Foi et morale

Pour introduire ma réflexion, je me baserai sur un extrait d’une lettre pastorale de Gérard Daucourt, évêque de Nanterre. Il dit « Comme évêque, je me demande parfois si certains catholiques ne sont pas des « athées pieux », c’est-à-dire qu’ils défendent des « valeurs ». Ils s’engagent généreusement dans des combats pour lesquels ils font référence à la morale chrétienne. Ils participent à des rites chrétiens. Mais la question demeure : croient-ils que le Christ est vivant, qu’il nous aime, qu’il nous sauve, qu’il nous attend pour une vie éternelle ? Entretiennent-ils une relation avec le Christ ? C’est en tout cela que consiste la spécificité de la foi chrétienne et non pas dans la défense de « valeurs » ou dans la générosité ou dans une morale, toutes réalités que vivent aussi des non chrétiens. » Et il ajoute sur un ton provocateur : «  On m’a parlé d’une baptisée qui se prostitue. Elle commet des péchés. Mais elle prie en disant : « Jésus, prends pitié de moi » Elle croit et espère en Jésus. Elle reconnaît qu’elle a besoin de Lui et veut changer de vie. Elle donne au christianisme son vrai visage : Dieu se révèle à tous ceux qui se tournent vers Lui et Il aime tout être humain. » Voilà la démarche d’une croyante qui a la foi. Il faut en convenir : la foi en Dieu n’est pas en soi nécessaire pour marcher honnêtement au milieu du monde, le but de la foi n’est donc pas de faire la morale à notre vie mais de pousser l’amour à rejoindre les sommets ou à descendre en des abîmes insoupçonnés à l’exemple du Christ qui, à force de trop aimer, se laissera suspendre sur une croix.

Cela signifierait-il qu’il suffit de croire et qu’on peut se comporter n’importe comment ? Ma manière de me comporter est un révélateur de ma façon de croire. On a souvent abusé de la sentence de St Augustin « Aime et fais ce que tu veux ! » pour justifier tous les laxismes. En fait il voulait dire « Aie au fond du cœur la racine de l’amour : de cette racine il ne peut rien sortir que de bon. » La foi est première, la morale est seconde, mais pas secondaire. Cependant la morale évangélique n’est ni celle de la norme, ni celle de la règle. Elle est celle du toujours plus. L’Évangile est moral au sens où Jésus entraîne ceux qui le suivent et qui l’écoutent à chercher ce qui est bien. Le récit le plus exemplaire est sans doute celui du bon Samaritain que Jésus raconte en réponse à la question « qui est mon prochain ». Pour répondre, nulle règle écrite, mais une situation, devant laquelle il faut prendre une décision. Chaque homme, chaque femme est mis devant ses responsabilités. Point de réponse préfabriquée, pas de fiche pré-écrite. Le bien se cherche et appelle à d’autres biens. Il n’est qu’à lire le Discours sur la montagne. Mais ce ne sont pas nos œuvres qui nous sauvent. Abandonnons cette vision infantile d’un Dieu gendarme qui tient une balance et regarde si c’est le fléau de nos bonnes actions ou celui de nos mauvaises actions qui va l’emporter. Ne nous laissons pas gagner par un comportement piétiste qui parfois nous enferme dans une culpabilité morbide au lieu de nous sentir libéré et grandi par celui qui nous aime d’un amour inconditionnel.

Constitution Gaudium et Spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps

C’est le 7 décembre 1965, veille de sa clôture, que fut promulgué l’un des textes les plus marquants du Concile Vatican II : la constitution pastorale Gaudium et Spes intitulée « l’Église dans le monde de ce temps ». Il s’agissait de porter le regard sur les réalités multiples dans lesquelles vivent les hommes d’aujourd’hui. Cette constitution est sans doute celle qui démontre le mieux un vrai changement dans la relation de l’Eglise au monde. Vatican II abandonne l’image d’une Eglise assiégée par un monde hostile pour la présenter comme une Eglise qui entre en dialogue avec le monde parce qu’elle partage l’amour que Dieu a pour les hommes de ce temps. Cela vaut le coup de citer le premier paragraphe dans son ensemble car à lui seul, il résume le nouvel état d’esprit de l’Eglise envers le monde.

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de  tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du  Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet,  s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le  Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des  chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire »

Cette Constitution est organisée comme suit :

Première partie – L’Église et la vocation humaine

Chapitre I – La dignité de la personne humaine

Chapitre II – La communauté humaine

Chapitre III – L’activité humaine dans l’univers

Chapitre IV – Le rôle de l’Église dans le monde de ce temps

Deuxième partie – De quelques problèmes plus urgents

Chapitre I – Dignité du mariage et de la famille

Chapitre II – L’essor de la culture

Chapitre III – La vie économico-sociale

Chapitre IV – La vie de la communauté politique

Chapitre V – La sauvegarde de la paix et la construction de la communauté des Nations

Avec joie et résolution, l’Église entend ainsi tourner son regard et son cœur vers toute femme et tout homme que le Christ nous appelle à reconnaître comme sœurs et frères. Les premières sessions du Concile furent surtout consacrées à des questions internes concernant la liturgie, l’expression de la foi, la Révélation. Mais très vite est apparue la nécessité de faire entrer le monde dans l’enceinte du Concile Tel fut le défi que l’on nomma « ouverture au monde » et qui permit à l’Église de prendre le temps de l’écoute avant d’adresser une parole sereine et audacieuse. Paul VI traduira ce défi par ce propos célèbre : « L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Église se fait parole, l’Église se fait message, l’Église se fait conversation »

À la différence des autres textes du Concile, Gaudium et Spes n’est pas le fruit d’un schéma préparatoire. Il est le résultat du travail des pères durant les 4 sessions. Plusieurs versions seront proposées à l’assemblée des évêques qui les remanieront jusqu’à la fin du Concile, preuve du soin accordé aux délicates questions ainsi traitées. En cette période de crispation identitaire, ce document reste plus que jamais d’actualité.

Rappel : La constitution  Dei Verbum et la constitution Lumen Gentium

Foi et religion, antinomiques ou complémentaires?

Pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité dans notre réflexion, définissons d’abord clairement ce que nous entendons ici par foi et par religion.

Le fait de croire ou de dire que l’on a la foi n’identifie pas nécessairement les chrétiens. Le premier mouvement de la foi est celui de la conversion. Il consiste à se tourner vers Dieu, à lui accorder sa confiance. La foi se fait réponse vécue et toujours actuelle à l’appel de Dieu. Cette réponse proclame des paroles d’espérance, pose des actes, rend membre de la communauté des croyants.

Le mot « religion » peut être pris au sens objectif du terme : il désigne alors l’ensemble de textes, de rites, d’organisations sociales et de coutumes par lesquels la relation de l’homme avec Dieu se donne présence, célébration et rayonnement dans la vie, la société et l’histoire. En ce sens objectif, la foi implique la religion. Au sens subjectif, « religion » désigne la relation concrète que l’homme vit avec son Dieu, le visage qu’il lui attribue, quels que soient les rites et les textes qu’il utilise. Au niveau subjectif, personnel, concret, on peut affirmer qu’il y a une rupture radicale entre deux attitudes devant Dieu, deux manières de percevoir Dieu, dans quelque religion (objective) que ce soit.

Pour la suite, nous comparons foi et religion subjective. Dans cette attitude religieuse, l’homme veut se faire valoir devant Dieu. La religion devient ainsi une initiative, une action de l’homme sur Dieu en vue de provoquer une réaction de Dieu, si possible favorable et utile à l’homme. Et parce que l’homme est faible et que le Puissant est exigeant, voilà que s’accumule le péché, cette action de l’homme qui provoque la réaction menaçante de Dieu. Avec le péché monte aussi la peur et l’angoissante tentative, jamais achevée, de payer pour le passé, de gonfler la valeur des sacrifices, pour pouvoir un jour, peut-être, satisfaire aux exigences du Puissant

Mais dans l’attitude de foi, c’est Dieu qui fait valoir l’homme. Ce que Dieu attend de l’homme c’est qu’il accueille, qu’il ne cesse jamais d’accueillir de « reconnaître » et pour cela qu’il « se rappelle » sans cesse cette relation nouvelle, différente. C’est Dieu qui agit le premier l’homme, lui réagit, accueille et reconnaît. Ce n’est plus l’homme qui se fait valoir devant Dieu. C’est Dieu qui fait valoir l’homme, sans aucune considération pour le passé, le mérite ou le démérite de l’homme. C’est lui qui nous aime en premier, sans condition, tels que nous sommes et il n’est nul besoin de vouloir l’amadouer pour qu’il daigne enfin nous écouter et nous accorder ses faveurs.

Rappel d’un premier article que j’avais publié sur ce thème qui présente un extrait du livre de François Varone « Ce Dieu absent qui fait problème »

A Noël, quel cadeau offrir?

En prenant comme précaution en tant que nanti de donner une aide matérielle à ceux qui sont dans la nécessité, il est néanmoins plus important d’apprendre à pêcher que de donner du poisson et de donner plutôt ce que l’on est que ce que l’on a. Ce n’est pas nécessairement le cadeau matériel le plus cher qui est le plus apprécié, mais la disponibilité, le service, la relation, l’écoute, l’accueil, la fraternité, le souci de reconnaître l’autre dans sa dignité, malgré parfois ses faiblesses, de lui faire comprendre qu’il a aussi une richesse à nous donner, bref de lui faire savoir qu’il est aimé. L’homme a presqu’encore plus besoin de solidarité relationnelle que de solidarité matérielle, à condition qu’il dispose d’un minimum vital pour sa subsistance. Pensons à l’accueil de l’étranger, la réinsertion des prisonniers dans la société, la lutte contre l’exclusion, contre la solitude. Solidarité matérielle, solidarité relationnelle, mais aussi solidarité spirituelle. Bref, pensons à fêter Noël autrement.

Lumen Gentium, Constitution dogmatique sur l’Église

Voici un article, dont une partie s’inspire de Vatican2milledouze que j’ai écrit pour le SarrEglise.com, journal des communautés de paroisses St Pierre et Paul de Sarreguemines, pour le mois de novembre

La Constitution sur l’Église est promulguée fin 1964, à l’issue de la troisième session du Concile. Le texte issu des travaux préparatoires ayant été totalement repoussé, la Commission doctrinale a composé un nouveau texte.

Il est composé de 8 chapitres comprenant 69 paragraphes.

1- le mystère de l’Église

2- le peuple de Dieu

3- la constitution hiérarchique de l’Église et spécialement l’épiscopat

4- les laïcs

5- l’appel universel à la sainteté dans l’Église

6- les religieux

7- le caractère eschatologique de l’Église en marche et son union avec l’Église du ciel.

8- la Bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Église.

 Cette Constitution rompt avec une vision institutionnelle et juridique et s’applique à aborder l’Église dans la perspective de sa mission. L’Église y est décrite dès les premières lignes du premier chapitre comme « sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ». Dans ce même chapitre, le paragraphe 6 explore les diverses images bibliques qui s’appliquent à l’Église : bercail, terrain de culture, construction de Dieu, temple saint, Jérusalem d’en-haut, fiancée ou épouse du Christ, avant de s’arrêter longuement sur l’image du Corps dont le Christ est la tête.

Le deuxième chapitre, intitulé « le peuple de Dieu » est de forte inspiration biblique. C’est dans ce chapitre qu’est remis en lumière le sacerdoce des baptisés. Le peuple de Dieu est un peuple sacerdotal (un peuple de prêtres), peuple conduit par des ministres, qui « dans le rôle du Christ, offre le sacrifice au nom du peuple tout entier ». Il est à remarquer que, contrairement à ce qui était prévu au départ, on parle d’abord de l’Eglise, peuple de Dieu, avant de parler de l’Eglise hiérarchique. Tous les membres de l’Eglise font partie de ce peuple, et ce qui les caractérise en premier, c’est le baptême, par lequel ils en sont devenus membres, et ceci est plus important que les fonctions qu’ils y occupent. Il s’agit donc d’une vision radicalement différente de l’Eglise pyramidale, du moins en théorie, car la hiérarchie continue à y jouer un rôle prépondérant et tout en y décelant quelques fonctionnements démocratiques, l’Eglise n’est de loin pas une démocratie et sa volonté n’est de loin pas de vouloir l’être.

Cependant, même si ces deux premiers chapitres sonnent dans le choix des termes et des tournures de façon très neuve, c’est le troisième chapitre qui a donné lieu aux débats les plus acharnés. Il s’agissait d’achever le travail entamé par le concile de Vatican I. Ce concile avait principalement traité du pape et de son autorité, de sa juridiction, de son infaillibilité mais n’avait rien dit des évêques. Il y avait un équilibre à retrouver. L’épiscopat est-il un sacrement, en quoi les évêques sont-ils les successeurs et héritiers des apôtres, y a-t-il eu un collège des Apôtres, y a-t-il un collège des évêques ? Quelle est la situation de Pierre au milieu des Douze, du pape au milieu des évêques ? Toutes ces questions rassemblées sous le nom de « collégialité épiscopale » sont traitées dans les paragraphes 18 à 27. Concrètement, sous la pression de la Curie, une note explicative préliminaire faite par le secrétaire général du Concile a été ajoutée pour préciser que la collégialité ne pouvait être comprise qu’en communion hiérarchique, donc que « le collège est aussi sujet du pouvoir suprême et plénier dans l’Eglise universelle ». Ceci eut pour conséquence que cette collégialité n’a jamais vraiment fonctionné, notamment dans les synodes où c’est le pape qui les convoque, en fixe l’ordre du jour et en fait le rapport final.

Le quatrième chapitre est consacré aux laïcs qui, de par leur baptême sont prêtres, prophètes et rois et ont ainsi un rôle actif à jouer dans l’Eglise. On peut néanmoins regretter qu’ils n’aient été définis que par la négative, comme étant ceux qui ne sont pas des clercs et que leur rôle se cantonne essentiellement à être actifs dans le monde, en étant des auxiliaires des clercs.

Le dernier chapitre sur la Vierge Marie a été lui aussi très disputé, il s’agissait principalement de savoir s’il fallait traiter de Marie dans un texte à part ou l’inclure dans le chapitre sur l’Église. C’est ce dernier choix qui finalement a été retenu. Mais ce choix est important pour signifier la vraie place qu’occupe Marie dans l’Eglise. Il est précisé « qu’aucune créature ne peut jamais être mise sur le même pied que le Verbe incarné et rédempteur ». En d’autres termes, bien que Marie ait une place tout à fait particulière dans la communion des saints, il n’est pas possible de développer une théologie sur Marie qui ne soit subordonnée à une théologie sur le Christ.

Sur beaucoup de points de cette importante Constitution sur l’Eglise, un gros travail de réception reste à faire pour que toutes les intuitions se traduisent dans la réalité, en étant en plus conscient que ce texte date d’il y a près de 50 ans et que depuis, pas mal d’évolutions se sont produites, tant dans le monde que dans l’Eglise

Les Réseaux du Parvis, vous connaissez ?

Un réseau est un ensemble d’associations, qui tout en gardant chacune son identité, travaillent ensemble en se fixant des objectifs communs. Le Parvis dont il est question est celui de l’Eglise. C’est le lieu par lequel il faut passer quand on rentre dans l’Eglise ou qu’on en sort. C’est un lieu, extérieur au bâtiment de l’église, à partir du quel on peut regarder à l’intérieur de l’église, sans nécessairement y aller. Mais c’est aussi le lieu que l’on voit de l’intérieur de l’église quand on ouvre une fenêtre pour voir ce qui se passe au dehors. Mais pour être plus précis, donnons la parole à Cécile Entremont, ancienne présidente des Réseaux du Parvis. Cliquez ici

Elle parle de 50 associations. Pour voir leur liste cliquez ici Si vous voulez avoir plus de renseignements sur une association précise, il suffit de cliquer sur son intitulé

Les Réseaux éditent une revue intitulée « PARVIS »

Un numéro a été consacré au CCFD, avec, en particulier une interview de Guy Aurenche. « Humaniser le monde avec et par delà la religion » Cliquez ici  (si le texte est trop petit, vous pouvez l’agrandir en appuyant sur la touche Control et en faisant tourner la molette de votre souris)

Un autre numéro a parlé du thème de la subversion évangélique avec une interview d’Olivier Abel « L’Évangile au rythme des hommes La Parole demeure, les Églises passent ». Cliquez ici

Un numéro a aussi été consacré au problème du nucléaire, avec une interview de Jean Claude Guillebaud « Face au nucléaire, quel monde voulons-nous ? » Cliquez ici

Le prochain numéro traitera du thème « Croire aujourd’hui » Pour lire sa présentation détaillée cliquez ici

Il est possible de s’abonner à la revue en cliquant ici ou ici

Si vous voulez lire d’autres textes édités par les Réseaux du Parvis, cliquez ici

Si vous voulez consulter d’autres numéros, cliquez ici

Georges Heichelbech, coordinateur de Croyants en Liberté Moselle, membre des Réseaux du Parvis et en même temps trésorier des Réseaux du Parvis

L’Eglise catholique et la sexualité

Une conséquence indirecte de la prière du 15 août qui faisait allusion au mariage homosexuel est le fait de revenir à la façon dont l’Eglise catholique perçoit le problème de la sexualité. Et les échanges sur blogs, facebook et Twitter vont bon train. René Poujol, ancien rédacteur en chef du Pèlerin écrivit un premier article « La sexualité Et Dieu vit que cela était bon »  pour dire que le langage actuel de l’Eglise n’était plus écouté par grand monde, avec la phrase choc « Avoir conduit des générations à se détourner de Dieu pour des questions de braguette… là est le véritable scandale. ». Beaucoup de réactions. En particulier celle de Nathalia Trouiller, « Sexe, et si l’Eglise avait tout compris », qui est un merveilleux témoignage montrant le bien fondé de la position de l’Eglise (catholique) sur la sexualité qu’elle vit d’une façon tout à fait épanouie. Il n’en fallait pas plus pour que sur la page Facebook de René Poujol la discussion s’enflamme, souvent avec des positions très tranchées, en faveur ou contre l’un des deux points de vue. En analysant avec du recul certaines réactions on constate qu’il y en a encore qui sont loin de réaliser que ce type de problème peut être discuté entre chrétiens à l’intérieur de l’Eglise. Combien de fois ne lit-on pas, même si cela est exprimé autrement, qu’il n’y a pas de discussion possible. L’Eglise a donné officiellement son point de vue et en bon chrétien, ce point de vue n’est pas à remettre en cause. Certains, d’une façon un peu simpliste vont jusqu’à affirmer que si on n’adopte pas ce point de vue, on n’est pas catholique. Et d’autres, d’une façon un peu plus agressive vous disent carrément que si cela ne vous plait pas, vous n’avez qu’à quitter l’Eglise. Et cela conduit à un dialogue de sourds. Il n’y a pas très longtemps, sur un autre sujet, je me suis fait traiter d’illuminé qui sait mieux les choses que l’Eglise. Mais on ne se rend pas compte que l’on se transforme en secte de purs et de durs et que l’on se coupe de la majorité des personnes qui ne se laissent plus diriger par des oukases. Où est la liberté de conscience et le message libérateur de l’Evangile ?

René Poujol a écrit un second article pour répondre à celui de Nathalia Trouiller : « Lettre ouverte à une « fidèle » de la morale sexuelle catholique », qui poursuit la réflexion. Puis vient la réponse à la réponse de Nathalia Trouiller : http://www.nystagmus.me/article-eloge-de-la-non-communion-une-seconde-reponse-a-rene-poujol-109461722.html  Souhaitons que ces échanges fassent évoluer les mentalités et prendre conscience qu’il est possible d’affirmer son identité sans nier celle de l’autre

La prière du 15 août fait polémique

Il est toujours délicat de réagir à chaud sur un sujet qui soulève les passions et où il est difficile d’avoir une position objective. Chacun a son analyse propre mais ceci n’empêche qu’il est possible de consulter des documents divers même si on n’est pas d’accord avec tout ce qui y est dit pour essayer de comprendre le pourquoi de ces différentes réactions.

Commençons par le texte lui-même. Quoi que l’on s’en défende, cette initiative est essentiellement motivée par le fait qu’on va statuer sur le mariage homosexuel où la hiérarchie de l’Eglise catholique est contre. Elle a déjà une vision qui est au minimum très négative sur l’homosexualité, alors que ce problème existe en son sein mais qu’elle préfère l’occulter et qu’elle a décrété en 2005 qu’un homosexuel ne peut pas être ordonné prêtre. Alors comment voulez vous qu’elle puisse avoir une approche plus positive sur le mariage homosexuel. On peut lire sous les plumes de Jean Rigal ou de Patrick Royannais des analyses qui marquent un effort évident d’ouverture. Il ne s’agit pas de les écarter d’un revers de main. Elles méritent notre réflexion. N’ayons pas le complexe d’être traités de conservateurs parce qu’on n’accueille pas à bras ouverts, sans réserve, toutes les nouveautés qui sont proposées.

Tout est orchestré à partir du sommet avec les fameux « principes non négociables » de Benoît XVI de 2006 où on faisait allusion aux élections en Italie. Mais ceci a été repris en France pour les élections présidentielles et législatives. D’ailleurs un certains nombre d’évêques, en termes à peine voilés, encourageaient leurs fidèles à voter pour la droite et une étude statistique montre que 80% des catholiques pratiquants auraient voté pour Sarkozy au 2e tour des élections présidentielles  Mais le hic pour l’Eglise catholique, c’est que Sarkozy n’a pas gagné. Un récent sondage montre que 65% des français et 45 % des catholiques pratiquants sont favorables au mariage homosexuel et que la droite elle-même est divisée sur le sujet. De toute façon la loi sera votée, comme l’a été celle sur la pilule ou celle sur l’avortement. Lisons à ce sujet l’analyse de Jean Louis Schlegel

Mais revenons à la prière du 15 août et analysons le pourquoi de tant de critiques négatives. D’abord, il ne s’agit pas de botter en touche comme le fait le cardinal Barbarin ou d’autres occultant la véritable raison de cette initiative. Cela montre aussi que l’Eglise catholique ne fonctionne pas d’une façon satisfaisante. Le cardinal Vingt Trois ne peut pas imposer aux croyants ce qu’ils doivent prier, surtout que beaucoup ne sont pas d’accord avec l’objectif visé. D’ailleurs toutes les paroisses n’ont pas suivi ces consignes. Lisons l’analyse d’Anne Soupa. Mais lisons aussi la réaction de Marie-Anne Jehl, au nom de Jonas Alsace et des Réseaux du Parvis. Pour terminer (provisoirement) cette analyse, donnons la parole à Jacques Fraissignes, prêtre-ouvrier, membre de David et Jonathan.

Je complète mon texte par un nouvel article de réflexion paru sur le site de Garrigues et Sentiers La prière du 15 août, prière de combat ?

L’année de la foi et la nouvelle évangélisation

Le but de cet article est d’expliquer mes plus grandes réserves, pour ne pas dire plus, sur la façon dont est envisagé la célébration de l’année de la foi et la nouvelle évangélisation par l’Eglise catholique

Il faut partir du document  « Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à propos de l’Année de la Foi »

Une critique « soft » de ce document se trouve sur un blog du Figaro (l’auteur n’est donc pas un gauchiste)

http://blog.lefigaro.fr/religioblog/2011/10/benoit-xvi-met-le-cap.html

Avec mon sens de la diplomatie, j’en ai fait une critique un peu plus musclée

http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2012/01/10/pour-l%E2%80%99annee-de-la-foi-rome-annonce-la-couleur/

Dans cet article j’ai surtout cité des extraits du document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, laissant deviner au lecteur pourquoi j’avais choisi ces extraits. Mais dans ce nouvel article mettons  les points sur les i.

D’abord Benoît XVI veut faire passer l’idée que Vatican II ne se situe pas en rupture, mais dans la continuité de ce qu’il y avait avant Vatican II. Comme le rôle dévolu aux évêques est de jouer au perroquet du pape, cette version est devenue la version officielle de l’idéologie du parti. Et le brave peuple, dans sa grande majorité ignare des textes et de ce qui s’est passé à Vatican II, ignare aussi de la manière dont cela se passait avant Vatican II, est incapable d’avoir une opinion sur la question et a tort de s’en remettre à l’opinion de son curé, ou alors cela le laisse indifférent ou il se dit « Cause toujours, de toute façon je pense ce que je veux ». Personnellement j’ai mis les pieds dans le plat avec l’article

http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2012/05/25/je-persiste-et-je-signe-vatican-ii-se-situe-dans-la-discontinuite-et-la-rupture-par-rapport-a-ce-qui-a-precede/

Deuxième critique : on met surtout l’accent sur le piétisme, la dévotion populaire et le culte de la personnalité du pape

 Il faut favoriser les pèlerinages mariaux. Je suis désolé, mais ceci n’est de loin pas le centre de la foi

Il faut favoriser les dévotions pieuses : adoration du Saint Sacrement. Et là je constate (mais pas de visu parce que je refuse d’y participer) qu’il y a quelques années,  pour la fête Dieu, on se contentait de tourner autour de l’Eglise et maintenant on se promène dans le quartier (et une partie des participants sont scandalisés parce que les musulmans prient dans la rue)

On voudrait remettre à l’honneur la confession alors que tout le monde sait que c’est devenu un fiasco. En interdisant les célébrations avec absolution collective, on pensait que les gens allaient revenir au confessionnal. Certes, il y a une toute petite minorité, mais la plupart ne vont plus nulle part. Il y a 20 ans j’avais déjà dit cela à notre évêque.

Il y a de plus en plus tendance à passer de la foi à la religion. On voudrait à nouveau remettre plus à l’honneur le sacré qui, dans une certaine conception est plus une notion païenne qu’une notion évangélique

http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2011/01/06/foi-et-religion/

La foi n’est pas avant tout « croire à un certain nombre de vérités » Elle se situe dans la réponse de l’homme à l’initiative de Dieu. Ce qui signifie que la Bible est beaucoup plus importante que le catéchisme universel. Et pour les jeunes on y a ajouté son acolyte le Youcat

http://www.baptises.fr/?p=3817

http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2011/09/02/le-youcat-tout-nest-pas-parole-devangile/

Je ne vois pas l’intérêt de faire un pèlerinage à Rome parce que le pape y est, ni l’intérêt de lire plus particulièrement ses écrits plutôt que d’autres. Il s’agit là d’une invitation au culte de la personnalité qui n’a aucun rapport avec la foi.

 Pour terminer, je citerai un extrait de la conférence qu’Alice Gombault a faite à Sarreguemines : « Les papes, Jean-Paul II dès le début de son pontificat, relayé aujourd’hui par Benoît XVI, nous invitent à ne pas avoir peur. Mais comment accorder quelque crédit à une telle injonction ? Leur conduite de l’Eglise manifeste qu’ils ont peur. Peur du monde contemporain, relativiste, sécularisé ; peur des femmes, ( combien de textes pour les exclure des ministères ?) qui est finalement une peur de la sexualité et du plaisir (combien de normes édictées pour canaliser la sexualité au risque de propager le SIDA ?) ; peur des théologiens dont la pensée est libre (combien d’exclusions et d’interdiction d’enseigner ?) ; peur des évêques qui ne chantent pas avec le choeur (Gaillot, Morris) ; peur du scandale (d’où le silence sur les actes coupables des prêtres pédophiles jusqu’à récemment) ; peur des responsables pastoraux laïcs (s’ils font trop bien leur travail, les prêtres se sentiront inutiles) ; peur de perdre le pouvoir sacré d’où une sacralisation des actes du culte ( sans parler de la pompe des cérémonies romaines , j’évoquerai ce qui se développe à nouveau dans nos liturgies dominicales (agenouillements, saluts, communion dans la bouche…) et un encouragement aux pratiques de piété populaire (processions, culte des reliques, adoration du St Sacrement, retour des rogations….)) ».

A propos de la nouvelle évangélisation, il est possible de lire le résumé et l’analyse critique d’Antoine Sondag de l’instrumentum laboris

La Constitution dogmatique sur la Révélation divine, « Dei Verbum »

Voici un article que je propose pour le  SarrEglise.com, journal paroissial de la communauté de paroisses de Sarreguemines, pour le mois de septembre

Le Concile Vatican II a produit 16 documents dont 4 constitutions dogmatiques. L’une d’elles a pour titre Dei Verbum et traite de la Révélation divine. C’est la plus courte puisqu’elle ne comporte qu’une dizaine de pages. Elle est constituée d’un préambule et de 6 chapitres composés de 26 paragraphes

1. La Révélation elle-même

2. La transmission de la Révélation divine

3. L’inspiration de la Sainte Ecriture et son interprétation

4. L’Ancien Testament

5. Le Nouveau Testament

6. La Sainte Ecriture dans la vie de l’Eglise.

« Trois facteurs ont contribué à l’élaboration d’une Constitution sur la Révélation. Le premier relève d’une nouvelle compréhension du phénomène de la Tradition qui, pour diverses raisons, s’est peu à peu élaborée à partir du siècle dernier. Le deuxième facteur déterminant pour la rédaction de cette Constitution est lié à l’application de la méthode historico-critique en exégèse et aux répercussions théologiques de cette pratique. Le troisième facteur décisif est le plus positif : il est en rapport avec le mouvement biblique qui, depuis le début du siècle, n’a cessé de prendre de l’ampleur, suscitant dans une large portion du monde catholique une attitude nouvelle à l’égard de l’Écriture Sainte, et par là même une meilleure connaissance et un recours toujours plus résolu à ses enseignements dans les domaines de la théologie et de la piété. Le texte porte bien évidemment les traces de son élaboration difficile : il est, manifestement, le résultat de multiples compromis» Voilà ce qu’écrivait le théologien Joseph Ratzinger en 1967.

Un texte avait été préparé avant le Concile et on pensait qu’il serait entériné tel quel. Mais il a été refusé par la majorité des Pères conciliaires parce qu’il partait de l’ancien schéma des 2 sources de la Révélation, à savoir l’Ecriture et la Tradition. Cette conception a été modifiée en affirmant qu’il y a une seule source de la Révélation mais que la prédication de l’Evangile nous parvient par le double canal de l’Ecriture et de la Tradition. En remettant l’acte de la Révélation de Dieu en premier, les Pères conciliaires situent la foi dans la réponse de l’homme à l’initiative de Dieu et non dans un ensemble de « vérités à croire ». Le texte place vraiment l’Eglise « sous la Parole de Dieu »

Mais l’apport le plus spectaculaire de Dei Verbum est l’approche radicalement différente de la lecture de la Bible. On va jusqu’à affirmer, en se référant à St Jérôme, que « l’ignorance de l’Ecriture, c’est l’ignorance du Christ ». La Bible est recommandée pour la prière, qui doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Ecriture pour que s’établisse le dialogue entre Dieu et l’homme. Depuis Vatican II, elle tient une place de choix dans la liturgie, la catéchèse, la prière et les groupes bibliques. La prédication est clairement devenue une homélie portant sur les textes du lectionnaire. Ce dernier prévoit dans un cycle de 3 ans la lecture d’un maximum de textes bibliques, aussi bien de l’Ancien que du Nouveau Testament. A une catéchèse par questions/réponses succéda une catéchèse nourrie de la Bible. La prière est devenue plus biblique qu’elle ne l’était avant le Concile en mettant en particulier, mais pas uniquement, l’accent sur les Psaumes. Des instruments grand public y contribuent de façon notable, par exemple la revue « Prions en Eglise » ou la revue « Magnificat ». Les groupes bibliques se multiplient. Il suffit de penser à la lecture suivie de Marc, de Luc ou des Actes des Apôtres. Des efforts de formation sont faits pour déceler les genres littéraires des textes bibliques et éviter ainsi une lecture fondamentaliste. Ceci favorise ainsi des rencontres œcuméniques. Le magistère lui-même n’est pas au dessus de la Parole de Dieu, mais il la sert, « n’enseignant que ce qui fut transmis ». Certes sa charge est d’interpréter la Parole de Dieu, mais il n’en est pas propriétaire, pas plus que l’Eglise catholique ou toute autre Eglise.

En faisant le bilan de tous ces changements on peut dire qu’il s’agit là d’une vraie rupture avec l’approche d’avant Vatican II.