« Qu’as-tu fait de ton frère ? »

De janvier à juillet 2015, 340 000 migrants sont arrivés aux frontières de l’Union européenne, tandis que des milliers d’autres personnes disparaissaient en mer. Une situation inédite pour les pays européens, tentés de stigmatiser davantage ces réfugiés qui fuient le fondamentalisme islamique ou la répression des régimes autoritaires du Moyen-Orient, la pauvreté ou les sécheresses en Afrique. Le pape a montré, sans jamais faillir, à quel point cette question était importante pour lui. Il a été à Lampedusa pour montrer aux Européens qu’on ne pouvait pas laisser arriver cela. Il a fait un nombre incroyable de discours, de catéchèses, d’exhortations sur la question.

Et voilà que la photo du jeune Aylan Kurdi, trouvé mort sur une plage de Turquie nous secoue de nos torpeurs. Il n’y a pas de raison qui tienne, ni économique, ni sécuritaire, qui vaille la mort de cet enfant. Oui, il faut céder à l’émotion parce qu’elle est le meilleur de nous-mêmes et qu’elle seule est capable d’abattre nos effroyables égoïsmes. Et pourtant une majorité de Français s’opposent à l’accueil d’immigrés et de réfugiés. Pensez-vous sérieusement que les rejeter à la mer, les empêcher à toute force d’entrer, soit la meilleure manière de nous protéger ? Fermer nos portes aujourd’hui, c’est la meilleure manière de nourrir la haine, le ressentiment, la colère envers nous des nations qui sont aujourd’hui dans le chaos.

Qui voulons-nous être ? Le bon Samaritain de la parabole, qui soigne l’homme agonisant au bord de la route, ou ceux qui passent en détournant le regard ? Jusqu’à ce que nous ayons agi, concrètement et vraiment agi, pour ouvrir nos portes à cette souffrance, nous savons qui nous sommes. Et nous sommes sourds à l’appel de l’Evangile : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Divinement humain, l’Évangile prêché par Albert Schweitzer

« L’Évangile est le plus simple et le plus profond des enseignements. (…)  Mais pourquoi tant de monde, aujourd’hui, reste-t-il indifférent ou même réfractaire ? Et pourquoi tant d’autres, ayant en eux le besoin d’entendre quelqu’un leur parler des choses du royaume de Dieu, ne rencontrent-ils personne capable de les enseigner ? » (Sermon du 6 mai 1906)

Toujours les mêmes interrogations… Pourquoi les Églises sont-elles si sourdes au message de l’Évangile que des voix prophétiques ne cessent de rappeler, et si peu empressées à le mettre en pratique ? Pourquoi ce message est-il si couramment galvaudé dans les prédications, voire foncièrement défiguré ? Lancinantes questions que ravive, en notre temps où les Églises traditionnelles dépérissent, la lecture des sermons d’Albert Schweitzer qui viennent d’être publiés sous le titre L’Esprit et le Royaume [1].

Vieux de plus d’un siècle, ces sermons restent – pour l’essentiel – pertinents comme s’ils venaient d’être écrits [2]. Leur souffle a sans doute libéré et édifié bien des fidèles, mais il n’a apparemment guère touché les Églises, prisonnières de leurs carcans dogmatiques et institutionnels. Un retour sur le passé à l’occasion de cette publication peut nous aider à imaginer et à incarner le christianisme de demain. Avec et par delà les Églises.

La première et ultime vérité

Traitant avec une lumineuse simplicité des questions fondamentales que l’humanité porte en elle depuis ses origines, ces sermons revêtent une portée universelle tout en se réclamant de l’héritage biblique, et plus particulièrement de Jésus de Nazareth. Il est significatif à cet égard que Schweitzer ait confié à un de ses amis, en 1908, qu’il se sentait « moins voué à la théologie qu’à la philosophie » – c’est-à-dire à une réflexion sans présupposés doctrinaux sur les soucis et les aspirations des hommes. Notre vie, nos espérances et nos joies, nos souffrances et la mort ont-elles un sens, ou ne sont-elles que l’écume d’une inexorable dérive de la nature vers le néant ?

La renommée mondiale du docteur de Lambaréné, emblématique précurseur de l’action humanitaire et lauréat du prix Nobel de la paix en 1952, a de fait éclipsé la figure que révèle ce livre – celle du pasteur qu’il a été à Strasbourg. Or les sermons du vicaire de Saint-Nicolas éclairent l’ensemble des combats qu’il a menés par la suite pour contribuer à rendre le monde plus humain. L’Esprit Saint « ne tombe pas du ciel » disait-il, mais habite au plus profond de notre humanité où il est à rechercher et à « conquérir » pour nous en imprégner et pour le rayonner. Dégagé des dogmes qui étouffent la pensée et le cœur, l’Évangile invite sans préalable de foi à respecter et à aimer toute vie, et en conséquence à secourir autant que possible tout être en difficulté. Tel a été en fin de compte, pour Schweitzer, le principal précepte laissé par Jésus, et l’unique connaissance sûre et indispensable.

« La seule connaissance qui ne passe pas est l’amour – et ce que nous savons de la vie c’est par l’amour que nous le savons. (…) L’amour suffit et relativise tout le reste. » (Sermon du 12 novembre 1905)

Une révolution des croyances

 Devançant les idées de son époque, Schweitzer a développé une vision radicalement universaliste de la foi issue de l’Évangile. Un défi philosophique et éthique qui induit un bouleversement révolutionnaire de l’ordre religieux. S’il est vrai que Dieu n’appartient à aucune tradition religieuse et transcende les christianismes historiques comme les autres confessions, et si tous les humains ont pareillement vocation à être sauvés sous l’égide de l’Amour divin, chacune des grandes religions peut donner accès au salut et les prétentions exclusivistes des unes et des autres sont à abandonner.

Pour Schweitzer, le bon sens commun l’emportait sur les contradictions des spéculations théologiques. Il lui semblait inconcevable qu’un Dieu Amour puisse infliger d’atroces et éternelles souffrances à une partie de ses créatures, et il trouvait scandaleux que les Églises cultivent la crainte de l’enfer pour assujettir leurs fidèles. Suivre concrètement Jésus importait plus pour lui que de disserter sur la nature du Christ ou sur celle de Dieu. L’audacieux vicaire de Saint Nicolas n’a pas hésité, sur ces points et sur d’autres aussi importants que la Révélation, à prendre le contrepied des enseignements dispensés par les Écritures, les Pères de l’Église et les fondateurs de la Réforme.

« Nous ne ressentons nul besoin de nous accrocher à l’idée sophistiquée et indémontrable d’une Révélation, car nous croyons que le révélé nous vient des profondeurs de la simple pensée et de la sensibilité, nous croyons qu’à ces profondeurs l’âme humaine plonge dans l’Esprit infini et qu’elle en est transie, nous croyons donc que la pensée humaine peut toucher aux profondeurs de l’être, sans révélation particulière. » (Sermon du 16 janvier 1910)

 Schweitzer avait la ferme conviction que l’Esprit de Dieu n’est captif d’aucun écrit, et il insistait sur le fait que le christianisme est la seule grande religion qu’aucun texte sacré ne fige. Contrairement à d’autres fondateurs de religion, Jésus n’a rien écrit et son message ne peut s’accomplir qu’en évoluant. Son Esprit continue à intervenir dans le monde pour le renouveler sans cesse à la faveur d’une Pentecôte permanente, et les Églises qui se réclament de lui ne sauraient lui être fidèles que dans cette voie. Une perspective qui a inspiré à Schweitzer de sublimes envolées mystiques laissant entrevoir l’homme et l’immensité de l’univers transfigurés par le feu de l’Esprit.

« Le devenir-homme de Dieu ne s’est pas uniquement produit en notre Seigneur Jésus, il se répète infiniment en ces hommes dans la vie desquels l’étincelle de son Esprit prend feu. Le processus du devenir-homme de Dieu, c’est l’histoire même du monde et c’est l’histoire, accomplissement ou échec, de chacun d’entre nous. (…) Ainsi représentons-nous chaque vie humaine comme un monde dans l’infini des mondes qui font l’univers, non pas visible, mais l’invisible. » (Sermon du 6 décembre 1903)

Cette liberté de pensée a suscité des suspicions et des conflits. Mais Schweitzer se sentait tellement redevable de l’héritage transmis par les Églises – malgré leurs infidélités -, qu’il a tenu à le repenser à frais nouveaux pour en assurer la crédibilité et l’avenir. Son maître-mot : se fier à l’Esprit qui a conduit Jésus, au souffle de vie qui sauvegarde les hommes au fil des réalités qu’ils traversent, quelles que soient leurs croyances religieuses. Conscient de l’importance de la tradition, ii appréciait les efforts faits dans le passé pour formuler la foi chrétienne – à l’occasion des conciles par exemple -, mais il refusait le piège des énoncés dogmatiques devenus abscons, et cherchait à dire Dieu et l’homme dans l’inédit du présent.

Combattre pour humaniser le monde

Tout en s’inscrivant dans le contexte social, économique et politique actuel, le Royaume prêché par Schweitzer s’identifiait au règne de justice et de paix annoncé par les prophètes d’Israël et par l’Évangile. Un Royaume auquel aspire profondément et depuis toujours le cœur humain à travers la plupart des religions et hors d’elles – et en particulier le cœur des hommes les plus déshérités. Mais Schweitzer considérait que cette espérance doit être spiritualisée en étant débarrassée des croyances apocalyptiques qui furent partagées par Jésus et par les premiers chrétiens, puis réinterprétées par les Églises selon leurs propres idées et intérêts.

Non seulement la fin du monde n’apparaît plus imminente et n’est plus attendue par nos contemporains, mais Schweitzer estimait illusoire d’espérer l’avènement d’un ordre mondial conforme à la volonté divine ou, en version sécularisée, à des utopies terrestres nouvelles ou de remplacement. Il n’y aura ni apocalypse ni Grand Soir. Ce n’est, d’après lui, que là où des personnes s’engagent corps et âme pour humaniser le monde qu’advient, même à leur insu, le Royaume de Dieu – aux antipodes des fondamentalismes réactionnaires des religions et des mirages politiques totalitaires. Pour le reste, il faut vivre dans la société et dans les Églises telles qu’elles sont en se battant contre le mal sans juger autrui, de manière à anticiper avec résolution et douceur ce Royaume déjà là et toujours à bâtir.

« La volonté de justice, le sens de l’humain et l’exigence de vérité forment ensemble le fondement du Royaume de Dieu ou, autre image, ils en sont comme l’eau souterraine, invisible, et pourtant répandue partout. Si cette nappe phréatique disparaissait, les rivières et les fleuves se tariraient rapidement. » (Sermon du 12 mars 1911)

 Sans craindre de s’engager dans les enjeux politiques, Schweitzer stigmatisait avec vigueur l’égoïsme et la violence des puissants, et l’iniquité des systèmes dominants – notamment la rapine coloniale se perpétrant sous le couvert de visées civilisatrices, et les délires guerriers attisés par un patriotisme perverti. Au nom de l’Évangile, il dénonçait l’idéologie qui prône la résignation face aux rapports de force et à une évolution sociale présentée comme une fatalité. Les Béatitudes constituent, selon lui, un idéal de vie à mettre en pratique jour après jour, dans le sillage de Jésus qui en a témoigné au prix de sa vie, avec joie malgré les épreuves frappant ceux qui ne se soumettent pas à la logique du monde.

 Se fier à l’Esprit qui porte la vie

Le croyant non averti se trouvera sans doute déconcerté par divers passages de ces sermons. Substituer une éthique de terrain, aussi évangélique soit-elle, aux somptueuses métaphysiques religieuses édifiées par les Églises au cours des siècles, n’est-ce pas risquer un saut dans le vide ? L’inspecteur ecclésiastique Michel Knittel n’avait-il pas raison de mettre en garde le jeune Schweitzer – comme le rapporte la remarquable introduction rédigée par Jean-Paul Sorg pour ces sermons – contre des dérives jugées « panthéistes » ? Et Schweitzer n’était-il pas présomptueux de s’autoriser, dans une lettre à son amie Hélène Bresslau, à passer pour « hérétique » si nécessaire ?

De fait, nombre de faux savoirs qui étayent de fausses croyances s’effondrent devant les perspectives ouvertes par ce livre, et bien des frontières qui protègent nos superficielles et incertaines certitudes habituelles s’estompent. Mais ce dépouillement permet de mieux se mettre au diapason de l’Esprit qui, selon Schweitzer, agit au plus intime des hommes pour les inciter à humaniser et à diviniser leur propre devenir et celui du monde. Au plan communautaire, il est indispensable que les Églises, « conformistes » et « fonctionnarisées » au dire de Schweitzer, renoncent à l’ordre sacralisé qu’elles présentent comme immuable alors que tout change, et qu’elles reviennent à l’Évangile pour servir les hommes.

 « Il paraît de plus en plus évident que nos Églises, telles qu’elles sont, ne peuvent susciter une vie authentique, qu’elles ne le pourront que le jour où leurs formes se briseront, où les paroisses deviendront de vraies communautés, où les fonctions s’effaceront pour faire place à  des engagements et à des pratiques enthousiastes, où donc toutes ces forces qui ont été enchaînées seront libérées . » (Sermon du 11 juin 1905).

 Babylone, Ninive et Rome sont tombées en ruines, mais l’Évangile a survécu aux empires, constatait Schweitzer. Pour vivre la Bonne Nouvelle du Royaume et en témoigner, il ne suffit pas de prêcher, ni de louer Dieu ou de le prier. Il faut agir selon l’amour prescrit par Jésus, car tranchant est le critère qui préside sans la moindre considération religieuse au « Jugement dernier » qui nous juge dès à présent : « Ce que vous avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. (…) Et ce que vous n’avez pas fait à un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. » (Mt 25, 40-46). C’est à cette aune que l’Évangile libérateur annoncé par le prophète de Nazareth peut déplacer des montagnes en chacun de nous et jusque dans la société, et faire advenir sur terre une part de ciel.

Jacqueline Kohler

[1] L’Esprit et le Royaume, Albert Schweitzer, traduit de l’allemand par Jean-Paul Sorg, Arfuyen, Paris-Orbey, 2015.

Donnés dans l’église luthérienne Saint-Nicolas de Strasbourg (sauf un à Gunsbach), la moitié des trente sermons qui composent ce livre portent sur le Royaume de Dieu, l’autre moitié sur le thème de l’Esprit.

Cet article résume les échanges intervenus autour de ce livre au sein d’un petit groupe de lecteurs – à poursuivre ici ou là…

[2] Les termes bibliques employés pour désigner Dieu et son règne, ou Jésus le Christ, peuvent paraître obsolètes dans l’environnement sociopolitique et culturel d’aujourd’hui, mais leur usage se maintient à défaut de mieux.

AMOUR HOMOSEXUEL

 Je suis homosexuel et je me sens fils aimé de Dieu pour ce que je suis. Je vis avec joie et fidélité avec mon compagnon. Ces années de vie ensemble nous ont apporté  beaucoup de bonheur et  de bénédiction. Nous avons senti que nous avons grandi en conscience et spirituellement en tant que couple et en tant que personnes. Nous aimons Jésus, car il donne sens à notre vie de couple.

 L’histoire personnelle de chacun de nous garde la trace indélébile de la tradition catholique. Nous avons appris tous deux au sein de l’Eglise à aimer Dieu, appris à lire l’Evangile, appris à nous aimer. Ceci ne peut se nier. Mais cela n’a pas été facile   de nous réaliser en tant que personnes dans le contexte d’une Eglise et d’une société catholico-romaine homophobe, exclusive et dans beaucoup de cas homicide. L’institution catholico-romaine maltraite… les personnes qui sont différentes comme nous, comme c’est le cas de toute population différente par son genre et sa sexualité.

 A  ce stade de notre vie, après 16 ans en commun, nous sentons que l’Eglise reste en arrière dans notre cheminement spirituel  et notre vie de couple. Un exercice de foi sain et libérateur exige une position claire et radicale face à une structure hiérarchique pratiquant la double morale, qui nous condamne et nous exclut.

 Amie, ami lecteur : les lignes qui précèdent sont la transcription littérale d’un mail que j’ai reçu il y a quelques jours depuis une belle ville colombienne où c’est toujours le printemps. Je ne connais pas personnellement le couple, mais depuis Arroa Behea, en cette matinée verte et pluvieuse, printanière, je les bénis de toute mon âme.

 Merci pour être ce que vous êtes et pour vivre  votre amour en accord avec ce que vous  êtes. Vous êtes bénédiction pour l’humanité et pour toute la terre, comme cette douce pluie. Pardon, amis, pour toutes les cultures, sciences et régimes, religieux ou non, qui vous ont humiliés, emprisonnés et même brûlés au bûcher. Pardon en particulier pour les religions qui vous ont déshonorés, offensés et punis, toujours au nom de la vérité révélée, connue et contrôlée exclusivement, ceci oui, par sa caste dirigeante. Ils se saisissent de la vérité comme d’une arme, un prétexte, un instrument de domination. C’est une tragique négation de la vérité qui mouille et dilate comme la pluie, qui féconde et réinvente la vie comme le printemps.

 Pardon surtout pour l’Eglise de Jésus qui vous a condamnés et vous condamne encore, parfois avec  miséricorde apparente, fausse miséricorde. Pardon pour un certain cardinal de ce pays qui, au contraire de l’Organisation Mondiale pour la Santé, continue d’affirmer que l’homosexualité est une maladie comme votre hypertension ou le diabète ; et pour  un certain évêque qui se targue  de savoir comment vous « traiter » et  même de vous avoir parfois guéris.

 Incroyable ! Pardon pour le catéchisme de l’Eglise Catholique qui affirme que l’amour homosexuel est intrinsèquement contre nature et désordonné, qu’être homosexuel en soi n’est pas un péché mais  qu’il en est un de vivre comme tel. Il offense la nature, la création, la créativité sacrée que nous appelons Dieu. Et il le fait au nom de la Bible. Mais   la Bible compte  à peine deux textes qui condamnent la pratique homosexuelle, et ils sont d’une très douteuse interprétation : Lévitique 18, 22 et Romains 1, 26-27. Quand bien même seraient-ils deux mille.

Par ailleurs, ce même livre du Lévitique n’interdit- il pas de manger du porc et des  fruits de mer, et ordonne des choses plus absurdes encore ? Et Paul ne nous enseigne-t-il pas dans cette même Epître aux Romains (ch. 13) que nous devons toujours nous soumettre et obéir aux autorités, également aux dictateurs ?

 Je comprends très bien que l’un de vous ait renié l’Eglise catholique-romaine il y a 10 ans, et que l’autre vienne de le faire récemment, après avoir « mûrement  et indépendamment  réfléchi  »  et faisant expressément mentionner « Je ne renonce pas à la foi chrétienne mais à une institution ecclésiastique ».  Par dignité, par amour de l’Eglise, pour suivre Jésus. Non seulement je vous comprends, mais je vous félicite. Je crois que Jésus ferait de même.

 Dans tous les cas, Jésus serait avec vous. Il est avec vous. Votre amour est sacrement de l’Amour. Jésus vous bénit. Le printemps vous bénit.

 José Arregi

Traduction de Rose-Marie Barandiaran

Hommage à René-Xavier Naegert, dit le « pope »

Pour de plus amples renseignements sur René-Xavier Naegert, Cliquez ici

Voici un extrait de son allocution lorsqu’il reçut en 2007, le prix de la tolérance Marcel Rudloff

L’attitude tolérante ne suscite pas tout de suite et obligatoirement la sympathie dans les structures religieuses, politiques, ou chez certains particuliers, anxieux ou bétonnés. La tolérance peut être soupçonnée de mollesse. de tiédeur. Elle prospérerait surtout sur les terrains de manque de conviction, de faiblesse et aurait la vertu de l’édredon qui amortit le choc. Elle serait comme une anesthésie de la conscience, comme une forme d’éteignoir. « il y a des maisons pour cela » disait le si grand et pourtant si intolérant Paul Claudel…

En vérité, être tolérant. c’est découvrir tout au long de l’existence. de choix en choix, dans les situations quotidiennes, avec une volonté tendue vers le respect, que le chemin de la tolérance est un chemin difficile pour ne pas succomber à la facilité. Etre tolérant, c’est se connaître soi-même, être tolérant avec soi-même, avec ses blessures. ses richesses et s’ouvrir alors aux autres dans leurs différences, accepter d’être transformés par eux, tout en restant fidèle à soi-même. Etre tolérant, c’est accepter d’être accepté par les autres, pour pouvoir les recevoir avec leurs richesses, leurs pauvretés, leurs soleils et leurs ombres, et la différence de leurs couleurs.

Disponibilité, attente, désir, choix, ouverture, dépouillement – le dirais-je ? amour -autant de mots qui disent la condition forte, riche et pauvre, exigeante et silencieuse de la tolérance. La vérité de chacun est insaisissable elle lui appartient et il ne sait pas la dire. En théorie, la tolérance est facile lorsqu’on parle de dignité et de tolérance dans les pays lointains, et loin des frontières. Elle est une exigence difficile dans les rencontres quotidiennes. « Le fossé le plus proche est te plus difficile à franchir » dira Frédéric Nietzsche.

Voici d’r Pope’s blog où il est possible de consulter nombre de ses écrits

Les déceptions hélas prévisibles sur le synode

Si je disais que je ne suis pas déçu par les conclusions du synode sur la famille, je mentirais. Par contre, hélas, je ne suis pas surpris. L’Eglise est victime de la politique de nomination d’évêques conservateurs de la part de Jean Paul II et de Benoît XVI où on savait dès le départ que cela allait avoir des conséquences catastrophiques sur l’évolution de l’Eglise. Que l’on pense aux nominations des successeurs de Don Helder Camara, du cardinal Arns et de bien d’autres en Amérique latine, remplacés par dans leur grande majorité par des membres de l’Opus Dei, dont le but premier était d’éradiquer autant que possible la théologie de la Libération. Mais aussi nominations d’évêques conservateurs en Afrique, en Europe où certains ont dû enjamber les corps de personnes qui se sont couchées devant la cathédrale pour empêcher leur ordination. Jean Paul II avait aussi mis en place un serment d’allégeance  des évêques au Pape.

Pour donner le change au niveau du Synode, on a invité quelques laïcs, mais qui se sont tous exprimés dans le sens de la vision de l’Eglise catholique de la famille. C’étaient donc des personnes qui n’étaient absolument pas représentatives de ce qui se vit à la base. Le travail de laminage de ce qui a été dit lors de la première semaine, lors des réunions des groupes linguistiques de la deuxième semaine, ceci était la pratique courante de tous les synodes qui ont eu lieu depuis Vatican II. Il faut dire que lors des synodes précédents, le pape se permettait de rédiger un rapport final où il retenait ce qui lui convenait, enlevait ce qui ne lui convenait pas et se permettait même d’ajouter des parties qui n’étaient même pas discutées lors du synode.

Pour le Synode sur la famille, l’art consiste maintenant à faire patienter pendant 1 an, en disant d’une part que les décisions seront prises en 2015 et en mettant l’accent sur le fait que le pape François, auquel revient la décision finale, a une vision plus ouverte que les évêques conservateurs qui ont bloqué les décisions du synode. De ce côté-là restons très prudent. S’il est indéniable que François a insufflé un nouvel état d’esprit dans l’Eglise et venant d’Amérique latine, son habitude  n’est pas de se promener en Cappa Magna, ni de se comporter en Super Louis XIV, c’est un conservateur notamment en matière éthique, donc en particulier dans sa réflexion sur la famille. Pour le moment il a beaucoup parlé, mais n’a pas beaucoup agi. C’est quelqu’un qui est très fort dans le domaine de la communication, mais espérons qu’il ne se réfugiera pas derrière la position des évêques conservateurs pour justifier un immobilisme.

Mais allons plus loin. Est-il normal que la position de l’Eglise dépende de celle du pape, donc conservatrice si le pape est conservateur, réformatrice si le pape avait des idées réformatrices ? Cela met en lumière le fonctionnement malsain du gouvernement de l’Eglise. Le pape est un monarque absolu qui dispose de tous les pouvoirs, de plus de pouvoirs que n’importe quel dictateur du pays le plus fasciste. Où y a-t-il une trace même minime des résultats de la consultation qui a été faite pour préparer ce synode ? Pourquoi nommer des vice-présidents du synode dont on sait au départ qu’ils ont des idées conservatrices ? Le vice-président philippin était scandalisé par les réponses qui avaient été données au questionnaire et qui n’étaient pas conformes à la vision de l’Eglise ? Ce n’est guère plus brillant pour le cardinal André Vingt-Trois qui a parlé en début de semaine du péché que commettaient ceux qui utilisent des méthodes contraceptives. Il me semble que le pape François a une responsabilité dans la nomination de ces personnes.

L’Eglise joue gros dans les réponses qu’elle donne face aux drames que vivent les personnes à la base. Par son raidissement doctrinal, elle se coupe de plus en plus du monde, alors que l’intuition de Vatican II était justement de s’ouvrir au monde. Alors, ne versons pas des larmes de crocodiles quand de plus en plus de personnes la quittent.

Quelques documents, parmi de multiples autres possibles

Dieu serait-il un mauvais catholique ?

Synode sur la famille : un enjeu historique

Synode sur la famille : attente d’un évêque diocésain

Peut-on justifier le refus de donner du pain à un affamé qui en demande ?

REGARD CHRETIEN SUR LA BANALISATION DE L’EXTRÊME DROITE

Karl Barth le grand théologien disait que le pasteur devait tenir la Bible dans une main et le journal dans l’autre. L’actualité mérite relecture puisque l’Esprit- Saint est à l’œuvre dans le monde et déborde largement les murs de nos églises.

Les élections européennes

Revenons sur les élections européennes qui ont révélé l’ampleur de la vague « Bleu marine » dans notre pays et suscité de multiples commentaires dont la banalisation du vote F.N. et l’ampleur de l’abstention. Les politologues ont souligné plusieurs causes à ce phénomène : la confusion politique née d’alternances décevantes, l’angoisse induite par le chômage, la précarité, la peur de la concurrence mondiale, tensions qui nourrissent des réflexes de rejet de l’autre, l’étranger en particulier, et de repli sur soi. Cette analyse invite à éviter de stigmatiser sans nuance tous ceux et celles qui ont donné leur voix à l’extrême droite et qui ne sont pas forcément prêts à confier le pays à cette force politique. Reste que les idées propagées par ce courant se banalisent désormais et se propagent dans les villes, les villages, les lycées, les ateliers, les quartiers et occupent de plus en plus les conversations.

Le vote des catholiques pratiquants

Le journal « La croix » a révélé que 21% des catholiques « pratiquants » ont voté pour l’extrême droite, un pourcentage inférieur à celui de l’ensemble des électeurs, mais qui n’est pas sans poser de questions.

La première concerne la manque d’esprit critique et de culture politique par rapport aux idées que la propagande de l’extrême droite véhicule. On lira à ce sujet un petit ouvrage remarquable de Pierre-Yves Bulteau, « En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite », édité par les Éditions de l’atelier, avec le soutien d’un certain nombre d’organismes dont la Ligue des droits de l’homme et la J.O.C. Ce livre entend rétablir la vérité en analysant plus de 70 de ces idées reçues et les réfute une à une à partir de données solides.

La seconde question, qui nous concerne plus directement a trait au message évangélique, à l’enseignement social de l’Église et à l’action pastorale en général. Le cadre de cet article ne permettant pas de longs développements au sujet de ces trois domaines on se contentera donc d’ouvrir quelques pistes de réflexion.

L’Évangile en question

L’Évangile proclame, contre toute discrimination et repli nationaliste, une ouverture universelle en accordant la priorité à l’accueil des exclus, pauvres, malades et étrangers, tous enfants d’un même Père, message bien relayé et explicité par Paul aux Galates, 3,28 : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ ». Ce message, hélas, passe difficilement dans les communautés chrétiennes. L’hebdomadaire La Vie du 7 juin 2007, suite à un sondage IFOP, (« Les valeurs qui fâchent ») soulignait il y a quelques années que 63% des catholiques pratiquants pensaient qu’il y avait en France trop d’étrangers, contre 40% des gens sans religion !

L’enseignement social de l’Eglise

L’enseignement social de l’Église est à ce sujet sans équivoque. Pour ne s’en tenir simplement à ce que nous rappelle le pape François, dans son exhortation apostolique, La Joie de l’Évangile, citons quelques-unes de ses paroles :

« Les migrants me posent un défi particulier parce que je suis le Pasteur d’une Église sans frontières qui se sent mère de tous. Par conséquent, j’exhorte les pays  à  une  généreuse  ouverture,  qui,  au  lieu  de  craindre  la  destruction  de l’identité locale, soit capable de créer de nouvelles synthèses culturelles ».

« Nous chrétiens, nous devrions accueillir avec affection et respect les immigrés de l’Islam qui arrivent dans nos pays (…) Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence.»

Nos choix pastoraux

Il revient à la pastorale d’aider les chrétiens à mettre leurs options politiques en cohérence avec leur foi. De ce point de vue, l’abstention et les choix électoraux des catholiques pratiquants souligne les carences de notre enseignement et de notre témoignage dans la société. Ce qui ne manque pas d’inquiéter l’évêque de Rome :  « Même  si  on  note  une  plus  grande  participation  de  beaucoup  aux ministères laïcs, cet engagement ne se reflète pas dans la pénétration des valeurs chrétiennes dans le monde social, politique et économique. Il se limite bien des fois à des tâches internes à l’Église sans un réel engagement pour la mise en œuvre de l’Évangile en vue de la transformation de la société ». Et de rappeler, après Pie XI, que « la politique tant dénigrée est une vocation noble, une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun ». Le respect de l’autonomie du temporel fait que ni le pape ni l’Église ne possèdent la  clé  des  solutions  économiques,  sociales  et  politiques  pour  transformer  la société. Il revient donc à chacun, selon ses connaissances, sa liberté, sa responsabilité de citoyen et sa conscience, de choisir les moyens qui lui semblent les meilleurs pour améliorer la société. Le seul critère déterminant pour le chrétien est de savoir si les moyens et les finalités préconisées sont susceptibles ou non de faire grandir l’humanité. A la lumière de ces exigences nous avons à nous demander si nos initiatives pastorales et celles des associations et mouvements qui se réfèrent au Christ se préoccupent des gens engagés dans la société : hommes politiques, syndicalistes, agents sociaux, pour leur offrir des lieux de parole, de relecture de leur action et de ressourcement spirituel. Comment la situation sociale et les événements politiques nous interpellent et nous invitent-ils à former et informer largement les gens, en particulier les jeunes et tous ceux qui sont directement concernés? Le seul mouvement de jeunes qui, sauf erreur, a mis en œuvre dans notre diocèse ce type d’initiative c’est la Jeunesse Ouvrière Chrétienne  qui  a  organisé  des  rencontres-débats  en  invitant  des  hommes politiques de différentes tendances à l’occasion des élections municipales et européennes. N’oublions pas non plus, Dieu merci, les mouvements qui pratiquent la révision de vie ou la relecture et qui se soucient de mettre les événements à l’ordre du jour de leurs rencontres. Il serait également souhaitable que nos eucharisties  et  nos  prières  ne  soient  pas  décontextualisées  par  rapport  à l’actualité, aux situations et aux événements sociaux. Bien sûr, les prières universelles  y  font  souvent  allusion ;  c’est  heureux,  à  conditions  de  ne  pas demander à Dieu d’agir à notre place. L’apôtre Paul nous parle peu de la Cène sinon pour évoquer ce qu’il a reçu de la tradition (1Co11,23-30) mais il s’est élevé violemment contre les inégalités qui reproduisaient, à autour du repas eucharistique les rapports sociaux du monde païens. Les uns ont faim alors que d’autres s’empiffrent ! « On doit s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et   boire   à   cette   coupe ».   Même   souci   chez   Jacques   qui   critiquait   les discriminations sociales qui régnaient jusque dans les assemblées chez les premiers chrétiens.

Conclusion

Dans la situation présente nous sommes tentés de pleurer un passé révolu où les catholiques étaient majoritaires dans la société et où les Eglises avaient pignon sur rue. A nous de lire aujourd’hui, à la lumière de l’Évangile, les « signes des temps ». Ils nous invitent à sortir pour rejoindre un nouveau monde à évangéliser. Avant même notre parole c’est notre témoignage et l’écoute de l’autre, qui à l’exemple de Jésus incarné, peuvent porter la Bonne nouvelle au cœur du monde, un monde tenté par le repli sur soi, l’idolâtrie de l’argent,  les murs, les barrières et les discriminations.

Paul Maire

Pacem in Terris

Il y a 50 ans, le 11 avril 1963, le pape Jean XXIII publiait l’encyclique Pacem in Terris. Rappelons qu’au cours du mois d’octobre 1962 la crise des missiles de Cuba avait conduit le monde au bord d’un troisième conflit mondial. La publication de cette encyclique, six mois après l’ouverture du Concile Vatican II marqua un tournant décisif dans la pensée de l’Église catholique sur la paix, et plus généralement sur les questions sociales. En effet, la réflexion traditionnelle de l’Église, et ce dès les premiers temps, a toujours été axée plus sur la question de la légitimité de la guerre que sur celle de la construction de la paix. Avec l’encyclique “Pacem in terris”, Jean XXIII va innover. Il n’est quasiment plus question de la guerre, mais de « la Paix entre toutes les nations ». La paix est bien plus que l’absence de guerre, et ce message ne s’adresse pas seulement aux fidèles catholiques, mais à tous les hommes de bonne volonté.  Il insiste sur trois thèmes principaux : la dignité de la personne humaine, la relation entre la personne et la société démocratique, et enfin, ce thème qui sous-tend toute l’encyclique et qui est présent dès le titre, à savoir la paix fondée sur la Vérité, la Justice, la Charité et la Liberté.

La première section de l’encyclique établit les relations entre individus, soulignant les problèmes des droits de l’Homme et des devoirs moraux. La deuxième section développe le lien entre l’individu et l’État, reposant sur l’autorité collective du dernier. La troisième établit le besoin d’égalité entre les nations et le besoin pour l’État d’être sujet aux mêmes droits et devoirs qui s’appliquent à l’individu. La dernière présente le besoin de plus grandes relations entre les nations, résultant en un ensemble d’États assistant d’autres États.

Non seulement Jean XXIII explicite les rapports entre les personnes, entre les sociétés, énonce les droits et les devoirs, mais encore il donne la règle qui doit régir tout cela, les quatre piliers de la paix : Vérité, Justice, Charité, Liberté. Il revient très souvent sur ces quatre éléments, et ils sont toujours présents ensemble. En résumé, construire la paix entre les hommes et les peuples implique : « la Vérité comme fondement des relations, la Justice comme règle, la Charité comme moteur et la Liberté comme climat. » Les quatre tiennent ensemble. Une autre façon de présenter l’articulation entre ces quatre principes est la suivante : pas de paix sans Justice, pas de Justice sans Vérité, pas de Vérité sans Charité, pas de Charité sans Liberté.

Pacem in terris est un des lieux où l’Église a rejoint les soucis de toute l’humanité, en l’occurrence un souci essentiel : celui de la paix. Elle se met en position de défenseur de chaque homme dans les grands combats du présent : indépendance du tiers monde, efforts de développement, recherche des moyens de la paix, droits de l’homme. Le pape n’hésite pas à citer la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’Onu et appelle de ses voeux l’établissement d’une autorité universelle qui puisse garantir ces droits. Dès lors, on comprend que l’audience de cette encyclique ait été considérable. Sa hauteur de vue, son ouverture à tous les hommes en a fait un texte qui a largement dépassé la communauté catholique. Sa langue simple et moderne, son ton confiant en l’avenir mais exigeant pour tous, rencontraient l’attente de beaucoup en cette étape importante vers la fin de guerre froide. Ce fut certainement, l’encyclique qui connut le plus grand retentissement et la plus grande diffusion. Cinquante ans après, elle reste toujours une boussole pour réfléchir sur les conflits qui gangrènent tant notre monde

Les religions, sources de violence?

Si l’on demandait à nos contemporains quel est, dans notre monde, le principal facteur de violence, beaucoup répondraient : la religion. Nous en serions sans doute choqués, mais à y regarder de plus près, il faudrait bien leur reconnaître quelques excuses. Ils ont dans la tête à la fois l’histoire du christianisme, avec ses croisades et ses guerres de religions, et l’actualité de ces dernières années dans laquelle des chrétiens, des musulmans, des juifs ou des hindous se sont affrontés et s’affrontent aujourd’hui en bien des lieux du globe.

Souvent des hommes religieux ont construit des représentations de la divinité à travers lesquelles Dieu fait peser sa malédiction sur ses ennemis et recourt lui-même à la violence pour les punir. Et dès lors que les hommes se représentent Dieu comme un être violent qui châtie les méchants, ils auront tout loisir de justifier leur propre violence à l’encontre de leurs ennemis, en croyant que Dieu cautionne et bénit leur comportement. Ils iront même jusqu’à imaginer que Dieu leur commande le meurtre des infidèles.

Reconnaissons que, dans la Bible elle-même, la violence est présente et que certains textes de l’Ancien Testament semblent bien nous montrer un Dieu qui soutient et même ordonne des violences radicales. Ces textes ne sont pas toujours faciles à comprendre pour des chrétiens qui se veulent respectueux de toute la révélation et ils ont donné lieu à bien des interprétations. Mais tous, nous devons reconnaître qu’il y a un progrès de la révélation et que celle-ci culmine pour les chrétiens dans la personne et l’enseignement du Christ. Il est clair que le Sermon sur la montagne (Matthieu 5.7), avec l’amour de l’ennemi et la nécessaire réconciliation nous concerne plus directement que les guerres saintes que nous trouvons dans le passé. Le christianisme n’a pas toujours été à la hauteur de cet appel à la fraternité universelle que nous a lancé le Christ, des tournants qui ont permis au christianisme de traduire concrètement le lien fondamental existant dans toute religion entre respect de Dieu et respect de l’homme.

Actuellement, notamment lors de la rencontre des diverses religions à Assise, mais aussi lorsque certains croyants fanatisés tuent d’autres croyants au nom de la religion, des voies communes s’élèvent pour dénoncer ces violences. Les membres de la conférence des responsables de culte en France ont condamné avec la plus grande vigueur les attentats perpétrés à Bagdad et à Alexandrie endeuillant la communauté chrétienne. Ils ont dit que ces violences faites « au nom de Dieu » contre d’autres croyants étaient insupportables, elles ne blessaient pas seulement une religion mais l’humanité tout entière. Ils voyaient de plus en plus monter une violence dont ils récusaient l’argumentation religieuse. Ils ont ajouté que cette intolérance est déjà à l’œuvre dans notre propre société, elle se manifeste dans les dégradations de lieux de cultes et les menaces envers des croyants. En tant que responsables religieux ils ont déclaré fermement que nul ne peut se prévaloir des religions qu’ils représentent pour légitimer des violences, des ségrégations et même du mépris à l’égard d’un être humain. Ils ont encouragé les fidèles de leurs communautés à résister au repli et à la peur et sont convaincus qu’ils sauront prendre la mesure de cette responsabilité. Ils ne veulent pas que la religion soit instrumentalisée à quelque fin que ce soit. Ils désirent être artisans de paix dans notre pays et dans le monde. Hommes et femmes de bonne volonté, croyants et non-croyants, il nous faut sans cesse travailler à la réconciliation, sachant que la haine de l’autre est une maladie mortelle pour l’ensemble de la société. La fraternité est un défi que nous sommes appelés à relever, tous ensemble.

Le respect de la liberté religieuse, rarissime dans le passé, est aujourd’hui devenu assez largement partagé par les Églises chrétiennes, pour des raisons théologiques et spirituelles. On peut assez facilement constater que ce n’est pas le cas de toutes les religions et même de membres des religions chrétiennes et qu’il y a encore un long chemin à faire. Il y a toujours encore des actes inspirés par la haine et aussi par la peur, qui visent à éliminer et même à détruire d’autres êtres humains, en particulier ceux qui professent d’autres religions et que l’on juge dangereux pour sa propre religion.

Georges Heichelbech

Ajoutons l’enregistrement de la conférence que Jean Marie Muller a faite à Sarreguemines le 17 mars dans le cadre des Conférences du Centre St Nicolas, qui avait pour titre : Les enjeux politiques et spirituels de la non-violence  (cliquez ici)

Sur les unions de personnes de même sexe. Diocèse d’Angoulême

Il existe dans notre diocèse deux groupes de chrétiens concernés par l’homosexualité : un groupe de partage tous les deux mois existe déjà à Angoulême pour les personnes homosexuelles (hommes et femmes) de notre région. Et un groupe de partage destiné aux parents ayant des enfants homosexuels. Ces deux groupes de paroles font partie de l’association Devenir Un en Christ

Les prises de position de l’Église, ou du moins de certains évêques qui se sont exprimés et des fidèles qui les ont relayées au moment de la loi sur le mariage pour tous, sont souvent apparues comme violemment hostiles. Ces positions étaient-elles partagées par ceux qui sont restés silencieux?

L’Église de France n’a pas toujours eu une parole suffisamment positive et constructive, et ses paroles négatives exprimées lors du Pacs sont restées dans les mémoires. Nombre de personnes homosexuelles que nous connaissons ont été tentées de quitter l’Église à ce moment, et certaines ne reviendront pas; la blessure est trop profonde.

Ces situations restent aujourd’hui taboues, cachées, on n’en parle pas au grand jour. Une grande majorité de prêtres n’y est pas préparée, et la majorité des assemblées paroissiales (génération âgée le plus souvent) n’a pas reçu de l’Église les paroles d’accueil et d’attention nécessaires.

Un grand nombre de personnes homosexuelles croyantes et engagées dans les paroisses cachent cette dimension de leur vie, de peur au mieux de ne pas être comprises et au pire d’être exclues de leur communauté. Il faut accueillir les personnes homosexuelles comme les autres et pour cela convertir le regard de la communauté et des pasteurs. À cette fin, il faut convertir le regard de chacun et certainement donner aux responsables une formation concrète sur cette réalité. Il faut diffuser largement le travail des moralistes qui, il y a trente ans déjà, travaillaient sur ce sujet. À partir de là, nous pourrons construire un vrai projet pastoral envers les personnes homosexuelles, considérant qu’un amour entre personnes de même sexe est aussi porteur de fécondités pour les personnes concernées et leur entourage

Comme on aimerait que d’autres bulletins diocésains parlent de la même façon de l’homosexualité!

Préparation du synode sur la famille de 2014

Comme vous le savez sans doute, en 2014 il y aura un synode sur la famille. Rome  a émis un questionnaire pour préparer ce synode qui en principe s’adressera à tous. Voici ce document

Voici  une analyse de Stéphanie Le Bars, chroniqueuse religieuse au journal Le Monde (cliquez ici)

Et une autre de René Poujol, ancien directeur du Pèlerin (cliquez ici) Si vous avez le temps, son article est suivi de pas mal de commentaires, d’un bon niveau

J’y mets aussi mon grain de sel

  • C’est la première fois que pour préparer un synode, on consulte d’autres personnes que des évêques. Dans le processus habituel, les évêques remplissent un questionnaire. A partir de là est élaboré un document préparatoire. Dans la première semaine du synode, tous les évêques qui le souhaitent, peuvent s’exprimer. Dans la deuxième semaine on passe cela à la moulinette dans des réunions de groupes d’évêques. Dans la troisième semaine un document est élaboré après une rencontre de tous les évêques qui est censé faire la synthèse des travaux de la semaine précédente. Six mois après (la dernière fois cela a duré 2 ans) le pape fait une rédaction finale en gardant ce qui lui convient, en enlevant ce qui ne lui convient pas et en ajoutant même des éléments qui n’ont pas été discutés. J’ai suivi ce processus pour plusieurs synodes notamment le synode sur la famille de 1981 qui a abouti au document « Familiaris Consortio » auquel on fera sans doute référence lors du prochain synode. Si vous suivez l’évolution entre les premiers documents et premières déclarations jusqu’au document final, dans le document final vous ne vous retrouvez absolument pas par rapport à ce qui a été dit au début
  • Pour les synodes diocésains, on demande à qui veut, de s’exprimer pour préparer le document préliminaire (dans le diocèse de Metz où j’habite, il n’y a pas eu de synode diocésain). Mais en 1986 Jean Paul II a établi une liste de sujets sur lesquels il est interdit de discuter. Si on évoque par exemple le sacerdoce féminin et un changement de pastorale pour les divorcés remariés, cela est censuré dès le départ. Après cela passe par le filtre de l’évêché, ce qui signifie que même sur les sujets autorisés, tout ne remonte pas à Rome. A comme à Rome on a une inspiration spéciale du Saint Esprit, on éliminera encore une partie de ce qui remonte
  • Dans le diocèse de Metz, pour préparer un grand rassemblement à l’initiative de la pastorale pour les laïcs où il y avait 1200 inscrits et dont on a dû refuser 400, on avait proposé un questionnaire où tous les groupes ou individus pouvaient répondre. Mais comme il ne s’agissait pas d’une initiative de l’évêque et que cela s’est fait pratiquement malgré les réticences de l’évêque, cet énorme travail a pratiquement été étouffé.

Tout cela pour dire qu’il faudra attendre 2 ans avant de savoir si on donne un os à ronger ou si on veut vraiment, d’abord connaître ce que disent les fidèles et en tenir compte pour éventuellement opérer des changements. Il s’agit donc de suivre cette affaire mais avec prudence, non en disant que cela ne donnera rien, mais en sachant qu’on ne changera pas une mentalité qui a régné dans l’Eglise depuis de si longues années.