisir de ne pas en avoir. Cela peut aussi signifier entrer en résistance à l’intérieur de l’Eglise catholique, comme le font par exemple les prêtres autrichiens et bien d’autres personnes,  quand la dignité humaine y est bafouée. Pensons à l’apartheid qui y est pratiquée vis-à-vis des femmes ou vis-à-vis des laïcs.

A propos du Katholikentag 2012 à Mannheim

Le président de la Conférence des évêques de France, après s’être illustré par « Il ne suffit pas d’avoir une jupe, encore faut-il avoir quelque chose dans la tête », s’était illustré à nouveau en disant « Or, la multiplication des divorces et l’éclatement des familles ne sont-ils pas une forme de polygamie qui ne dit pas son nom ?  » Mais les évêques français n’ont pas l’exclusivité des déclarations choc.

Voici ce qu’on peut lire dans le journal La Croix du 21 mai 2012, à propos d’un compte rendu du Katholikentag allemand, qui s’est tenu cette année à Mannheim :

Les débats autour des réformes nécessaires dans l’Église ont été extrêmement vifs. D’un côté, l’évêque de Ratisbonne, Mgr Gehrard Ludwig Müller, proche du pape, et qui accueillera le prochain Katholikentag, en 2014, a fortement critiqué ces « fidèles catholiques, qui réclament de plus en plus bruyamment les droits de participation des femmes et des laïcs et des solutions pour les personnes divorcées et remariées ».

« La question est de savoir si les personnes soi-disant pour la réforme le sont vraiment, a-t-il déclaré : est-ce que ce ne sont pas des gens qui n’obtiennent rien de l’existence, et s’accrochent aux événements, pour promouvoir une forme d’existence parasitaire ? »

On en apprend tous les jours. La majorité des personnes n’obtiennent rien de l’existence et s’accrochent aux événements pour promouvoir une forme d’existence parasitaire. Il ne fallait pas manquer d’aplomb et de mépris pour les personnes qui ne partagent pas leurs opinions, pour oser faire une déclaration pareille. Il aurait été plus censé de se demander pourquoi plus de 100 000 personnes quittent l’Eglise d’Allemagne par an. En 2010, 180 000 personnes ont demandé à être rayées des registres de l’Église catholique, contre 128 800 en 2009. Peut-être que certains évêques y contribuent aussi par leurs déclarations, indépendamment des scandales de pédophilie.

En revanche, le président de la République et ancien pasteur protestant, Joachim Gauck, a demandé aux catholiques d’avoir « un esprit de dialogue ». Il a exhorté les chrétiens à mieux s’impliquer dans la vie politique : « Comment l’Église pourrait-elle être présente dans la société si elle ne s’occupait que du spirituel ? » Pour le président de la République, « l’Église catholique doit rechercher un dialogue plus profond avec ses laïcs ».

Les catholiques pratiquants toujours plus à droite

Partons d’abord d’une analyse de l’hebdomadaire La Vie qui, sur les bases d’un sondage montre que les questions de mariage homosexuel et d’euthanasie ont certes influencé les catholiques pratiquants plus que la moyenne des électeurs, mais bien moins que ce qu’on avait pensé. Reste que pour 60% des catholiques pratiquants, ces questions ne sont pas si importantes. Selon le sondage Harris/La Vie, les débats sur le mariage homosexuel et l’euthanasie ont finalement joué un rôle « faible » sur leur vote au deuxième tour. Ce sondage est une illustration supplémentaire d’un vote catholique identitaire et bourgeois où la question de l’immigration et de la réduction de la dette joue un rôle plus important que les considérations éthiques. L’incidence des questions de société est importante, mais elle n’est pas centrale dans les motivations des catholiques.

Si vous avez le temps, il est intéressant, comme cela est proposé à la fin de l’article, de lire les Chroniques « Chrétiens en campagne »

Poursuivons cette analyse par l’article de René Poujol « Ne nous trompons pas de combat »

Il conclut son article par « Alors : oui, ne nous trompons pas de combat. Ne prenons pas le risque d’isoler un peu plus notre Eglise de la société française, en l’enfermant dans une logique d’affrontement et de contre-pouvoir. Ne dépensons pas plus d’énergie à dénoncer le mal qu’à nous associer au combat pour le bien. Les Français n’attendent pas des catholiques – à supposer qu’ils en attendent quelque chose… – qu’ils leurs fassent une fois de plus la morale, mais qu’ils marchent fraternellement à leur côté vers plus de justice. Et nous savons depuis Emmaüs que la route et le partage du pain peuvent être propices à bien des témoignages. »

Encore une analyse de François Vercelletto « Chrétien, citoyen et journaliste »

Il dit « Cela doit nous interroger sur plusieurs points. Vote-t-on à droite parce qu’on va à la messe ? ou Va-t-on à la messe parce qu’on vote à droite ? Dans la première hypothèse, cela signifierait que les valeurs de l’évangile, auxquelles on est censé adhérer quand on pratique, sont mieux représentées par la droite. Dans la seconde hypothèse, cela voudrait dire que l’on est plus porté à pratiquer quand on partage des idées de droite.

Il est vrai qu’en majorité, les évêques français ont demandé à leurs fidèles, plus ou moins explicitement (cf l’exemple de Mgr de Germiny, évêque de Blois) de donner la priorité aux questions éthiques : avortement, euthanasie, mariage homosexuel. Des points « non-négociables » selon l’épiscopat français. Très clairement, dans ces conditions, « un bon catholique » ne devait pas voter pour François Hollande.

Terminons par une analyse de Desiderius Erasme  « Les catholiques pratiquants ont voté… pour une erreur spirituelle »

On peut y lire « Si les catholiques peuvent être utiles à quelque chose, dorénavant, ce n’est pas en étant les dénonciateurs paniqués des dérives sociétales – ce qui ne fera que renforcer les extrêmes –, mais en croyant, en actes, aux ressources de vie qui habitent cette société, jusque dans ses recoins les plus fragiles, en œuvrant à leur mesure et dans leur proximité immédiate pour commencer, à des solutions concrètes. Il faut retrousser ses manches et ne pas tout attendre ni du Ciel ni de l’État ni d’un grand soir. »

On peut encore compléter par un article du blog des paroissiens progressistes. Mais heureusement que tous les catholiques ne sont pas autant à droite que Civitas. S’y est ajouté un nouvel article de Desiderius Erasme qui essaie de prendre un peu de recul pour faire une réflexion un peu plus sereine sur l’euthanasie. Il s’agit de l’éternel problème de l’éthique des principes et de l’éthique en situation. Mais aussi d’analyser les véritables motivations des décisions. L’humain et la liberté de conscience doivent rester les phares des décisions qui souvent, tout en n’étant pas bonnes dans l’absolu, sont les moins mauvaises possibles

Mais ne pourrait-on pas aussi dire qu’à force de prendre des positions conservatrices rigides qui ne prennent en aucune manière en compte les évolutions de la société, l’Eglise ne peut se retrouver que dans les idées de droite, voire pour certains de ses membres d’extrême droite et que ceux qui ne partagent pas cette orientation la quittent, ce qui ne fait que renforcer cette droitisation, mais avec le risque de se transformer en secte de purs et de durs qui n’interpelle plus la majorité de nos contemporains. Certains se posent la question  « Est-ce que l’Eglise ne devrait pas proposer une contre culture ? » Ce qui serait plus important, c’est d’entrer en dialogue avec le monde, sinon elle risque de devenir une sous culture, comme l’a déclaré Albert Rouet dans le monde daté du 4 avril 2010.  Il disait « L’Eglise est menacée de devenir une sous-culture. Ma génération était attachée à l’inculturation, la plongée dans la société. Aujourd’hui, le risque est que les chrétiens se durcissent entre eux, tout simplement parce qu’ils ont l’impression d’être face à un monde d’incompréhension. Mais ce n’est pas en accusant la société de tous les maux qu’on éclaire les gens. Au contraire, il faut une immense miséricorde pour ce monde où des millions de gens meurent de faim. C’est à nous d’apprivoiser le monde et c’est à nous de nous rendre aimables. »

(Les documents dont on fait référence, on peut y accéder en cliquant sur les phrases qui sont en rouge)

Rome assène la saine doctrine et condamne ceux qui ne s’y soumettent pas

La plus grande vertu du chrétien est l’obéissance au magistère. Si en nous laissant guider par notre conscience on voulait décider différemment que ce que nous dicte le magistère, qui lui est directement branché sur le Saint Esprit, il faudrait s’alarmer et réaliser que notre conscience est mal éduquée. Heureusement que nous avons le magistère, sinon nous irions à notre perdition !

Voici quelques saines lectures pour vous convaincre de cette affirmation (il suffit de cliquer sur les textes soulignés)

Benoît XVI exige l’obéissance des prêtres autrichiens. Mais est-ce que l’obéissance est encore une vertu ?

L’« Année de la foi » doit aussi devenir «l’Année du dialogue»

La Conférence des religieuses américaines invitée à renforcer ses bases doctrinales

Une liste de toutes les personnes sur lesquelles, directement ou indirectement, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a enquêté, qu’elle a sanctionnées, ou excommuniées sous Joseph Ratzinger 

Une liste de théologiens et de leaders spirituels qui ont été bannis, exclus ou interdits de parole sous Ratzinger 

Notre conscience nous dicte de protester contre ce genre d’agissement mais elle est sans doute mal éduquée. Il me semblait que la foi était libre ou elle n’est pas, que le message de l’Evangile est libérateur et non pas oppression des consciences

Pour plus d’expression démocratique dans l’Eglise

Lors des Semaines Sociales de France, une table ronde était organisée sur le thème « L’Eglise et la démocratie », avec comme intervenants Christine Pedotti et Laurent Villemin. On peut voir la vidéo.

Voici un extrait de l’intervention de Laurent Villemin où il propose cinq règles pour qu’il puisse y avoir plus d’expression démocratique dans l’Eglise, afin qu’elle puisse jouer son rôle et sa mission.

Règle 1 : Stimuler et permettre l’expression d’une opinion publique dans l’Eglise

Déjà Pie XII disait en 1950 : « L’Eglise est un corps vivant et il manquerait quelque chose à sa vie si l’opinion publique lui faisait défaut, défaut dont le blâme retomberait sur les pasteurs et sur les fidèles ». Les médias ont un rôle fondamental pour former l’opinion, pas pour la fabriquer, pour l’aider à faire exister la diversité dans l’Eglise.

Règle 2 : Favoriser la consultation et la réception

« Ce qui concerne tous et chacun en particulier, doit être approuvé par tous » (Code de droit canonique 1983, 119 – 3). Il y a 2 modes d’approbation :

Le mode positif : les conseils, les synodes et il faudrait encore créer d’autres modes d’expression dans l’Eglise. Le synode est un mode important, mais insuffisant.

L’approbation négative. Nombre de décisions prises par des Conciles ou par des papes n’ont jamais été reçus par le peuple de Dieu. Ne pas approuver une décision est aussi une manière d’exprimer le « sens de la foi ». Je n’invite pas à une résistance passive mais c’est une manière du peuple de Dieu de faire sentir ce qui lui paraît juste ou injuste, voire faux.

Règle 3 : Porter une attention aux petits et aux faibles

Il y a des gens qui de part leur état de pauvreté n’ont plus la possibilité d’avoir une voix et donc une majorité n’est plus en mesure de représenter toute une catégorie de la population. Or dans l’Evangile ces personnes sont premières. Cela doit réguler le mode de gouvernance dans l’Eglise.

Règle 4 : Accorder une place à la raison.

Qu’est ce qu’un fonctionnement démocratique si ce n’est la capacité d’entrer dans un débat délibératif, c’est-à-dire d’avoir une opinion, de l’expliciter, de l’élaborer et de la défendre. Aujourd’hui, dans l’Eglise, si nous avons tellement de mal à faire se répandre des processus démocratiques, ce n’est pas parce que le pape est mauvais, que les évêques sont méchants et que les prêtres sont des tyrans, mais le problème c’est que nous n’avons jamais été tellement formés à exprimer notre point de vue, avec des mots, à l’argumenter et à le défendre. Aujourd’hui beaucoup ont plutôt tendance à s’éloigner de cela, pour 2 raisons :

Le piétisme : Les gens disent « Ce qui est fondamental, c’est mon cœur à cœur avec Dieu, je ne vais pas lire des livres, encore moins faire de la théologie ou m’exprimer » Quand vous avez une dérive piétiste qui est une dérive de fuite de la raison argumentaire à cause d’une manière de concevoir la foi, cela va à l’encontre du débat et de la formation de l’opinion publique.

La position intimiste : Quand on dit « Le pape dit ce qu’il veut, mais moi je fais ce que je veux » et du coup il y a une démission, qu’on peut comprendre, mais qui est gravissime parce qu’elle éloigne le chrétien de la raison, c’est-à-dire de cet effort de dire « Si je ne suis pas d’accord, pourquoi est ce que je ne suis pas d’accord et comment est ce que je le vis ? »

Règle 5 : Faire confiance au débat et même au conflit

Le Christ a dit qu’il fallait aimer ses ennemis et pas qu’il ne fallait pas avoir d’ennemis. Pour pouvoir aimer ses ennemis, il faut avoir des ennemis. Il faut donc que les divergences puissent s’exprimer dans l’Eglise et nous avons tout intérêt à les exprimer. La non-expression des divergences est beaucoup plus néfaste à l’unité de l’Eglise que leur libre expression. Un document romain de 1971 dit « Le dialogue à l’intérieur de l’Eglise ne porte préjudice ni à son unité, ni à la solidarité entre croyants. Il peut donc favoriser, par le libre jeu des opinions, la rencontre des courants de pensée et la convergence des esprits. Toutefois, pour que le dialogue progresse, il est essentiel que règne la charité, même lorsque les points de vue divergent ». Oui à des pratiques démocratiques même si l’Eglise n’est pas une démocratie, pour que vive la charité.

Résolutions, réformes et crise dans l’Eglise catholique

Le cardinal Reinhard Marx , évêque de Trêves de 2001 à 2007, puis archevêque de Munich depuis 2007 et qui a été créé cardinal en novembre 2010 a été interviewé par le journal munichois Merkur.

Vue la manière dont fonctionne l’Eglise, vu le serment d’allégeance au pape des évêques, on ne peut pas attendre de révélations fracassantes. D’ailleurs, à plusieurs reprises il dit être en accord avec Benoît XVI avec ses affirmations. Analysons certaines de ses réponses. On y détecte d’abord une très grande prudence, ensuite l’énoncé de certaines évidences qui ont l’assentiment de la très grande majorité, puis l’évocation d’un certain nombre de problèmes mais en se gardant bien de proposer des solutions concrètes ce qui évite tout écueil de se faire critiquer.

Donnons quelques exemples

Le problème des divorcés remariés

« Nous ne devrions par uniquement restreindre notre réflexion à l’accès à la table eucharistique (C’est une évidence). Comment pouvons nous tolérer d’une façon ou d’une autre cette seconde union, sans d’un autre côté mettre en péril le principe de l’indissolubilité du mariage ? Cette problématique me préoccupe beaucoup et je n’ai pas de solution simple. Mais je peux vous assurer que j’en ai déjà parlé au saint Père. Et il faudra aussi en discuter dans l’église allemande » Bref on évoque un problème en maniant parfaitement la langue de bois.

Pourquoi tellement d’aversion face au changement ?

« J’ai toujours eu conscience que l’Eglise devait toujours se réformer. Non pas pour inventer une nouvelle Eglise, mais pour l’adapter aux nouvelles situations (C’est une évidence).  C’est pour cela que je ne peux absolument pas comprendre ceux qui disent qu’il ne faut absolument rien changer. Mais il n’y a pas unanimité sur la manière de réformer. Réformer ne signifie pas jeter pardessus bord la notion d’indissolubilité du mariage, le célibat des prêtres ou les vœux de ceux qui rentrent dans les ordres. La réforme ne signifie pas : comment faire des aménagements pour nous rendre la vie plus agréable ? Il s’agit  de se poser la question : comment vivre plus spirituellement et intensément l’Evangile ? » Encore la langue de bois et aucune proposition concrète.

La compréhension du mot dialogue est aussi une question de définition. Le dialogue avec les laïcs n’est-il pas source d’irritation, car la conception hiérarchique de l’Eglise ne laisse aucune place au dialogue ?

« Tous, que ce soient les évêques, les prêtres ou l’ensemble des croyants, sont subordonnés à la parole de Dieu et à la foi de l’Eglise. Et ceci n’est pas négociable, car nous ne sommes pas les maîtres de la foi et de l’Eglise. L’Eglise n’est pas une association où c’est l’assentiment de la majorité qui puisse changer quelque chose. Cela insécurise aussi le pape, à savoir que toutes ces discussions au fond sont perçues comme un processus politique et qu’après il y a des déceptions parce que pour établir un plan de gouvernement dans l’Eglise, ce qui a été discuté ne fasse pas l’objet d’une procédure législative. »

Bref tout est verrouillé  parce que tout ce qui se passe dans l’Eglise, c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. Eventuellement on lui donne un coup de pouce en se déclarant infaillible. Mais pas un soupçon  d’une culture du dialogue à l’intérieur de l’Eglise et d’un fonctionnement un peu plus démocratique. On pourrait parodier la phrase du gouvernement de Corée du Nord « Que tous ces chefs de gouvernements qui se font des illusions, sachent que rien ne changera en Corée du Nord »

Tous différents mais ensemble avec nos différences

Voici un article que j’ai écrit pour SarrEglise.com, qui paraîtra en janvier 2012

On entend souvent dire de la part de vagues croyants ne croyant plus : « Ah ! S’il ne pouvait y avoir qu’une seule religion qui rassemblerait toutes les autres, que ce serait bien ! » Eh bien non ! Ce ne serait pas si confortable si nous étions tous sur le même modèle de pensée et de croire. Il vaut mieux revendiquer la différence qui est fondamentalement biblique depuis le livre de la Genèse. Tous différents, oui ! Et grâce à cette différence, nous aurons le plaisir à rencontrer l’autre, à le connaître, à le découvrir dans sa pensée et dans sa culture. Grâce à cette différence, nous allons apprendre à l’écouter et cette écoute va nous enrichir intérieurement.

Le Christ Jésus, au fil des pages de l’Evangile où nous chrétiens puisons ce qui fait l’essence de notre vie intérieure, nous montre que la rencontre avec l’autre, quel qu’il soit, est porteuse de fruits. Combien n’a-t-il pas rencontré de «païens» (c’est à dire dans le langage de l’époque, de personnes qui croyaient en d’autres divinités que le Dieu Unique), d’hérétiques (Les samaritains et La Samaritaine en particulier qui est la figure même du dialogue interreligieux). Voilà ce que représente « l’Esprit d’Assise » : tous différents mais ensemble avec nos différences, en chemin vers Celui qui nous a créés et qui est à l’origine de toutes choses et à la fin de toutes choses.

Il ne s’agit pas de basculer dans un syncrétisme quelconque, mais de rejoindre l’autre, là où il est et faire un bout de chemin ensemble. Parce que Dieu, un jour, nous a accueillis d’un Amour inconditionnel, telle que nous étions, alors nous sommes aussi appelés, en tant que chrétiens, à faire de même et à accueillir tout homme, toute femme, toute enfant, tout adolescent, toute personne âgée, d’ici ou d’ailleurs, d’une manière inconditionnelle. Et à être auprès de chacun, témoin vivant de l’Amour de Dieu.

En de nombreux endroits à travers le monde, des initiatives ont été prises de rencontres de prière pour la paix. Ce qui est important aussi, c’est le vivre ensemble, faire des actions communes, apprendre à se connaître et dialoguer. Certes, nous constatons à l’usage que le dialogue est plus difficile à pratiquer qu’à préconiser. Il suppose d’abord que les interlocuteurs acceptent de se situer sur un pied d’égalité. Entrer en dialogue, c’est s’exposer à la parole de l’autre; c’est laisser venir à soi des questions qui risquent d’ébranler des certitudes acquises. Le dialogue nous conduit à entendre une vérité différente de la nôtre, et cette confrontation peut constituer pour notre cohérence spirituelle une épreuve redoutable. Les deux partenaires ne tardent pas à s’apercevoir que le dialogue est faussé aussi longtemps que chacun cherche à convertir l’autre à ses propres vues. Quiconque s’engage à fond dans l’expérience du dialogue découvre au surplus que celui-ci ne se réduit pas à un échange de discours. Entendre en vérité la «parole» de l’autre, c’est se laisser questionner par son existence tout entière, sa manière de vivre, ses solidarités naturelles, ses références éthiques, la lumière et la force qu’il tire de ses croyances. Or ceux parmi les chrétiens qui sont allés le plus loin dans cette voie finissent par tenir des propos étonnamment modestes. Précisons néanmoins que dialoguer ne signifie pas être d’accord avec tout ce qui est dit. Et il est important que chaque partenaire ait préalablement pris la mesure de sa position et de la tradition qu’il assume. Faute d’un enracinement reconnu comme tel de part et d’autre, le dialogue se réduirait à un échange verbal et se solderait par une connivence dans la médiocrité.

 

Lettre ouverte à Mgr Descubes

Nous, laïcs chrétiens du diocèse de Rouen, nous prenons à notre compte et nous venons porter vers vous les questions et l’interpellation lancées à notre Église par les prêtres du diocèse qui, dans la suite des prêtres autrichiens, ont écrit un “Appel à la désobéissance… pour une plus grande obéissance à l’évangile”. Ils ajoutent aussi “qu’ils veulent une Église qui soit à l’écoute des besoins et des attentes des hommes d’aujourd’hui, une Église solidaire des pauvres et des exclus”.

Si nous prenons au sérieux l’enseignement du Concile sur la vocation universelle des baptisés, la situation de nos petites communautés dispersées, le fait qu’il y a davantage de laïcs engagés et formés, capables de responsabilités, il nous paraît urgent de nous engager nous aussi dans cette démarche, en tant que laïcs, pour faire évoluer l’ Église catholique à laquelle nous sommes attachés. Celle-ci nous semble trop frileuse et manquer d’audace pour trouver les moyens de répondre aux besoins du peuple chrétien et du monde d’aujourd’hui.

Le Synode a souhaité « la reconnaissance de ministères confiés à des fidèles laïcs pour répondre à la situation actuelle de l’ Église diocésaine » (IV.15). Mais il convient d’aller beaucoup plus loin et plus vite par rapport à ce qui est proposé, afin que laïcs et prêtres soient collectivement responsables de l’animation des communautés chrétiennes. Celles-ci doivent en effet pouvoir partager partout et toujours la Parole, le Pain et le Vin.

On imagine par exemple une communauté urbaine ou rurale, privée d’eucharistie et de partage d’évangile, qui pourrait se réunir, proposer le nom d’une ou deux personnes, hommes ou femmes d’expérience, mariés ou célibataires, pour un ministère au service de la communauté et ce serait à l’évêque de valider cette proposition. Sans nier la valeur du célibat consacré choisi librement par ceux qui envisagent de devenir prêtres, nous souhaitons que l’Église latine réfléchisse dès aujourd’hui à l’ordination de ministres de l’Eucharistie et de la Parole sur des bases plus larges, comme cela se fait dans les Églises orientales et les autres Églises chrétiennes.

Nous souhaitons aussi que l’on dynamise fortement l’appel de diacres permanents, trop peu nombreux aujourd’hui, en particulier dans notre diocèse. C’est un acquis de Vatican II insuffisamment exploité actuellement.

Nous souhaitons que l’on reconnaisse à des laïcs baptisés, hommes et femmes compétents, le droit de faire des homélies, pratique qui s’est répandue avec bonheur après Vatican II et qui est aujourd’hui remise en cause. Beaucoup y sont préparés par les formations reçues au diocèse.

Nous souhaitons également que l’Église cesse de refuser l’eucharistie aux fidèles divorcés-remariés au nom d’une discipline qui fait souffrir inutilement. Chacun sait d’ailleurs qu’heureusement de nombreux prêtres, en conscience, s’écartent des directives canoniques.

Enfin, il est vital d’établir un vrai dialogue entre prêtres et laïcs, entre chrétiens de tendances différentes, voire opposées, car il est urgent de faire entendre à nos contemporains une parole plus soucieuse de promouvoir une Bonne Nouvelle que d’édicter des règles de morale, dont beaucoup sont incompréhensibles et le plus souvent inappliquées.

Nous partageons l’inquiétude de Gérard Bessière, prêtre, qui écrit le 18 octobre 2011 :

« Des milliers de chrétiens ‘ s’en vont sur la pointe des pieds’ sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes(…). N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ? »

Oui, nous sommes de ceux qui souhaitent une Église à l’écoute des besoins et des attentes des hommes et des femmes d’aujourd’hui, une Église solidaire des pauvres et des exclus.

Publié sur le site de Jonas http://groupes-jonas.com/?Lettre-ouverte-a-Mgr-Descubes

Des transgressions légitimes ?

   L’ « Appel à la désobéissance » lancé le 19 juin de cette année par un groupe de prêtres autrichiens n’a pas fini de provoquer  des remous, adhésions et condamnations. Le cardinal Schönborn, l’archevêque de Vienne, tout en étant soucieux d’éviter des divisions dans son Église, a eu comme première réaction de dialoguer avec les prêtres en question. Il est suffisamment lucide pour savoir que les sept points contenus dans l’ « Appel à la désobéissance » rejoignent les convictions et, sur certains points,  la pratique de nombreux prêtres, et pas seulement en Autriche.

   Quels sont les points plus « sensibles » ? – Ne plus refuser la communion aux croyants divorcés remariés ou qui appartiennent à d’autres églises chrétiennes. – Appeler « Célébration eucharistique sans prêtre » les célébrations avec distribution de la communion. – Ne plus tenir compte de l’interdiction de prêcher fait aux laïcs formés et aux professeures de religion (Religionslehrerinnen). – Changer l’image du prêtre pour que chaque paroisse puisse avoir un responsable, homme ou femme, marié ou non. – S’exprimer publiquement en faveur de l’ordination à la prêtrise de femmes et d’hommes mariés.

   Pour les « acteurs de terrain », ces points n’ont rien de surprenant. Si les titres de la presse ont parlé d’un « vent de rébellion », les commentaires soulignent qu’ils jouissent d’un « large soutien dans l’opinion » – en tout cas dans nos pays.

   L’initiateur du mouvement, Helmut Schüller, ancien vicaire général de l’évêque, curé d’une des paroisses de Vienne, s’est expliqué sur  ce qui a motivé cet Appel. Le préambule du texte est clair : « Le refus de Rome d’adopter des réformes depuis longtemps nécessaires et l’inaction des évêques ne permettent pas seulement, mais exigent que nous suivions notre conscience et que nous agissions de manière autonome ».

   Dans l’actuelle tendance au recentrage qui domine au Vatican, on peut comprendre que, pour un nombre croissant de prêtres, il devenait impératif, en conscience, non seulement d’adopter des pratiques transgressant les règles officielles, mais de les afficher, pour amener, si possible  la hiérarchie catholique à accepter officiellement des changements déjà largement entrés dans les faits. En effet, sur le terrain, l’application sans discernement des règles en vigueur peut en certains cas blesser gravement des personnes et des communautés et les éloigner de la communion ecclésiale.

   Dans les sociétés en changement rapide comme les nôtres, le droit est souvent en retard sur les faits. Mais l’initiative des innovations provient rarement des autorités en place. Les modifications du droit sont généralement précédées par l’introduction de « coutumes contraires au droit ». Ces « transgressions » s’introduisent à la faveur d’une tolérance tacite des autorités, même si celles-ci, périodiquement, jugent nécessaire de rappeler les règles. Jusqu’au jour où il devient impératif de les modifier. Jusque là, « faites-le, mais ne demandez pas ma bénédiction ».

     Les auteurs de l’Appel invoquent un devoir de conscience.  Peut-être est-il bon de rappeler qu’il existe en la matière une série de critères généralement admis. Je les évoque rapidement : – la reconnaissance d’un état de besoin qui n’est pas le fait d’un individu, mais d’une communauté ;  – la volonté d’être fidèle à l’Esprit, ce qui se traduit en pratique par la disponibilité à adopter des solutions meilleures ;-  le souci de rester cohérent avec la visée  initiale ; – enfin, la volonté de sauvegarder la communion, quitte à accepter de passer par une phase conflictuelle. 

   De tels choix de transgression comportent des risques. Y compris celui de l’échec. En un temps où l’avenir du christianisme à l’occidentale est plein d’obscurités, la prise de risque est nécessaire. C’est là qu’intervient le critère finalement décisif : l’innovation qui transgresse les règles en vigueur sera-t-elle ou non « reçue » dans l’Eglise ? Cela demande parfois du temps. Sur ce point, nous ne pouvons que faire confiance à la sagesse de ceux et celles qui nous suivront et « recevront », ou non, nos essais plus ou moins tâtonnants.              (Paul Tihon, prêtre jésuite, théologien)

.                    Paru dans le journal « La libre Belgique » du 16 Novembre2011

Hans Kung, interviewé par la Passauer Neue Presse

Le théologien et critique de l’Eglise de Tubingen, Hans Kung ne croit plus à des progrès possibles dans le domaine de l’œcuménisme aussi longtemps que Benoît XVI sera pape. C’est ce qu’il expliqua lors d’une interview qu’il a accordée à la Passauer Neue Presse, le journal local de Passau, petite ville de Bavière sur la frontière avec l’Autriche, aux confluents du Danube et de l’Inn. Voici le texte original en allemand http://www.pnp.de/nachrichten/heute_in_ihrer_tageszeitung/politik/244439_Hans-Kueng-im-PNP-Interview.html et j’en ai fait une traduction

Monsieur le professeur Kung, vous êtes considéré depuis des décennies comme le critique de l’Eglise le plus connu. Pourquoi êtes-vous toujours encore membre de l’Eglise ?

Je ne suis pas dans l’Eglise à cause de la curie romaine, mais à cause de l’évangile qui est annoncé dans cette Eglise et duquel on vit malgré tous les problèmes. Et aussi parce que dans ma théologie ce qui compte c’est l’Eglise en tant que communauté des croyants et pas l’Eglise en tant que hiérarchie.

En 1979 Jean Paul II vous a retiré votre chaire d’enseignement. Cela non plus ne vous a pas découragé ?

Les quatre mois qui ont suivi furent les plus pénibles de ma vie et je suis content d’y avoir survécu d’une façon indemne. Je connais des collègues que cela a brisés. Mais pour moi cela s’est avéré profitable. En effet à cause de cela j’ai pu avoir une chaire que ne dépendait plus de la faculté de théologie catholique. Cela m’a donné une nouvelle liberté dont je me suis amplement servi.

Vous venez maintenant pour une rencontre ayant pour titre « Peut-on encore sauver l’Eglise ? » Tel est aussi le titre de votre dernier livre. Vous dites que l’Eglise est sérieusement malade. De quoi souffre-t-elle ?

Elle souffre de l’oppression du système romain. C’est un système moyenâgeux qui s’est imposé à l’Eglise au 11e siècle lors de la réforme de Grégoire VII. Depuis nous avons le papisme, une papauté exercée d’une manière absolue, un cléricalisme forcené et l’obligation du célibat. L’Eglise catholique a vécu précédemment pendant 1000 ans sans tout cela et pourrait survivre sans tout cela.

Votre livre se termine par la phrase « Je n’ai pas abandonné l’espoir que l’Eglise survivra ». Sur quoi fondez-vous cet espoir ?

Je fonde mon espoir sur le message chrétien lui-même auquel adhéreront à coup sûr toujours des croyants. La question est vers quelle forme cette communauté évoluera-t-elle. Suite à toutes les expériences négatives, cela n’est pas très clair.

Dans votre livre vous faite aussi allusion à Karl Rahner qui parle de l’hibernation de l’Eglise. Vous attestez ce temps de glaciation de l’Eglise. D’après le calendrier, après chaque hiver il y a un printemps. Quelle température avons-nous actuellement ?

Je suis malheureusement obligé de dire, qu’après la visite du pape, nous ne sommes pas encore arrivés au printemps. Bien au contraire. Mon diagnostic de l’état de l’Eglise s’est confirmé et beaucoup qui attendaient une réforme et des progrès dans le domaine de l’œcuménisme ont été amèrement déçus. Nous devons donc attendre et observer ce qui peut germer d’en bas et pas ce qu’il pourrait pleuvoir d’en haut. Certes compte la devise du voyage papal « Là où est Dieu, là est l’avenir », mais malheureusement dans la réalité, ce qui compte aussi est « Là où est le pape, là est le passé ».

Vous comptez aussi sur le soutien, venant des communautés ecclésiales et des espaces publics élargis, d’évêques ouverts au dialogue. Qu’en est-il à ce niveau là ?

Je pense que beaucoup d’évêques ont de la sympathie pour ces positions que je ne suis pas le seul à défendre. Et, s’ils étaient libres, ils les exprimeraient aussi publiquement. Mais pour le moment cela ne m’a pas encore réussi à faire bouger un évêque pour qu’enfin il dise publiquement quelle est la situation dans les diocèses, qu’il n’est plus possible de continuer ainsi et qu’on devrait s’attaquer à des réformes dont la réalisation a été repoussée depuis des décennies et pour certaines depuis des siècles.

En Autriche pas mal de prêtres ont, à l’initiative de Helmut Schuller ancien vicaire général de Vienne, appelé à la « désobéissance » vis-à-vis de Rome. Ceci pourrait-il mettre un processus en mouvement ?

Je pense que cette initiative compte, dans l’espace linguistique allemand, énormément de sympathisants.  J’ose espérer que beaucoup de prêtres se joindront à cette initiative. On a discuté pour savoir s’il fallait qualifier cela de désobéissance. Personnellement je n’ai aucune objection à faire. Il faut plus obéir à Dieu qu’aux hommes. C’est avec raison qu’Helmut Schuller, qui est très connu et estimé en Autriche, a dit qu’il fallait faire savoir publiquement que pas mal de réformes qu’il demandait sont déjà appliquées dans la pratique dans les paroisses. Beaucoup tiennent à ce que ce soient des laïcs qui font la prédication et distribuent aussi la communion à des divorcés ou des personnes qui ont quitté l’Eglise. Ce que dit Rome, en particulier que c’est la volonté de Dieu que les femmes ne puissent pas être ordonnées prêtres, ne peut pas être prouvé théologiquement.

Vous êtes contre la prétention à la domination absolue du pape et parlez même d’une « poutinisation » de l’Eglise, d’une dictature absolutiste à laquelle manque singulièrement la tolérance. A quels faits concrets faites vous là allusion ?

J’ai dit que la dictature de l’absolutisme a été utilisée comme réponse au slogan de la dictature du relativisme. C’est un paradoxe que le cardinal Ratzinger dans son allocution avant l’élection pontificale ait parlé de la dictature du relativisme, alors que tout le monde sait que le pape est le dernier monarque absolu du monde occidental. En ce qui concerne la poutinisation j’ai clairement dit que je ne comparais pas le saint père au chef d’état russe qui n’est pas du tout saint. Je connais la différence et je me suis toujours gardé de médire sur la personne de Joseph Ratzinger. J’ai du respect pour lui et je sais que cela est réciproque. Mais il est évident que structurellement il existe des parallèles entre les deux systèmes. En l’occurrence, le chef de l’administration la plus secrète du Vatican, à savoir la congrégation pour la doctrine de la foi, dont l’inquisition est l’ancêtre, est devenu pape. Jusqu’à son élection cela était inimaginable. Mais cela s’est passé. Le pape n’a malheureusement pas réuni autour de lui les gens les plus compétents pour conduire l’Eglise durant ces temps critiques. Il a sollicité ses anciens collaborateurs de cette administration secrète. Il a partout installé dans les postes clés des personnes qui à un moment donné ou à un autre ont travaillé pour la congrégation pour la doctrine de la foi. De fait nous avons de nouveau le même type de combines secrètes qu’autrefois. Par exemple le problème de la pédophilie est aussi le problème de l’étouffement de ces affaires. Ces combines secrètes sont aussi la marque de fabrique des décisions qui sont prises pour gouverner. Par exemple on se comporte vis-à-vis des synodes des évêques comme Poutine se comporte vis-à-vis de la Douma. Personne n’a rien à dire. On peut se poser la question comment tout cela peut continuer ainsi quand à la tête il y a un homme qui a encore plus de pouvoir que Poutine, puisqu’il concentre en ses mains à la fois les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires et qu’il les utilise pour promouvoir la restauration du système ante-conciliaire.