Rhinocérisation

J’ai découvert ce mot étrange par le Courrier International. L’article original a été publié  dans le Boston Globe, un des journaux américains qui résistent encore à Trump.

Le père du journaliste auteur de cet article, était allemand. Il a vu le ralliement progressif de la quasi-totalité de la population au parti nazi, portant très marginal au début.

L’auteur, Christopher Hoffman, a écrit cet article en faisant référence à ce qui se passe aux USA. Il a été inspiré par la pièce d’Eugène  Ionesco, « Rhinocéros ». Ionesco avait assisté en Roumanie à la montée du fascisme entre les deux guerres. Cette pièce décrit, dans une petite ville initialement paisible, la transformation en rhinocéros d’un habitant, puis progressivement de toute la population. Les habitants sont d’abord horrifiés, puis, au fur et à mesure que le nombre de rhinocéros augmente, éprouvent de l’angoisse à l’idée de ne pas le devenir et donc d’être différents et de se retrouver en minorité. Pièce à la fois drôle et cruelle.

Christopher Hoffman observe ce qui se passe aux USA. Le vice-président, JD VANCE, traita Trump d’Hitler américain. Le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, le qualifia d’escroc. Pour le puissant sénateur Lyndsay Graham, qui est un de ses plus fervents soutiens, il était cinglé, dingue et inapte à exercer un mandat.

Sans parler de la quasi-totalité des parlementaires républicains qui votent servilement comme Trump l’exige,  de journaux qui veillent à ce que leur ligne éditoriale ne le mécontente pas, de prestigieuses universités qui acceptent ou font semblant d’accepter de lutter conte le wokisme, cette théorie fumeuse, à la mode chez les populistes etc. C’est ce qu’Hoffman appelle la rhinocérisation de la société américaine. Je le cite : « Les horreurs de l’autoritarisme du XXe  siècle se sont dissipées …, mais la pièce est idéalement adaptée au conformisme et à la lâcheté de notre temps ».  

Et nous, européens, nous, français, sommes-nous vraiment à l’abris de la rhinocérisation de nos sociétés ? Rien n’est moins sûr, à mon avis. Des médias influents sont la propriété de quelques puissants et riches  personnages qui  ne cachent pas leur volonté de mener une véritable croisade idéologique et pour ce faire, d’instrumentaliser  ces médias.  

Ils sont aidés en cela par des politiques qui tiennent des propos irresponsables et, dont certains, actuellement en  charge de responsabilités gouvernementales, font des propositions et vont jusqu’à prendre des décisions  aberrantes, qui fragilisent notre société.

« Les chômeurs sont des paresseux qui ne veulent pas travailler. Les politiciens sont corrompus, sauf bien sûr ceux qui le proclament, mais crient au complot quand ils sont pris la main dans le sac. Il faut   faire payer aux détenus les frais de leur détention. Et bien sûr les migrants coutent cher, sont responsables de l’insécurité, menacent de nous submerger. Tout leur est dû, ils obtiennent des aides dont  les Français sont privés  etc. »

Il est extrêmement difficile de lutter contre les préjugés tenaces, les pseudo informations, les théories complotistes. Je suis convaincu que nombre de nos concitoyens sont parfaitement lucides, mais craignent d’exprimer leurs doutes, leurs désaccords.  Dans combien de familles, par exemple, les partisans de la vaccination contre le virus de la Covid ont préféré éviter de contrer  les arguments ubuesques des »antivaccins » ? 

Dans la pièce de Ionesco, un seul personnage échappe à la transformation en rhinocéros. Après avoir exprimé son désespoir (« Oh ! Comme je voudrais être comme eux »… , malheur à celui qui veut conserver son originalité »), il se ressaisit : « Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme ! Je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! »

Si nous nous trouvions nous aussi, réellement menacés de rhinocérisation ou de trumpisation, ce qui est en réalité la même chose, serions-nous assez nombreux pour dire, collectivement, chrétiens et non chrétiens : « Nous ne voulons pas être  et ne serons pas les derniers hommes ! Et nous ne capitulerons pas ! » ? Et nos  Eglises seraient-elles au premier rang  ?

A l’image de Mariann Budde, cette évêque épiscopalienne qui a osé interpeler publiquement Donald Trump.  Lisons son homélie du 25 janvier 2025 : un texte admirable !

Philippe Muller 05 06 2025

Le dépassement des frontières

Nous sommes dans un monde qui se construit par le dépassement des frontières : frontières nationales, linguistiques, culturelles, religieuses… Tout circule sur notre planète : l’argent, les armes, la drogue, l’information…mais pas les migrants. 
La politique de la forteresse européenne présente les migrations comme une menace. Mais les vraies menaces viennent plutôt de la libre circulation des capitaux ! On protège les frontières plutôt que de protéger les migrants. L’expulsion prend le pas sur l’accueil. La dureté de la loi l’emporte sur l’humanité. Mais le respect des personnes n’est-il pas plus grand que le respect de la loi ?
Les routes des migrations ne se ferment pas. Comment pourrait-on empêcher des migrants de passer les frontières alors qu’ils sont prêts à mourir pour le faire ?

Un drame qui n’en finit pas
En juillet 1999, deux jeunes Guinéens âgés de 14 et 15 ans avaient écrit une lettre aux « responsables d’Europe », pour demander qu’on aide leur Afrique et qu’on leur permette de faire des études : on les a retrouvés à Bruxelles, morts de froid dans le train d’atterrissage d’un avion.
En juin 2000, 60 Asiatiques essaient de s’évader de leur lieu de misère : lorsqu’ils arrivent à Douvres, 58 d’entre eux sont morts asphyxiés dans un container hermétiquement clos.
Chaque année, environ 1500 migrants périssent en Méditerranée, devenue un cimetière marin.
La tragédie est immense !

L’accueil des migrants

En juillet 2013, le pape François décide de se rendre à l’île sicilienne de Lampedusa qui accueille beaucoup de migrants. Voyage œcuménique, prophétique, avec des paroles fortes qui secouent les consciences. 
François dénonce « la mondialisation de l’indifférence », « l’anesthésie des cœurs ». Il interroge « Qu’as-tu fait su sang de ton frère ? », « Qui a pleuré en voyant ces jeunes africains périr en mer ? »
Le patriarche de Constantinople trouve aussi les mots qui interpellent :
« Vous avez peur des réfugiés parce que vous ne connaissez pas leurs visages.
Vous avez peur parce que vous ne connaissez pas leurs enfants.
Vous avez peur parce que vous n’avez pas vu le regard de ces enfants ».
Le pape prend dans son avion du retour à Rome, trois familles de réfugiés musulmanes. Un signe fort ! Mais le fait d’avoir pris des musulmans et non des catholiques suscita critique et incompréhension.
Sans tarder, Le pape lance un vibrant appel aux catholiques : que les familles, les communautés religieuses, les paroisses, les diocèses s’ouvrent à l’accueil de l’étranger. Appel entendu. La communauté des Spiritains où je vis, s’est montrée partie prenante, accueillant afghans, irakiens, syriens, soudanais…Tous musulmans. Dans leur cœur, il n’y avait pas de place pour la rancune, la vengeance ou la haine. Une bénédiction pour la communauté.
L’Eglise où qu’elle aille, quoiqu’elle fasse dans sa marche à travers les siècles, ne peut se détacher de la parole de Jésus : 
« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli »

Une Eglise qui se porte là où le peuple souffre, là où le sort de l’homme, de la femme et de l’enfant est en danger, devient prophétique pour l’humanité.

Jacques Gaillot
Evêque de Partenia
Paris, Mai 2019

Tout le monde n’est pas prêt à accueillir les étrangers

Voici le témoignage  d’une amie qui devrait nous faire réfléchir.

Je voudrais vous informer de l’expérience douloureuse que nous avons vécu lundi dernier non loin de chez nous. En effet, mon mari et moi avons assisté à une réunion publique d’information sur un projet d’accueil de demandeurs d’asile dans l’ancienne gendarmerie de cette ville, vide depuis 5 ans. C’était super-houleux, nous ne n’y attendions pas du tout. En fait, il s’est avéré au bout d’un long moment que tout un groupe de personnes du FN était venue de l’extérieur, parfois de loin (il y avait même des conseillers généraux, dont un venu des Ardennes) dans le but de chauffer la salle et d’empêcher les débats. Ils étaient très virulents et n’arrêtaient pas de lancer des invectives haineuses du style : Ce sont des musulmans, ils ne vivent pas comme nous ! Les enfants du collège voisins  ne seront plus en sécurité ! On ne demande pas son avis au peuple ! Etc, etc. Chaque fois, les autres applaudissaient bruyamment. Ecœurant ! Le sous-préfet a eu du mal à gérer le débat au milieu des sifflements. Heureusement que certains de nos élus et quelques autres personnes de la vallée ont fini par se réveiller et par mettre les choses au point. Vers la fin, quand ils sont partis, ça a été enfin un peu plus « raisonnable » et il y a eu quand même quelques beaux témoignages de solidarité. Mais globalement, les personnes de la vallée qui étaient venues pour avoir des renseignements ont trouvé la réunion « super nulle » ! Rien que de penser à cette horrible soirée, j’en ai encore l’estomac tout retourné. C’est terrible de côtoyer de près la haine…

Le lendemain, j’ai envoyé une série de messages aux personnes de la communauté de paroisses pour dire que nous, chrétiens, ne pouvions pas rester silencieux et qu’il fallait réagir. A part une réponse, silence radio de la part de tous les autres… Ca aussi, c’est dur à encaisser !

Pour compléter, voici aussi pour info la réponse que j’ai eue de la part d’une personne que je connais bien qui habite dans le Pas-de-Calais. Edifiant !

« Merci de ton témoignage : je partage ton émotion. Les faits que tu signales nous donnent une nouvelle preuve de l’existence de commandos fascistes. Ces groupes sont structurés, bien informés, et savent facilement se déplacer et agir dans les endroits même les plus isolés pour intimider par des paroles haineuses et par des actes (le plus souvent des dégradations de biens appartenant aux personnes visées: étrangers et surtout les personnes qui les aident). A Calais, ils n’ont pas hésité à manifester (environ 200) devant la mairie alors que les migrants ont  fait l’objet d’une interdiction administrative de se réunir et de manifester dans le centre. Sur Calais, et ailleurs en France dans les sites qui accueillent des réfugiés, des personnes ne trouvent pas d’autres solutions que d’aider en cachette pour éviter des représailles…Cette montée du fascisme dans notre pays est bien réelle, ce n’est pas un fait divers. La campagne d’accueil de l’étranger permettra aussi d’accompagner plus efficacement les aidants pour qu’ils n’aient pas peur… en particulier des représailles. Amitiés »

Les femmes dans l’Eglise catholique

Il faut être prudent de ne pas analyser la place de la femme dans l’Eglise et dans la société avec des textes d’autrefois et la mentalité d’aujourd’hui. Dans le passé les écrits et la manière de considérer les femmes ne tournaient guère à leur avantage. Pensons par exemple à St Augustin qui disait : « Selon l’ordre de la nature, il convient que la femme soit au service de l’homme, car ce n’est que justice que le moins doué soit au service du plus doué » mais aussi, dans notre décennie, un ecclésiastique bien connu qui a dit lors d’une émission de radio : « Ce qui est le plus difficile, ce n’est pas d’avoir une jupe, encore faut-il avoir quelque chose dans la tête ». Globalement les mentalités ont changé. Dans la société les lois aussi, ce qui n’est pas le cas dans l’Eglise.

Avant le Concile Vatican II

Il y eut pourtant de la résistance face à l’émancipation des femmes. C’est ainsi que Pie XII, en 1944 disait encore, lors d’une allocation à de jeunes mariés : « Nous savons bien que, de même que l’égalité dans les études, les écoles, les sciences, les sports et les concours fait monter dans bien des cœurs de femmes des sentiments d’orgueil, ainsi votre ombrageuse sensibilité de jeunes femmes modernes ne se pliera peut-être pas sans difficulté à la sujétion du foyer domestique. Nombre de voix autour de vous vous la représenteront, cette sujétion, comme quelque chose d’injuste ; elles vous suggéreront une indépendance plus fière, vous répéteront que vous êtes en toutes choses les égales de vos maris et que sous bien des aspects vous leur êtes supérieures. Prenez garde à ces paroles de serpents, de tentations, de mensonges : ne devenez pas d’autres Ève, ne vous détournez pas du seul chemin qui puisse vous conduire, même dès ici-bas, au vrai bonheur ».

Les évolutions depuis le Concile Vatican II

Avec Jean Paul II le discours a évolué. Il ne parle plus de la femme tentatrice, en pensant à Eve, mais lui propose comme modèle Marie, dans son encyclique Mulieris Dignitatem : «  L’Église voit en Marie la plus haute expression du « génie féminin » et trouve en elle une source d’inspiration constante. Marie s’est définie elle-même « servante du Seigneur ». C’est par obéissance à la Parole de Dieu qu’elle a accueilli sa vocation privilégiée, mais pas du tout facile, d’épouse et de mère de la famille de Nazareth. En se mettant au service de Dieu, elle s’est mise aussi au service des hommes: service d’amour. Dans cette perspective de « service », il est aussi possible d’accueillir une certaine diversité de fonctions, sans conséquences désavantageuses pour la femme, dans la mesure où cette diversité n’est pas le résultat d’un ordre arbitraire, mais découle des caractères de l’être masculin et féminin. C’est une affirmation qui a aussi une application spécifique à l’intérieur de l’Église ».

Et dans sa lettre aux femmes du 29 juin 1995, il propose spécifiquement aux femmes un « principe marial » et aux hommes un « principe apostolique et pétrinien ». Cette spécification se trouve en contradiction directe avec l’énoncé des valeurs et droits universels et s’oppose à ce qui paraît être aujourd`hui attaché au génie propre d’un nouveau rapport d’égalité, de coresponsabilité et d’inter-échange entre les sexes. Et il insiste « Si le Christ, en instituant l’Eucharistie, l’a liée d’une manière aussi explicite au service sacerdotal des Apôtres, il est légitime de penser qu’il voulait de cette façon exprimer la relation entre l’homme et la femme, entre ce qui est «féminin» et ce qui est «masculin», voulue par Dieu tant dans le mystère de la Création que dans celui de la Rédemption. Dans l’Eucharistie s’exprime avant tout sacramentellement l’acte rédempteur du Christ-Epoux envers l’Eglise-Epouse. Cela devient transparent et sans équivoque lorsque le service sacramentel de l’Eucharistie, où le prêtre agit «in persona Christi», est accompli par l’homme. » Quelques mois plus tard, une note de la Congrégation pour la doctrine de la foi, signée du Cardinal Ratzinger, précise que cette position engage l’infaillibilité du magistère sur une doctrine d’exclusion des femmes de l’ordination à la prêtrise, qui est présentée comme appartenant au dépôt de la foi et exigeant un assentiment définitif. Le pape François, tout en parlant aussi du génie féminin, exclut toute possibilité d’accession à la prêtrise pour les femmes.

Limites et impasses de la position actuelle

Tous ces préjugés reposent sur la croyance en un déterminisme biologique des rôles. La différence entre les sexes est prise comme référence absolue pour asseoir l’idée selon laquelle il y aurait deux humanités spécifiques, masculine et féminine, tout comme on a cru longtemps que les différences ethniques créaient des races différentes. Cette pensée porte un nom : le différentialisme ; elle a permis par le passé et permet encore de maintenir d’innombrables discriminations en créant des catégories où l’une est toujours supérieure à l’autre : maîtres et esclaves, noirs et blancs, riches et pauvres, hommes et femmes.

Les femmes dans l’Église catholique sont toujours « inaptes », à exercer la cure d’âmes, à prêcher, à enseigner, à sanctifier, à gouverner. Mais l’essentiel est de tout faire pour que les femmes puissent effectivement assumer à part entière des responsabilités d’Eglise. Faute de quoi, en dépit des plus belles déclarations sur l’égalité de tous les baptisés dans le Peuple de Dieu, sur la nécessaire participation des femmes dans la société et la mission de l’Eglise, sur la non-supériorité des ministres, I’Eglise renoncerait à sa nature profonde et à sa mission sacramentelle de «signe levé devant les nations».

Georges Heichelbech

Y’en a marre

Édito 19 octobre 2015 : Le point de vue de Pascal Boniface

De nouveau, les flambées de violences entre Israéliens et Palestiniens. De nouveau, les civils qui sont les premières victimes. Vraiment, on a envie de dire : « Y’en a marre ».

Y’en a marre des communiqués de dirigeants européens qui déplorent les violences, appellent à la retenue, déclarent leur émotion et ne font absolument rien de concret pour que cela change.

Y’en a marre de ces dirigeants arabes qui manifestent de manière purement et uniquement verbale leur solidarité avec leurs frères palestiniens.

Y’en a marre de voir Barack Obama jouer les Gulliver empêtrés dans ce conflit.

Y’en a marre de voir la plupart des responsables politiques américains pratiquer un suivisme aveugle à l’égard de la politique israélienne.

Y’en a marre de voir l’extrême droite fortement présente dans le gouvernement israélien, sans que cela gêne en aucune manière les pays occidentaux.

Y’en a marre de ceux qui affirment vouloir combattre l’extrême-droite en France, mais la soutiennent en Israël.

Y’en a marre de ceux qui prônent partout le droit d’ingérence, sauf au Proche-Orient.

Y’en a marre de voir les responsables israéliens appeler sans cesse à plus de répression et croire, ou faire semblant de croire, que cela va suffire à ramener le calme et que les Palestiniens vont éternellement accepter d’être un peuple vaincu.

Y’en a marre de voir le racisme décomplexé des colons israéliens, leur sentiment de supériorité tranquillement affiché et le déni qu’ils ont de l’existence même des Palestiniens.

Y’en a marre des médias qui mettent sur le même plan l’occupant et l’occupé et pensent dégager une position équilibrée.

Y’en a marre de voir que le Hamas pense gagner quelque chose en envoyant des roquettes sur le sud israélien, alors que les plus importantes destructions qu’il a créées ont été celles du camp de la paix en Israël.

Y’en a marre de voir Mahmoud Abbas nourrir l’illusion depuis dix ans que les Américains vont lui accorder ce qu’il demande.

Y’en a marre de voir en France les organes communautaires juifs officiels déplorer l’importation du conflit et appeler à une solidarité sans faille avec Israël.

Y’en a marre que l’on fasse passer pour antisémites ceux qui ne font que critiquer le gouvernement israélien.

Y’en a marre qu’on instrumentalise la lutte contre l’antisémitisme au profit de la défense du gouvernement israélien.

Y’en a marre de ceux qui croient aider les Palestiniens et font une confusion entre juifs français et israéliens

Y’en a marre de ceux qui pensent venger les Palestiniens en s’attaquant aux juifs français.

Y’en a marre de ceux qui condamnent les sionistes en général et mettent sur le même plan Avraham Burg et Naftali Bennett.

Y’en a marre de ceux qui se disent pour la solution à deux États et qui soutiennent systématiquement toutes les actions de l’armée israélienne.

Y’en a marre de ceux qui dénoncent le terrorisme pour justifier une répression qui, loin de le combattre, vient le nourrir.

Y’en a marre des lâches qui n’osent pas s’exprimer sur le sujet de peur de prendre des coups.

Y’en a marre de ceux qui pensent qu’au XXIe siècle, l’occupation d’un peuple par un autre ne pose pas de problème.

Y’en a marre que tous ceux qui, faisant cela, non seulement piétinent les principes de justice et de valeur universelle dont souvent ils se réclament, mais surtout insultent l’intelligence de ceux auxquels ils s’adressent en pensant que leurs arguments passent encore la rampe.

Source : http://www.iris-france.org/64766-yen-a-marre/

« Qu’as-tu fait de ton frère ? »

De janvier à juillet 2015, 340 000 migrants sont arrivés aux frontières de l’Union européenne, tandis que des milliers d’autres personnes disparaissaient en mer. Une situation inédite pour les pays européens, tentés de stigmatiser davantage ces réfugiés qui fuient le fondamentalisme islamique ou la répression des régimes autoritaires du Moyen-Orient, la pauvreté ou les sécheresses en Afrique. Le pape a montré, sans jamais faillir, à quel point cette question était importante pour lui. Il a été à Lampedusa pour montrer aux Européens qu’on ne pouvait pas laisser arriver cela. Il a fait un nombre incroyable de discours, de catéchèses, d’exhortations sur la question.

Et voilà que la photo du jeune Aylan Kurdi, trouvé mort sur une plage de Turquie nous secoue de nos torpeurs. Il n’y a pas de raison qui tienne, ni économique, ni sécuritaire, qui vaille la mort de cet enfant. Oui, il faut céder à l’émotion parce qu’elle est le meilleur de nous-mêmes et qu’elle seule est capable d’abattre nos effroyables égoïsmes. Et pourtant une majorité de Français s’opposent à l’accueil d’immigrés et de réfugiés. Pensez-vous sérieusement que les rejeter à la mer, les empêcher à toute force d’entrer, soit la meilleure manière de nous protéger ? Fermer nos portes aujourd’hui, c’est la meilleure manière de nourrir la haine, le ressentiment, la colère envers nous des nations qui sont aujourd’hui dans le chaos.

Qui voulons-nous être ? Le bon Samaritain de la parabole, qui soigne l’homme agonisant au bord de la route, ou ceux qui passent en détournant le regard ? Jusqu’à ce que nous ayons agi, concrètement et vraiment agi, pour ouvrir nos portes à cette souffrance, nous savons qui nous sommes. Et nous sommes sourds à l’appel de l’Evangile : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Prendre notre part dans l’accueil des réfugiés et des migrants

Chers amis,

C’est une vraie joie pour nous tous aujourd’hui de voir la mobilisation en faveur de ces femmes et ces hommes qui demandent à être accueillis chez nous, dont beaucoup ont dû fuir la violence. Les cœurs ont été touchés, les yeux se sont ouverts – enfin !

Nous tous, à l’ACAT, nous nous joignons, évidemment, à cette mobilisation. Il ne faut pas que ce soit seulement un feu de paille : il faut que cela dure.

Depuis des années nous apportons notre soutien de multiples manières aux victimes de la violence venues demander asile : cela fait partie de notre mandat. L’ACAT accueille à Paris des demandeurs d’asile et leur assure une assistance dans leurs démarches. Membre de la CFDA (Coordination française pour le droit d’asile) l’ACAT assure aussi la vice-présidence de l’ANAFE (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers). Encore tout récemment nous nous sommes mobilisés à propos de la réforme du droit d’asile en France : vous avez écrit à vos députés. Beaucoup d’entre nous avons signé la pétition adressée cet été aux autorités européennes en faveur des droits de ces personnes, en commun avec les ACAT européennes. Sur le terrain aussi, comme à Calais, vous êtes présents.

Ces derniers jours, nous avons pris position publiquement. Avec un collectif d’ONG, nous venons d’adresser des propositions concrètes au Président de la République.

Nous allons continuer. Et nous avons besoin de chacun de vous pour cela. Comment ?

En premier lieu, dès ce mois de septembre, nous vous proposerons une pétition à signer pour supprimer l’obligation faite aux migrants de s’inscrire dans le pays où ils débarquent (Accords de Dublin). Deux autres pétitions suivront en octobre et en novembre sur d’autres questions importantes. Pour le 10 décembre (Journée mondiale des droits de l’Homme), nous mènerons une pétition conjointe avec les autres ACAT européennes.

En second lieu, notre Comité directeur avait décidé, dès juin dernier, de lancer une campagne de longue durée pour la sensibilisation à l’accueil de nos frères et sœurs étrangers, parce que les préjugés qui stigmatisent l’étranger conditionnent directement nos actions en faveur des demandeurs d’asile, une part intégrante de notre mandat. Certes, aujourd’hui, quelque chose a heureusement bougé dans l’opinion publique. Mais, on le voit chaque jour, combien encore de réticences, de peurs ! Et l’arrivée de migrants n’est pas un phénomène nouveau ni ponctuel : il va s’installer dans la durée. Il nous faudra donc apprendre à vivre ensemble avec nos différences : immense chantier qui concerne chacun de nous en Europe. Cela va demander aussi la mise en place d’une véritable politique d’accueil à long terme et nous n’ignorons pas la complexité des défis à relever. Vouloir fermer nos frontières, ériger des grilles et des murs est non seulement une illusion, mais une injustice et surtout une infidélité à l’appel de Dieu : « tu aimeras l’immigré comme toi-même » (Lévitique, 19, 33-34). Mais une telle politique d’accueil ne sera possible que si l’opinion publique y est favorable, et c’est encore loin d’être le cas. D’où cette campagne de sensibilisation, que nous mènerons en commun avec d’autres ONG, avec une dimension européenne. En tant que membres de l’ACAT, vous serez sollicités pour y prendre part activement. Et cette question brûlante sera au cœur de notre Assemblée générale en avril prochain.

En troisième lieu, dès maintenant, je vous encourage vivement à prendre toute la part que vous pourrez dans ce qui se fait près de chez vous pour accueillir concrètement nos sœurs et frères étrangers. N’hésitez donc pas, au nom de l’ACAT, à vous joindre activement aux initiatives lancées autour de vous ou à prendre vous-mêmes celles qui vous semblent utiles.

Il faudra veiller attentivement à ce que cet accueil se fasse sans discrimination aucune, qu’il s’agisse d’appartenance religieuse, de nationalité ou d’origine. Reprenant les recommandations émises par plusieurs organisations chrétiennes compétentes, je veux souligner que « ces initiatives doivent permettre un accueil fraternel, digne et respectueux des personnes, de leurs souhaits, favoriser la sécurité et permettre une continuité dans leur parcours. Elles doivent favoriser la rencontre, l’ouverture et l’écoute, et avoir pour finalité un chemin vers l’intégration. » La plupart de ces actions concernent soit l’hébergement (accueil chez un particulier ou dans une communauté, mise à disposition de logement), soit une aide ou un accompagnement sous diverses formes. Mais ce pourra être tout simplement de créer des relations avec ceux qui arrivent : c’est sans doute le plus important qu’ils rencontrent ici des visages amicaux.

Il ne faut pas agir en ordre dispersé, mais rassembler les bonnes volontés, réfléchir et agir en commun. Il est donc recommandé de mener ces actions en concertation avec les communautés chrétiennes et les autres organisations actives sur le terrain (vous avez sûrement déjà des liens avec certaines d’entre elles au plan local). Ces actions seront à mener aussi en dialogue avec les pouvoirs publics, notamment avec les municipalités et avec la personne qui sera le référent public départemental pour l’accueil.

Je me réjouis d’avance de tout ce qui va se réaliser grâce à la mobilisation actuelle, grâce à vous, et je vous en remercie.

Fraternellement à chacune et chacun d’entre vous,

Gabriel Nissim, Président de l’ACAT

Accueil inconditionnel des réfugiés

L’arrivée dans nos pays de nombreux demandeurs d’asile en provenance de pays en guerre ne peut et ne doit provoquer qu’une seule réponse de notre part : l’accueil inconditionnel. Si nous voulons agir en cohérence avec  le message de l’Evangile, aucun argument ne doit nous détourner de cette tâche prioritaire. Lorsque Jésus dit « j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’étais prisonnier et vous m’avez visité »… il ne met aucun autre critère à notre action. Lorsqu’il bénit « ceux qui sont persécutés pour la justice » il ne précise pas leur nationalité ni leur religion.

C’est pourquoi nous récusons fermement toutes les arguties de celles et ceux qui refusent d’accueillir des personnes en détresse sous le prétexte de préserver « l’identité chrétienne de l’Europe ». Jésus ne demande pas à ses disciples de conserver des dogmes et des rites, mais de pratiquer la charité envers tous. Il prolonge en cela l’appel, récurrent dans la Bible, à l’hospitalité et à l’accueil de l’étranger.  La seule identité chrétienne qui doive être préservée, c’est celle qui met en pratique cette valeur simple et fondamentale : la fraternité universelle.

Que celles et ceux qui veulent que l’Europe se replie dans sa forteresse ou qui veulent trier les demandeurs d’asile selon des critères d’appartenance religieuse aient au moins la cohérence et la décence de ne pas prétendre le faire au nom du christianisme.

La tâche est immense, difficile et complexe. Nous devrons accepter de nous laisser déstabiliser, de nous mettre au travail, avec d’autres hommes et femmes de toutes convictions, pour créer les possibilités d’un accueil digne de tous ces arrivants. Nous devrons aussi, avec la même énergie, peser sur les décisions nationales et internationales qui amènent tant de personnes à fuir la guerre, la misère, les atteintes aux droits de l’Homme.  Nous sommes convaincus que c’est ainsi que nous répondrons concrètement aux paroles de Jésus le Nazaréen. « Ce que vous avez fait aux plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait.»

Fédération des Réseaux du Parvis

Contact : Marie-Anne JEHL, présidente  06 70 38 23 52

maf.jehl@orange.fr

Migrants : la clé n’est pas à Calais

Les migrants de Calais cherchent pour la plupart un pays où vivre en paix, où gagner honnêtement leur vie, où on les regarde comme des êtres humains.

Près d’un sur deux appartient aux classes sociales élevées de son pays, et un sur cinq à la classe moyenne. Deux tiers ont fui des persécutions ou ont quitté leur terre par crainte de devenir à leur tour victimes…

Qui sont-ils, les migrants calaisiens, tels que les décrivait récemment une enquête du Secours catholique ? Ceux-là même qu’on pourrait prendre pour une horde barbare quand on entend distraitement les « infos » en provenance de Calais… Ils rêvent de passer en Angleterre où, pensent-ils, tout serait plus facile pour eux. Mais la Grande-Bretagne ne veut pas d’eux. Et la France non plus.

La clé du problème, chacun le sait, n’est pas à Calais. Ce n’est pas une affaire de hauteur de murs ou de grillages, ni même d’agents de sécurité et de patrouilles de police en nombre « suffisant ». On se fait une montagne d’un nombre somme toute assez faible de migrants – quelques centaines, tout au plus deux mille selon les sources les plus alarmistes – qui auraient « pris d’assaut » le tunnel, quand il faudrait commencer par comprendre que ce comportement spectaculaire témoigne surtout de la désespérance dans laquelle se trouvent des hommes et des femmes réduits à une vie indigne et livrés à la merci des trafiquants.

L’histoire jugera sévèrement les pays où l’on feint de croire que c’est en jouant de cette désespérance que l’on abaissera la pression migratoire. Elle jugera sévèrement les nations qui piétinent leurs propres valeurs sans comprendre que ces hommes et ces femmes, si nous faisions l’effort de les accueillir dignement, constitueraient un véritable réservoir d’intelligence, d’énergie, de compétence et même un pouvoir de consommation au moment où nous avons besoin de relancer l’économie.

Un défi de confiance

Ils pourraient même, pour certains, nous aider à mettre en œuvre, à l’avenir, les politiques qui réduiront les flux migratoires, par la construction de situations économiques et politiques stables dans leurs pays d’origine. Il ne s’agit donc pas d’appeler chez nous toute la misère du monde pour la prendre en charge.

Cette situation demande que les pays européens se tournent ensemble vers ceux dont ils ont été les colonisateurs, pour soigner les maux hérités de cette page d’histoire mal conduite. Nouons avec eux des relations de partenaires et inventons des formes de collaboration fécondes et plus égales que par le passé.

C’est difficile, parce que nous n’avons que trop attendu. Ne perdons pas davantage de temps. C’est un défi de confiance. Confiance dans l’autre comme en nous ; confiance aussi dans l’avenir et dans les effets démultiplicateurs de la rencontre, du partage, de la solidarité. La pression, qui monte inexorablement à Calais ou en Méditerranée, est le baromètre de notre peur… de faire confiance.

Chaque jour qui passe creuse un abîme de déception, de défiance, de dépit, de ressentiment. L’universalisme de l’humanisme européen dont nous nous targuons passera bientôt pour un hideux mensonge, un piège mortel… Nous aurons nourri – c’est déjà commencé jusque chez nous et parmi nos enfants – la haine de ce que nous prétendons être. À ce rythme-là, notre défaite est certaine.

Jean-François Bouthors   Ouest-France, éditeur et écrivain.

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Les vannes sont ouvertes

En déclarant, à propos de l’émigration de milliers d’africains vers l’Europe, qu’une grosse « fuite d’eau » était ouverte, l’ancien président de la République a cherché, une fois de plus, à s’attirer les bonnes grâces des électrices et des électeurs du front national. Ce faisant, il a ouvert une vanne qui nous jette dans un danger encore bien plus redoutable que celui de l’arrivée sur notre territoire, de milliers d’hommes et de femmes que la mort menace dans leurs pays d’origine, le danger de la haine grandissante à l’égard des « indésirables » et du renforcement , en nous, des peurs fantasmées et génératrices d’un mortel égoïsme.

Martin Luther King avait pour habitude, face à toute situation difficile, de prôner « une tête froide, associée à un cœur chaud ».

Aujourd’hui, la plupart des têtes sont dramatiquement froides. Tout n’est vu que sous l’angle de ce que « ça nous coûte » ou de ce que nous allons « perdre ». Matériellement parlant.

Pour parfaire le drame, les cœurs aussi sont devenus d’un froid glacial.

A l’heure où nous nous alarmons du réchauffement climatique, à juste titre, nous ne nous soucions guère du refroidissement de nos cœurs, de plus en plus incapables de faire de la place aux autres en général et aux étrangers en particulier. Nous voyons des ennemis partout. Dès lors que nous craignons d’être bousculés et contraints de partager l’espace et les ressources, nous sommes saisis d’effroi.

La solution idéale, certes, serait de mettre fin, partout dans le monde, aux guerres et aux famines, aux fanatismes et aux inégalités pour que chaque être puisse vivre sereinement chez lui. Cela suppose, bien entendu, la mise en œuvre d’une réelle solidarité internationale qui, hélas, fait cruellement défaut.

Plus les choses vont mal et elles vont mal, plus la tentation naturelle consiste pour les humains à se replier sur eux-mêmes, à se barricader contre tout et tout le monde. « Noli me tangere » ! Surtout, ne me touche pas ! Eloignes toi de moi !

Où en sommes-nous des sentiments qui, bien au contraire, devraient nous rassembler pour trouver ensemble les solutions aux problèmes qui nous concernent tous ?

Face à des situations tragiques, seule devrait nous conduire la compassion envers les êtres en souffrance. Un cœur réellement humain, demeuré chaud, devrait accueillir d’abord, sans se poser de question et se dire que pour les problèmes « d’intendance », à chaque jour suffira sa peine. Avec une tête froide, beaucoup de pistes se trouvent et s’inventent. Pourvu que la porte du cœur soit ouverte.

J’entends encore mes grands parents nous raconter comment la maison, la cave surtout, se sont ouvertes pendant la guerre pour y resserrer les membres les plus éloignés de la famille, des amis, des connaissances, des voisins, pour y trouver refuge alors que tout leur manquait. Plus de nourriture, plus d’eau, plus rien. Et pourtant, le partage a fonctionné. La solidarité sans condition préalable a fait des petits miracles au quotidien.

Leurs cœurs étaient incroyablement chauds et dans leur tête, les neurones étaient mobilisés par la volonté de s’en sortir tous ensemble. Pas l’un sans l’autre. Pas l’un au détriment de l’autre. Ensemble. Comme de vrais humains, conscients d’être tirés de la même glaise et condamnés à y retourner. Entre les deux phases, un seul marqueur d’intelligence spirituelle : demeurer unis, se serrer les coudes, passer par delà les scories de nos différences et s’entendre sur l’essentiel, la vie dans la fraternité.

Nous voyons des urgences partout. Car les misères et les menaces se multiplient à la vitesse grand V. Entre les « y a qu’à » et les « il suffirait de », chacun s’invente ses solutions dont la majeure partie du prix à payer concerne toujours les autres. Belles fuites en avant pour surtout ne pas se mettre en question soi-même.

Qu’en est-il de la température de nos cœurs ?

36, 7 ? Normale, quoi.

Oui, normale. Pour que notre corps vive « normalement »

Mais quand tout devient profondément « anormal », quand deux milliards d’êtres humains n’ont plus rien à se mettre sous la dent, quand des millions de frères et de sœurs en humanité sont contraints à fuir leur terre natale pour chercher un improbable ailleurs, la température normale ne suffit plus. Nos cœurs devraient être bouillonnants pour les autres.

Il en va de leur vie. Il en va aussi de la nôtre. Car les vannes de la peur et de la haine, une fois ouvertes et elles le sont, accélèrent toujours plus la course à l’imbécillité et à l’envie de meurtre. Parmi les malades qui gouvernent les peuples il en est plus d’un que l’envie d’appuyer sur le bouton rouge démange. Et les « cavaliers fous » de la vengeance et de l’extermination des « impies » sont déjà à l’œuvre. La force est requise pour les contenir voire les refouler. Mais sans l’ouverture chaleureuse de nos cœurs, de nos cœurs à tous, pour les autres, tous les autres, nous sommes déjà condamnés à laisser mourir notre si belle humanité.

Bernard Rodenstein