Seigneur, que votre crèche est redoutable !

Seigneur, que la crèche de la Nativité, dans laquelle vous êtes devenu nôtre en Jésus, est… « subversive ».

Évidemment, vous le saviez déjà, ayant averti les mages de rentrer de Bethléem par un autre chemin que celui proposé par Hérode. Mais aviez-vous imaginé que l’humble mangeoire de votre divine incarnation pourrait, au vingt et unième siècle, « menacer » à ce point notre espace public ?

On sourirait presque de la disproportion de ces « agitations » si… elles n’avaient l’indécence d’être concomitantes au drame vécu par nos frères d’Orient, chassés du berceau même du christianisme. Que craint-on donc chez nous, quand on voit combien la crèche connaît une popularité paisible dépassant largement la sphère de ceux qui croient et prient devant elle ?

Le jour où notre société n’aura plus que la crèche à redouter n’est pas encore levé !

L’appel à l’amour incarné par l’enfant de Bethléem est plus puissant que tout atome.

Mgr Bernard Podvin. Porte-parole de la Conférence des évêques de France.

Un synode pour ça, José Arregi

Il y a un mois se terminait à Rome la première partie du Synode catholique sur la famille, qui ouvrait une année de réflexion ecclésiale jusqu’à octobre 2015. Alors aura lieu le Synode définitif proprement dit. Nous continuons, donc, d’être en Synode, mot grec signifiant « chemin en compagnie ». Ceci est faire Église : être compagnons de chemin, suivre Jésus unis et libres. Ceci est la vie : un voyage partagé.

« Que chacun parle en liberté, et écoute avec humilité » a dit le pape François la veille de l’inauguration. Qu’il en soit ainsi. Ainsi vais-je faire, car ce qui vaut pour les évêques doit valoir pour nous tous qui sommes Église, compagnons de voyage.

Ils étaient 253 participants, la plupart des évêques, venus du monde entier, hébergés à Rome pendant plus de deux semaines. Était-ce nécessaire  ? Le courrier électronique, la vidéo conférence ou les réunions « on line » ne suffisaient-ils pas ? Autant d’évêques célibataires parlant de la famille, pérorant sur des questions que l’immense majorité des gens, y compris catholiques et prêtres d’ avant, avaient résolues depuis longtemps. Cela valait-il la peine ?

En aucun cas je ne dirai que la famille est un thème mineur. Elle nous fait naître et nous façonne. Cela valait la peine de réunir au Vatican non seulement 200 évêques, mais aussi des milliers d’hommes et de femmes de tous peuples et cultures, et dépenser ce qui aurait été nécessaire pour porter remède aux grandes blessures qui affectent la famille : le chômage et la pauvreté, le manque de logement, la violence et l’inégalité des genres, la peur du futur, l’échec de l’amour.

Mais ce ne furent pas ces thèmes qui intéressèrent le plus les pères synodaux. On entendit à peine quelques voix pour réclamer une sérieuse réflexion ecclésiale sur les profonds changements culturels qui sont en train d’affecter les structures traditionnelles de la famille. Aucune esquisse critique sur la question du « genre », c’est-à-dire, la construction sociale des rôles de l’homme et de la femme. Aucune allusion à la distinction entre relation sexuelle et procréation, fait nouveau et transcendantal dans l’histoire de l’humanité. Aucune référence au gravissime problème démographique, mais de durs jugements condamnant « la mentalité antinataliste ». Aucun signe de reconnaissance de la sainteté et de la valeur de l’amour homosexuel. Aucune insinuation d’une possible révision du problème de la doctrine traditionnelle de l’indissolubilité du mariage. Aucune suggestion sur la nécessité de revoir la doctrine d’Humanae vitae de Paul VI (1968) qui interdit sous peine de péché mortel toute mesure ou méthode anticonceptionnelle qui ne soit pas la continence sexuelle (ils condamnent tout ce qui n’est pas « naturel », mais ils prennent des remèdes « non naturels » contre la grippe ou le cholestérol). Et pas la moindre trace d’autocritique.

Malgré tout, beaucoup ont salué cette première phase synodale et le document en émanant comme le prélude d’une explosion printanière, comme le commencement incontournable d’une profonde transformation doctrinale. Souhaitons que cela soit, et que je me sois trompé, et que j’aie la chance de le voir ! Mais aujourd’hui je ne le vois pas.

Je prévois, oui, que le pape François, suite au synode définitif de l’an prochain, fasse trois pas timides, à savoir :

1) Invitation à accueillir avec miséricorde les homosexuels (comme s’ils étaient des malades ou des pêcheurs) ;

2) Possibilité pour quelques divorcés remariés de communier, à la condition – humiliante condition – de se confesser coupables de leur échec matrimonial et de s’engager à ne pas récidiver (Jésus n’humilia jamais personne de cette façon) ;

3) Simplification et coût diminué du processus de nullité matrimoniale (un artifice pour ne pas reconnaître quelque chose de très simple : où que ce soit, s’il y a amour il y a sacrement de Dieu, et il y a seulement sacrement tant qu’il y a amour). Cela sera tout. Fallait-il tout cet équipage pour un si court voyage ? Ce sont des problèmes d’évêques, et non ceux des gens.

Les gens souffrent pour d’autres motifs. Écoutez les gens, écoutez la vie.

La Vie va de l’avant dans l’humble cœur palpitant des hommes et des femmes d’aujourd’hui, croyants ou non. Et l’Esprit et l’Amour habitent dans les couples que les évêques nomment « irréguliers », au sein des différents types de famille avec leurs joies et leurs angoisses, dans les personnes qui ont vu s’écrouler leur amour et refont leur vie avec un autre partenaire. Ceux-là n’ont été ni ne seront appelés au Synode, mais la Vie les guide.

José Arregi                                         Traduction Rose-marie Barandiaran

Les déceptions hélas prévisibles sur le synode

Si je disais que je ne suis pas déçu par les conclusions du synode sur la famille, je mentirais. Par contre, hélas, je ne suis pas surpris. L’Eglise est victime de la politique de nomination d’évêques conservateurs de la part de Jean Paul II et de Benoît XVI où on savait dès le départ que cela allait avoir des conséquences catastrophiques sur l’évolution de l’Eglise. Que l’on pense aux nominations des successeurs de Don Helder Camara, du cardinal Arns et de bien d’autres en Amérique latine, remplacés par dans leur grande majorité par des membres de l’Opus Dei, dont le but premier était d’éradiquer autant que possible la théologie de la Libération. Mais aussi nominations d’évêques conservateurs en Afrique, en Europe où certains ont dû enjamber les corps de personnes qui se sont couchées devant la cathédrale pour empêcher leur ordination. Jean Paul II avait aussi mis en place un serment d’allégeance  des évêques au Pape.

Pour donner le change au niveau du Synode, on a invité quelques laïcs, mais qui se sont tous exprimés dans le sens de la vision de l’Eglise catholique de la famille. C’étaient donc des personnes qui n’étaient absolument pas représentatives de ce qui se vit à la base. Le travail de laminage de ce qui a été dit lors de la première semaine, lors des réunions des groupes linguistiques de la deuxième semaine, ceci était la pratique courante de tous les synodes qui ont eu lieu depuis Vatican II. Il faut dire que lors des synodes précédents, le pape se permettait de rédiger un rapport final où il retenait ce qui lui convenait, enlevait ce qui ne lui convenait pas et se permettait même d’ajouter des parties qui n’étaient même pas discutées lors du synode.

Pour le Synode sur la famille, l’art consiste maintenant à faire patienter pendant 1 an, en disant d’une part que les décisions seront prises en 2015 et en mettant l’accent sur le fait que le pape François, auquel revient la décision finale, a une vision plus ouverte que les évêques conservateurs qui ont bloqué les décisions du synode. De ce côté-là restons très prudent. S’il est indéniable que François a insufflé un nouvel état d’esprit dans l’Eglise et venant d’Amérique latine, son habitude  n’est pas de se promener en Cappa Magna, ni de se comporter en Super Louis XIV, c’est un conservateur notamment en matière éthique, donc en particulier dans sa réflexion sur la famille. Pour le moment il a beaucoup parlé, mais n’a pas beaucoup agi. C’est quelqu’un qui est très fort dans le domaine de la communication, mais espérons qu’il ne se réfugiera pas derrière la position des évêques conservateurs pour justifier un immobilisme.

Mais allons plus loin. Est-il normal que la position de l’Eglise dépende de celle du pape, donc conservatrice si le pape est conservateur, réformatrice si le pape avait des idées réformatrices ? Cela met en lumière le fonctionnement malsain du gouvernement de l’Eglise. Le pape est un monarque absolu qui dispose de tous les pouvoirs, de plus de pouvoirs que n’importe quel dictateur du pays le plus fasciste. Où y a-t-il une trace même minime des résultats de la consultation qui a été faite pour préparer ce synode ? Pourquoi nommer des vice-présidents du synode dont on sait au départ qu’ils ont des idées conservatrices ? Le vice-président philippin était scandalisé par les réponses qui avaient été données au questionnaire et qui n’étaient pas conformes à la vision de l’Eglise ? Ce n’est guère plus brillant pour le cardinal André Vingt-Trois qui a parlé en début de semaine du péché que commettaient ceux qui utilisent des méthodes contraceptives. Il me semble que le pape François a une responsabilité dans la nomination de ces personnes.

L’Eglise joue gros dans les réponses qu’elle donne face aux drames que vivent les personnes à la base. Par son raidissement doctrinal, elle se coupe de plus en plus du monde, alors que l’intuition de Vatican II était justement de s’ouvrir au monde. Alors, ne versons pas des larmes de crocodiles quand de plus en plus de personnes la quittent.

Quelques documents, parmi de multiples autres possibles

Dieu serait-il un mauvais catholique ?

Synode sur la famille : un enjeu historique

Synode sur la famille : attente d’un évêque diocésain

Peut-on justifier le refus de donner du pain à un affamé qui en demande ?

A propos du document préparatoire pour le synode sur la famille

Prenons d’abord connaissance du document lui-même. J’ai choisi une version qui permet d’y naviguer à partir d’une table des matières

Quelques commentaires

Le journal La Croix

L’hebdomadaire La Vie

La Conférence des baptisés de France

René Poujol, ancien rédacteur en chef du Pèlerin

François Vercelletto, responsable de la rubrique Religions dans Ouest-France

Document 1   Document 2

NSAE, nous sommes aussi l’Eglise

Document 1   Document 2

REGARD CHRETIEN SUR LA BANALISATION DE L’EXTRÊME DROITE

Karl Barth le grand théologien disait que le pasteur devait tenir la Bible dans une main et le journal dans l’autre. L’actualité mérite relecture puisque l’Esprit- Saint est à l’œuvre dans le monde et déborde largement les murs de nos églises.

Les élections européennes

Revenons sur les élections européennes qui ont révélé l’ampleur de la vague « Bleu marine » dans notre pays et suscité de multiples commentaires dont la banalisation du vote F.N. et l’ampleur de l’abstention. Les politologues ont souligné plusieurs causes à ce phénomène : la confusion politique née d’alternances décevantes, l’angoisse induite par le chômage, la précarité, la peur de la concurrence mondiale, tensions qui nourrissent des réflexes de rejet de l’autre, l’étranger en particulier, et de repli sur soi. Cette analyse invite à éviter de stigmatiser sans nuance tous ceux et celles qui ont donné leur voix à l’extrême droite et qui ne sont pas forcément prêts à confier le pays à cette force politique. Reste que les idées propagées par ce courant se banalisent désormais et se propagent dans les villes, les villages, les lycées, les ateliers, les quartiers et occupent de plus en plus les conversations.

Le vote des catholiques pratiquants

Le journal « La croix » a révélé que 21% des catholiques « pratiquants » ont voté pour l’extrême droite, un pourcentage inférieur à celui de l’ensemble des électeurs, mais qui n’est pas sans poser de questions.

La première concerne la manque d’esprit critique et de culture politique par rapport aux idées que la propagande de l’extrême droite véhicule. On lira à ce sujet un petit ouvrage remarquable de Pierre-Yves Bulteau, « En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite », édité par les Éditions de l’atelier, avec le soutien d’un certain nombre d’organismes dont la Ligue des droits de l’homme et la J.O.C. Ce livre entend rétablir la vérité en analysant plus de 70 de ces idées reçues et les réfute une à une à partir de données solides.

La seconde question, qui nous concerne plus directement a trait au message évangélique, à l’enseignement social de l’Église et à l’action pastorale en général. Le cadre de cet article ne permettant pas de longs développements au sujet de ces trois domaines on se contentera donc d’ouvrir quelques pistes de réflexion.

L’Évangile en question

L’Évangile proclame, contre toute discrimination et repli nationaliste, une ouverture universelle en accordant la priorité à l’accueil des exclus, pauvres, malades et étrangers, tous enfants d’un même Père, message bien relayé et explicité par Paul aux Galates, 3,28 : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ ». Ce message, hélas, passe difficilement dans les communautés chrétiennes. L’hebdomadaire La Vie du 7 juin 2007, suite à un sondage IFOP, (« Les valeurs qui fâchent ») soulignait il y a quelques années que 63% des catholiques pratiquants pensaient qu’il y avait en France trop d’étrangers, contre 40% des gens sans religion !

L’enseignement social de l’Eglise

L’enseignement social de l’Église est à ce sujet sans équivoque. Pour ne s’en tenir simplement à ce que nous rappelle le pape François, dans son exhortation apostolique, La Joie de l’Évangile, citons quelques-unes de ses paroles :

« Les migrants me posent un défi particulier parce que je suis le Pasteur d’une Église sans frontières qui se sent mère de tous. Par conséquent, j’exhorte les pays  à  une  généreuse  ouverture,  qui,  au  lieu  de  craindre  la  destruction  de l’identité locale, soit capable de créer de nouvelles synthèses culturelles ».

« Nous chrétiens, nous devrions accueillir avec affection et respect les immigrés de l’Islam qui arrivent dans nos pays (…) Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence.»

Nos choix pastoraux

Il revient à la pastorale d’aider les chrétiens à mettre leurs options politiques en cohérence avec leur foi. De ce point de vue, l’abstention et les choix électoraux des catholiques pratiquants souligne les carences de notre enseignement et de notre témoignage dans la société. Ce qui ne manque pas d’inquiéter l’évêque de Rome :  « Même  si  on  note  une  plus  grande  participation  de  beaucoup  aux ministères laïcs, cet engagement ne se reflète pas dans la pénétration des valeurs chrétiennes dans le monde social, politique et économique. Il se limite bien des fois à des tâches internes à l’Église sans un réel engagement pour la mise en œuvre de l’Évangile en vue de la transformation de la société ». Et de rappeler, après Pie XI, que « la politique tant dénigrée est une vocation noble, une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun ». Le respect de l’autonomie du temporel fait que ni le pape ni l’Église ne possèdent la  clé  des  solutions  économiques,  sociales  et  politiques  pour  transformer  la société. Il revient donc à chacun, selon ses connaissances, sa liberté, sa responsabilité de citoyen et sa conscience, de choisir les moyens qui lui semblent les meilleurs pour améliorer la société. Le seul critère déterminant pour le chrétien est de savoir si les moyens et les finalités préconisées sont susceptibles ou non de faire grandir l’humanité. A la lumière de ces exigences nous avons à nous demander si nos initiatives pastorales et celles des associations et mouvements qui se réfèrent au Christ se préoccupent des gens engagés dans la société : hommes politiques, syndicalistes, agents sociaux, pour leur offrir des lieux de parole, de relecture de leur action et de ressourcement spirituel. Comment la situation sociale et les événements politiques nous interpellent et nous invitent-ils à former et informer largement les gens, en particulier les jeunes et tous ceux qui sont directement concernés? Le seul mouvement de jeunes qui, sauf erreur, a mis en œuvre dans notre diocèse ce type d’initiative c’est la Jeunesse Ouvrière Chrétienne  qui  a  organisé  des  rencontres-débats  en  invitant  des  hommes politiques de différentes tendances à l’occasion des élections municipales et européennes. N’oublions pas non plus, Dieu merci, les mouvements qui pratiquent la révision de vie ou la relecture et qui se soucient de mettre les événements à l’ordre du jour de leurs rencontres. Il serait également souhaitable que nos eucharisties  et  nos  prières  ne  soient  pas  décontextualisées  par  rapport  à l’actualité, aux situations et aux événements sociaux. Bien sûr, les prières universelles  y  font  souvent  allusion ;  c’est  heureux,  à  conditions  de  ne  pas demander à Dieu d’agir à notre place. L’apôtre Paul nous parle peu de la Cène sinon pour évoquer ce qu’il a reçu de la tradition (1Co11,23-30) mais il s’est élevé violemment contre les inégalités qui reproduisaient, à autour du repas eucharistique les rapports sociaux du monde païens. Les uns ont faim alors que d’autres s’empiffrent ! « On doit s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et   boire   à   cette   coupe ».   Même   souci   chez   Jacques   qui   critiquait   les discriminations sociales qui régnaient jusque dans les assemblées chez les premiers chrétiens.

Conclusion

Dans la situation présente nous sommes tentés de pleurer un passé révolu où les catholiques étaient majoritaires dans la société et où les Eglises avaient pignon sur rue. A nous de lire aujourd’hui, à la lumière de l’Évangile, les « signes des temps ». Ils nous invitent à sortir pour rejoindre un nouveau monde à évangéliser. Avant même notre parole c’est notre témoignage et l’écoute de l’autre, qui à l’exemple de Jésus incarné, peuvent porter la Bonne nouvelle au cœur du monde, un monde tenté par le repli sur soi, l’idolâtrie de l’argent,  les murs, les barrières et les discriminations.

Paul Maire

Pacem in Terris

Il y a 50 ans, le 11 avril 1963, le pape Jean XXIII publiait l’encyclique Pacem in Terris. Rappelons qu’au cours du mois d’octobre 1962 la crise des missiles de Cuba avait conduit le monde au bord d’un troisième conflit mondial. La publication de cette encyclique, six mois après l’ouverture du Concile Vatican II marqua un tournant décisif dans la pensée de l’Église catholique sur la paix, et plus généralement sur les questions sociales. En effet, la réflexion traditionnelle de l’Église, et ce dès les premiers temps, a toujours été axée plus sur la question de la légitimité de la guerre que sur celle de la construction de la paix. Avec l’encyclique “Pacem in terris”, Jean XXIII va innover. Il n’est quasiment plus question de la guerre, mais de « la Paix entre toutes les nations ». La paix est bien plus que l’absence de guerre, et ce message ne s’adresse pas seulement aux fidèles catholiques, mais à tous les hommes de bonne volonté.  Il insiste sur trois thèmes principaux : la dignité de la personne humaine, la relation entre la personne et la société démocratique, et enfin, ce thème qui sous-tend toute l’encyclique et qui est présent dès le titre, à savoir la paix fondée sur la Vérité, la Justice, la Charité et la Liberté.

La première section de l’encyclique établit les relations entre individus, soulignant les problèmes des droits de l’Homme et des devoirs moraux. La deuxième section développe le lien entre l’individu et l’État, reposant sur l’autorité collective du dernier. La troisième établit le besoin d’égalité entre les nations et le besoin pour l’État d’être sujet aux mêmes droits et devoirs qui s’appliquent à l’individu. La dernière présente le besoin de plus grandes relations entre les nations, résultant en un ensemble d’États assistant d’autres États.

Non seulement Jean XXIII explicite les rapports entre les personnes, entre les sociétés, énonce les droits et les devoirs, mais encore il donne la règle qui doit régir tout cela, les quatre piliers de la paix : Vérité, Justice, Charité, Liberté. Il revient très souvent sur ces quatre éléments, et ils sont toujours présents ensemble. En résumé, construire la paix entre les hommes et les peuples implique : « la Vérité comme fondement des relations, la Justice comme règle, la Charité comme moteur et la Liberté comme climat. » Les quatre tiennent ensemble. Une autre façon de présenter l’articulation entre ces quatre principes est la suivante : pas de paix sans Justice, pas de Justice sans Vérité, pas de Vérité sans Charité, pas de Charité sans Liberté.

Pacem in terris est un des lieux où l’Église a rejoint les soucis de toute l’humanité, en l’occurrence un souci essentiel : celui de la paix. Elle se met en position de défenseur de chaque homme dans les grands combats du présent : indépendance du tiers monde, efforts de développement, recherche des moyens de la paix, droits de l’homme. Le pape n’hésite pas à citer la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’Onu et appelle de ses voeux l’établissement d’une autorité universelle qui puisse garantir ces droits. Dès lors, on comprend que l’audience de cette encyclique ait été considérable. Sa hauteur de vue, son ouverture à tous les hommes en a fait un texte qui a largement dépassé la communauté catholique. Sa langue simple et moderne, son ton confiant en l’avenir mais exigeant pour tous, rencontraient l’attente de beaucoup en cette étape importante vers la fin de guerre froide. Ce fut certainement, l’encyclique qui connut le plus grand retentissement et la plus grande diffusion. Cinquante ans après, elle reste toujours une boussole pour réfléchir sur les conflits qui gangrènent tant notre monde

Les religions, sources de violence?

Si l’on demandait à nos contemporains quel est, dans notre monde, le principal facteur de violence, beaucoup répondraient : la religion. Nous en serions sans doute choqués, mais à y regarder de plus près, il faudrait bien leur reconnaître quelques excuses. Ils ont dans la tête à la fois l’histoire du christianisme, avec ses croisades et ses guerres de religions, et l’actualité de ces dernières années dans laquelle des chrétiens, des musulmans, des juifs ou des hindous se sont affrontés et s’affrontent aujourd’hui en bien des lieux du globe.

Souvent des hommes religieux ont construit des représentations de la divinité à travers lesquelles Dieu fait peser sa malédiction sur ses ennemis et recourt lui-même à la violence pour les punir. Et dès lors que les hommes se représentent Dieu comme un être violent qui châtie les méchants, ils auront tout loisir de justifier leur propre violence à l’encontre de leurs ennemis, en croyant que Dieu cautionne et bénit leur comportement. Ils iront même jusqu’à imaginer que Dieu leur commande le meurtre des infidèles.

Reconnaissons que, dans la Bible elle-même, la violence est présente et que certains textes de l’Ancien Testament semblent bien nous montrer un Dieu qui soutient et même ordonne des violences radicales. Ces textes ne sont pas toujours faciles à comprendre pour des chrétiens qui se veulent respectueux de toute la révélation et ils ont donné lieu à bien des interprétations. Mais tous, nous devons reconnaître qu’il y a un progrès de la révélation et que celle-ci culmine pour les chrétiens dans la personne et l’enseignement du Christ. Il est clair que le Sermon sur la montagne (Matthieu 5.7), avec l’amour de l’ennemi et la nécessaire réconciliation nous concerne plus directement que les guerres saintes que nous trouvons dans le passé. Le christianisme n’a pas toujours été à la hauteur de cet appel à la fraternité universelle que nous a lancé le Christ, des tournants qui ont permis au christianisme de traduire concrètement le lien fondamental existant dans toute religion entre respect de Dieu et respect de l’homme.

Actuellement, notamment lors de la rencontre des diverses religions à Assise, mais aussi lorsque certains croyants fanatisés tuent d’autres croyants au nom de la religion, des voies communes s’élèvent pour dénoncer ces violences. Les membres de la conférence des responsables de culte en France ont condamné avec la plus grande vigueur les attentats perpétrés à Bagdad et à Alexandrie endeuillant la communauté chrétienne. Ils ont dit que ces violences faites « au nom de Dieu » contre d’autres croyants étaient insupportables, elles ne blessaient pas seulement une religion mais l’humanité tout entière. Ils voyaient de plus en plus monter une violence dont ils récusaient l’argumentation religieuse. Ils ont ajouté que cette intolérance est déjà à l’œuvre dans notre propre société, elle se manifeste dans les dégradations de lieux de cultes et les menaces envers des croyants. En tant que responsables religieux ils ont déclaré fermement que nul ne peut se prévaloir des religions qu’ils représentent pour légitimer des violences, des ségrégations et même du mépris à l’égard d’un être humain. Ils ont encouragé les fidèles de leurs communautés à résister au repli et à la peur et sont convaincus qu’ils sauront prendre la mesure de cette responsabilité. Ils ne veulent pas que la religion soit instrumentalisée à quelque fin que ce soit. Ils désirent être artisans de paix dans notre pays et dans le monde. Hommes et femmes de bonne volonté, croyants et non-croyants, il nous faut sans cesse travailler à la réconciliation, sachant que la haine de l’autre est une maladie mortelle pour l’ensemble de la société. La fraternité est un défi que nous sommes appelés à relever, tous ensemble.

Le respect de la liberté religieuse, rarissime dans le passé, est aujourd’hui devenu assez largement partagé par les Églises chrétiennes, pour des raisons théologiques et spirituelles. On peut assez facilement constater que ce n’est pas le cas de toutes les religions et même de membres des religions chrétiennes et qu’il y a encore un long chemin à faire. Il y a toujours encore des actes inspirés par la haine et aussi par la peur, qui visent à éliminer et même à détruire d’autres êtres humains, en particulier ceux qui professent d’autres religions et que l’on juge dangereux pour sa propre religion.

Georges Heichelbech

Ajoutons l’enregistrement de la conférence que Jean Marie Muller a faite à Sarreguemines le 17 mars dans le cadre des Conférences du Centre St Nicolas, qui avait pour titre : Les enjeux politiques et spirituels de la non-violence  (cliquez ici)

Sur les unions de personnes de même sexe. Diocèse d’Angoulême

Il existe dans notre diocèse deux groupes de chrétiens concernés par l’homosexualité : un groupe de partage tous les deux mois existe déjà à Angoulême pour les personnes homosexuelles (hommes et femmes) de notre région. Et un groupe de partage destiné aux parents ayant des enfants homosexuels. Ces deux groupes de paroles font partie de l’association Devenir Un en Christ

Les prises de position de l’Église, ou du moins de certains évêques qui se sont exprimés et des fidèles qui les ont relayées au moment de la loi sur le mariage pour tous, sont souvent apparues comme violemment hostiles. Ces positions étaient-elles partagées par ceux qui sont restés silencieux?

L’Église de France n’a pas toujours eu une parole suffisamment positive et constructive, et ses paroles négatives exprimées lors du Pacs sont restées dans les mémoires. Nombre de personnes homosexuelles que nous connaissons ont été tentées de quitter l’Église à ce moment, et certaines ne reviendront pas; la blessure est trop profonde.

Ces situations restent aujourd’hui taboues, cachées, on n’en parle pas au grand jour. Une grande majorité de prêtres n’y est pas préparée, et la majorité des assemblées paroissiales (génération âgée le plus souvent) n’a pas reçu de l’Église les paroles d’accueil et d’attention nécessaires.

Un grand nombre de personnes homosexuelles croyantes et engagées dans les paroisses cachent cette dimension de leur vie, de peur au mieux de ne pas être comprises et au pire d’être exclues de leur communauté. Il faut accueillir les personnes homosexuelles comme les autres et pour cela convertir le regard de la communauté et des pasteurs. À cette fin, il faut convertir le regard de chacun et certainement donner aux responsables une formation concrète sur cette réalité. Il faut diffuser largement le travail des moralistes qui, il y a trente ans déjà, travaillaient sur ce sujet. À partir de là, nous pourrons construire un vrai projet pastoral envers les personnes homosexuelles, considérant qu’un amour entre personnes de même sexe est aussi porteur de fécondités pour les personnes concernées et leur entourage

Comme on aimerait que d’autres bulletins diocésains parlent de la même façon de l’homosexualité!

L’intervention du cardinal Kasper doit être publiée

Le manque de transparence  lors de sa préparation menace le Synode sur la famille

Communiqué de presse à Munich et à Rome, le 24 février 2014

Le mouvement populaire d’Eglise « Nous sommes Eglise » estime qu’il est d’une nécessité pressante que l’intervention du cardinal Walter Kasper devant le collège des cardinaux sur le thème de la famille soit immédiatement rendue publique  dans son intégralité. Dans le cas contraire le processus positif de préparation du synode extraordinaire des évêques sur la pastorale familiale ( en abrégé Synode de la famille) qui est prévu pour octobre 2014 serait fortement mis en danger.

Le pape François a qualifié les développements du cardinal allemand Kasper de théologie profonde et de réflexion claire dans le sens ecclésial. Voilà pourquoi il est impossible qu’il puisse y avoirdes raisons pour que cette intervention de deux heures du cardinal Kasper du 20 février 2014 devant l’assemblée des cardinaux ne soit pas diffusée aux évêques, aux théologiens et théologiennes et à l’ensemble des membres de l’Eglise à travers le monde ou qu’ils n’y ait que des extraits choisis qui soient diffusés au compte-goutte. Il ne fait pas de doute que le cardinal Kasper est maître de son texte.

Les contributions théologiques et pastorales du cardinal Kasper qui pendant dix ans exerçait de hautes responsabilités à la curie romaine, devraient être autant diffusées largement que celle du préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, l’ancien évêque de Regensbourg, le docteur Gerhard Ludwig Muller, actuellement promu cardinal. Ce dernier a encore présenté en juin 2013 dans le journal allemand Tagespost et le 22 octobre 2013 dans l’Osservatore Romano l’intégrale position traditionnelle de l’Eglise sur l’admission aux sacrements pour les divorcés remariés.

La large consultation pour la préparation du synode sur la famille que le pape François a mise en place, incluant les membres de base de l’Eglise a été mondialement saluée comme étant le signe d’une nouvelle culture du dialogue à l’intérieur de l’Eglise. Si l’intervention du cardinal Kasper était tenue secrète, cela serait en contradiction avec la transparence du processus de préparation du Synode. Ce n’est qu’un dialogue approfondi mettant en lumière  des positions de base divergentes qui permettra de concilier le fossé mis en lumière entre les premières réponses publiées du questionnaire du Vatican entre l’enseignement de l’Eglise et la réalité  de ce que vivent les hommes du 21e siècle. Pour pouvoir mettre cela en œuvre il est  impossible d’écarter la collaboration de théologiens  spécialisés dans la pastorale ou la morale, d’anthropologues  et de psychologues et particulièrement d’expertes et d’experts  ayant une expérience de la vie familiale.

Les spécialistes et les membres de l’Eglise ne peuvent pas oublier les initiatives qu’avait prises Kasper en 1993 en tant qu’évêque de Rottenbourg Stuttgart avec l’ancien évêque de Mayence Karl Lehmann  ainsi que l’ancien archevêque de Fribourg  Oskar Saier décédé en 2008 pour demander un changement d’attitude par rapport à la réception de la communion pour les divorcés remariés. Déjà un an après, le cardinal Joseph Ratzinger qui à l’époque était le préfet de la congrégation vaticane pour la Doctrine de la Foi, s’opposa à la réception dans l’Eglise de cette façon humaine et miséricordieuse de régler ce problème. Ce drame ne doit se reproduire encore une fois cette fois ci.

Heureux Noël. Bonne année 2014

La fête de Noël et le passage d’une année à une année nouvelle font remonter dans mon esprit des réflexions qui me sont chères et qui me sont familières depuis de longues années.

Il est de bon ton, tout en étant comblé de cadeaux, de faire le procès d’une société matérialiste où le Père Noël a, pour certains, fait oublier le sens de la fête de Noël. Comme chacun le sait, Jésus est né en l’an 0, un 25 décembre. C’est méconnaître que la fête païenne du solstice d’hiver précédait Noël et que la chrétienté en a donné un nouveau sens. Et ne nous berçons pas d’illusions, le monde entier n’a jamais été chrétien et ce sens, qui était dominant en Europe et d’autres contrées « évangélisées », ne l’a jamais été partout. Mais les temps ont changé. Dans notre monde sécularisé, ce ne sont plus les Eglises qui donnent le la. Les chrétiens peuvent le constater, le regretter mais doivent aussi réaliser que nous ne vivons plus dans un temps de chrétienté. Et ce n’est pas en noircissant le comportement des autres qu’on arrivera à mettre en lumière notre message.

S’il est vrai que certains pensent trouver leur bonheur dans le matérialisme, ne sous-estimons pas le sens de la fête. Tout le monde a besoin de fêter, même si les motivations sont diverses. Des valeurs comme la famille, même si elle prend une signification plus étendue que par le passé, la paix, la réconciliation et l’attention aux plus démunis, restent présents à Noël, dans des cercles bien plus larges que les cercles chrétiens.

Pour moi, le sens chrétien de Noël est ce qui est primordial, le reste étant des conséquences. Une des originalités du christianisme par rapport au judaïsme et par rapport à l’Islam, c’est que notre Dieu s’est incarné, il s’est fait homme. Il peut paraître invraisemblable que Dieu, unique et absolu, se soit abaissé en devenant homme mais il ne s’agit pas du Dieu autoritaire et isolé des philosophes mais du Dieu‐Amour de la Révélation. Jésus a vécu comme un homme, il est né d’une mère humaine, il a grandi, il s’est réjoui, il a connu l’angoisse et la souffrance, il est mort finalement sur la croix. Sa naissance est également empreinte de discrétion. Elle passe inaperçue des populations, et même des autorités religieuses pourtant précisément informées du lieu où elle devait survenir. Bien qu’une part de merveilleux enveloppe les récits de naissance qui bien sûr ne sont pas des récits historiques mais symboliques, le message de Noël est important pour la compréhension que nous nous faisons de Dieu. Jésus ne s’est pas manifesté dans la cour des grands, ni dans le temple, ni même dans le milieu sacerdotal. Il est venu humblement parmi les bergers qui étaient des gens déconsidérés dans la société de l’époque et a d’abord été reconnu par des étrangers.

Et cette attitude il l’a gardée tout au long de sa vie terrestre. Citons juste trois versets bibliques : Mt 20:28  C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Jn 13:14  Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; Lu 5:32  Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent. » C’est ce Dieu qui est proche de nous, qui nous fait confiance et en lequel nous pouvons mettre toute notre confiance.

Noël nous fait aussi prendre conscience de notre humanité, de sa grandeur et de ses limites. Nous sommes à la fois tout et rien. Tout, dans la mesure où nous sommes uniques et irremplaçables, que nous devons croire en nos possibilités et ne pas nous laisser paralyser par des discours qui voudraient qu’on manque d’humilité si on veut s’affirmer et affirmer ses convictions. Mais en même temps nous ne sommes rien. Nous sommes fragiles et n’importe quoi peut arriver à n’importe qui à n’importe quel moment. Notre vie ne tient qu’à un fil. Mais notre espérance nous aide à nous frayer un chemin, en gardant la tension entre ces deux extrêmes. « C’est quand nous sommes faibles que nous sommes forts »

Pour compléter, voici le message de Régis de Berranger : Noël, celui de toutes les pauvretés

https://www.dropbox.com/s/3kl1l7rwb3d9eu5/No%C3%ABl%20et%20la%20pauvret%C3%A9.pdf

Et celui de Paul Maire : Les mages s’en retournèrent par un autre chemin

https://www.dropbox.com/s/tlk6olrjf1zzb5b/Paul%20Maire%20Ann%C3%A9e%202014.pdf

Et une citation du pape François  (Evangelii Gaudium § 165)

La centralité du kérygme demande certaines caractéristiques de l’annonce qui aujourd’hui sont nécessaires en tout lieu : qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle fasse appel à la liberté, qu’elle possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse qui ne réduise pas la prédication à quelques doctrines parfois plus philosophiques qu’évangéliques. Cela exige de l’évangélisateur des dispositions qui aident à mieux accueillir l’annonce : proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial qui ne condamne pas.

Et pour 2014 ?  Si le message de paix, de réconciliation et d’attention aux plus démunis de Noël devenait plus réalité, cela comblerait toutes mes espérances. C’est ce que je vous souhaite aussi pour votre vie personnelle, votre vie en Eglise ou en société. Bonne et heureuse année 2014.