Pourquoi ce type de question ?
Il s’agit de situer la responsabilité propre de l’Église par rapport à la mission reçue du Christ d’une part et à l’égard de l’enjeu humain de la liberté d’autre part. Car abus et scandales demandent une réponse qui soit à la hauteur de l’enjeu du problème, en particulier en ce qui concerne l’esclavage et l’Inquisition, quoi qu’il en soit des faiblesses de l’histoire. Si la liberté est une révélation majeure de l’Évangile, il est parfaitement légitime d’interroger la responsabilité de l’Église en ce domaine.
Jésus, homme libre et libérateur
Il vient accomplir la libération définitive de l’humanité. Il est libre à l’égard des hommes. D’un côté, il n’éprouve pas le besoin de demander conseil à quiconque et a la réputation d’être inaccessible aux pressions. Il est également libre avec les événements qui surviennent, en particulier devant l’hostilité et les menaces de ses adversaires. Rien ne le déroutera de sa montée vers Jérusalem, alors qu’il sait parfaitement les risques qu’il va y courir. D’un côté il est totalement fidèle à la Loi qu’il ne veut pas détruire mais accomplir, de l’autre il prend à son égard des libertés considérables et se présente lui-même comme « le maître du sabbat »
L’Eglise et la liberté de conscience
Si l’on admet que la liberté est le droit que possède l’homme d’agir selon son gré et non sous la pression d’une contrainte extérieure et que la conscience se définit comme le sentiment que l’homme a de lui-même ou de son existence, la liberté de conscience pourrait alors se caractériser par la faculté laissée à chacun d’adopter librement les doctrines religieuses ou philosophiques qu’il juge bonnes, et d’agir en conséquence de ce choix. Il faut d’abord lever un premier malentendu. La liberté de conscience, en tant qu’expression personnelle et intime de la conscience morale et religieuse, n’a jamais été combattue en tant que telle à aucune époque de l’histoire. Ce qui a posé très souvent problème, en revanche, c’est la possibilité de l’expression publique de cette conscience dans une société religieuse ou politique donnée.
Le combat contre l’expression libre de la foi
Sous l’Antiquité, la liberté de religion n’a jamais été considérée comme un droit. La religion qui se confondait avec l’État s’imposait à tous les citoyens quelles que soient leurs convictions profondes. Dès que le christianisme est devenu la religion de l’État sous Théodose Ier (346-395), la liberté de religion a été vivement combattue à la fois par les empereurs et par l’Église elle-même. Toutes les propositions doctrinales ou ecclésiales hétérodoxes se sont vues accusées d’hérésie, qualifiées de schismatiques et ont été frappées d’anathème. Une institution spéciale, l’Inquisition, a notamment été créée en 1231 par le pape Grégoire IX dans le but de préserver par des moyens coercitifs le contenu de la « vraie foi ».
Que signifie la « vraie vérité » ?
Car il s’agit bien du problème de la Vérité du message divin proposé par l’Église, et c’est le salut de ses fidèles qui est en jeu. Pour les théologiens catholiques, et ce jusqu’au décret sur la liberté religieuse pris par le concile Vatican II en 1965, l’absolue indépendance de la conscience est chose à la fois absurde et impossible pour un être créé et racheté par Dieu. L’Église catholique s’est aussi longtemps présentée comme le garant absolu de l’authenticité de la foi et le moyen de passage obligé pour l’adhésion des fidèles à la Vérité révélée. Si elle n’a jamais considéré comme licite de forcer quelqu’un à croire, elle a toujours affirmé qu’une personne ayant reçu le baptême catholique ne peut s’autoriser en aucune façon, au risque d’être damnée et de compromettre le salut de ses proches, à le discuter, le contester, ou même le réfuter en sa conscience.
Être libre, c’est d’abord pouvoir choisir ce que je veux. Mais je n’exerce vraiment ma liberté que lorsque je choisis ce qui me fait vraiment exister, et qui me fait vivre selon ma vraie nature.
Georges Heichelbech