DIEU EST IL UN ASSASSIN ?

La première page de Charlie hebdo de cette semaine, spécial anniversaire, représente un  barbu, habillé d’une gandoura, qui se sauve à toutes jambes. Il est armé d’une kalachnikov et possède des attributs  divins caricaturaux (le Dieu barbu du moyen âge surmonté du triangle à la fois   trinitaire et franc maçon…etc) Une phrase explicite le sens de cette caricature « une année après l’assassin court toujours ».Il s’est trouvé des chrétiens pour se scandaliser de cette représentation.

Je me demande comment on peut manquer à ce point du sens de l’humour pour s’offusquer d’un tel dessin et de son commentaire.

D’abord  comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire le dieu ainsi caricaturé n’est pas le Dieu de miséricorde et de paix ni de la Foi évangélique ni de la Foi musulmane  authentiques. Mais il  s’agit bien ,hélas,  d’une croyance en un Dieu violent et agressif, invitant à la guerre sainte ou à la croisade voire à l’assassinat pur et simple de ceux qui le dénoncent. Et ce Dieu a exercé des ravages dans l’esprit et les pratiques millénaires des religions dominatrices. Les guerres de religion sont parmi les plus inhumaines.

Ensuite je ferai remarquer que des idéologies athées peuvent aussi agir selon le même  ressort que ces religions violentes :à savoir la certitude que l’on possède la vérité absolue, que nul n’a le droit de penser autrement que nous et que celui qui propose une autre approche de la vérité que la notre doit être éliminé, par la censure, la prison ou la mort.

En réalité cette caricature est riche  d’une pensé philosophique, spirituelle  et politique très sérieuse, comme c’est  le cas de l’humour qui ne  saurait se réduire à une grosse rigolade.Cette caricature nous dit que c’est le dieu que nous nous fabriquons et que nous nous approprions mentalement qui est violent, car il est la justification de nos propres haines à l’égard de l’autre que nous.

J’aime donc beaucoup cette première page du numéro anniversaire de Charlie Hebdo: elle dénonce non pas Dieu mais les fous de Dieu. De même que la grenade  dans le turban, du Prophète de la caricature danoise  ne  représentait pas le Prophète Mohammed mais l’idée que certains djihadistes s’en font.

Jean Riedinger, secrétaire de l’Observatoire Chrétien pour la laïcité (OCL)

« Qu’as-tu fait de ton frère ? »

De janvier à juillet 2015, 340 000 migrants sont arrivés aux frontières de l’Union européenne, tandis que des milliers d’autres personnes disparaissaient en mer. Une situation inédite pour les pays européens, tentés de stigmatiser davantage ces réfugiés qui fuient le fondamentalisme islamique ou la répression des régimes autoritaires du Moyen-Orient, la pauvreté ou les sécheresses en Afrique. Le pape a montré, sans jamais faillir, à quel point cette question était importante pour lui. Il a été à Lampedusa pour montrer aux Européens qu’on ne pouvait pas laisser arriver cela. Il a fait un nombre incroyable de discours, de catéchèses, d’exhortations sur la question.

Et voilà que la photo du jeune Aylan Kurdi, trouvé mort sur une plage de Turquie nous secoue de nos torpeurs. Il n’y a pas de raison qui tienne, ni économique, ni sécuritaire, qui vaille la mort de cet enfant. Oui, il faut céder à l’émotion parce qu’elle est le meilleur de nous-mêmes et qu’elle seule est capable d’abattre nos effroyables égoïsmes. Et pourtant une majorité de Français s’opposent à l’accueil d’immigrés et de réfugiés. Pensez-vous sérieusement que les rejeter à la mer, les empêcher à toute force d’entrer, soit la meilleure manière de nous protéger ? Fermer nos portes aujourd’hui, c’est la meilleure manière de nourrir la haine, le ressentiment, la colère envers nous des nations qui sont aujourd’hui dans le chaos.

Qui voulons-nous être ? Le bon Samaritain de la parabole, qui soigne l’homme agonisant au bord de la route, ou ceux qui passent en détournant le regard ? Jusqu’à ce que nous ayons agi, concrètement et vraiment agi, pour ouvrir nos portes à cette souffrance, nous savons qui nous sommes. Et nous sommes sourds à l’appel de l’Evangile : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Et Dieu bouda la femme

Lucetta Scaraffia, responsable du supplément « Femmes » de L’Osservatore romano, était l’une des 32 femmes invitées à participer au synode des évêques sur la famille, à Rome, du 4 au 25 octobre. Pour « Le Monde », elle relate de façon piquante ce travail parmi les hommes d’Eglise. Voici son récit.

Combien de fois me suis-je répété, au cours de ces trois semaines de synode, pour réfréner l’impatience rebelle qui m’assaillait : au bout du compte, ils m’ont invitée – et ils m’ont même laissée parler. Moi, une « féministe historique », pas franchement diplomate ni patiente. Ils l’ont sûrement remarqué.

Pour une femme comme moi, qui a vécu Mai 68 et le féminisme, qui a enseigné dans une université d’Etat et participé à des comités et à des groupes de travail en tous genres, cette expérience-là fut vraiment inédite. Parce que, même s’il m’est arrivé, quand j’étais jeune et que les femmes étaient encore rares dans certains milieux culturels et académiques, de me retrouver la seule au milieu d’un groupe d’hommes, ces hommes-là au moins s’y connaissaient un peu : ils étaient mariés ou avaient des filles.

Ce qui m’a le plus frappée chez ces cardinaux, ces évêques et ces prêtres, était leur parfaite ignorance de la gent féminine, leur peu de savoir-faire à l’égard de ces femmes tenues pour inférieures, comme les sœurs, qui généralement leur servaient de domestiques. Pas tous évidemment – j’avais noué, avant même le synode, des liens d’amitié avec certains d’entre eux –, mais pour l’immense majorité, l’embarras éprouvé en présence d’une femme comme moi était palpable, surtout au début. En tout cas, aucun signe de cette galanterie habituelle que l’on rencontre encore, notamment chez les hommes d’un certain âge – dont ils font partie. Avec la plus grande désinvolture, ils me barraient la route dans les escaliers et me passaient allègrement devant au buffet durant les pauses-café. Jusqu’à ce qu’un serveur, ayant pitié de moi, me demande ce que je voulais boire…

Puis, quand nous avons commencé à mieux nous connaître, en particulier durant les sessions de travail en petits groupes, les autres ecclésiastiques m’ont peu à peu témoigné de la sympathie. A leur manière, bien sûr : j’étais considérée comme une mascotte, toujours traitée avec paternalisme, même s’il leur arrivait d’avoir mon âge, voire d’être plus jeunes que moi.

Depuis mon arrivée, tout semblait avoir été conçu pour que je me sente comme une étrangère : malgré mes badges d’accréditation, j’étais soumise à des contrôles inflexibles. On tenta même de réquisitionner ma tablette et mon téléphone portable. A chaque fois, on me prenait pour une autre : pour une journaliste dans le meilleur des cas ou pour une femme de ménage. Puis ils ont appris à me connaître, et à me traiter avec respect et amabilité. Quand, après trois ou quatre jours, les gardes suisses en uniforme chargés de surveiller l’entrée se sont mis au garde-à-vous devant moi, j’étais au septième ciel !

Ma présence, pourtant, n’était que tolérée : je ne « pointais » pas avant chaque séance de travail comme les pères synodaux, je n’avais pas le droit d’intervenir, sinon à la fin, comme on le concédait aux auditeurs, et il ne m’était pas non plus permis de voter. Même dans les séances en petits groupes. Non seulement je n’avais pas le droit de voter, mais il m’était interdit de proposer des modifications au texte soumis au débat. En théorie, je n’aurais même pas dû parler. Mais de temps à autre, on daignait me demander mon avis ; il m’a fallu du courage, mais j’ai commencé à lever la main et à me faire entendre. A la dernière réunion, j’ai même réussi à suggérer des modifications ! Bref, tout contribuait à ce que je me sente inexistante.

Chacune de mes interventions tombait à plat. Un jour, par exemple, j’ai voulu rappeler qu’au dix-neuvième chapitre de l’Evangile selon saint Matthieu, Jésus parlait de « répudiation » et non pas de « divorce » et que, dans le contexte historique qui était le sien, cela signifiait « répudiation de la femme par le mari ». Aussi l’indissolubilité que défendait Jésus n’est-elle pas un dogme abstrait, mais une protection accordée aux plus faibles de la famille : les femmes. Mais ils ont continué à expliquer que Jésus était contre le divorce. J’aurais tout aussi bien pu ne rien dire ; je parlais dans le vide.

« Si elles entrent, on est foutus »

J’ai bien essayé de partager mes impressions avec les quelques autres femmes présentes au synode, mais elles me regardaient toujours avec étonnement : pour elles, ce traitement était tout à fait normal. La plupart n’étaient là qu’en tant que membre d’un couple – au moment des interventions de clôture, j’ai entendu d’improbables récits de mariages narrés de concert avec le mari. La seule à échapper à ce climat de démission était une jeune sœur combative qui avait découvert, au cours d’un échange avec le pape, que les quatre lettres que son association lui avait envoyées – pour réclamer plus d’espace pour les religieuses – n’étaient jamais parvenues au pontife. Je compris que les sœurs, étant nombreuses, bien plus nombreuses que les religieux, faisaient peur : si elles entrent, me disait-on, nous serons écrasés. Il valait donc mieux faire comme si elles n’existaient pas…

Sous mes yeux curieux et ébahis, l’Eglise mondiale a pris corps et identité. C’est certain, il y a des camps distincts, entre ceux qui veulent changer les choses et ceux qui veulent simplement défendre ce qui est. Et l’opposition est très nette. Entre les deux, une sorte de marais, où l’on s’aligne, où l’on dit des choses vagues et où l’on attend de voir comment va évoluer le débat. Le camp des conservateurs assure aux pauvres fidèles que suivre les normes n’est pas un fardeau inhumain parce que Dieu nous aide par sa grâce. Ils ont un langage coloré pour parler des joies du mariage chrétien, du « chant nuptial », de « l’Eglise domestique », de « l’Evangile de la famille » – en somme, d’une famille parfaite qui n’existe pas, mais dont les couples invités devaient témoigner en racontant leur histoire. Peut-être qu’ils y croient. En tout cas, je ne voudrais pas être à leur place.

Il y a plus de nuances dans le camp des progressistes. Les plus audacieux vont jusqu’à parler de femmes et de violence conjugale. On les distingue facilement parce qu’ils invoquent sans cesse la miséricorde. Naturellement, les familles parfaites n’ont pas besoin de miséricorde. « Miséricorde » a été le mot-clé du synode : dans les groupes de travail, les uns luttent pour le supprimer des textes, les autres le défendent avec vigueur et cherchent au contraire à le multiplier. Au fond, ce n’est pas très compliqué. Je m’étais imaginé une situation théologiquement plus complexe, plus difficile à déchiffrer de l’extérieur.

Mais peu à peu j’ai compris qu’un changement profond était à l’œuvre : accepter que le mariage soit une vocation, à l’image de la vie religieuse, est un grand pas en avant. Cela signifie que l’Eglise reconnaît le sens profond de l’Incarnation, qui a donné valeur spirituelle à ce qui vient du corps, et donc aussi à la sexualité considérée comme un moyen spirituel, que ce soit dans la chasteté ou dans la vie conjugale. L’insistance sur la vraie intention de la foi, sur la préparation au sacrement est également très importante : c’en est fini de l’adhésion de façade, sans un choix en conscience. Le grand précepte de Jésus, selon lequel seule compte l’intention du cœur, entre progressivement dans la vie pratique. Et cela veut dire que nous avançons de façon significative dans la compréhension de sa parole. Dans les milliers de polémiques sur la doctrine ou sur la normativité, rien de tel ne semble exister, mais à y regarder de plus près, le changement est perceptible, et il est sans aucun doute positif.

Un peu de catéchisme avant les noces

Durant les longues heures de débat de l’assemblée, j’ai observé, fascinée, l’élégance des ecclésiastiques : tous « en uniforme », avec leurs soutanes cousues de violet ou de rouge, leurs calottes aux mêmes couleurs, et pour certains leurs chapes élaborées avec de longs fils cousus de boutons colorés. Les Orientaux arborent des coiffes de velours brodées d’or ou d’argent, de hauts chapeaux noirs ou rouges. Le plus élégant de tous porte une longue tunique violette – je découvrirai à la fin qu’il s’agit d’un évêque anglican. Parfois, de loin, un dominicain en tunique blanche est pris pour le pape, qui, démocratiquement, se joint à nous à la pause-café.

C’est vrai qu’ils viennent de tous les coins du monde, c’est vrai aussi que l’Eglise est catholique ; en général, les évêques des pays anciennement colonisés parlent la langue de l’ancien conquérant : le français, l’anglais, le portugais. Ceux qui viennent d’Europe de l’Est parlent l’italien. Je réalise combien sont nombreux les évêques en Inde et en Afrique. Chacun représente un morceau d’histoire et de réalité, qu’ils parlent de difficultés concrètes ou se contentent de tirades théoriques en faveur de la famille.

Et je découvre ainsi que les défenseurs les plus rigides de la tradition sont ceux-là mêmes qui vivent dans les pays où la vie est la plus difficile pour les chrétiens, comme les Orientaux, les Slaves ou les Africains. Ceux qui ont connu les persécutions communistes proposent de résister avec la même rigueur et la même intransigeance aux charmes de la modernité ; ceux qui vivent dans des pays tourmentés et sanglants où l’identité chrétienne est menacée pensent que c’est seulement en étant ferme sur les règles que l’on peut défendre la religion contre les menaces dont elle fait l’objet.

Hormis quelques rares exceptions, qui ont ma préférence, tous parlent un langage autoréférentiel, presque toujours incompréhensible pour qui n’appartient pas au petit cercle du clergé : « affectivité » pour dire « sexualité », « naturel » pour « non modifiable », « sexualité mature », « art de l’accompagnement »… Presque tous sont convaincus qu’il suffit de bons cours de préparation au mariage pour surmonter toutes les difficultés et peut-être aussi un peu de catéchisme avant les noces.

Indissolubilité du mariage

Du monde réel pourtant, surgissent tant de situations diverses et complexes. En particulier la question des mariages mixtes qui se retrouve partout dans le monde. Les problèmes sont multiples et variés, mais il en est un qui surgit dans tous les cas : la religion catholique est la seule à poser l’indissolubilité du mariage. Et donc les pauvres catholiques se retrouvent souvent abandonnés et dans l’impossibilité de se remarier… Combien d’ecclésiastiques défendent avec fierté leurs familles traditionnelles sans penser que dans la majorité des cas il s’agit de situations qui pénalisent les femmes.

Mais les femmes sont quasi invisibles. Et quand je les évoque, avec force, dans mes interventions, me plaignant de leur absence alors même qu’il s’agit de débattre de la famille, on me trouve « très courageuse ». Me voilà applaudie, remerciée même parfois ; je suis un peu surprise, puis je comprends qu’en parlant clairement je les ai dispensés de le faire.

Portée par ce flot de sensations contradictoires – entre la colère suscitée par une évidente exclusion et la satisfaction d’être là tout de même – je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il était quand même extraordinaire, de nos jours, de participer à une assemblée qui s’ouvre avec le chant du Veni Creator Spiritus et se clôt sur le Te Deum. Mais c’est précisément pour cette raison que je souffre encore plus de l’exclusion injuste que subissent les femmes d’une réflexion qui, en principe, porte sur le rapport de l’humanité dans son ensemble, et donc des hommes et des femmes, avec Dieu.

Lucetta Scaraffia

Source : http://www.lemonde.fr/religions/article/2015/10/27/et-dieu-bouda-la-femme_4797401_1653130.html#JkDaulMpFguUMIl5.99

Communiqué de TC : Appel aux catholiques responsables

L’annonce de l’invitation de Mme Marion Maréchal-Le Pen à l’université catholique organisée par le diocèse de Toulon-Fréjus jette une lumière crue sur le glissement vers la droite la plus dure d’une partie du catholicisme français que certains slogans de la Manif pour tous laissaient déjà percevoir. Ce catholicisme devient l’un des éléments d’une identité française qui se forge contre les étrangers, contre les musulmans, contre l’Europe, en un mot, contre la fraternité et contre l’universalité, à rebours de toutes les valeurs chrétiennes et évangéliques, en contravention avec l’élan suscité depuis deux ans par le pape François.

Nous déplorons cette connivence mais nous ne nous en étonnons pas. Il y a hélas en France une histoire catholique peu reluisante, qui passe par le refus de la République, le rejet de la démocratie, la haine des juifs, la collaboration honteuse sous Vichy, le soutien aux criminels de guerre, la complicité avec l’OAS. Nous le savons d’autant mieux que c’est contre ce catholicisme que Témoignage chrétien est né et qu’il s’est dressé avec d’autres grandes figures catholiques. Souvenons-nous que sous l’Occupation, à de rares mais précieuses exceptions, l’épiscopat français a appelé à la soumission aux « autorités légitimes », c’est-à-dire à Pétain et Vichy.

Aujourd’hui, on prétend que Mme Maréchal-Le Pen est légitime parce qu’elle et son parti rassemblent un nombre de suffrage important. La logique est la même. Le nombre ne rend pas les positions du Front national acceptables, ni ses dirigeants fréquentables. Une telle invitation leur donne un brevet de respectablité au nom d’une conception pervertie de la démocratie.

Nous ne pouvons pas accepter que ce courant prétende aujourd’hui représenter le catholicisme français. Nous appelons les responsables catholiques et les catholiques responsables qui aujourd’hui sont une majorité stupéfaite et muette à rompre le silence, et à s’élever contre cette banalisation dangereuse d’un parti qui fait de la haine de l’étranger son fonds de commerce.

Jean-Pierre Mignard, Bernard Stéphan, Christine Pedotti

Source : http://temoignagechretien.fr/articles/politique-religion/communique-de-tc-appel-aux-catholiques-responsables

Une « supplique » au pape en vue du Synode a recueilli près de 500 000 signatures

Les grandes manœuvres de la part des conservateurs, pour saborder le Synode sur la famille commencent. Pétitions, publications de livres et déclarations tonitruantes

Mise en ligne début 2015, une pétition internationale intitulée « Filiale supplique à Sa Sainteté le pape François sur l’avenir de la Famille » avait recueilli plus de 470 000 signatures, vendredi 14 août.

Lancée par le cardinal Burke avec l’organisation internationale « Tradition-Famille-Propriété », cette supplique a reçu les signatures de nombreuses personnalités des milieux traditionalistes.

► QUE DEMANDE LA « SUPPLIQUE » ?

Les rédacteurs de cette pétition internationale déplorent auprès du pape « une évolution graduelle et systématique de mœurs opposées à la loi naturelle et divine » depuis « la Révolution de 1968 ». Ils citent en exemple « l’aberrante idéologie du genre », enseignée selon eux « dans de nombreux établissements scolaires (…) ».

L’objet de leur inquiétude à l’approche du synode du mois d’octobre ? « Une désorientation généralisée causée par l’éventualité qu’au sein de l’Église se soit ouverte une brèche permettant l’acceptation de l’adultère – moyennant l’admission à l’Eucharistie de couples divorcés civilement remariés – et jusqu’à une virtuelle acceptation des unions homosexuelles (…) contraires à la loi divine et naturelle. »

Les signataires en appellent à la « parole éclairante » du pape, en se disant « sûrs qu’elle ne pourra jamais dissocier la pratique pastorale de l’enseignement légué par Jésus-Christ et (ses) prédécesseurs ».

► QUI SONT LES SIGNATAIRES ?

Si aucune information n’est disponible concernant les 470 000 signatures, une liste de près de 300 personnalités est mise en évidence sur le site de la pétition, dont l’ex-sénateur américain Rick Santorum et le cardinal chilien Jorge Medina Estévez. Le nom le plus visible est celui du cardinal Raymond Leo Burke, dont un extrait d’interview au Figaro figure en dessous du texte, dans lequel le patron de l’Ordre de Malte « appelle les catholiques (…) à s’impliquer, d’ici à la prochaine assemblée synodale, afin de mettre en lumière la vérité sur le mariage ».

Les noms de trois évêques apparaissent également en page d’accueil : Mgr Aldo di Cillo Pagotto, archevêque de Paraíba (Brésil), Mgr Robert F. Vasa, évêque de Santa Rosa en Californie, et Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana (Kazakhstan). Ils sont les auteurs de l’argumentaire Option préférentielle pour la famille : cent questions et cent réponses autour du Synode, qui défend la conservation de la doctrine dans son état actuel.

Dans cette liste, figurent également quelques personnalités des milieux traditionalistes français, comme Bernard Anthony, président de l’Agrif, Guillaume de Thieulloy, directeur notamment des blogs « Le Salon Beige » et « Riposte Catholique » ou encore l’abbé Guillaume de Tanoüarn, de l’Institut du Bon Pasteur.

► QUI A LANCÉ CETTE PÉTITION ?

Les auteurs se présentent comme « un ensemble de responsables du laïcat catholique et d’organisations pro famille ». En réalité, l’administrateur du site est l’Institut Piotr Skarga de Cracovie, la branche polonaise de l’organisation « Tradition-Famille-Propriété » (TFP).

Se présentant comme une « association librement constituée de catholiques anticommunistes et antisocialistes », TFP, fondée en 1960 par le Brésilien Plinio Corrêa de Oliveira, a fait l’objet d’une condamnation par les évêques brésiliens, dès 1985, qui dénonçaient « son fanatisme religieux ». Depuis, le mouvement a essaimé dans plusieurs pays, notamment en France où elle a figuré dans un rapport parlementaire de 1995 sur les dérives sectaires, bien qu’elle ne soit plus considérée comme une secte aujourd’hui.

La pétition est un mode d’action récurrent chez TFP. C’est une de ses émanations aux États-Unis, « America Needs Fatima », qui avait notamment été à l’initiative, en 2011, de deux pétitions contre les pièces de théâtre « Corpus Christi » et « Golgota Picnic » jouées à Paris. L’une de ses branches dans l’Hexagone, « Avenir de la Culture », est également habituée des pétitions visant les médias et le monde audiovisuel.

Gauthier Vaillant

Source : Journal La Croix   Cliquez ici

Divinement humain, l’Évangile prêché par Albert Schweitzer

« L’Évangile est le plus simple et le plus profond des enseignements. (…)  Mais pourquoi tant de monde, aujourd’hui, reste-t-il indifférent ou même réfractaire ? Et pourquoi tant d’autres, ayant en eux le besoin d’entendre quelqu’un leur parler des choses du royaume de Dieu, ne rencontrent-ils personne capable de les enseigner ? » (Sermon du 6 mai 1906)

Toujours les mêmes interrogations… Pourquoi les Églises sont-elles si sourdes au message de l’Évangile que des voix prophétiques ne cessent de rappeler, et si peu empressées à le mettre en pratique ? Pourquoi ce message est-il si couramment galvaudé dans les prédications, voire foncièrement défiguré ? Lancinantes questions que ravive, en notre temps où les Églises traditionnelles dépérissent, la lecture des sermons d’Albert Schweitzer qui viennent d’être publiés sous le titre L’Esprit et le Royaume [1].

Vieux de plus d’un siècle, ces sermons restent – pour l’essentiel – pertinents comme s’ils venaient d’être écrits [2]. Leur souffle a sans doute libéré et édifié bien des fidèles, mais il n’a apparemment guère touché les Églises, prisonnières de leurs carcans dogmatiques et institutionnels. Un retour sur le passé à l’occasion de cette publication peut nous aider à imaginer et à incarner le christianisme de demain. Avec et par delà les Églises.

La première et ultime vérité

Traitant avec une lumineuse simplicité des questions fondamentales que l’humanité porte en elle depuis ses origines, ces sermons revêtent une portée universelle tout en se réclamant de l’héritage biblique, et plus particulièrement de Jésus de Nazareth. Il est significatif à cet égard que Schweitzer ait confié à un de ses amis, en 1908, qu’il se sentait « moins voué à la théologie qu’à la philosophie » – c’est-à-dire à une réflexion sans présupposés doctrinaux sur les soucis et les aspirations des hommes. Notre vie, nos espérances et nos joies, nos souffrances et la mort ont-elles un sens, ou ne sont-elles que l’écume d’une inexorable dérive de la nature vers le néant ?

La renommée mondiale du docteur de Lambaréné, emblématique précurseur de l’action humanitaire et lauréat du prix Nobel de la paix en 1952, a de fait éclipsé la figure que révèle ce livre – celle du pasteur qu’il a été à Strasbourg. Or les sermons du vicaire de Saint-Nicolas éclairent l’ensemble des combats qu’il a menés par la suite pour contribuer à rendre le monde plus humain. L’Esprit Saint « ne tombe pas du ciel » disait-il, mais habite au plus profond de notre humanité où il est à rechercher et à « conquérir » pour nous en imprégner et pour le rayonner. Dégagé des dogmes qui étouffent la pensée et le cœur, l’Évangile invite sans préalable de foi à respecter et à aimer toute vie, et en conséquence à secourir autant que possible tout être en difficulté. Tel a été en fin de compte, pour Schweitzer, le principal précepte laissé par Jésus, et l’unique connaissance sûre et indispensable.

« La seule connaissance qui ne passe pas est l’amour – et ce que nous savons de la vie c’est par l’amour que nous le savons. (…) L’amour suffit et relativise tout le reste. » (Sermon du 12 novembre 1905)

Une révolution des croyances

 Devançant les idées de son époque, Schweitzer a développé une vision radicalement universaliste de la foi issue de l’Évangile. Un défi philosophique et éthique qui induit un bouleversement révolutionnaire de l’ordre religieux. S’il est vrai que Dieu n’appartient à aucune tradition religieuse et transcende les christianismes historiques comme les autres confessions, et si tous les humains ont pareillement vocation à être sauvés sous l’égide de l’Amour divin, chacune des grandes religions peut donner accès au salut et les prétentions exclusivistes des unes et des autres sont à abandonner.

Pour Schweitzer, le bon sens commun l’emportait sur les contradictions des spéculations théologiques. Il lui semblait inconcevable qu’un Dieu Amour puisse infliger d’atroces et éternelles souffrances à une partie de ses créatures, et il trouvait scandaleux que les Églises cultivent la crainte de l’enfer pour assujettir leurs fidèles. Suivre concrètement Jésus importait plus pour lui que de disserter sur la nature du Christ ou sur celle de Dieu. L’audacieux vicaire de Saint Nicolas n’a pas hésité, sur ces points et sur d’autres aussi importants que la Révélation, à prendre le contrepied des enseignements dispensés par les Écritures, les Pères de l’Église et les fondateurs de la Réforme.

« Nous ne ressentons nul besoin de nous accrocher à l’idée sophistiquée et indémontrable d’une Révélation, car nous croyons que le révélé nous vient des profondeurs de la simple pensée et de la sensibilité, nous croyons qu’à ces profondeurs l’âme humaine plonge dans l’Esprit infini et qu’elle en est transie, nous croyons donc que la pensée humaine peut toucher aux profondeurs de l’être, sans révélation particulière. » (Sermon du 16 janvier 1910)

 Schweitzer avait la ferme conviction que l’Esprit de Dieu n’est captif d’aucun écrit, et il insistait sur le fait que le christianisme est la seule grande religion qu’aucun texte sacré ne fige. Contrairement à d’autres fondateurs de religion, Jésus n’a rien écrit et son message ne peut s’accomplir qu’en évoluant. Son Esprit continue à intervenir dans le monde pour le renouveler sans cesse à la faveur d’une Pentecôte permanente, et les Églises qui se réclament de lui ne sauraient lui être fidèles que dans cette voie. Une perspective qui a inspiré à Schweitzer de sublimes envolées mystiques laissant entrevoir l’homme et l’immensité de l’univers transfigurés par le feu de l’Esprit.

« Le devenir-homme de Dieu ne s’est pas uniquement produit en notre Seigneur Jésus, il se répète infiniment en ces hommes dans la vie desquels l’étincelle de son Esprit prend feu. Le processus du devenir-homme de Dieu, c’est l’histoire même du monde et c’est l’histoire, accomplissement ou échec, de chacun d’entre nous. (…) Ainsi représentons-nous chaque vie humaine comme un monde dans l’infini des mondes qui font l’univers, non pas visible, mais l’invisible. » (Sermon du 6 décembre 1903)

Cette liberté de pensée a suscité des suspicions et des conflits. Mais Schweitzer se sentait tellement redevable de l’héritage transmis par les Églises – malgré leurs infidélités -, qu’il a tenu à le repenser à frais nouveaux pour en assurer la crédibilité et l’avenir. Son maître-mot : se fier à l’Esprit qui a conduit Jésus, au souffle de vie qui sauvegarde les hommes au fil des réalités qu’ils traversent, quelles que soient leurs croyances religieuses. Conscient de l’importance de la tradition, ii appréciait les efforts faits dans le passé pour formuler la foi chrétienne – à l’occasion des conciles par exemple -, mais il refusait le piège des énoncés dogmatiques devenus abscons, et cherchait à dire Dieu et l’homme dans l’inédit du présent.

Combattre pour humaniser le monde

Tout en s’inscrivant dans le contexte social, économique et politique actuel, le Royaume prêché par Schweitzer s’identifiait au règne de justice et de paix annoncé par les prophètes d’Israël et par l’Évangile. Un Royaume auquel aspire profondément et depuis toujours le cœur humain à travers la plupart des religions et hors d’elles – et en particulier le cœur des hommes les plus déshérités. Mais Schweitzer considérait que cette espérance doit être spiritualisée en étant débarrassée des croyances apocalyptiques qui furent partagées par Jésus et par les premiers chrétiens, puis réinterprétées par les Églises selon leurs propres idées et intérêts.

Non seulement la fin du monde n’apparaît plus imminente et n’est plus attendue par nos contemporains, mais Schweitzer estimait illusoire d’espérer l’avènement d’un ordre mondial conforme à la volonté divine ou, en version sécularisée, à des utopies terrestres nouvelles ou de remplacement. Il n’y aura ni apocalypse ni Grand Soir. Ce n’est, d’après lui, que là où des personnes s’engagent corps et âme pour humaniser le monde qu’advient, même à leur insu, le Royaume de Dieu – aux antipodes des fondamentalismes réactionnaires des religions et des mirages politiques totalitaires. Pour le reste, il faut vivre dans la société et dans les Églises telles qu’elles sont en se battant contre le mal sans juger autrui, de manière à anticiper avec résolution et douceur ce Royaume déjà là et toujours à bâtir.

« La volonté de justice, le sens de l’humain et l’exigence de vérité forment ensemble le fondement du Royaume de Dieu ou, autre image, ils en sont comme l’eau souterraine, invisible, et pourtant répandue partout. Si cette nappe phréatique disparaissait, les rivières et les fleuves se tariraient rapidement. » (Sermon du 12 mars 1911)

 Sans craindre de s’engager dans les enjeux politiques, Schweitzer stigmatisait avec vigueur l’égoïsme et la violence des puissants, et l’iniquité des systèmes dominants – notamment la rapine coloniale se perpétrant sous le couvert de visées civilisatrices, et les délires guerriers attisés par un patriotisme perverti. Au nom de l’Évangile, il dénonçait l’idéologie qui prône la résignation face aux rapports de force et à une évolution sociale présentée comme une fatalité. Les Béatitudes constituent, selon lui, un idéal de vie à mettre en pratique jour après jour, dans le sillage de Jésus qui en a témoigné au prix de sa vie, avec joie malgré les épreuves frappant ceux qui ne se soumettent pas à la logique du monde.

 Se fier à l’Esprit qui porte la vie

Le croyant non averti se trouvera sans doute déconcerté par divers passages de ces sermons. Substituer une éthique de terrain, aussi évangélique soit-elle, aux somptueuses métaphysiques religieuses édifiées par les Églises au cours des siècles, n’est-ce pas risquer un saut dans le vide ? L’inspecteur ecclésiastique Michel Knittel n’avait-il pas raison de mettre en garde le jeune Schweitzer – comme le rapporte la remarquable introduction rédigée par Jean-Paul Sorg pour ces sermons – contre des dérives jugées « panthéistes » ? Et Schweitzer n’était-il pas présomptueux de s’autoriser, dans une lettre à son amie Hélène Bresslau, à passer pour « hérétique » si nécessaire ?

De fait, nombre de faux savoirs qui étayent de fausses croyances s’effondrent devant les perspectives ouvertes par ce livre, et bien des frontières qui protègent nos superficielles et incertaines certitudes habituelles s’estompent. Mais ce dépouillement permet de mieux se mettre au diapason de l’Esprit qui, selon Schweitzer, agit au plus intime des hommes pour les inciter à humaniser et à diviniser leur propre devenir et celui du monde. Au plan communautaire, il est indispensable que les Églises, « conformistes » et « fonctionnarisées » au dire de Schweitzer, renoncent à l’ordre sacralisé qu’elles présentent comme immuable alors que tout change, et qu’elles reviennent à l’Évangile pour servir les hommes.

 « Il paraît de plus en plus évident que nos Églises, telles qu’elles sont, ne peuvent susciter une vie authentique, qu’elles ne le pourront que le jour où leurs formes se briseront, où les paroisses deviendront de vraies communautés, où les fonctions s’effaceront pour faire place à  des engagements et à des pratiques enthousiastes, où donc toutes ces forces qui ont été enchaînées seront libérées . » (Sermon du 11 juin 1905).

 Babylone, Ninive et Rome sont tombées en ruines, mais l’Évangile a survécu aux empires, constatait Schweitzer. Pour vivre la Bonne Nouvelle du Royaume et en témoigner, il ne suffit pas de prêcher, ni de louer Dieu ou de le prier. Il faut agir selon l’amour prescrit par Jésus, car tranchant est le critère qui préside sans la moindre considération religieuse au « Jugement dernier » qui nous juge dès à présent : « Ce que vous avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. (…) Et ce que vous n’avez pas fait à un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. » (Mt 25, 40-46). C’est à cette aune que l’Évangile libérateur annoncé par le prophète de Nazareth peut déplacer des montagnes en chacun de nous et jusque dans la société, et faire advenir sur terre une part de ciel.

Jacqueline Kohler

[1] L’Esprit et le Royaume, Albert Schweitzer, traduit de l’allemand par Jean-Paul Sorg, Arfuyen, Paris-Orbey, 2015.

Donnés dans l’église luthérienne Saint-Nicolas de Strasbourg (sauf un à Gunsbach), la moitié des trente sermons qui composent ce livre portent sur le Royaume de Dieu, l’autre moitié sur le thème de l’Esprit.

Cet article résume les échanges intervenus autour de ce livre au sein d’un petit groupe de lecteurs – à poursuivre ici ou là…

[2] Les termes bibliques employés pour désigner Dieu et son règne, ou Jésus le Christ, peuvent paraître obsolètes dans l’environnement sociopolitique et culturel d’aujourd’hui, mais leur usage se maintient à défaut de mieux.

AMOUR HOMOSEXUEL

 Je suis homosexuel et je me sens fils aimé de Dieu pour ce que je suis. Je vis avec joie et fidélité avec mon compagnon. Ces années de vie ensemble nous ont apporté  beaucoup de bonheur et  de bénédiction. Nous avons senti que nous avons grandi en conscience et spirituellement en tant que couple et en tant que personnes. Nous aimons Jésus, car il donne sens à notre vie de couple.

 L’histoire personnelle de chacun de nous garde la trace indélébile de la tradition catholique. Nous avons appris tous deux au sein de l’Eglise à aimer Dieu, appris à lire l’Evangile, appris à nous aimer. Ceci ne peut se nier. Mais cela n’a pas été facile   de nous réaliser en tant que personnes dans le contexte d’une Eglise et d’une société catholico-romaine homophobe, exclusive et dans beaucoup de cas homicide. L’institution catholico-romaine maltraite… les personnes qui sont différentes comme nous, comme c’est le cas de toute population différente par son genre et sa sexualité.

 A  ce stade de notre vie, après 16 ans en commun, nous sentons que l’Eglise reste en arrière dans notre cheminement spirituel  et notre vie de couple. Un exercice de foi sain et libérateur exige une position claire et radicale face à une structure hiérarchique pratiquant la double morale, qui nous condamne et nous exclut.

 Amie, ami lecteur : les lignes qui précèdent sont la transcription littérale d’un mail que j’ai reçu il y a quelques jours depuis une belle ville colombienne où c’est toujours le printemps. Je ne connais pas personnellement le couple, mais depuis Arroa Behea, en cette matinée verte et pluvieuse, printanière, je les bénis de toute mon âme.

 Merci pour être ce que vous êtes et pour vivre  votre amour en accord avec ce que vous  êtes. Vous êtes bénédiction pour l’humanité et pour toute la terre, comme cette douce pluie. Pardon, amis, pour toutes les cultures, sciences et régimes, religieux ou non, qui vous ont humiliés, emprisonnés et même brûlés au bûcher. Pardon en particulier pour les religions qui vous ont déshonorés, offensés et punis, toujours au nom de la vérité révélée, connue et contrôlée exclusivement, ceci oui, par sa caste dirigeante. Ils se saisissent de la vérité comme d’une arme, un prétexte, un instrument de domination. C’est une tragique négation de la vérité qui mouille et dilate comme la pluie, qui féconde et réinvente la vie comme le printemps.

 Pardon surtout pour l’Eglise de Jésus qui vous a condamnés et vous condamne encore, parfois avec  miséricorde apparente, fausse miséricorde. Pardon pour un certain cardinal de ce pays qui, au contraire de l’Organisation Mondiale pour la Santé, continue d’affirmer que l’homosexualité est une maladie comme votre hypertension ou le diabète ; et pour  un certain évêque qui se targue  de savoir comment vous « traiter » et  même de vous avoir parfois guéris.

 Incroyable ! Pardon pour le catéchisme de l’Eglise Catholique qui affirme que l’amour homosexuel est intrinsèquement contre nature et désordonné, qu’être homosexuel en soi n’est pas un péché mais  qu’il en est un de vivre comme tel. Il offense la nature, la création, la créativité sacrée que nous appelons Dieu. Et il le fait au nom de la Bible. Mais   la Bible compte  à peine deux textes qui condamnent la pratique homosexuelle, et ils sont d’une très douteuse interprétation : Lévitique 18, 22 et Romains 1, 26-27. Quand bien même seraient-ils deux mille.

Par ailleurs, ce même livre du Lévitique n’interdit- il pas de manger du porc et des  fruits de mer, et ordonne des choses plus absurdes encore ? Et Paul ne nous enseigne-t-il pas dans cette même Epître aux Romains (ch. 13) que nous devons toujours nous soumettre et obéir aux autorités, également aux dictateurs ?

 Je comprends très bien que l’un de vous ait renié l’Eglise catholique-romaine il y a 10 ans, et que l’autre vienne de le faire récemment, après avoir « mûrement  et indépendamment  réfléchi  »  et faisant expressément mentionner « Je ne renonce pas à la foi chrétienne mais à une institution ecclésiastique ».  Par dignité, par amour de l’Eglise, pour suivre Jésus. Non seulement je vous comprends, mais je vous félicite. Je crois que Jésus ferait de même.

 Dans tous les cas, Jésus serait avec vous. Il est avec vous. Votre amour est sacrement de l’Amour. Jésus vous bénit. Le printemps vous bénit.

 José Arregi

Traduction de Rose-Marie Barandiaran

Je veux redevenir laïc. Témoignage d’un prêtre du Québec

Je veux redevenir laïc, c’est parce que je ne veux plus être membre du clergé. Cette décision a mûri pendant cinq années, baignée dans la prière et une relecture de l’histoire du christianisme.

Un motif essentiel justifie cette décision : la séparation des chrétiens entre fidèles laïques et membres du clergé : séparation qui a modifié le mouvement évangélique, lancé par Jésus, en une religion dont les membres ordonnés ont tout pouvoir, y compris celui de présider le Repas du Seigneur, lequel a perdu son sens de repas pour devenir une célébration religieuse. […]

Si j’ai retracé brièvement les grandes lignes de mon parcours, c’est pour dire que j’ai toujours été très heureux dans ce ministère de prêtre où j’ai voulu être un frère parmi les membres de la communauté. Être chrétien au sein de petites communautés en étant inséré dans le monde par le travail traçait, pour moi, un chemin de vie qui répondait à ma sensibilité.

Ces petites communautés naquirent, comme l’écrivait Paul VI dans Evangelii nuntiandi, « de la recherche d’une dimension plus humaine que des communautés ecclésiales plus grandes peuvent difficilement offrir, surtout dans les métropoles urbaines contemporaines favorisant à la fois la vie de masse et l’anonymat.»

Si j’ai pu, au sein de l’Église catholique, vivre avec bonheur ce ministère de prêtre, … pourquoi décider, après 50 ans de prêtrise, de quitter le clergé ?

Au 21e siècle, pour bien des raisons, les petites communautés ne sont plus à l’ordre du jour dans la plupart des diocèses. La diminution drastique des prêtres, des religieux et religieuses, dans les pays ‘sécularisés’, conduit plutôt à regrouper les chrétiens pratiquant la liturgie dominicale dans des grandes assemblées. C’est le nombre de prêtres qui dicte le nombre des assemblées. La religion prend le pas sur la communauté évangélique.

Ce ne sont pas les circonstances actuelles – pouvant changer dans l’avenir – qui dictent ma décision. Mais elles m’ont amené à penser que nombre des fautes de l’Église catholique tiennent à sa structure même qui en fait une religion avec un clergé dont la hiérarchie (autorité sacrée) a un pouvoir absolu et exprime seule la pensée des chrétiens. Plusieurs théologiens expriment ma réflexion. Je les cite en annexe parce qu’ils traduisent, mieux que je ne peux le faire, ma pensée.

L’histoire me semble avoir conduit l’Église à devenir une sorte de monarchie où la hiérarchie des clercs a copié celle des rois de ce monde. Cela n’est-il pas contraire à la prescription de Jésus à ses disciples : « Les rois des nations agissent avec elles en seigneurs. … Pour vous, rien de tel. Mais que le plus grand parmi vous prenne la place du plus jeune, et celui qui commande la place de celui qui sert. » (Luc 22, 25-26).

La constitution des «serveurs de la Parole» en un clergé composé d’hommes célibataires (à l’exception récente des diacres mariés) a éloigné nombre des clercs d’une vie conviviale avec les chrétiens. Lesquels ne forment plus guère communauté mais se retrouvent au sein d’assemblées où beaucoup sont des anonymes.

Les seules appellations de clercs et de laïcs traduisent cette séparation dans la communauté issue de Jésus. On ne retrouve ces appellations ni dans les Évangiles où Jésus donne le nom d’amis à ses disciples, ni dans les textes de Paul où tous sont appelés frères.

Je n’ignore pas qu’une communauté a besoin de leaders, mais ceux-ci pourraient être élus par la communauté, sans avoir un caractère sacré. Le seul Maître de la communauté est Dieu, le Père Éternel, comme le dit l’Évangile : « Ne vous faites pas appeler ‘Maître’ : oui, votre maître est unique et vous êtes tous frères. N’appelez personne sur terre ‘Père’ : oui, il est unique, votre Père éternel. » (Matthieu 23,8-9)

Les assemblées dominicales regroupent les chrétiens autour d’un rite (l’Eucharistie, nouveau nom de la Messe) qui n’a plus grand-chose à voir avec l’origine de ce rite : le Repas que Jésus célébrait avec ses disciples.

Ces assemblées, dans la mesure où elles bénéficient d’une liturgie belle et nourrissante, peuvent apporter une réponse au besoin religieux. Besoin qui est essentiel chez les humains. Mais si elles se limitent à des célébrations où l’assemblée est passive, elles ne peuvent tisser les liens fraternels si importants pour vivre l’Évangile.

La raréfaction des vocations à la prêtrise me conduit à espérer qu’on en viendra à confier aux laïcs le rôle de rassembleurs de petites communautés et à permettre à celles-ci de célébrer l’Eucharistie, le rite essentiel qui engendre des humains comme disciples de Jésus. Le Repas de la Parole autour de Jésus est le Repas de notre fraternité en Dieu. Ce Repas est essentiel à notre devenir chrétien. C’est pourquoi la célébration eucharistique, telle qu’elle est célébrée actuellement, me semble un ersatz du Repas du Seigneur. Elle ne permet pas aux convives de se nourrir mutuellement de ce que la Parole de Jésus apporte à leur vie.

Empêcher les disciples de Jésus de célébrer le Repas du Seigneur parce qu’il n’y a pas la présence d’un prêtre est-elle conforme à la pensée de Jésus ? Les conditions actuelles pour être prêtre sont des préceptes humains: célibat, sexe masculin, niveau d’études universitaires… On pourrait peut-être appliquer à ces conditions la phrase de Jésus concernant les traditions pour le lavage des plats et des mains : « Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à une tradition humaine » (Marc 7,8). Est-il, selon la pensée de Jésus, de voir, en Amérique latine par exemple, des communautés privées de célébration eucharistique pendant des mois parce que le prêtre ne peut venir les visiter que deux fois par année ? Dans les deux premiers siècles, il n’y avait pas de telles conditions pour célébrer la Fraction du pain. Il n’y avait pas de chrétiens consacrés pour présider le Repas eucharistique.

Dans un temps où l’on risque de voir le mouvement évangélique de Jésus se réduire à une religion minoritaire, ne faut-il pas revenir aux traditions des premières communautés chrétiennes ? Ne faut-il pas permettre aux petites communautés ecclésiales de célébrer l’Eucharistie en confiant la présidence à un des membres le mieux préparé pour cela ? Ces communautés pourront être visitées de temps à autre par un représentant de l’Évêque (ou mieux par l’Évêque lui-même) pour assurer la communion entre les communautés.

Pour bien des gens, le clergé – qui définit l’Église de Jésus comme une institution religieuse – est un contre-témoignage de l’Évangile. Même un certain nombre de baptisés ne se sentent plus concernés par l’institution religieuse. Combien de catholiques se définissent comme chrétiens et non comme appartenant à l’institution catholique ? Quel témoignage peuvent présenter aujourd’hui les cérémonies romaines avec leurs pompes et la ségrégation qui écarte les femmes de tous les ministères ordonnés ?

Plus j’avance dans la vie, moins je peux supporter d’être assimilé par ma fonction de prêtre à un christianisme devenu principalement une religion ? Je sais que bien des amis m’ont dit que je ferais plus en restant à l’intérieur du clergé : ma liberté de parole est limitée, mais elle n’est pas nulle. Si je quittais, elle serait plus grande mais moins efficace.

C’est peut-être vrai. Mais je n’en suis pas sûr. L’attachement des jeunes générations au christianisme – et encore moins au catholicisme – n’est plus le même qu’il y a 50 ans. Je vis quotidiennement en communion avec des adultes qui ont autrefois quitté l’Église et qui y sont revenus grâce à ces petites communautés non paroissiales; avec des jeunes-adultes qui ont découvert Jésus et l’Évangile à la fin de leur jeunesse, après avoir souvent fréquenté de nombreux groupes religieux. Le magistère leur importe peu. Je connais des amis, véritables disciples de Jésus, qui se refusent même à être baptisés pour ne pas être assimilés à l’institution religieuse catholique.

Je souffre quotidiennement avec celles et ceux que le magistère marginalise de l’Église, comme le sont les divorcés-remariés. Il est douloureux de voir des jeunes-adultes, catholiques pratiquants, contraints à quitter le catholicisme pour d’autres confessions chrétiennes où l’orientation homosexuelle n’est pas considérée comme une maladie ou un péché. Que de souffrances et de gâchis!

Ma situation dans l’Église

Certains me diront pourquoi j’ai tant tardé à prendre cette décision. En premier lieu, je l’ai dit, parce que des circonstances spéciales m’ont permis d’être davantage un frère qu’un prêtre au sein des communautés chrétiennes auxquelles j’ai appartenu. En second lieu, parce que je ne voudrais pas que cette sortie du clergé nuise à mes frères et sœurs des communautés dont je suis membre. Un troisième point ne m’est apparu fortement que récemment : je considérais inconsciemment que ce dont je souffrais dans l’Église était dû aux circonstances, aux fautes de tous et de chacun. Je considère maintenant que les schismes, les excommunications, les horreurs de l’Inquisition, la vision d’une Église despotique… tout cela vient, non des fautes des hommes, mais de la structure de l’institution. Tous ces scandales contraires à la pensée de Jésus viennent du pouvoir que détient un clergé que son style de vie a mis à part dans l’Église.

Ma sortie du clergé ne signifie nullement ma sortie de l’Église. Je continuerai à être – pauvrement – ce que je suis : un frère partageant sa foi en Jésus avec d’autres frères et sœurs, un catéchète (au sens que je continuerai à traduire mes recherches sur la pensée de Jésus). En restant prêtre, je ne vois pas comment mon évêque accepterait que j’encourage les laïcs à célébrer l’Eucharistie sans prêtre : ce que je considère actuellement comme la condition indispensable pour que le message de Jésus se réalise au sein de petites communautés. Je trouverai, je crois, une plus grande liberté de parole, avec sérénité.

Je continuerai – si cela est accepté par les frères et sœurs – à être membre de ces petites communautés qui me font vivre et ont donné la joie à ma vie de prêtre. Je ne quitte pas le clergé avec aigreur. Ma petite connaissance de l’histoire du christianisme me permet de relativiser certaines situations actuelles, comme la pédophilie, que je ne crois pas reliées à la structure de l’institution.

Je sais que ma décision ne sera pas comprise par certains de mes amis. Je m’excuse si cela les déçoit. Qu’ils sachent que cela me donne une paix intérieure en agissant selon ma conscience.

Pardon à tous les membres du clergé qui pourraient se sentir visés par mes propos. Je sais que nombreux se veulent proches de leurs frères et sœurs chrétiens. Je ne veux juger personne. Je ne parle que de la structure actuelle de l’Église.

Je dis merci à toutes celles et tous ceux qui gardent l’espérance car ils ont confiance que naîtront encore des François d’Assise, des Abbé Pierre, des Dom Helder Camara, des Émilie Gamelin et qu’un jour des communautés chrétiennes surgiront selon le modèle des communautés des années 50 pour témoigner du mouvement de Jésus et non de la religion chrétienne. Celles et ceux-là sont ma joie. […]

Je termine avec cette phrase de Jacques Loew, écrite peu de temps avant sa mort :

« La foi, jamais décidée une fois pour toutes et chaque fois rencontrer la personnalité du Christ et son message : reprendre accès au Jésus de l’Évangile. Revenir aux sources de la Révélation et non à l’autorité des institutions chrétiennes. »

Un prêtre au Québec, 21 décembre 2010, décédé en décembre 2013

Source de cet article cliquez ici  Transmis par Jean Reignard

Hommage à René-Xavier Naegert, dit le « pope »

Pour de plus amples renseignements sur René-Xavier Naegert, Cliquez ici

Voici un extrait de son allocution lorsqu’il reçut en 2007, le prix de la tolérance Marcel Rudloff

L’attitude tolérante ne suscite pas tout de suite et obligatoirement la sympathie dans les structures religieuses, politiques, ou chez certains particuliers, anxieux ou bétonnés. La tolérance peut être soupçonnée de mollesse. de tiédeur. Elle prospérerait surtout sur les terrains de manque de conviction, de faiblesse et aurait la vertu de l’édredon qui amortit le choc. Elle serait comme une anesthésie de la conscience, comme une forme d’éteignoir. « il y a des maisons pour cela » disait le si grand et pourtant si intolérant Paul Claudel…

En vérité, être tolérant. c’est découvrir tout au long de l’existence. de choix en choix, dans les situations quotidiennes, avec une volonté tendue vers le respect, que le chemin de la tolérance est un chemin difficile pour ne pas succomber à la facilité. Etre tolérant, c’est se connaître soi-même, être tolérant avec soi-même, avec ses blessures. ses richesses et s’ouvrir alors aux autres dans leurs différences, accepter d’être transformés par eux, tout en restant fidèle à soi-même. Etre tolérant, c’est accepter d’être accepté par les autres, pour pouvoir les recevoir avec leurs richesses, leurs pauvretés, leurs soleils et leurs ombres, et la différence de leurs couleurs.

Disponibilité, attente, désir, choix, ouverture, dépouillement – le dirais-je ? amour -autant de mots qui disent la condition forte, riche et pauvre, exigeante et silencieuse de la tolérance. La vérité de chacun est insaisissable elle lui appartient et il ne sait pas la dire. En théorie, la tolérance est facile lorsqu’on parle de dignité et de tolérance dans les pays lointains, et loin des frontières. Elle est une exigence difficile dans les rencontres quotidiennes. « Le fossé le plus proche est te plus difficile à franchir » dira Frédéric Nietzsche.

Voici d’r Pope’s blog où il est possible de consulter nombre de ses écrits

Ne m’appelez plus « Monseigneur » !

Qu’il me soit pardonné d’usurper dans cet article le statut d’évêque pour relever le multiple préjudice qu’entraîne, pour l’image de l’Église dans notre société et pour sa propre gouverne, l’emploi anachronique du titre de « Monseigneur » ! Ce détour personnalisé facilitera peut-être le propos et en concrétisera la portée. De fait, le christianisme charrie maintes coutumes plus discutables que cette appellation ; mais, aux antipodes des valeurs qu’elle est censée honorer, celle-ci apparaît aujourd’hui particulièrement désuète et plus que jamais décalée par rapport à l’Évangile. Nombre de « Monseigneurs » en conviendront – j’en suis sûr.

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« Je sais bien que ce n’est pas mon individu que ce titre honore, mais le ministère dont je suis chargé. C’est à l’Église tout entière qu’il est ainsi rendu hommage. Aussi ne m’appartient-il pas, ni à aucun de mes confrères, de refuser pour convenance personnelle cette appellation qui relève d’une longue histoire et transcende nos personnes. Et pourtant, je demande de ne plus être appelé « Monseigneur » !

«Bien que j’aie toujours récusé les honneurs dans l’Église, j’avoue avoir été touché lorsque j’en ai bénéficié à mon tour. N’avais-je pas, sous couvert de service et comme d’autres sans doute, rêvé de l’aura entourant les hautes fonctions ecclésiastiques ? Sagement, l’humilité commande aux dignitaires de ne pas accorder trop d’attention à la déférence qui leur revient. En prenant ma place dans la succession apostolique, c’est donc en toute modestie que j’ai fini par m’habituer à la mitre et aux rituels séculaires qui l’accompagnent.

« Mais jusqu’où assumer l’héritage ? La symbolique véhiculée par ces honneurs s’étant perdue, ne faut-il pas renoncer à un usage qui s’est dégradé en banale mondanité aux yeux de nos contemporains ? C’est la crédibilité même de l’Église qui, hors de nos communautés, est aujourd’hui menacée par un affichage et des cérémonies qui offensent la foi évangélique. Et plus dramatique encore : le décorum ecclésiastique mis en scène par nos manières et nos rites atteint jusqu’à la perception de Dieu qui s’offre à travers la religion, brouillant gravement le message originel du christianisme.

« La divinité est imaginée à l’image des rois, le faste de la cour céleste est construit à l’avenant, et nos pratiques en fournissent depuis des siècles une transposition qui doit légitimer la suprématie du pouvoir religieux. Mais le monde a changé tandis que nous restons entravés dans un passé indûment sacralisé au profit de nos institutions et dans une conception archaïque de la divinité. Notre Dieu n’occupe pas les trônes que l’humanité s’obstine depuis toujours à ériger à ses dieux comme à ses rois. Nos représentations, notre langage et notre gestuelle sont à repenser.

« Comme la parole ne peut se communiquer qu’à travers des langages, l’Église ne peut se perpétuer qu’à travers des institutions. Et toutes les institutions ayant tendance à sacraliser les pouvoirs qui les gouvernent, l’Église a absolutisé l’autorité ecclésiastique en l’assimilant à l’autorité divine. Mais, paradoxe : les responsabilités d’ordre évangélique, tout en étant des plus éminentes, constituent en un sens le moins sacré de tous les pouvoirs – le moins « séparé » –, parce que foncièrement subordonné à l’humble service des hommes, et des plus petits en priorité.

« Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations leur commandent en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous se fera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous se fera l’esclave de tous. » (Mc 10, 42-43). Adressé par Jésus aux disciples qui allaient fonder et conduire les premières communautés chrétiennes, ce précepte vaut toujours et se passe de commentaire. À suivre, tout simplement…

« Alors, adieu Constantin et Théodose qui ont promu le christianisme religion officielle de l’empire romain, et adieu l’apparat et les compromissions qui s’en sont suivis au prix de la fraternelle simplicité des origines ! S’il n’est guère possible et s’il ne sert à rien de juger le passé, il nous incombe par contre de construire l’avenir. Pour demeurer fidèles à la Parole reçue, les communautés chrétiennes ont vocation à inventer, par delà les modèles hiérarchiques légués au catholicisme par la Rome antique et la féodalité médiévale, des formes de service et de pouvoir inédites. Le dernier concile en avait déjà pris conscience avec Jean XXIII. Et, malgré d’âpres résistances, on s’en préoccupe de nouveau au Vatican sous la houlette du pape François ! »

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D’aucuns trouveront ce billet outrecuidant – de quoi se mêle donc ce laïc qui feint d’ignorer la modestie de la plupart des dirigeants ecclésiastiques ? D’autres estimeront qu’il ne s’agit là que de futiles élucubrations au regard des graves problèmes que connaissent le monde et l’Église – n’est-il pas plus urgent de soutenir les initiatives qui témoignent de l’Évangile en dépit de tous les manquements ? Mais la question soulevée est moins anodine qu’elle ne semble au premier abord. Les titres n’ont évidemment aucune importance en tant que tels, mais ils sont révélateurs de l’idéologie et des structures qui les produisent et qu’ils illustrent, et ils contribuent à en assurer la reproduction. Même les dehors les plus dérisoires peuvent cacher des enjeux cruciaux…

P.S. Voir https://www.youtube.com/watch?v=Q4DfrjJjPKc&feature=share

(Le cardinal américain Raymond Leo Burke a occupé jusqu’à récemment le poste de préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique, la plus haute juridiction du Saint-Siège.)

Il est entendu que la caricature est toujours caricaturale, mais c’est précisément de cette façon qu’elle dévoile la nature profonde de ce qu’elle représente. Que dire, que faire, quand il arrive que l’idolâtrie le dispute au grotesque, au point qu’il ne semble guère possible d’imaginer pire ? Suffit-il d’admettre que Dieu reconnaîtra les siens ?

Jean-Marie Kohler

Source de cet article : Le site Recherche plurielle de Jean Marie Kohler