Le père Tritz aura 100 ans ce 19 septembre 2014

Le père Tritz (*) fêtera ses cent ans ce 19 septembre prochain. En 2003, il a entrepris sa  dernière tournée européenne comme grand témoin de sa fondation ERDA.  Elle a été dramatiquement interrompue le 13 octobre 2003 par une chute dans les escaliers le jour précédant son départ programmé pour l’Allemagne. Immobilisé à Sarreguemines pendant trois mois, il s’est envolé pour Manille le 14 janvier 2004.  Définitivement.  Mais plus que jamais son action est vivante et son message de paix et de fraternité essentiel.

Face à la précarité et parfois la détresse de la multitude des enfants et des familles qui survivent dans une grande précarité, nul découragement de sa part devant l’immensité de la tâche ! Malgré  de très faibles moyens au départ, il a agi.

Quand il a découvert que dans son pays d’adoption, les Philippines, sur 10 enfants scolarisés en primaire  6  faisaient défection en cours de cycle (1) alors même que la scolarité était gratuite, il a lancé son premier programme :  balik sa paaralan – retour à l’école.

En 2014, 40 ans après sa création, la fondation ERDA met en œuvre une douzaine de programmes pour venir en aide aux familles les plus vulnérables et à leurs enfants. « Malgré son grand âge le Père Tritz, continue d’inspirer notre action » nous a confié Edlyn Burgonio l’une de ses proches collaboratrices. Depuis sa création ERDA a aidé plus de 150 000 enfants à prendre pied dans la vie en tant qu’adultes instruits.

Comme une médaille, l’œuvre du père Tritz a deux faces. Mais il n’y a pas de revers. Les deux faces se complètent harmonieusement.

L’action visible, nous  la connaissons  nous la soutenons.  Pour les donateurs et les bénévoles qui soutiennent ERDA , pour chacun avec sa conviction et sa détermination propre, c’est  un bonheur  d’y participer et d’être associé à son œuvre. Son action, exemplaire par sa cohérence interne et son intelligence du terrain, constitue un modèle d’efficacité dans cette bataille sans répit contre l’analphabétisme et la misère. Elle démontre avec éclat que la volonté sans faille au service du prochain réalise l’idéal d’amour et de justice des Evangiles. Lors de son  dernier séjour en France, en septembre 2003, il a rappelé avec justesse et insistance ce propos de Don Helder Camara, autre champion de la pauvreté, : « Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres. » Le monde que nous façonnons sera plus juste, plus aimant et plus libre si nous savons donner et partager.

Mais ces mains, trop souvent encore, sont indociles, distraites, affairées ou paresseuses.  Des mains qu’il nous a appris à discipliner et à devenir aimantes. Pour son illustre aîné avec qui il a cheminé un temps en Chine, le Père Teilhard de Chardin, « Ce n’est pas d’un tête-à-tête, ni d’un corps à corps : c’est d’un cœur à cœur dont nous avons besoin. » Et le Père Tritz  le confirme par une de ces interrogations dont l’évidence de la réponse devrait nous subjuguer si nous n’étions pas aveuglés par les fastes de ce monde : « Avez-vous jamais réalisé que le Dieu de Jésus-Christ ne savait pas faire autrement qu’aimer ? »

Et c’est au cœur que frappent la parole et l’ action du fondateur d’ERDA. C’est la dimension invisible, humble mais essentielle de son œuvre.  En nous associant à celle-ci, nous acceptons d’en devenir un messager discret ou un témoin actif. Un témoin actif et engagé, pour que sa parole continue à être entendue. Elle est  invitation permanente à « aimer et agir » même si l’immensité de tâche à accomplir à l’échelle l’humanité décourage : « Je ne peux pas aider le monde entier mais aider au maximum. Alors tant que je peux me dire : aujourd’hui j’ai tout de même pu aider quelqu’un, il n’y a pas de raison de se décourager.  » (2)

Le message d’amour qu’il  nous confie  atteint pleinement son objectif  quand il ouvre à la compassion et transforme notre regard sur cette réalité trop souvent ignorée qu’est la misère et le sous-développement, ses causes et ses effets destructeurs.  Pour le Père Ceyrac , (3) un autre de ses amis jésuite qui  a consacré  sa vie au service des pauvres en Inde,  il y a, à la base de toute démarche fraternelle, la compassion. Elle provoque en chacun  un changement dans la hiérarchie de ses valeurs. Fraternité et partage viendront progressivement au premier rang et modifieront à leur tour les institutions qui régissent la vie de tous les jours. C’est dans « la mise à feu » et  dans le maintien de ce processus de la compassion que réside la vertu principale de l’action d’ERDA,  de l’action  du Père Tritz comme du Père Ceyrac et de tous les champions de la pauvreté. Don Helder Camara l’a dit en un raccourci saisissant en s’adressant aux nantis de ce monde qui vivent dans les pays développés: «  Nous ne changerons pas si vous ne changez pas »

Et dans ce processus au long cours dans lequel l’individu est en interaction permanente avec le monde, il redonne toute sa puissance à la religion, à l’acte  qui nous relie les uns aux autres : manifester  notre  compassion,  être  généreux, devenir proche des exclus, aimer nos prochains. Comme l’a dit Krisnamurti : «  L’homme religieux ne cherche pas Dieu. L’homme religieux se sent concerné par la transformation de la société, c’est-à-dire de lui-même. »

Camille Gubelmann, président d’ERDA Centre Europe

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(*) En cliquant sur « Le père Tritz » on aboutit à une émission de TV Mirabelle qui présente le père Tritz

(1) cl : « Les anti-trottoirs de Manille  » – Chap. II, page 102

(2) in « Père Tritz, l’espoir à Manille » page 41 aux éditions Brepols

(3) Le PèreCeyrac SJ est né en 1914 comme le Père Tritz SJ. Il est décédé en 2012

A propos du document préparatoire pour le synode sur la famille

Prenons d’abord connaissance du document lui-même. J’ai choisi une version qui permet d’y naviguer à partir d’une table des matières

Quelques commentaires

Le journal La Croix

L’hebdomadaire La Vie

La Conférence des baptisés de France

René Poujol, ancien rédacteur en chef du Pèlerin

François Vercelletto, responsable de la rubrique Religions dans Ouest-France

Document 1   Document 2

NSAE, nous sommes aussi l’Eglise

Document 1   Document 2

Les dix stratégies de manipulation de masses

Un cours largement enseigné à l’ENA et dont les anciens
élèves tirent le plus grand profit.

Le philosophe nord-américain Noam Chomsky, activiste et penseur politique, professeur de linguistique au Massachusetts Institute of Technology où il a enseigné toute sa carrière, a fondé la linguistique générative. Il s’est fait connaître du grand public, à la fois dans son pays et à l’étranger, par son parcours d’intellectuel engagé. Il a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les médias. Elle détaille l’éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu’à maintenir le public dans l’ignorance et la médiocrité.

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de I »économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

(Le foot, les jeux olympiques, Johnny, etc) [« Panem et circenses » « Donnez leur du pain et des jeux ! »].

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté.

(Ou encore créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.).

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

(Baisse des retraites et allongement de la durée du travail).

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité.

Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

(L’augmentation importante de la pression fiscale ne s’est pas faite avant les élections de 2012).

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

(Les français sont trop gros, trop gros, trop gros. Les boissons sucrées sont surtaxées : nous les paierons plus cher).

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements

(La terre se réchauffe dangereusement du fait des seules activités humaines (sic), ce sera terrible pour nos enfants : les carburants sont encore plus taxés).

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

(80 % des élèves des universités ou des grandes écoles sont issus des classes moyenne ou supérieure).

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte (Voir certaines émissions de TV particulièrement populaires).

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !

(Vous êtes au chômage par manque de formation : suivez un stage et tout ira mieux).

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes.

Grâce à la biologie, la neurobiologie et la psychologie appliquée, le y système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement.

Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

(Pourquoi croyez-vous que les grands politiques utilisent et payent largement des instituts importants des sciences humaines ou des grandes sociétés de publicité ce qui revient au même).

Peu importe la couleur politique,
voilà comment nos chers dirigeants nous manipulent !

 

REGARD CHRETIEN SUR LA BANALISATION DE L’EXTRÊME DROITE

Karl Barth le grand théologien disait que le pasteur devait tenir la Bible dans une main et le journal dans l’autre. L’actualité mérite relecture puisque l’Esprit- Saint est à l’œuvre dans le monde et déborde largement les murs de nos églises.

Les élections européennes

Revenons sur les élections européennes qui ont révélé l’ampleur de la vague « Bleu marine » dans notre pays et suscité de multiples commentaires dont la banalisation du vote F.N. et l’ampleur de l’abstention. Les politologues ont souligné plusieurs causes à ce phénomène : la confusion politique née d’alternances décevantes, l’angoisse induite par le chômage, la précarité, la peur de la concurrence mondiale, tensions qui nourrissent des réflexes de rejet de l’autre, l’étranger en particulier, et de repli sur soi. Cette analyse invite à éviter de stigmatiser sans nuance tous ceux et celles qui ont donné leur voix à l’extrême droite et qui ne sont pas forcément prêts à confier le pays à cette force politique. Reste que les idées propagées par ce courant se banalisent désormais et se propagent dans les villes, les villages, les lycées, les ateliers, les quartiers et occupent de plus en plus les conversations.

Le vote des catholiques pratiquants

Le journal « La croix » a révélé que 21% des catholiques « pratiquants » ont voté pour l’extrême droite, un pourcentage inférieur à celui de l’ensemble des électeurs, mais qui n’est pas sans poser de questions.

La première concerne la manque d’esprit critique et de culture politique par rapport aux idées que la propagande de l’extrême droite véhicule. On lira à ce sujet un petit ouvrage remarquable de Pierre-Yves Bulteau, « En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite », édité par les Éditions de l’atelier, avec le soutien d’un certain nombre d’organismes dont la Ligue des droits de l’homme et la J.O.C. Ce livre entend rétablir la vérité en analysant plus de 70 de ces idées reçues et les réfute une à une à partir de données solides.

La seconde question, qui nous concerne plus directement a trait au message évangélique, à l’enseignement social de l’Église et à l’action pastorale en général. Le cadre de cet article ne permettant pas de longs développements au sujet de ces trois domaines on se contentera donc d’ouvrir quelques pistes de réflexion.

L’Évangile en question

L’Évangile proclame, contre toute discrimination et repli nationaliste, une ouverture universelle en accordant la priorité à l’accueil des exclus, pauvres, malades et étrangers, tous enfants d’un même Père, message bien relayé et explicité par Paul aux Galates, 3,28 : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ ». Ce message, hélas, passe difficilement dans les communautés chrétiennes. L’hebdomadaire La Vie du 7 juin 2007, suite à un sondage IFOP, (« Les valeurs qui fâchent ») soulignait il y a quelques années que 63% des catholiques pratiquants pensaient qu’il y avait en France trop d’étrangers, contre 40% des gens sans religion !

L’enseignement social de l’Eglise

L’enseignement social de l’Église est à ce sujet sans équivoque. Pour ne s’en tenir simplement à ce que nous rappelle le pape François, dans son exhortation apostolique, La Joie de l’Évangile, citons quelques-unes de ses paroles :

« Les migrants me posent un défi particulier parce que je suis le Pasteur d’une Église sans frontières qui se sent mère de tous. Par conséquent, j’exhorte les pays  à  une  généreuse  ouverture,  qui,  au  lieu  de  craindre  la  destruction  de l’identité locale, soit capable de créer de nouvelles synthèses culturelles ».

« Nous chrétiens, nous devrions accueillir avec affection et respect les immigrés de l’Islam qui arrivent dans nos pays (…) Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence.»

Nos choix pastoraux

Il revient à la pastorale d’aider les chrétiens à mettre leurs options politiques en cohérence avec leur foi. De ce point de vue, l’abstention et les choix électoraux des catholiques pratiquants souligne les carences de notre enseignement et de notre témoignage dans la société. Ce qui ne manque pas d’inquiéter l’évêque de Rome :  « Même  si  on  note  une  plus  grande  participation  de  beaucoup  aux ministères laïcs, cet engagement ne se reflète pas dans la pénétration des valeurs chrétiennes dans le monde social, politique et économique. Il se limite bien des fois à des tâches internes à l’Église sans un réel engagement pour la mise en œuvre de l’Évangile en vue de la transformation de la société ». Et de rappeler, après Pie XI, que « la politique tant dénigrée est une vocation noble, une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun ». Le respect de l’autonomie du temporel fait que ni le pape ni l’Église ne possèdent la  clé  des  solutions  économiques,  sociales  et  politiques  pour  transformer  la société. Il revient donc à chacun, selon ses connaissances, sa liberté, sa responsabilité de citoyen et sa conscience, de choisir les moyens qui lui semblent les meilleurs pour améliorer la société. Le seul critère déterminant pour le chrétien est de savoir si les moyens et les finalités préconisées sont susceptibles ou non de faire grandir l’humanité. A la lumière de ces exigences nous avons à nous demander si nos initiatives pastorales et celles des associations et mouvements qui se réfèrent au Christ se préoccupent des gens engagés dans la société : hommes politiques, syndicalistes, agents sociaux, pour leur offrir des lieux de parole, de relecture de leur action et de ressourcement spirituel. Comment la situation sociale et les événements politiques nous interpellent et nous invitent-ils à former et informer largement les gens, en particulier les jeunes et tous ceux qui sont directement concernés? Le seul mouvement de jeunes qui, sauf erreur, a mis en œuvre dans notre diocèse ce type d’initiative c’est la Jeunesse Ouvrière Chrétienne  qui  a  organisé  des  rencontres-débats  en  invitant  des  hommes politiques de différentes tendances à l’occasion des élections municipales et européennes. N’oublions pas non plus, Dieu merci, les mouvements qui pratiquent la révision de vie ou la relecture et qui se soucient de mettre les événements à l’ordre du jour de leurs rencontres. Il serait également souhaitable que nos eucharisties  et  nos  prières  ne  soient  pas  décontextualisées  par  rapport  à l’actualité, aux situations et aux événements sociaux. Bien sûr, les prières universelles  y  font  souvent  allusion ;  c’est  heureux,  à  conditions  de  ne  pas demander à Dieu d’agir à notre place. L’apôtre Paul nous parle peu de la Cène sinon pour évoquer ce qu’il a reçu de la tradition (1Co11,23-30) mais il s’est élevé violemment contre les inégalités qui reproduisaient, à autour du repas eucharistique les rapports sociaux du monde païens. Les uns ont faim alors que d’autres s’empiffrent ! « On doit s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et   boire   à   cette   coupe ».   Même   souci   chez   Jacques   qui   critiquait   les discriminations sociales qui régnaient jusque dans les assemblées chez les premiers chrétiens.

Conclusion

Dans la situation présente nous sommes tentés de pleurer un passé révolu où les catholiques étaient majoritaires dans la société et où les Eglises avaient pignon sur rue. A nous de lire aujourd’hui, à la lumière de l’Évangile, les « signes des temps ». Ils nous invitent à sortir pour rejoindre un nouveau monde à évangéliser. Avant même notre parole c’est notre témoignage et l’écoute de l’autre, qui à l’exemple de Jésus incarné, peuvent porter la Bonne nouvelle au cœur du monde, un monde tenté par le repli sur soi, l’idolâtrie de l’argent,  les murs, les barrières et les discriminations.

Paul Maire

Pacem in Terris

Il y a 50 ans, le 11 avril 1963, le pape Jean XXIII publiait l’encyclique Pacem in Terris. Rappelons qu’au cours du mois d’octobre 1962 la crise des missiles de Cuba avait conduit le monde au bord d’un troisième conflit mondial. La publication de cette encyclique, six mois après l’ouverture du Concile Vatican II marqua un tournant décisif dans la pensée de l’Église catholique sur la paix, et plus généralement sur les questions sociales. En effet, la réflexion traditionnelle de l’Église, et ce dès les premiers temps, a toujours été axée plus sur la question de la légitimité de la guerre que sur celle de la construction de la paix. Avec l’encyclique “Pacem in terris”, Jean XXIII va innover. Il n’est quasiment plus question de la guerre, mais de « la Paix entre toutes les nations ». La paix est bien plus que l’absence de guerre, et ce message ne s’adresse pas seulement aux fidèles catholiques, mais à tous les hommes de bonne volonté.  Il insiste sur trois thèmes principaux : la dignité de la personne humaine, la relation entre la personne et la société démocratique, et enfin, ce thème qui sous-tend toute l’encyclique et qui est présent dès le titre, à savoir la paix fondée sur la Vérité, la Justice, la Charité et la Liberté.

La première section de l’encyclique établit les relations entre individus, soulignant les problèmes des droits de l’Homme et des devoirs moraux. La deuxième section développe le lien entre l’individu et l’État, reposant sur l’autorité collective du dernier. La troisième établit le besoin d’égalité entre les nations et le besoin pour l’État d’être sujet aux mêmes droits et devoirs qui s’appliquent à l’individu. La dernière présente le besoin de plus grandes relations entre les nations, résultant en un ensemble d’États assistant d’autres États.

Non seulement Jean XXIII explicite les rapports entre les personnes, entre les sociétés, énonce les droits et les devoirs, mais encore il donne la règle qui doit régir tout cela, les quatre piliers de la paix : Vérité, Justice, Charité, Liberté. Il revient très souvent sur ces quatre éléments, et ils sont toujours présents ensemble. En résumé, construire la paix entre les hommes et les peuples implique : « la Vérité comme fondement des relations, la Justice comme règle, la Charité comme moteur et la Liberté comme climat. » Les quatre tiennent ensemble. Une autre façon de présenter l’articulation entre ces quatre principes est la suivante : pas de paix sans Justice, pas de Justice sans Vérité, pas de Vérité sans Charité, pas de Charité sans Liberté.

Pacem in terris est un des lieux où l’Église a rejoint les soucis de toute l’humanité, en l’occurrence un souci essentiel : celui de la paix. Elle se met en position de défenseur de chaque homme dans les grands combats du présent : indépendance du tiers monde, efforts de développement, recherche des moyens de la paix, droits de l’homme. Le pape n’hésite pas à citer la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’Onu et appelle de ses voeux l’établissement d’une autorité universelle qui puisse garantir ces droits. Dès lors, on comprend que l’audience de cette encyclique ait été considérable. Sa hauteur de vue, son ouverture à tous les hommes en a fait un texte qui a largement dépassé la communauté catholique. Sa langue simple et moderne, son ton confiant en l’avenir mais exigeant pour tous, rencontraient l’attente de beaucoup en cette étape importante vers la fin de guerre froide. Ce fut certainement, l’encyclique qui connut le plus grand retentissement et la plus grande diffusion. Cinquante ans après, elle reste toujours une boussole pour réfléchir sur les conflits qui gangrènent tant notre monde

Contre une Europe libérale – Pour une Europe sociale

Par Equipe de Chrétiens en Classe Ouvrière (ECCO Caen)

Même si l’Europe actuelle ne correspond pas à l’attente des peuples qui ont pu s’exprimer (referendum de mai 2005 sur la constitution européenne), il est impensable d’envisager de se replier dans nos frontières. Dans quelques semaines nous allons voter pour élire des députés au Parlement européen pour 5 ans. C’est le résultat des élections européennes qui déterminera les choix des chefs d’Etat et de gouvernement pour proposer au parlement européen un candidat à la présidence de la commission européenne. Le candidat devra ensuite être approuvé par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent (soit 376 députés sur 751). En conséquence plus le taux de participation sera important, plus le rôle du Parlement sera important dans la politique européenne, en particulier, pour définir les directives.

Rappelons quelles sont ces institutions, définies par des traités :

• Le Conseil Européen, constitué de tous les chefs d’états et de gouvernement

• La Commission Européenne dont les membres sont proposés par les gouvernements et approuvés par le Parlement. Elle est à la source des lois et en contrôle le respect par les Etats.

• Autres importantes commissions, au pouvoir indépendant des Etats : la Banque Centrale Européenne (BCE), la Cour de Justice de l’Union Européenne…

• Le Conseil de l’Union Européenne, constitué des ministres compétents des différents Etats, amende et vote les lois européennes.

• Le Parlement Européen amende et vote les lois européennes, sauf  dans les domaines où le conseil décide à l’unanimité.

A ces institutions s’est ajoutée la Troïka constituée de représentants de la Commission Européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds  monétaire international (le FMI).

La politique de l’Union Européenne est décidée par des institutions qui n’ont pas de fonctionnement démocratique, sauf le Parlement avec un pouvoir bien trop limité. Elle régit tous les aspects de la vie des citoyens européens, c’est dire son importance ! Le « lobbying » des entreprises multinationales auprès de la Commission européenne est souvent déterminant pour orienter les décisions à leur avantage ! Le 12 mars 2014, par exemple, il a été décidé que les activités d’exploration et d’extraction des hydrocarbures de schiste seront exemptées d’études d’impact environnemental sous la pression du lobby pétrolier, avec les conséquences que l’on peut imaginer !

Ce que beaucoup d’européens critiquent, ce n’est pas le projet d’une union européenne, mais son orientation libérale qui fait oublier les principes généreux de ses promoteurs ! Alors que les politiques devraient favoriser l’harmonie entre les membres de l’Europe, elle les met au contraire en concurrence.

La politique actuelle est guidée par la rigueur budgétaire et par la mise en place d’un libéralisme outrancier, en appliquant à la lettre le principe de la  « concurrence libre et non faussée » contenu dans le traité de Lisbonne. En conséquence, à terme l’objectif est la disparition des services publics. La classe ouvrière européenne (salariés, précaires, chômeurs) subit des plans d’austérité. Ceux qui sont mis en place par la troïka en Grèce, puis en Espagne et au Portugal, sont sévères et injustes. Les États membres sont engagés dans une course vers le moins disant social. Les effets de ce dumping se manifestent de plusieurs façons : le déplacement des usines vers les pays aux salaires nettement moins élevés ou présentant une fiscalité avantageuse, les détachements de main d’œuvre de ces pays vers la France en particulier. Dans chacun des états, la crise crée une opportunité pour renforcer une politique régressive des droits sociaux et exacerbe ce dumping, soutenu par le lobbying des entreprises. Les conséquences en sont un chômage très important dans de nombreux États et un niveau de vie qui diminue dangereusement pour beaucoup. En Europe, la pauvreté augmente. Et ceci est d’autant plus grave qu’aucun des problèmes fondamentaux  sous-jacents à la crise de l’Euro n’a été résolu : les crises des banques, de la dette souveraine et de  la compétitivité. Les causes de cette situation sont multiples, mais ce qui domine, c’est le manque de volonté pour  trouver, ensemble, des solutions  pour l’Europe. Chaque Etat voit d’abord ses propres intérêts : la solidarité entre les États membres baisse dangereusement ! Cette politique provoque  les salariés à s’opposer entre eux quand l’entreprise où ils travaillent les licencient pour embaucher des salariés d’un pays européen plus pauvre avec des salaires, des conditions de travail et des lois du travail bien inférieures !

C’est dans cet horizon d’austérité que les mouvements anti-européens d’extrême-droite s’engouffrent pour distiller leurs idées racistes et xénophobes. C’est ce que fait le Front National chez nous. C’est un danger mortel pour la démocratie.

Notre choix de vote est important pour imposer des harmonisations qui empêchent les concurrences sociale, fiscale, salariale actuelles.

En ce moment aussi se négocie dans le plus grand secret un accord de libre échange transatlantique UE-Etats-Unis qui donnerait la prédominance du pouvoir aux multinationales sur les Etats. Il ne doit pas voir le jour.

La lutte contre les paradis fiscaux, l’aide aux pays membres pour réaliser la transition énergétique qui devient indispensable et qui est le grand chantier actuel, l’ouverture et la coopération avec les pays de la méditerranée, etc. devraient devenir les objectifs de l’Union.

Concernant la politique migratoire, l’UE ayant une frontière commune, nous estimons que les dépenses relatives à l’accueil et l’intégration des migrants et des demandeurs d’asile devraient être réparties proportionnellement entre les États membres. Le respect des droits de l’homme exige un traitement humain des migrants à leur arrivée. Quant aux ROMS, citoyens européens, ils doivent avoir les mêmes droits que tous les autres quels que soient les Etats où ils sont.

Par manque d’information, nous avons beaucoup de difficultés à comprendre ce qui se passe dans les différents États et les prises de positions de leurs gouvernements au Conseil Européen. A cela s’ajoute le fait que les députés au Parlement Européen ne font que peu de compte-rendus de mandat. Les élus et les médias en sont responsables. Ce sont des conditions qui atténuent le sentiment d’être européen. Et cela influe sur la motivation pour participer au vote. La construction de l’Europe doit redevenir notre affaire ! Nous ne pouvons pas tolérer que dans l’UE, l’un des continents les plus riches au monde, l’inquiétude pour vivre ou survivre soit le lot de tant de gens. Pour nous, le message évangélique s’adresse à tous. Il est un appel pressant pour remettre debout les femmes et les hommes de tous âges qui sont victimes de décisions prises au niveau des institutions européennes.

Pour ces élections, notre choix sera de repousser les listes d’extrême-droite et toutes celles qui acceptent une Europe libérale ; il ira vers celles qui s’engagent pour une société nettement plus juste et une solidarité efficace aussi bien entre les citoyens européens qu’entre les Etats.

Caen, le 12 mai 2014

Equipe de Chrétiens en Classe Ouvrière (ECCO Caen) [membre de la fédération des Réseaux du Parvis)] : Bernadette Biniakounou, Michel Carabeux, Marie Thérèse Colin, Colette Fourdeux, Michel Gigand, Michel Leconte, Michel Lefort, Pierre Leduc, Jean Marie Peynard, José Reis, Claude Simon. Contact : Jean Marie Peynard

Les religions, sources de violence?

Si l’on demandait à nos contemporains quel est, dans notre monde, le principal facteur de violence, beaucoup répondraient : la religion. Nous en serions sans doute choqués, mais à y regarder de plus près, il faudrait bien leur reconnaître quelques excuses. Ils ont dans la tête à la fois l’histoire du christianisme, avec ses croisades et ses guerres de religions, et l’actualité de ces dernières années dans laquelle des chrétiens, des musulmans, des juifs ou des hindous se sont affrontés et s’affrontent aujourd’hui en bien des lieux du globe.

Souvent des hommes religieux ont construit des représentations de la divinité à travers lesquelles Dieu fait peser sa malédiction sur ses ennemis et recourt lui-même à la violence pour les punir. Et dès lors que les hommes se représentent Dieu comme un être violent qui châtie les méchants, ils auront tout loisir de justifier leur propre violence à l’encontre de leurs ennemis, en croyant que Dieu cautionne et bénit leur comportement. Ils iront même jusqu’à imaginer que Dieu leur commande le meurtre des infidèles.

Reconnaissons que, dans la Bible elle-même, la violence est présente et que certains textes de l’Ancien Testament semblent bien nous montrer un Dieu qui soutient et même ordonne des violences radicales. Ces textes ne sont pas toujours faciles à comprendre pour des chrétiens qui se veulent respectueux de toute la révélation et ils ont donné lieu à bien des interprétations. Mais tous, nous devons reconnaître qu’il y a un progrès de la révélation et que celle-ci culmine pour les chrétiens dans la personne et l’enseignement du Christ. Il est clair que le Sermon sur la montagne (Matthieu 5.7), avec l’amour de l’ennemi et la nécessaire réconciliation nous concerne plus directement que les guerres saintes que nous trouvons dans le passé. Le christianisme n’a pas toujours été à la hauteur de cet appel à la fraternité universelle que nous a lancé le Christ, des tournants qui ont permis au christianisme de traduire concrètement le lien fondamental existant dans toute religion entre respect de Dieu et respect de l’homme.

Actuellement, notamment lors de la rencontre des diverses religions à Assise, mais aussi lorsque certains croyants fanatisés tuent d’autres croyants au nom de la religion, des voies communes s’élèvent pour dénoncer ces violences. Les membres de la conférence des responsables de culte en France ont condamné avec la plus grande vigueur les attentats perpétrés à Bagdad et à Alexandrie endeuillant la communauté chrétienne. Ils ont dit que ces violences faites « au nom de Dieu » contre d’autres croyants étaient insupportables, elles ne blessaient pas seulement une religion mais l’humanité tout entière. Ils voyaient de plus en plus monter une violence dont ils récusaient l’argumentation religieuse. Ils ont ajouté que cette intolérance est déjà à l’œuvre dans notre propre société, elle se manifeste dans les dégradations de lieux de cultes et les menaces envers des croyants. En tant que responsables religieux ils ont déclaré fermement que nul ne peut se prévaloir des religions qu’ils représentent pour légitimer des violences, des ségrégations et même du mépris à l’égard d’un être humain. Ils ont encouragé les fidèles de leurs communautés à résister au repli et à la peur et sont convaincus qu’ils sauront prendre la mesure de cette responsabilité. Ils ne veulent pas que la religion soit instrumentalisée à quelque fin que ce soit. Ils désirent être artisans de paix dans notre pays et dans le monde. Hommes et femmes de bonne volonté, croyants et non-croyants, il nous faut sans cesse travailler à la réconciliation, sachant que la haine de l’autre est une maladie mortelle pour l’ensemble de la société. La fraternité est un défi que nous sommes appelés à relever, tous ensemble.

Le respect de la liberté religieuse, rarissime dans le passé, est aujourd’hui devenu assez largement partagé par les Églises chrétiennes, pour des raisons théologiques et spirituelles. On peut assez facilement constater que ce n’est pas le cas de toutes les religions et même de membres des religions chrétiennes et qu’il y a encore un long chemin à faire. Il y a toujours encore des actes inspirés par la haine et aussi par la peur, qui visent à éliminer et même à détruire d’autres êtres humains, en particulier ceux qui professent d’autres religions et que l’on juge dangereux pour sa propre religion.

Georges Heichelbech

Ajoutons l’enregistrement de la conférence que Jean Marie Muller a faite à Sarreguemines le 17 mars dans le cadre des Conférences du Centre St Nicolas, qui avait pour titre : Les enjeux politiques et spirituels de la non-violence  (cliquez ici)

Sur les unions de personnes de même sexe. Diocèse d’Angoulême

Il existe dans notre diocèse deux groupes de chrétiens concernés par l’homosexualité : un groupe de partage tous les deux mois existe déjà à Angoulême pour les personnes homosexuelles (hommes et femmes) de notre région. Et un groupe de partage destiné aux parents ayant des enfants homosexuels. Ces deux groupes de paroles font partie de l’association Devenir Un en Christ

Les prises de position de l’Église, ou du moins de certains évêques qui se sont exprimés et des fidèles qui les ont relayées au moment de la loi sur le mariage pour tous, sont souvent apparues comme violemment hostiles. Ces positions étaient-elles partagées par ceux qui sont restés silencieux?

L’Église de France n’a pas toujours eu une parole suffisamment positive et constructive, et ses paroles négatives exprimées lors du Pacs sont restées dans les mémoires. Nombre de personnes homosexuelles que nous connaissons ont été tentées de quitter l’Église à ce moment, et certaines ne reviendront pas; la blessure est trop profonde.

Ces situations restent aujourd’hui taboues, cachées, on n’en parle pas au grand jour. Une grande majorité de prêtres n’y est pas préparée, et la majorité des assemblées paroissiales (génération âgée le plus souvent) n’a pas reçu de l’Église les paroles d’accueil et d’attention nécessaires.

Un grand nombre de personnes homosexuelles croyantes et engagées dans les paroisses cachent cette dimension de leur vie, de peur au mieux de ne pas être comprises et au pire d’être exclues de leur communauté. Il faut accueillir les personnes homosexuelles comme les autres et pour cela convertir le regard de la communauté et des pasteurs. À cette fin, il faut convertir le regard de chacun et certainement donner aux responsables une formation concrète sur cette réalité. Il faut diffuser largement le travail des moralistes qui, il y a trente ans déjà, travaillaient sur ce sujet. À partir de là, nous pourrons construire un vrai projet pastoral envers les personnes homosexuelles, considérant qu’un amour entre personnes de même sexe est aussi porteur de fécondités pour les personnes concernées et leur entourage

Comme on aimerait que d’autres bulletins diocésains parlent de la même façon de l’homosexualité!

L’intervention du cardinal Kasper doit être publiée

Le manque de transparence  lors de sa préparation menace le Synode sur la famille

Communiqué de presse à Munich et à Rome, le 24 février 2014

Le mouvement populaire d’Eglise « Nous sommes Eglise » estime qu’il est d’une nécessité pressante que l’intervention du cardinal Walter Kasper devant le collège des cardinaux sur le thème de la famille soit immédiatement rendue publique  dans son intégralité. Dans le cas contraire le processus positif de préparation du synode extraordinaire des évêques sur la pastorale familiale ( en abrégé Synode de la famille) qui est prévu pour octobre 2014 serait fortement mis en danger.

Le pape François a qualifié les développements du cardinal allemand Kasper de théologie profonde et de réflexion claire dans le sens ecclésial. Voilà pourquoi il est impossible qu’il puisse y avoirdes raisons pour que cette intervention de deux heures du cardinal Kasper du 20 février 2014 devant l’assemblée des cardinaux ne soit pas diffusée aux évêques, aux théologiens et théologiennes et à l’ensemble des membres de l’Eglise à travers le monde ou qu’ils n’y ait que des extraits choisis qui soient diffusés au compte-goutte. Il ne fait pas de doute que le cardinal Kasper est maître de son texte.

Les contributions théologiques et pastorales du cardinal Kasper qui pendant dix ans exerçait de hautes responsabilités à la curie romaine, devraient être autant diffusées largement que celle du préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, l’ancien évêque de Regensbourg, le docteur Gerhard Ludwig Muller, actuellement promu cardinal. Ce dernier a encore présenté en juin 2013 dans le journal allemand Tagespost et le 22 octobre 2013 dans l’Osservatore Romano l’intégrale position traditionnelle de l’Eglise sur l’admission aux sacrements pour les divorcés remariés.

La large consultation pour la préparation du synode sur la famille que le pape François a mise en place, incluant les membres de base de l’Eglise a été mondialement saluée comme étant le signe d’une nouvelle culture du dialogue à l’intérieur de l’Eglise. Si l’intervention du cardinal Kasper était tenue secrète, cela serait en contradiction avec la transparence du processus de préparation du Synode. Ce n’est qu’un dialogue approfondi mettant en lumière  des positions de base divergentes qui permettra de concilier le fossé mis en lumière entre les premières réponses publiées du questionnaire du Vatican entre l’enseignement de l’Eglise et la réalité  de ce que vivent les hommes du 21e siècle. Pour pouvoir mettre cela en œuvre il est  impossible d’écarter la collaboration de théologiens  spécialisés dans la pastorale ou la morale, d’anthropologues  et de psychologues et particulièrement d’expertes et d’experts  ayant une expérience de la vie familiale.

Les spécialistes et les membres de l’Eglise ne peuvent pas oublier les initiatives qu’avait prises Kasper en 1993 en tant qu’évêque de Rottenbourg Stuttgart avec l’ancien évêque de Mayence Karl Lehmann  ainsi que l’ancien archevêque de Fribourg  Oskar Saier décédé en 2008 pour demander un changement d’attitude par rapport à la réception de la communion pour les divorcés remariés. Déjà un an après, le cardinal Joseph Ratzinger qui à l’époque était le préfet de la congrégation vaticane pour la Doctrine de la Foi, s’opposa à la réception dans l’Eglise de cette façon humaine et miséricordieuse de régler ce problème. Ce drame ne doit se reproduire encore une fois cette fois ci.

Chrétiens dans la Cité

A l’occasion des élections municipales, il est bon de rappeler que les chrétiens sont aussi des citoyens et qu’ils ne peuvent se désintéresser de ce qui se passe dans leur ville. Le vote est la manière par laquelle chacun peut participer à l’exercice du pouvoir. Il est donc essentiel d’y prendre part, de la manière la plus sérieuse possible. Un vote ne peut être simplement dicté par l’habitude, par l’appartenance à une classe sociale ou par la poursuite d’intérêts particuliers. Il doit prendre en compte les défis qui se présentent et viser ce qui pourra rendre notre ville plus agréable à vivre et plus humaine pour tous. En particulier nous devons viser toujours et en toutes circonstances le respect de la dignité de toute personne humaine, l’attention particulière aux plus faibles ainsi que la recherche de la justice et de la paix pour tous les peuples.

Le Concile Vatican II a clairement exprimé la volonté de l’Eglise de s’ouvrir vers le monde. Il écrit « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire »

En d’autres termes : L’Eglise se doit d’aller vers le monde et ne pas attendre que le monde aille vers elle. Comme l’a bien souligné Mgr Rouet : « L’heure n’est plus de compter qui vient à l’Eglise, elle est de savoir vers qui va l’Eglise » et il ajoute que « le premier signe du Royaume tient dans le fait que l’Evangile est annoncé aux pauvres ». Les chrétiens sont appelés à devenir missionnaires, à aller à la rencontre des gens, à se faire présents, à écouter et dialoguer sans faire de prosélytisme. Mais le contexte actuel a profondément changé. Nous ne sommes plus dans l’ère de la chrétienté mais dans un monde multi culturel et multi religieux. Les chrétiens seront écoutés et respectés s’ils se considèrent comme un partenaire, parmi bien d’autres, sans se considérer comme des donneurs de leçons, convaincus que leur vérité est la seule possible.

Jésus lui-même a placé l’homme au centre. Il a mis l’homme avant la religion. Ce qui sauve l’humanité, c’est le combat pour que les femmes et les hommes soient libérés, émancipés, et qu’ils progressent pour devenir plus humains. « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ». Alors n’hésitons pas à nous investir dans la cité et à travailler avec toutes les personnes de bonne volonté, indépendamment de leurs croyances et de leurs appartenances religieuses. Passons du multiculturel, qui est une juxtaposition de cultures où chacun défend son pré carré à l’interculturel, où nous partageons nos convictions et nos raisons de vivre, où nous nous enrichissons les uns et les autres tant par ce que nous pouvons apporter que par ce que nous pouvons recevoir.