Le printemps arabe est un défi pour la foi chrétienne

Voici un extrait d’un article écrit par Marius Morin, citoyen du Québec. Formation en Pédagogie, Philosophie, Théologie, Counseling. Le Counseling se définit comme une relation interpersonnelle d’écoute active, d’aide et de soutien Expérience de travail en Colombie et au Pérou. Retraité toujours interpelé par l’actualité. Cet article est publié sur le site Culture et Foi

Le constat que nous pouvons faire, devant cette prise (crise) de conscience des peuples, est qu’aucune religion n’échappera à ce phénomène. On a appelé cela le phénomène de la sécularisation, tantôt de la laïcisation, ou encore de la modernité. De plus en plus, on sort les religions de l’espace public  pour les reléguer à l’espace privé. Depuis la deuxième guerre mondiale et l’avènement des Nations Unies, l’espace public est celui de la raison commune, des chartes de droits et libertés qui régissent les lois civiles votées par l’obtention d’une majorité de votes, qu’on appelle la volonté démocratique d’un peuple.

Mais quelle leçon pouvons-nous retenir pour le christianisme de demain? Il y aura un effondrement de la foi chrétienne si celle-ci se limite à un système étouffant de pratiques, de croyances et de rites religieux. Les chrétiens et chrétiennes croyants et convaincus devront, et souvent à regret, se libérer des autorités religieuses pour conquérir une liberté de pensée et de parole. L’Église catholique, comme institution de pouvoir,  deviendra minoritaire dans un monde de plus en plus sécularisé en Amérique Latine, en Afrique et en Asie.

Cependant quand je parle de l’Église, je ne parle pas du christianisme. Le christianisme s’est répandu en dehors de l’Église catholique. On a qu’à penser aux valeurs de la révolution française de « liberté, égalité et fraternité ». Ce sont des valeurs chrétiennes. Elles sont issues du christianisme, c’est-à-dire de l’Évangile. Ces valeurs ont mûri en dehors de l’Église où les autorités religieuses ne leur avaient pas donné droit de cité. La liberté, l’égalité, la fraternité, la solidarité, la compassion, appelons-les comme on veut, sont des idées chrétiennes, des valeurs évangéliques. En réalité, c’est un christianisme hors religion qui survivra. Ce sont ces valeurs républicaines portées par le christianisme qui structureront  notre vivre ensemble dans les années à venir.

La nouvelle évangélisation ne doit jamais devenir une reconquête de l’espace public, mais la promotion de ces valeurs démocratiques (d’inspiration chrétienne) dans le monde sécularisé. Ce sont des fruits que le christianisme a porté hors de l’Église et qu’elle n’a pas su s’approprier en temps et lieu. Malheureusement, il y a encore trop de droits humains bafoués dans l’Église catholique. Par exemple, les chrétiens devraient pouvoir participer aux nominations des principaux ministres évêques et prêtres; avoir accès aux ministères ecclésiaux qu’ils soient hommes mariés ou femmes; être respectés en tout temps dans leur liberté de conscience prévalant sur toutes directives ecclésiales; que ceux et celles, qui vivent de manière responsable l’amour et la fidélité  en couples de même sexe ou divorcés-remariés, ne soient plus exclus de la communion eucharistique, etc.?

Le défi de l’heure pour le christianisme est la déshumanisation qui règne un peu partout dans les sociétés du monde. Les oligarchies politiques, militaires et financières de droite luttent de toutes leurs forces contre les États socialistes qui prônent plus d’équité, plus de justice, plus d’emplois, plus de fraternité, plus d’engagement envers les pauvres, les malades, les handicapés, les aînés et les travailleurs. Comme chrétiens et chrétiennes mettons tous nos efforts non pas à sauver l’institution de l’Église, mais à faire vivre ces valeurs évangéliques dans un monde sécularisé où elles sont continuellement menacées. Voilà le défi qui nous attend.

Noël à l’envers par Mgr Jacques Gaillot

En 2009, Jacques Gaillot avait écrit ce texte de réflexion sur la façon de fêter Noël. Ce texte est toujours d’actualité et fait contrepoint à la conception de Noël dans notre société de consommation

Pourquoi ne pas le dire ? J’ai du mal à fêter Noël parce que Noël fait mal à ceux qui arrivent d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Asie, de tous les pays où on manque de pain, de paix, de liberté. Parce que Noël fait mal à tous ceux qui n’ont pas de travail, à ceux qui sont seuls, à ceux qui sont démunis.

Noël fait mal, parce qu’on étale de la richesse, parce qu’on gaspille, parce qu’on confond la fête avec l’abondance. Etalage insolent de notre civilisation enfermée sur elle-même, qui ne veut pas regarder les autres hommes. Pas de place à l’hôtellerie. Attention de ne pas fêter Noël à l’envers: du côté de ceux qui ont refusé Dieu.

Noël, c’est un Dieu pauvre. Un Enfant des pauvres. C’est Dieu qui risque sa vie, un marginal, un traqué. C’est Dieu-avec-nous dans le dénuement. Ce Dieu est-il encore notre Dieu ? C’est notre vie qui répond. Sommes-nous solidaires de ceux qui n’ont pas ? Puisons-nous notre joie dans l’amour qui est toujours indigent et qui veut toujours donner ? Savons-nous toujours recevoir ce que nous offrent les pauvres ? Noël nous ramène à l’essentiel. Ce n’est pas d’être riche, ce n’est pas d’avoir tout ce qu’il faut. Ce n’est pas d’être bien considéré, garanti contre tout et bien calfeutré dans une petite vie bien tranquille. Noël c’est aimer : à la maison, à l’école, dans le quartier, à l’atelier, au bureau, dans les activités qui tissent la vie, depuis l’association des parents d’élèves au syndicat, au parti politique.

Même si c’est difficile, même si on ne voit pas pour qui on lutte. Noël c’est aussi la nuit, l’isolement, le petit nombre, l’absence d’efficacité. Noël c’est aimer large, vers le Tiers monde, vers toute l’humanité si on pouvait.

Et Noël pour l’Eglise ? Elle est en crise, dit-on. Certains se plaisent à le souligner. Elle perd sa puissance d’autrefois. Elle cherche dans l’obscurité la route de Bethléem. Elle aussi connaîtra le dépouillement. Mais ce sera pour renaître, pauvre avec son Dieu pauvre, riche de l’essentiel, riche du seul Evangile.

Dans la foule des hommes et des femmes, qu’ils soient chrétiens ou qu’ils ne le soient pas, il y a des êtres qui cherchent, qui veulent une humanité plus humaine et qui se prête â Dieu. Puissions-nous tous être de ces hommes de l’Essentiel, des marcheurs de la nuit de Noël. Est-ce que Noël nous fait mal à nous aussi ? Peut-t-on alors dire que Dieu bouge en nous ? Le Dieu de Noël nous dérange. Il nous presse. C’est une joie qui brûle.

Tous différents mais ensemble avec nos différences

Voici un article que j’ai écrit pour SarrEglise.com, qui paraîtra en janvier 2012

On entend souvent dire de la part de vagues croyants ne croyant plus : « Ah ! S’il ne pouvait y avoir qu’une seule religion qui rassemblerait toutes les autres, que ce serait bien ! » Eh bien non ! Ce ne serait pas si confortable si nous étions tous sur le même modèle de pensée et de croire. Il vaut mieux revendiquer la différence qui est fondamentalement biblique depuis le livre de la Genèse. Tous différents, oui ! Et grâce à cette différence, nous aurons le plaisir à rencontrer l’autre, à le connaître, à le découvrir dans sa pensée et dans sa culture. Grâce à cette différence, nous allons apprendre à l’écouter et cette écoute va nous enrichir intérieurement.

Le Christ Jésus, au fil des pages de l’Evangile où nous chrétiens puisons ce qui fait l’essence de notre vie intérieure, nous montre que la rencontre avec l’autre, quel qu’il soit, est porteuse de fruits. Combien n’a-t-il pas rencontré de «païens» (c’est à dire dans le langage de l’époque, de personnes qui croyaient en d’autres divinités que le Dieu Unique), d’hérétiques (Les samaritains et La Samaritaine en particulier qui est la figure même du dialogue interreligieux). Voilà ce que représente « l’Esprit d’Assise » : tous différents mais ensemble avec nos différences, en chemin vers Celui qui nous a créés et qui est à l’origine de toutes choses et à la fin de toutes choses.

Il ne s’agit pas de basculer dans un syncrétisme quelconque, mais de rejoindre l’autre, là où il est et faire un bout de chemin ensemble. Parce que Dieu, un jour, nous a accueillis d’un Amour inconditionnel, telle que nous étions, alors nous sommes aussi appelés, en tant que chrétiens, à faire de même et à accueillir tout homme, toute femme, toute enfant, tout adolescent, toute personne âgée, d’ici ou d’ailleurs, d’une manière inconditionnelle. Et à être auprès de chacun, témoin vivant de l’Amour de Dieu.

En de nombreux endroits à travers le monde, des initiatives ont été prises de rencontres de prière pour la paix. Ce qui est important aussi, c’est le vivre ensemble, faire des actions communes, apprendre à se connaître et dialoguer. Certes, nous constatons à l’usage que le dialogue est plus difficile à pratiquer qu’à préconiser. Il suppose d’abord que les interlocuteurs acceptent de se situer sur un pied d’égalité. Entrer en dialogue, c’est s’exposer à la parole de l’autre; c’est laisser venir à soi des questions qui risquent d’ébranler des certitudes acquises. Le dialogue nous conduit à entendre une vérité différente de la nôtre, et cette confrontation peut constituer pour notre cohérence spirituelle une épreuve redoutable. Les deux partenaires ne tardent pas à s’apercevoir que le dialogue est faussé aussi longtemps que chacun cherche à convertir l’autre à ses propres vues. Quiconque s’engage à fond dans l’expérience du dialogue découvre au surplus que celui-ci ne se réduit pas à un échange de discours. Entendre en vérité la «parole» de l’autre, c’est se laisser questionner par son existence tout entière, sa manière de vivre, ses solidarités naturelles, ses références éthiques, la lumière et la force qu’il tire de ses croyances. Or ceux parmi les chrétiens qui sont allés le plus loin dans cette voie finissent par tenir des propos étonnamment modestes. Précisons néanmoins que dialoguer ne signifie pas être d’accord avec tout ce qui est dit. Et il est important que chaque partenaire ait préalablement pris la mesure de sa position et de la tradition qu’il assume. Faute d’un enracinement reconnu comme tel de part et d’autre, le dialogue se réduirait à un échange verbal et se solderait par une connivence dans la médiocrité.

 

Lettre ouverte à Mgr Descubes

Nous, laïcs chrétiens du diocèse de Rouen, nous prenons à notre compte et nous venons porter vers vous les questions et l’interpellation lancées à notre Église par les prêtres du diocèse qui, dans la suite des prêtres autrichiens, ont écrit un “Appel à la désobéissance… pour une plus grande obéissance à l’évangile”. Ils ajoutent aussi “qu’ils veulent une Église qui soit à l’écoute des besoins et des attentes des hommes d’aujourd’hui, une Église solidaire des pauvres et des exclus”.

Si nous prenons au sérieux l’enseignement du Concile sur la vocation universelle des baptisés, la situation de nos petites communautés dispersées, le fait qu’il y a davantage de laïcs engagés et formés, capables de responsabilités, il nous paraît urgent de nous engager nous aussi dans cette démarche, en tant que laïcs, pour faire évoluer l’ Église catholique à laquelle nous sommes attachés. Celle-ci nous semble trop frileuse et manquer d’audace pour trouver les moyens de répondre aux besoins du peuple chrétien et du monde d’aujourd’hui.

Le Synode a souhaité « la reconnaissance de ministères confiés à des fidèles laïcs pour répondre à la situation actuelle de l’ Église diocésaine » (IV.15). Mais il convient d’aller beaucoup plus loin et plus vite par rapport à ce qui est proposé, afin que laïcs et prêtres soient collectivement responsables de l’animation des communautés chrétiennes. Celles-ci doivent en effet pouvoir partager partout et toujours la Parole, le Pain et le Vin.

On imagine par exemple une communauté urbaine ou rurale, privée d’eucharistie et de partage d’évangile, qui pourrait se réunir, proposer le nom d’une ou deux personnes, hommes ou femmes d’expérience, mariés ou célibataires, pour un ministère au service de la communauté et ce serait à l’évêque de valider cette proposition. Sans nier la valeur du célibat consacré choisi librement par ceux qui envisagent de devenir prêtres, nous souhaitons que l’Église latine réfléchisse dès aujourd’hui à l’ordination de ministres de l’Eucharistie et de la Parole sur des bases plus larges, comme cela se fait dans les Églises orientales et les autres Églises chrétiennes.

Nous souhaitons aussi que l’on dynamise fortement l’appel de diacres permanents, trop peu nombreux aujourd’hui, en particulier dans notre diocèse. C’est un acquis de Vatican II insuffisamment exploité actuellement.

Nous souhaitons que l’on reconnaisse à des laïcs baptisés, hommes et femmes compétents, le droit de faire des homélies, pratique qui s’est répandue avec bonheur après Vatican II et qui est aujourd’hui remise en cause. Beaucoup y sont préparés par les formations reçues au diocèse.

Nous souhaitons également que l’Église cesse de refuser l’eucharistie aux fidèles divorcés-remariés au nom d’une discipline qui fait souffrir inutilement. Chacun sait d’ailleurs qu’heureusement de nombreux prêtres, en conscience, s’écartent des directives canoniques.

Enfin, il est vital d’établir un vrai dialogue entre prêtres et laïcs, entre chrétiens de tendances différentes, voire opposées, car il est urgent de faire entendre à nos contemporains une parole plus soucieuse de promouvoir une Bonne Nouvelle que d’édicter des règles de morale, dont beaucoup sont incompréhensibles et le plus souvent inappliquées.

Nous partageons l’inquiétude de Gérard Bessière, prêtre, qui écrit le 18 octobre 2011 :

« Des milliers de chrétiens ‘ s’en vont sur la pointe des pieds’ sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes(…). N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ? »

Oui, nous sommes de ceux qui souhaitent une Église à l’écoute des besoins et des attentes des hommes et des femmes d’aujourd’hui, une Église solidaire des pauvres et des exclus.

Publié sur le site de Jonas http://groupes-jonas.com/?Lettre-ouverte-a-Mgr-Descubes

Des transgressions légitimes ?

   L’ « Appel à la désobéissance » lancé le 19 juin de cette année par un groupe de prêtres autrichiens n’a pas fini de provoquer  des remous, adhésions et condamnations. Le cardinal Schönborn, l’archevêque de Vienne, tout en étant soucieux d’éviter des divisions dans son Église, a eu comme première réaction de dialoguer avec les prêtres en question. Il est suffisamment lucide pour savoir que les sept points contenus dans l’ « Appel à la désobéissance » rejoignent les convictions et, sur certains points,  la pratique de nombreux prêtres, et pas seulement en Autriche.

   Quels sont les points plus « sensibles » ? – Ne plus refuser la communion aux croyants divorcés remariés ou qui appartiennent à d’autres églises chrétiennes. – Appeler « Célébration eucharistique sans prêtre » les célébrations avec distribution de la communion. – Ne plus tenir compte de l’interdiction de prêcher fait aux laïcs formés et aux professeures de religion (Religionslehrerinnen). – Changer l’image du prêtre pour que chaque paroisse puisse avoir un responsable, homme ou femme, marié ou non. – S’exprimer publiquement en faveur de l’ordination à la prêtrise de femmes et d’hommes mariés.

   Pour les « acteurs de terrain », ces points n’ont rien de surprenant. Si les titres de la presse ont parlé d’un « vent de rébellion », les commentaires soulignent qu’ils jouissent d’un « large soutien dans l’opinion » – en tout cas dans nos pays.

   L’initiateur du mouvement, Helmut Schüller, ancien vicaire général de l’évêque, curé d’une des paroisses de Vienne, s’est expliqué sur  ce qui a motivé cet Appel. Le préambule du texte est clair : « Le refus de Rome d’adopter des réformes depuis longtemps nécessaires et l’inaction des évêques ne permettent pas seulement, mais exigent que nous suivions notre conscience et que nous agissions de manière autonome ».

   Dans l’actuelle tendance au recentrage qui domine au Vatican, on peut comprendre que, pour un nombre croissant de prêtres, il devenait impératif, en conscience, non seulement d’adopter des pratiques transgressant les règles officielles, mais de les afficher, pour amener, si possible  la hiérarchie catholique à accepter officiellement des changements déjà largement entrés dans les faits. En effet, sur le terrain, l’application sans discernement des règles en vigueur peut en certains cas blesser gravement des personnes et des communautés et les éloigner de la communion ecclésiale.

   Dans les sociétés en changement rapide comme les nôtres, le droit est souvent en retard sur les faits. Mais l’initiative des innovations provient rarement des autorités en place. Les modifications du droit sont généralement précédées par l’introduction de « coutumes contraires au droit ». Ces « transgressions » s’introduisent à la faveur d’une tolérance tacite des autorités, même si celles-ci, périodiquement, jugent nécessaire de rappeler les règles. Jusqu’au jour où il devient impératif de les modifier. Jusque là, « faites-le, mais ne demandez pas ma bénédiction ».

     Les auteurs de l’Appel invoquent un devoir de conscience.  Peut-être est-il bon de rappeler qu’il existe en la matière une série de critères généralement admis. Je les évoque rapidement : – la reconnaissance d’un état de besoin qui n’est pas le fait d’un individu, mais d’une communauté ;  – la volonté d’être fidèle à l’Esprit, ce qui se traduit en pratique par la disponibilité à adopter des solutions meilleures ;-  le souci de rester cohérent avec la visée  initiale ; – enfin, la volonté de sauvegarder la communion, quitte à accepter de passer par une phase conflictuelle. 

   De tels choix de transgression comportent des risques. Y compris celui de l’échec. En un temps où l’avenir du christianisme à l’occidentale est plein d’obscurités, la prise de risque est nécessaire. C’est là qu’intervient le critère finalement décisif : l’innovation qui transgresse les règles en vigueur sera-t-elle ou non « reçue » dans l’Eglise ? Cela demande parfois du temps. Sur ce point, nous ne pouvons que faire confiance à la sagesse de ceux et celles qui nous suivront et « recevront », ou non, nos essais plus ou moins tâtonnants.              (Paul Tihon, prêtre jésuite, théologien)

.                    Paru dans le journal « La libre Belgique » du 16 Novembre2011

Un monde nouveau : l’Evangile

« Dans un monde en mutation, le rapport à la religion est en mutation et les religions elles-mêmes sont en mutation. Alors, que deviendra le christianisme ? Personne ne peut le dire, même si des constats, des réflexions et des propositions sont avancées. Par contre, la problématique engendrée par la marchandisation généralisée s’énonce clairement : « aujourd’hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s’agit bel et bien de sauver l’humanité » (Edgar Morin). Or, pour la question de l’humanité nous pouvons encore et toujours nous référer à l’Evangile, pour autant que nous sachions renouveler notre mode de lecture.

Le christianisme, dans sa forme sociale, historique et instituée n’est pas l’Evangile : comme entre la lettre et l’Esprit, on constate un écart, et parfois même une incompatibilité entre les deux ! Il est fréquent par exemple d’entendre déplorer la rupture entre l’Eglise « officielle » qui s’arroge le pouvoir et la vérité tout en refusant la modernité, et le peuple des croyants, qui se reconnaissent amis du Jésus de l’Evangile tout en vivant dans leur temps. Les bons chrétiens du Petit Reste risquent de former le troupeau fidèle d’une Eglise-musée, celle de l’intégrisme religieux, de la restauration romaine ou même simplement celle d’un christianisme anachronique accroché à ses dogmes, rites, préceptes moraux et expressions de langage complètement dépassés pour nos contemporains. Mais heureusement aussi, de fait, l’Eglise en diaspora est déjà là ! Chez les protestants depuis longtemps déjà, rejoints par les catholiques critiques, les membres du Parvis, et de plus en plus de chrétiens déçus par des paroisses figées ou rétrogrades, on peut dire comme José Maria Castillo : le christianisme est en train de sortir de l’Eglise. Parmi les théologiens aussi, des voix s’élèvent et réclament l’ouverture de nouveaux chantiers. En février dernier, 143 théologiens allemands, dans leur manifeste : « Eglise 2011 : un renouveau indispensable », réclament des réformes de fond, et entre autres un meilleur rapport entre Eglise et Société. Le même mois, au Forum Social de Dakar, d’autres théologiens suggèrent que les religions soient reconsidérées à partir d’une nouvelle épistémologie théologique en fonction de l’actuelle pluralité religieuse et la crise écologique planétaire. Mentionnons la richesse des écrits de la théologie de la libération, qui est toujours aux côtés des opprimés, toujours anti-raciste, féministe, et sensible à l’environnement. Dans une direction proche, l’éco-spiritualité naissante dénonce la vision d’un Dieu extérieur et une théologie anthropo-centrée qui favorisent la coupure dominante de l’homme avec la nature dont il fait pourtant partie. Les chrétiens d’Orient peuvent nous envisager l’in-habitation réciproque de Dieu et de la Création et nous apprendre notre responsabilité envers la création, puisque nous devons aussi lui faire exprimer sa divinité. En un mot, il s’agit aussi de l’aimer !

Avec la perspective de crises enchevêtrées sur les plans économiques, écologiques, et sociétaux, en contexte postmoderne et multi-religieux, nous ne savons donc pas ce que va devenir l’Eglise. Nous savons que nous ne changerons pas l’institution nous-mêmes. Mais l’intérêt et le foisonnement de ces recherches évoquées au sein même du monde chrétien nous indiquent un changement orienté vers l’avenir, et il est bien nécessaire !

A notre époque mouvement et angoissée, quelles valeurs et quels modèles sont proposés à nos contemporains pour atteindre le bonheur ? L’argent, le pouvoir, la consommation, le loisir, l’individualisme, le mensonge, la violence. Face au vide laissé par l’abandon d’une pratique chrétienne décalées, et face à la religion du marché et du spectacle, comment nourrir l’être profond et vivre ensemble ? Face aux défis qui nous attendent pour « sauver la planète et l’humanité » où puiser l’énergie pour nos résistances et nos espérances ?

Pour approcher les besoins spirituels de nos contemporains, il nous faut distinguer au moins deux générations. Les seniors hérités de Vatican II et Mai 68 sensibilisés aux libertés, à la politique, l’exigence démocratique, à la justice, l’égalité homme-femme. Et, d’autre part, les adultes plus jeunes, première génération libérée des obligations religieuses, sensibles à l’épanouissement personnel et à la sécurité affective, davantage rôdée à l’inter-culturalité et marquée par l’urgence écologique. Si certains anciens ont encore quelque attente vis à vis de l’Eglise-institution, pour les plus jeunes, il s’agit d’un passé révolu. Par contre, ils sont « en recherche » ; recherche de repères et croissance humaine et spirituelle et recherche de sens.

A tout âge, ces adultes plébiscitent le partage et l’amitié ; ils sont tous, au fond, mobilisés par les questions d’injustice et d’incertitude planétaire, et tous ont besoin d’une dimension intérieure et d’un soutien fédératif pour investir la responsabilité et l’engagement de solidarité qui leur incombe, comme à tout citoyen du monde. Progressivement, nous avons conscience en effet : il nous faudra revendiquer et construire une civilisation de l’austérité partagée pour reprendre l’expression de Juan José Tamayo, en développant une spiritualité de la finitude et de la modération selon les termes de Dominique Bourg.

Serions-nous vraiment étonnés de relever la concordance entre les attentes de nos contemporains comme nous venons de les brosser rapidement et les conclusions auxquelles aboutissent aujourd’hui des penseurs à l’écoute du monde, tels qu’Edgar Morin, Alain Touraine, Hervé Kempf, ou encore Dominique Bourg ou même Jacques Gaillot ? Selon eux, les deux principaux défis à relever pour un monde nouveau : la défense des droits humains pour tous, et l’écologie. Et les ressources principales pour y arriver : la vertu, la conquête d’un nouvel art de vivre, et la communauté.

Alors après avoir admis que nous changeons notre manière de croire – en poursuivant un itinéraire personnel d’évolution – et de nous réunir en ékklésia (mot grec, signifiant assemblée et traduit par église), et après avoir nommé nos besoins spirituels face aux enjeux que vit l’humanité aujourd’hui, posons la question directement : l’Evangile est-il toujours d’actualité ? Et en particulier pour les plus jeunes, et pour celles qui n’attendent plus de l’Eglise mais cherchent des textes de spiritualité, des témoins, des éveilleurs.

L’Evangile – plus exactement les quatre évangiles – est un texte inspiré, délivré pour tous, à égalité, et qui appartient à tous. C’est un texte poétique, issu du terreau humain et de la vie de la nature. Il relate la vie et les paroles de Jésus, Homme totalement accompli, qu’il adresse à ses ami-es. qui le suivent. Dans cet Evangile Jésus touche le fond de l’être humain qui est toujours le même à travers le temps et l’espace ; il dit la vérité de l’homme et cela ne se démode pas.

Oui, l’Evangile met encore aujourd’hui l’homme au debout au centre, il le libère et le guérit. S’adressant aux plus petits, exclus, pauvres ou malades, il renverse le « beaucoup avoir » ou le « bien être ». Il renverse aussi la possession en gratuité, et propose le don, le partage et la sobriété (un exemple ? la multiplication des pains : quel contrepoids à la société de consommation, aux faux besoins matériels et à l’individualisme !). L’Evangile est un exemple de non violence et de confiance : il montre une autre façon de réagir en altérité et respect de la différence. Contrecarrant l’idée de réussite et de pouvoir ostentatoire, l’Evangile propose à la place l’humilité, le service aux autres, hors des rituels, des règles morales ou des dogmes (pensons au Samaritain). Le message central de l’Evangile, c’est l’Amour Agapè : amour fraternel réciproque (aimez-vous les uns les autres) qui exige une réelle autonomie et appelle à la communauté. La visée essentielle de l’Evangile peut se résumer ainsi : humanisation de l’Humanité et divinisation de l’humain.

Oui, osons affirmer la puissance de l’Evangile pour le monde nouveau que nous espérons ! Son message d’amour universel apporte ce qu’il faut pour ressourcer notre force intérieure en cette ère de perturbations et de mutations : amour envers soi, envers les autres, envers le cosmos ; amour simple, réciprocité, amour de partage, de soin, de solidarité.

« Le journal d’une main et l’Evangile de l’autre, cela nous suffit », serions-nous tentés de dire, car l’important, pour nous, c’est de mettre l’Evangile comme une boussole au coeur de nos vies et de faire confiance à l’Esprit. Si chacun pratique cette double lecture quotidienne, c’est en effet une bonne fondation. Mais ce serait oublier la dimension essentielle d’une lecture à plusieurs en un même lieu. Modifions alors la formule : « Le journal d’une main, l’Evangile de l’autre, et la vie partagée avec celle des autres ». Nombreux groupes de Parvis en font l’expérience : lire l’Evangile à plusieurs, en l’articulant au vécu de chacun, le renouvelle, le rend vivant. On peut s’émerveiller et s’enrichir d’entendre les résonnances multiples d’une seule page comme le kaléidoscope jouant avec le reflet particulier de chaque vie, de chaque interprétation. Car nous avons le droit de lire et d’interpréter librement l’Evangile ! Nous sommes toutes et tous adultes, capables de le lire en le respectant et en l’actualisant. Saisissons ensemble l’Evangile : nous y apprendrons la justice et le respect de tous les humains : nous y apprendrons les attitudes de douceur et de tendresse les uns envers les autres et envers la nature. Partageons nos vies à la lumière de l’Evangile dans des groupes fraternels : nous expérimentons le soutien d’une petite communauté de sens et nous pratiquerons une lecture incarnée de ces textes tout en recevant leur souffle régénérant. Car l’Evangile est dans la vie – et non pas enfermé, ni dans une théorie ni dans une église ! L’Evangile est Vie, il nous dynamise aujourd’hui et pour demain encore. »

Cécile Entremont, Les Réseaux des Parvis, éditorial du numéro spécial consacré au thème « Un monde nouveau l’Evangile », juin 2011. Cécile Entremont est docteur en théologie et co-présidente des Réseaux du Parvis

Hans Kung, interviewé par la Passauer Neue Presse

Le théologien et critique de l’Eglise de Tubingen, Hans Kung ne croit plus à des progrès possibles dans le domaine de l’œcuménisme aussi longtemps que Benoît XVI sera pape. C’est ce qu’il expliqua lors d’une interview qu’il a accordée à la Passauer Neue Presse, le journal local de Passau, petite ville de Bavière sur la frontière avec l’Autriche, aux confluents du Danube et de l’Inn. Voici le texte original en allemand http://www.pnp.de/nachrichten/heute_in_ihrer_tageszeitung/politik/244439_Hans-Kueng-im-PNP-Interview.html et j’en ai fait une traduction

Monsieur le professeur Kung, vous êtes considéré depuis des décennies comme le critique de l’Eglise le plus connu. Pourquoi êtes-vous toujours encore membre de l’Eglise ?

Je ne suis pas dans l’Eglise à cause de la curie romaine, mais à cause de l’évangile qui est annoncé dans cette Eglise et duquel on vit malgré tous les problèmes. Et aussi parce que dans ma théologie ce qui compte c’est l’Eglise en tant que communauté des croyants et pas l’Eglise en tant que hiérarchie.

En 1979 Jean Paul II vous a retiré votre chaire d’enseignement. Cela non plus ne vous a pas découragé ?

Les quatre mois qui ont suivi furent les plus pénibles de ma vie et je suis content d’y avoir survécu d’une façon indemne. Je connais des collègues que cela a brisés. Mais pour moi cela s’est avéré profitable. En effet à cause de cela j’ai pu avoir une chaire que ne dépendait plus de la faculté de théologie catholique. Cela m’a donné une nouvelle liberté dont je me suis amplement servi.

Vous venez maintenant pour une rencontre ayant pour titre « Peut-on encore sauver l’Eglise ? » Tel est aussi le titre de votre dernier livre. Vous dites que l’Eglise est sérieusement malade. De quoi souffre-t-elle ?

Elle souffre de l’oppression du système romain. C’est un système moyenâgeux qui s’est imposé à l’Eglise au 11e siècle lors de la réforme de Grégoire VII. Depuis nous avons le papisme, une papauté exercée d’une manière absolue, un cléricalisme forcené et l’obligation du célibat. L’Eglise catholique a vécu précédemment pendant 1000 ans sans tout cela et pourrait survivre sans tout cela.

Votre livre se termine par la phrase « Je n’ai pas abandonné l’espoir que l’Eglise survivra ». Sur quoi fondez-vous cet espoir ?

Je fonde mon espoir sur le message chrétien lui-même auquel adhéreront à coup sûr toujours des croyants. La question est vers quelle forme cette communauté évoluera-t-elle. Suite à toutes les expériences négatives, cela n’est pas très clair.

Dans votre livre vous faite aussi allusion à Karl Rahner qui parle de l’hibernation de l’Eglise. Vous attestez ce temps de glaciation de l’Eglise. D’après le calendrier, après chaque hiver il y a un printemps. Quelle température avons-nous actuellement ?

Je suis malheureusement obligé de dire, qu’après la visite du pape, nous ne sommes pas encore arrivés au printemps. Bien au contraire. Mon diagnostic de l’état de l’Eglise s’est confirmé et beaucoup qui attendaient une réforme et des progrès dans le domaine de l’œcuménisme ont été amèrement déçus. Nous devons donc attendre et observer ce qui peut germer d’en bas et pas ce qu’il pourrait pleuvoir d’en haut. Certes compte la devise du voyage papal « Là où est Dieu, là est l’avenir », mais malheureusement dans la réalité, ce qui compte aussi est « Là où est le pape, là est le passé ».

Vous comptez aussi sur le soutien, venant des communautés ecclésiales et des espaces publics élargis, d’évêques ouverts au dialogue. Qu’en est-il à ce niveau là ?

Je pense que beaucoup d’évêques ont de la sympathie pour ces positions que je ne suis pas le seul à défendre. Et, s’ils étaient libres, ils les exprimeraient aussi publiquement. Mais pour le moment cela ne m’a pas encore réussi à faire bouger un évêque pour qu’enfin il dise publiquement quelle est la situation dans les diocèses, qu’il n’est plus possible de continuer ainsi et qu’on devrait s’attaquer à des réformes dont la réalisation a été repoussée depuis des décennies et pour certaines depuis des siècles.

En Autriche pas mal de prêtres ont, à l’initiative de Helmut Schuller ancien vicaire général de Vienne, appelé à la « désobéissance » vis-à-vis de Rome. Ceci pourrait-il mettre un processus en mouvement ?

Je pense que cette initiative compte, dans l’espace linguistique allemand, énormément de sympathisants.  J’ose espérer que beaucoup de prêtres se joindront à cette initiative. On a discuté pour savoir s’il fallait qualifier cela de désobéissance. Personnellement je n’ai aucune objection à faire. Il faut plus obéir à Dieu qu’aux hommes. C’est avec raison qu’Helmut Schuller, qui est très connu et estimé en Autriche, a dit qu’il fallait faire savoir publiquement que pas mal de réformes qu’il demandait sont déjà appliquées dans la pratique dans les paroisses. Beaucoup tiennent à ce que ce soient des laïcs qui font la prédication et distribuent aussi la communion à des divorcés ou des personnes qui ont quitté l’Eglise. Ce que dit Rome, en particulier que c’est la volonté de Dieu que les femmes ne puissent pas être ordonnées prêtres, ne peut pas être prouvé théologiquement.

Vous êtes contre la prétention à la domination absolue du pape et parlez même d’une « poutinisation » de l’Eglise, d’une dictature absolutiste à laquelle manque singulièrement la tolérance. A quels faits concrets faites vous là allusion ?

J’ai dit que la dictature de l’absolutisme a été utilisée comme réponse au slogan de la dictature du relativisme. C’est un paradoxe que le cardinal Ratzinger dans son allocution avant l’élection pontificale ait parlé de la dictature du relativisme, alors que tout le monde sait que le pape est le dernier monarque absolu du monde occidental. En ce qui concerne la poutinisation j’ai clairement dit que je ne comparais pas le saint père au chef d’état russe qui n’est pas du tout saint. Je connais la différence et je me suis toujours gardé de médire sur la personne de Joseph Ratzinger. J’ai du respect pour lui et je sais que cela est réciproque. Mais il est évident que structurellement il existe des parallèles entre les deux systèmes. En l’occurrence, le chef de l’administration la plus secrète du Vatican, à savoir la congrégation pour la doctrine de la foi, dont l’inquisition est l’ancêtre, est devenu pape. Jusqu’à son élection cela était inimaginable. Mais cela s’est passé. Le pape n’a malheureusement pas réuni autour de lui les gens les plus compétents pour conduire l’Eglise durant ces temps critiques. Il a sollicité ses anciens collaborateurs de cette administration secrète. Il a partout installé dans les postes clés des personnes qui à un moment donné ou à un autre ont travaillé pour la congrégation pour la doctrine de la foi. De fait nous avons de nouveau le même type de combines secrètes qu’autrefois. Par exemple le problème de la pédophilie est aussi le problème de l’étouffement de ces affaires. Ces combines secrètes sont aussi la marque de fabrique des décisions qui sont prises pour gouverner. Par exemple on se comporte vis-à-vis des synodes des évêques comme Poutine se comporte vis-à-vis de la Douma. Personne n’a rien à dire. On peut se poser la question comment tout cela peut continuer ainsi quand à la tête il y a un homme qui a encore plus de pouvoir que Poutine, puisqu’il concentre en ses mains à la fois les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires et qu’il les utilise pour promouvoir la restauration du système ante-conciliaire.

Les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?

Le climat de restauration s’appesantit dans l’Église. Le « peuple de Dieu » a beau poser des questions dans les synodes : Rome ne veut pas les entendre et les nonces font savoir aux évêques qu’ils ne doivent pas les transmettre. Pareille censure fait penser aux pratiques des régimes totalitaires. La suprématie pontificale contrôle la vie des Églises, elle nomme souvent des évêques à sa botte, elle fait fi de la collégialité épiscopale et de la sensibilité des fidèles.

Des milliers de chrétiens « s’en vont sur la pointe des pieds » sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes. Le souci prévalent de continuité avec le passé commande. N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ?

Quatre cents théologiens universitaires en Allemagne, des centaines de prêtres et de diacres en Autriche, ont élevé la voix. En France, si l’on excepte un petit groupe de prêtres à Rouen, et le communiqué – non signé – de l’équipe nationale du groupe « Jonas », le silence est compact. En conversation privée, beaucoup de personnes, y compris des responsables d’Église, disent leur inquiétude, leur déception. Mais les mêmes ne s’expriment jamais publiquement. Rome peut penser que ses orientations sont acceptées. L’absence de protestation cautionne, négativement, le pouvoir et les décisions de la monarchie romaine.

Pourquoi le silence de tant de prêtres qui ont joué leur vie sur le renouveau du Concile ? Ils ont pris de l’âge, leur capacité de résistance s’est usée devant l’inertie et la suffisance de l’appareil, une lassitude croissante pèse sur eux. « À quoi bon ? » Un sentiment d’impuissance les paralyse. Ils continuent à vivre proches de leurs concitoyens et de témoigner de l’évangile « à la base », comme l’on dit, sans plus vouloir influer aux échelons supérieurs.

Enfin ils vieillissent. On leur fait sentir parfois qu’ils ne portent pas l’avenir.

Dans cette foule silencieuse de laïcs et de prêtres, que font les théologiens, les hommes de la pensée, ceux qui doivent aider les responsables hiérarchiques par leurs études et leur réflexion ? En France, à l’exception de Joseph Moingt et de Jean Rigal, ils se taisent, eux aussi. Alors qu’ils devraient exprimer et analyser le « sensus fidei », ce que dit l’Esprit dans le peuple, ils demeurent muets. Est-ce le souci de préserver leur chaire, de ne pas compromettre leur accès à des échelons supérieurs ? On est étonné de constater qu’ils ne forment pas une instance collective de réflexion et d’expression publique. Eux aussi, sans doute, si on les interrogeait, se réfugieraient derrière l’ « À quoi bon ? ». Ils attendent que le vent tourne. Ils disent parfois à tel ami qui parle haut : « Toi, tu peux le dire, moi, je ne peux pas ».

Hélas, on recueille parfois pareille réflexion sur la bouche de laïcs qui ont des rôles dans l’Église où ils sont parfois permanents, employés et salariés. On parle « mission », « évangélisation », « peuple de Dieu », sans trop savoir ce que ces mots incantatoires engagent dans la pratique. On demeure soumis, souvent dans une étonnante « papolâtrie », qui s’est établie jusque dans les esprits. On accepte, comme si elle était de droit divin, la centralisation romaine qui s’est accrue progressivement au cours des siècles. Comme on est loin des commencements, comme on est loin de la démarche libre de Jésus !

Concluons sereinement. L’Évangile est un volcan. On ne l’éteindra pas. Il rentrera à nouveau en éruption féconde. À l’intérieur des Églises et en dehors d’elles.

Habités par cette conviction paisible, les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?

Gérard Bessière http://fr-fr.facebook.com/pages/G%C3%A9rard-Bessi%C3%A8re/156699844389911?sk=info – 18 Octobre 2011

L’appel des prêtres autrichiens n’est pas un cas isolé

En Autriche, l’Appel à la désobéissance est maintenu

Dans leur dernière newsletter, Helmut Schüller et les désormais 407 diacres et prêtres signataires de l’Appel à la désobéissance disent ceci: « On nous a demandé de retirer notre appel. Mais nous ne pouvons le faire en conscience, alors que nous continuons à être d’accord avec son contenu ».

Le père Schüller a expliqué que « les laïcs ne sont pas des clients d’une enseigne quelconque, mais les pierres de l’édifice de l’Eglise. Ils devraient être de plus en plus présents dans les décisions, grâce à leur expérience de la vie, mais l’Eglise a peur d’eux, elle les considère comme infectés par la sécularisation et le relativisme ». Un point de vue que je partage, car les fidèles ont toujours su prendre des avis justes sur les faits de société, sans avoir l’air de dangereux athées. L’Église doit se rendre compte que le fidèle n’est pas un mouton mais aussi une de ses composantes dont l’avis importe autant que celui de la hiérarchie.

Dans la newsletter, les prêtres rebelles expliquent qu’ils ont été invités à discuter avec le cardinal Schönborn, mais qu’ils avaient refusé pour éviter « que quelques membres du haut clergé discutent de choses qui concernent l’ensemble des fidèles avec quelque membres du bas clergé ». Les prêtres n’ont pas eu tort de refuser car ce qui doit être fait pour tous doit être décidé par tous.

La semaine dernière, comme le rapporte le journal autrichien Der Standart, Helmut Schüller était l’invité de l’Union des entrepreneurs chrétiens de Sankt Pölten pour parler du thème « Désobéissance dans l’Eglise et dans l’économie ». « Nous l’avons invité parce qu’il est controversé », a déclaré le président de l’Union. « Et le diocèse ne s’immisce pas dans notre programmation ».

Du côté de l’évêché, le discours est un peu différent : on n’a pas fait interdire la réunion, ce que l’on aurait pu faire puisqu’elle a eu lieu dans des locaux diocésains, mais on a clairement dit que l’initiative ne « réjouit pas ». Elle peut ne pas réjouir, mais Helmut Schüller était le bon invité pour parler de la désobéissance à cette réunion, car pour désobéir, il faut de bonnes raisons et c’est le cas ici.

Le mouvement commence à se stabiliser et semble se renforcer, quoi de plus normal, vu que les prêtres et les fidèles s’y retrouvent. Il est dommage que l’Église ne comprenne pas ce mouvement qui pourrait lui donner un peu d’oxygène en ces temps de crise pour elle.

Cette partie de l’article se trouve sur le site : http://paroissiens-progressiste.over-blog.com/article-en-autriche-l-appel-a-la-desobeissance-est-maintenu-86412686.html

Des prêtres de Rouen rejoignent l’appel à la désobéissance des prêtres autrichiens

Une douzaine de prêtres du diocèse de Rouen ont signé le manifeste des prêtres autrichiens pour demander des réformes dans l’Église.

Selon le quotidien régional Paris-Normandie , trois prêtres ont pris la tête, dans le diocèse, de ce mouvement : « Nous voulons une Église qui soit à l’écoute des besoins et des attentes des hommes d’aujourd’hui, une Église solidaire des pauvres et des exclus » explique le P. Paul Flament, entouré du P. Guy Gravier, curé de Grand-Couronne, et du P. René Gobbé, délégué à la pastorale des migrants.

Ces prêtres avaient d’ailleurs été signataires d’une lettre ouverte allant dans ce sens, publiée par La Croix en 2008 (« Qu’attendent nos évêques ? »). Par leur mobilisation, qu’ils espèrent bien voir s’étendre dans les diocèses voisins du Havre et d’Évreux, ils souhaitent montrer que la question ne saurait être circonscrite à la seule Église d’Autriche.

L’archevêque de Rouen, Mgr Jean-Charles Descubes, n’a pas souhaité s’exprimer sur le fond de cet appel à la désobéissance.

Dans leur manifeste, les prêtres autrichiens, plus de 300 selon le site de l’appel, souhaitent que les laïcs puissent désormais prononcer des sermons et diriger des paroisses, afin de faire face au recul des vocations. Ils annoncent aussi qu’ils ne refuseront pas la communion aux divorcés remariés, et qu’ils feront campagne pour l’ordination des femmes et des personnes mariées.

En Irlande, les prêtres contestataires s’organisent

Voir le blog paroissiens progressistes  http://paroissiens-progressiste.over-blog.com/article-en-irlande-les-pretres-contestataires-s-organisent-86377925.html

Déclaration des Prêtres Mariés « Chemins Nouveaux » association membre des Réseaux du Parvis

A l’occasion de leur rencontre annuelle, le 9 octobre 2011 à Paris, les prêtres mariés du groupe « Chemins Nouveaux » et leurs épouses font la déclaration suivante :

«  Nous entendons en ce moment l’appel de nombreux prêtres en exercice en faveur de l’ordination d’hommes mariés et de femmes, en faveur de ceux et celles qui vivent des divorces, nous entendons l’appel de tous ceux qui aspirent à une parole qui ne soit plus confisquée par l’Eglise institutionnelle.

346 prêtres autrichiens ont fait cette demande, quelques prêtres français déclarent ouvertement soutenir leur démarche. Beaucoup de prêtres et de laïcs, inquiets à juste titre de la baisse de vitalité des communautés chrétiennes et du manque de dialogue dans l’Eglise, soutiennent sans conteste le mouvement.

Nous qui avons fait le pas vers le mariage et continuons à vivre de l’Evangile au service du Seigneur et de nos frères de multiples façons, approuvons cet appel dans le sens d’une fidélité à l’esprit même de l’Evangile et à la tradition apostolique.

Le serviteur que Jésus a voulu, lui, le Fils de Dieu incarné, n’est pas hors du monde, il est dans le monde, messager d’une Bonne Nouvelle et rassembleur des hommes dans l’Amour.

Parce que nous aimons Dieu et nos frères, nous demandons à l’Eglise, à nos évêques, à celui qui est « le premier parmi ses semblables », d’ouvrir leur esprit et leur cœur au souffle de l’Esprit, comme au premier jour de l’Eglise.

L’Evangélisation dans un monde nouveau oblige à des ajustements courageux.

Vous pouvez consulter leur site  http://www.pretresmaries.eu/

Déclaration de la « Fédération européenne des prêtres catholiques mariés » (FEPCM)

« Nous, prêtres mariés et leurs épouses de la « Fédération européenne des prêtres catholiques mariés » (FEPCM), présents dans différents groupes actifs aujourd’hui en Belgique, France, Espagne, Allemagne,  Royaume-Uni, Italie, Autriche, nous vous remercions de votre prise de position et nous avons décidé de vous assurer de notre soutien.

Fidèles aux orientations du Concile Vatican 2, nous ne pouvons que constater comment les nombreuses ouvertures qu’il avait permises sont aujourd’hui freinées, voire rejetées. 

Nous savons d’autre part que la réforme urgente et nécessaire viendra d’abord par la volonté et les initiatives de la base.

Après tant de chrétiens qui ont déjà pris les chemins d’une Église « Autre », nous nous réjouissons de voir enfin des prêtres choisir de suivre leur conscience et mener une action collective, sachant que le corps épiscopal en est actuellement réduit à se taire sous prétexte d’unité.

Mais l’Unité n’est pas dans l’uniformité, ni dans la soumission aveugle.

Nous soutenons notamment l’opposition au système actuel de regroupement de paroisses qui va à l’encontre d’un ministère inséré dans la communauté et créateur de lien social et fraternel.

Nous allons continuer à diffuser votre manifeste auquel nous ajouterons dorénavant notre lettre de soutien.

Nous vous souhaitons persévérance et force dans cette longue marche.

Que l’esprit de Jésus guide nos esprits et nos cœurs. »

Lorsqu’un barrage risque de s’écrouler, il y a des signes avant coureurs. Souhaitons que des mesures soient prises avant qu’arrive une inondation générale avec tous les dégâts que cela risque d’occasionner. Lorsqu’un barrage est trop vieux, pour éviter les inondations, il faut le vider