Extraits du discours d’Emmanuel Macron aux Bernardins le 8 avril 2018

Discours critiqué par les uns, bien accueilli par d’autres, mais discours qui devrait porter à  réflexion aussi bien pour des catholiques trop identitaires que pour les tenants d’un certain type de laïcité

Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, sans doute, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer.

Certains pourront considérer que de tels propos sont en infraction avec la laïcité. Mais après tout, nous comptons aussi des martyrs et des héros de toute confession et notre histoire récente nous l’a encore montré et y compris des athées, qui ont trouvé au fond de leur morale les sources d’un sacrifice complet. Reconnaître les uns n’est pas diminuer les autres, et je considère que la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens.

Je suis, comme chef de l’État, garant de la liberté de croire et de ne pas croire, mais je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’État substituant à la transcendance divine un credo républicain. M’aveugler volontairement sur la dimension spirituelle que les catholiques investissent dans leur vie morale, intellectuelle, familiale, professionnelle, sociale, ce serait me condamner à n’avoir de la France qu’une vue partielle ; ce serait méconnaître le pays, son histoire, ses citoyens ; et affectant l’indifférence, je dérogerais à ma mission.

Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. Et il ne me semble ni sain ni bon que le politique se soit ingénié avec autant de détermination soit à les instrumentaliser, soit à les ignorer, alors que c’est d’un dialogue et d’une coopération d’une toute autre tenue, d’une contribution d’un tout autre poids à la compréhension de notre temps et à l’action dont nous avons besoin pour faire que les choses évoluent dans le bon sens.

Nous ne pouvons plus, dans le monde tel qu’il va, nous satisfaire d’un progrès économique ou scientifique qui ne s’interroge pas sur son impact sur l’humanité et sur le monde. C’est ce que je suis allé dire à la tribune des Nations unies à New York, mais aussi à Davos ou encore au Collège de France il y a quelques jours lorsque j’y ai parlé d’intelligence artificielle : nous avons besoin de donner un cap à notre action, et ce cap, c’est l’homme.

L’État et l’Église appartiennent à deux ordres institutionnels différents, qui n’exercent pas leur mandat sur le même plan. Mais tous deux exercent une autorité et même une juridiction. Ainsi, nous avons chacun forgé nos certitudes et nous avons le devoir de les formuler clairement, pour établir des règles, car c’est notre devoir d’état. Aussi le chemin que nous partageons pourrait se réduire à n’être que le commerce de nos certitudes.

Mais nous savons aussi, vous comme nous, que notre tâche va au-delà. Nous savons qu’elle est de faire vivre le souffle de ce que nous servons, d’en faire grandir la flamme, même si c’est difficile et surtout si c’est difficile. Nous devons constamment nous soustraire à la tentation d’agir en simples gestionnaires de ce qui nous a été confié. Et c’est pourquoi notre échange doit se fonder non sur la solidité de certaines certitudes, mais sur la fragilité de ce qui nous interroge, et parfois nous désempare. Nous devons oser fonder notre relation sur le partage de ces incertitudes. C’est-à-dire sur le partage des questions, et singulièrement des questions de l’homme.

Ainsi, l’Église n’est pas à mes yeux cette instance que trop souvent on caricature en gardienne des bonnes mœurs. Elle est cette source d’incertitude qui parcourt toute vie, et qui fait du dialogue, de la question, de la quête, le cœur même du sens, même parmi ceux qui ne croient pas.

Ce qui grève notre pays, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, ce n’est pas seulement la crise économique. C’est le relativisme. C’est même le nihilisme. C’est tout ce qui laisse à penser que cela n’en vaut pas la peine. Pas la peine d’apprendre. Pas la peine de travailler. Et surtout pas la peine de tendre la main, et de s’engager au service de plus grand que soi.

Il est enfin une dernière liberté dont l’Église doit nous faire don, c’est de la liberté spirituelle. Car nous ne sommes pas faits pour un monde qui ne serait traversé que de buts matérialistes. Nos contemporains ont besoin, qu’ils croient ou ne croient pas, d’entendre parler d’une autre perspective sur l’homme que la perspective matérielle. Ils ont besoin d’étancher une autre soif, qui est une soif d’absolu. Il ne s’agit pas ici de conversion mais d’une voix qui, avec d’autres, ose encore parler de l’homme comme d’un vivant doté d’esprit. Qui ose parler d’autre chose que du temporel, mais sans abdiquer la raison ni le réel. Qui ose aller dans l’intensité d’une espérance, et qui, parfois, nous fait toucher du doigt ce mystère de l’humanité qu’on appelle la sainteté, dont le pape François dit dans l’exhortation parue ce jour qu’elle est « le plus beau visage de l’Église ».

Cela n’exclut pas la confiance et cela n’exclut pas le dialogue. Surtout, cela n’exclut pas la reconnaissance mutuelle de nos forces et de nos faiblesses, de nos imperfections institutionnelles et humaines. Car nous vivons une époque où l’alliance des bonnes volontés est trop précieuse pour tolérer qu’elles perdent leur temps à se juger entre elles. Nous devons une bonne fois pour toutes admettre l’inconfort d’un dialogue qui repose sur la disparité de nos natures, mais aussi admettre la nécessité de ce dialogue car nous visons chacun dans notre ordre à des fins communes, qui sont la dignité et le sens.

L’argent

Il peut acheter une maison, mais pas un foyer.
Il peut acheter un lit, mais pas le sommeil.
Il peut acheter une horloge, mais pas le temps.
Il peut acheter un livre, mais pas la connaissance.
Il peut acheter une position, mais pas le respect.
Il peut acheter la médecine, mais pas la santé.
Il peut acheter le sang, mais pas la vie.
Il peut acheter le sexe, mais pas l’amour.
Il peut acheter une église, mais pas le cœur de Dieu.
Il peut acheter un mausolée, mais pas la paix éternelle.
À la fin de sa vie, chacun repart comme il est venu !
Aucune richesse matérielle ne peut être emmenée de l’autre côté !
Ainsi l’argent n’est pas tout !
Les plus belles choses de la vie ne peuvent pas être achetées !

L’argent te fait croire qu’il faut gagner sa vie…

Alors qu’elle t’a été donnée à la naissance

Vis pleinement ta vie !

Utilise-la pour croître et grandir !

Ta vraie richesse se mesure à l’aune de ton cœur…

À la profondeur de ton regard…

À la générosité de ta main !

Source  http://paroles-de-sagesses.infini-terre.fr/index.php?argent

Meilleurs voeux pour 2018 : « Un autre monde est en train de naître » !

Est-ce utopique, folie, impossible

Que de vouloir que tous les êtres humains

Soient égaux en droit et en dignité

Et que les étrangers soient considérés comme des frères ?

 

Est-ce utopique, folie, impossible

Que de vouloir que chaque être humain

Mange, soit logé, aille à l’école, ait un travail ?

 

Est-ce utopique, folie, impossible

Que de vouloir que les maladies soient éradiquées

Que l’accès à l’eau soit un droit pour tous ?

 

Est-ce utopique, folie, impossible

Que de vouloir que les femmes et les enfants

Ne sautent plus sur des mines anti-personnelles ?

 

Est-ce utopique, folie, impossible

Que la force, la guerre et l’argent

Ne soient plus des instruments de domination et d’exploitation ?

 

Alors ? si on me traite d’utopiste, j’assume et j’en suis fier

Fier d’être parmi ces milliers de fous qui peuplent l’univers

Et qui croient qu’un autre monde est possible, indispensable !

 

Un autre monde où la vie d’une seule personne

Vaudra plus que tout l’or du monde

Car ce monde, chaque personne de ce monde,

Dieu les habite. Il en est le Père !

 

Beaucoup d’entre nous ne serons plus là pour assister à son avènement

Mais quand tout est calme, si je prête une oreille attentive,

Je l’entends respirer.

 

Arundhati Roy, romancière Indienne

Johnny le chanteur, Dieu et l’Eglise catholique

Une émotion immense s’est exprimée à l’occasion de la mort de Johnny Hallyday. Une journée comme il y en a peu, de rassemblement, d’élan collectif, de prière commune et de souvenirs partagés. Son hommage a réuni près d’un million de personnes à Paris, et presque 15 millions devant leurs téléviseurs. Il s’est installée une ambiance étrange et bienveillante, entre recueillement et curiosité, entre tristesse et moments de joie. Etait-ce une idole ou une icône ? Lorsqu’on est face à un phénomène qui dépasse l’entendement, on va chercher le vocabulaire dans le champ religieux. L’idole, si souvent combattue dans les textes de la Bible, est ce dieu que construit l’être humain, un dieu à l’image de l’être humain et non le contraire. L’icône est cette image, faite par l’être humain, et qui nous renvoie vers un ailleurs, un au-delà, une transcendance. La différence avec l’idole est que l’icône reste un objet. C’est ce à quoi elle renvoie qui est divin, pas l’objet même. On peut dire que Johnny Hallyday « fonctionnait » un peu comme une icône. Il « incarnait » le temps qui passe, une forme d’éternité. Mais il faut aussi sans doute ajouter une forme de fragilité qui nous le rendait accessible.

À plusieurs reprises, le rockeur a fait danser son public avec des mélodies puisant allègrement dans les références religieuses comme dans Si j’étais un charpentier ou le controversé Jésus-Christ où le Messie est présenté comme un « hippie », ce qui a failli lui valoir une excommunication. Johnny réplique à l’époque : « On peut me faire ce qu’on voudra, je resterai chrétien. Je suis sûr que Jésus, lui, ne m’en veut pas. Il sait que je n’ai pas voulu l’insulter ni le tourner en dérision, et cela seul compte pour moi. » Le chanteur n’allait vraisemblablement pas tous les dimanches matin sur les bancs d’une paroisse. Mais la cérémonie de l’église de la Madeleine et la ferveur qui l’a entouré, montre que le catholicisme a encore cette vertu de rejoindre dans notre pays, bien au-delà des pratiquants, les gens dans leur quotidien, dans ce qu’ils ont de plus profond de ce quotidien. Il s’y est dit l’essentiel de la foi chrétienne : l’espérance. « Que je t’aime, que je t’aime … »

Georges Heichelbech

La « Réforme » concerne tous les disciples de Jésus-Christ

Les récentes célébrations du  500ème anniversaire de la Réforme ont souvent réuni des représentants de plusieurs Églises chrétiennes. En effet, l’acte fondateur par lequel Luther s’est opposé aux dérives de l’Église de son temps concerne tous ceux qui se réclament de la foi en Jésus-Christ. Ainsi, oubliant les anathèmes du passé, le Pape François souhaite « déceler et assumer tout ce qui était positif et légitime dans la Réforme » (1).

Toute démarche de foi qui ne veut pas rester lettre morte doit s’incarner dans des groupes humains qui instituent des règles de fonctionnement, des liturgies et un énoncé commun de la foi. Le danger mortel pour la foi est que ces institutions, reflets des caractéristiques du temps et de l’espace où elles ont été conçues, deviennent la finalité de la démarche spirituelle au lieu d’en être qu’un des moyens. C’est le danger du cléricalisme à propos duquel Pierre Pierrard, professeur d’histoire à l’Institut catholique de Paris, écrivait ceci : « Actuellement, beaucoup de chrétiens souscriraient à la réflexion de Tommy Fallot, fondateur du Christianisme Social : Dieu seul est laïque ; hélas, l’homme souffre de maladies religieuses, cléricalement transmissibles » (2).

En affirmant, dans le chapitre 3 de l’Epître aux Romains, que la foi en Dieu peut justifier aussi bien les circoncis que les incirconcis, Paul relativise toutes les institutions ecclésiastiques. Il place au cœur du christianisme la démarche du croyant avant les appartenances institutionnelles. En langage chrétien,  nul ne peut faire partie du Royaume s’il ne renaît de l’Esprit. L’Évangile refuse de faire de la géographie ou de la généalogie d’un être humain un destin. S’y enfermer conduit non seulement aux aberrations personnelles mais à la violence. A ceux pour qui la filiation abrahamique constituait en soi une justification, le Christ ne cesse de rappeler que le donné de l’histoire ou de la géographie ne saurait constituer quelque privilège que ce soit :« Ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : « nous avons pour père Abraham ». Car je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham » (Mt 3, 9-10).

L’universalité de la grâce invite chacun à recevoir et assumer ce qu’il a d’unique et non à rêver de conquêtes institutionnelles. Nous sommes tous fondamentalement minoritaires. L’humanité se construira par des relations entre des hommes s’assumant uniques et différents, en cela “ fils d’un même Père ” et non par la construction d’une tour de Babel religieuse, politique ou économique. Le pluralisme des Églises interdit à chacune de s’égaler à la totalité du Corps mystique du Christ. Si le désir d’unité des chrétiens, et plus généralement de l’humanité nous habite, il ne saurait conduire à l’enfermement dans une structure qui se définirait en quelque sorte comme la fin de l’histoire. Toutes les Églises sont provisoires et n’ont de sens que comme éducatrices de l’homme à l’accueil de l’Evangile. Comme l’écrit le théologien dominicain Christian Duquoc dans son  Essai d’ecclésiologie œcuménique intitulé Des Églises provisoires, « le provisoire qualifie le fait que les Églises sont historiques et donc mortelles, il n’est pas un jugement péjoratif (…) Le provisoire désigne la condition de l’innovation, de la création continue, de la présence aux situations changeantes ; il s’oppose à l’entêtement dans la volonté d’arrêter l’instant, la mobilité des formes ou la mortalité des relations » (3).

Le travail de Réforme est une veille nécessaire et permanente dans toutes les Églises pour qu’elles gardent la distance avec les buts qu’elles prétendent servir au lieu de s’égaler à ces buts et de les coloniser.

Bernard Ginisty

(1) Pape François, Discours du 31 mars 2017 aux participants d’un colloque sur Martin Luther organisé par le Comité pontifical des sciences historiques.

(2) Pierre Pierrard, Anthologie de l’humanisme laïque de Jules Michelet à Léon  Blum, éditions Albin Michel, 2000, p. 12. Pierre Pierrard (1920-2005)  était un historien spécialisé dans les relations des Églises avec la modernité. Il a été président de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France de 1985 à 1999.

(3) Christian Duquoc (1926-2008), Des Églises provisoires. Essai d’ecclésiologie œcuménique, éditions du Cerf,  1985, p. 99.

Source

Tout le monde n’est pas prêt à accueillir les étrangers

Voici le témoignage  d’une amie qui devrait nous faire réfléchir.

Je voudrais vous informer de l’expérience douloureuse que nous avons vécu lundi dernier non loin de chez nous. En effet, mon mari et moi avons assisté à une réunion publique d’information sur un projet d’accueil de demandeurs d’asile dans l’ancienne gendarmerie de cette ville, vide depuis 5 ans. C’était super-houleux, nous ne n’y attendions pas du tout. En fait, il s’est avéré au bout d’un long moment que tout un groupe de personnes du FN était venue de l’extérieur, parfois de loin (il y avait même des conseillers généraux, dont un venu des Ardennes) dans le but de chauffer la salle et d’empêcher les débats. Ils étaient très virulents et n’arrêtaient pas de lancer des invectives haineuses du style : Ce sont des musulmans, ils ne vivent pas comme nous ! Les enfants du collège voisins  ne seront plus en sécurité ! On ne demande pas son avis au peuple ! Etc, etc. Chaque fois, les autres applaudissaient bruyamment. Ecœurant ! Le sous-préfet a eu du mal à gérer le débat au milieu des sifflements. Heureusement que certains de nos élus et quelques autres personnes de la vallée ont fini par se réveiller et par mettre les choses au point. Vers la fin, quand ils sont partis, ça a été enfin un peu plus « raisonnable » et il y a eu quand même quelques beaux témoignages de solidarité. Mais globalement, les personnes de la vallée qui étaient venues pour avoir des renseignements ont trouvé la réunion « super nulle » ! Rien que de penser à cette horrible soirée, j’en ai encore l’estomac tout retourné. C’est terrible de côtoyer de près la haine…

Le lendemain, j’ai envoyé une série de messages aux personnes de la communauté de paroisses pour dire que nous, chrétiens, ne pouvions pas rester silencieux et qu’il fallait réagir. A part une réponse, silence radio de la part de tous les autres… Ca aussi, c’est dur à encaisser !

Pour compléter, voici aussi pour info la réponse que j’ai eue de la part d’une personne que je connais bien qui habite dans le Pas-de-Calais. Edifiant !

« Merci de ton témoignage : je partage ton émotion. Les faits que tu signales nous donnent une nouvelle preuve de l’existence de commandos fascistes. Ces groupes sont structurés, bien informés, et savent facilement se déplacer et agir dans les endroits même les plus isolés pour intimider par des paroles haineuses et par des actes (le plus souvent des dégradations de biens appartenant aux personnes visées: étrangers et surtout les personnes qui les aident). A Calais, ils n’ont pas hésité à manifester (environ 200) devant la mairie alors que les migrants ont  fait l’objet d’une interdiction administrative de se réunir et de manifester dans le centre. Sur Calais, et ailleurs en France dans les sites qui accueillent des réfugiés, des personnes ne trouvent pas d’autres solutions que d’aider en cachette pour éviter des représailles…Cette montée du fascisme dans notre pays est bien réelle, ce n’est pas un fait divers. La campagne d’accueil de l’étranger permettra aussi d’accompagner plus efficacement les aidants pour qu’ils n’aient pas peur… en particulier des représailles. Amitiés »

Je rêve d’une Eglise joyeuse

Je rêve d’une Église joyeuse et libre
Qui ne s’enferme dans ses propres certitudes, ses traditions et ses lois,
Mais qui se laisse emporter par le vent de l’Esprit
Et ne se lasse jamais de contempler et de proclamer
La Bonne Nouvelle du Ressuscité.

Je rêve d’une Église humble et servante,
Qui renonce aux titres pompeux d’une époque révolue
Et qui tire sa fierté d’être une communauté de frères et soeurs,
Tous et toutes disciples du Christ
Et témoins de son amour pour le monde.

Je rêve d’une Église collégiale,
Riche et heureuse de la diversité de ses communautés locales.
Je rêve d’une Église qui ose s’alléger du poids des siècles
Et faire place à toutes les ressources des communautés,
Dans une responsabilité pleinement partagée
Entre prêtres et laïcs, entre hommes et femmes,
Dans toutes les instances et tous les ministères.

Je rêve d’une Église, de notre Église,
Qui ose sortir de sa tour d’ivoire
Et dire une parole forte et sans complaisance
Pour interpeller les dirigeants et les puissants de ce monde
Sur les grands enjeux de société et sur l’avenir de notre planète.
N’aurions-nous rien à dire comme Église
À un gouvernement va-t-en-guerre
Ou à cet autre qui prône une austérité tous azimuts,
Qui affectera encore et toujours les plus vulnérables ?
Pouvons-nous rester muets
Sur les interminables conflits du Proche-Orient,
Sur les haines raciales et les croisades de terreurs qu’on mène au nom de Dieu ?
Pouvons-nous rester muets sur l’appétit insatiable des pétrolières et des multinationales
Qui s’enrichissent sur le dos des peuples en voie de développement
Et exploitent sans aucune honte les ressources de leurs pays ?

La tâche qui nous incombe est immense et vertigineuse.
Mais celle des Apôtres et des premières communautés ne l’était pas moins.
Puisse l’Esprit de Pentecôte,
Ce vent qui secoue les murs de la peur et des préjugés,
Ce feu qui réchauffe et embrase les cœurs,
Nous mener partout sur les routes du monde,
Pour semer la Parole du Ressuscité,
Parole de salut, de réconfort, de justice et de paix.

Amen.

Source

Je rêve d’une église joyeuse

Les femmes dans l’Eglise catholique

Il faut être prudent de ne pas analyser la place de la femme dans l’Eglise et dans la société avec des textes d’autrefois et la mentalité d’aujourd’hui. Dans le passé les écrits et la manière de considérer les femmes ne tournaient guère à leur avantage. Pensons par exemple à St Augustin qui disait : « Selon l’ordre de la nature, il convient que la femme soit au service de l’homme, car ce n’est que justice que le moins doué soit au service du plus doué » mais aussi, dans notre décennie, un ecclésiastique bien connu qui a dit lors d’une émission de radio : « Ce qui est le plus difficile, ce n’est pas d’avoir une jupe, encore faut-il avoir quelque chose dans la tête ». Globalement les mentalités ont changé. Dans la société les lois aussi, ce qui n’est pas le cas dans l’Eglise.

Avant le Concile Vatican II

Il y eut pourtant de la résistance face à l’émancipation des femmes. C’est ainsi que Pie XII, en 1944 disait encore, lors d’une allocation à de jeunes mariés : « Nous savons bien que, de même que l’égalité dans les études, les écoles, les sciences, les sports et les concours fait monter dans bien des cœurs de femmes des sentiments d’orgueil, ainsi votre ombrageuse sensibilité de jeunes femmes modernes ne se pliera peut-être pas sans difficulté à la sujétion du foyer domestique. Nombre de voix autour de vous vous la représenteront, cette sujétion, comme quelque chose d’injuste ; elles vous suggéreront une indépendance plus fière, vous répéteront que vous êtes en toutes choses les égales de vos maris et que sous bien des aspects vous leur êtes supérieures. Prenez garde à ces paroles de serpents, de tentations, de mensonges : ne devenez pas d’autres Ève, ne vous détournez pas du seul chemin qui puisse vous conduire, même dès ici-bas, au vrai bonheur ».

Les évolutions depuis le Concile Vatican II

Avec Jean Paul II le discours a évolué. Il ne parle plus de la femme tentatrice, en pensant à Eve, mais lui propose comme modèle Marie, dans son encyclique Mulieris Dignitatem : «  L’Église voit en Marie la plus haute expression du « génie féminin » et trouve en elle une source d’inspiration constante. Marie s’est définie elle-même « servante du Seigneur ». C’est par obéissance à la Parole de Dieu qu’elle a accueilli sa vocation privilégiée, mais pas du tout facile, d’épouse et de mère de la famille de Nazareth. En se mettant au service de Dieu, elle s’est mise aussi au service des hommes: service d’amour. Dans cette perspective de « service », il est aussi possible d’accueillir une certaine diversité de fonctions, sans conséquences désavantageuses pour la femme, dans la mesure où cette diversité n’est pas le résultat d’un ordre arbitraire, mais découle des caractères de l’être masculin et féminin. C’est une affirmation qui a aussi une application spécifique à l’intérieur de l’Église ».

Et dans sa lettre aux femmes du 29 juin 1995, il propose spécifiquement aux femmes un « principe marial » et aux hommes un « principe apostolique et pétrinien ». Cette spécification se trouve en contradiction directe avec l’énoncé des valeurs et droits universels et s’oppose à ce qui paraît être aujourd`hui attaché au génie propre d’un nouveau rapport d’égalité, de coresponsabilité et d’inter-échange entre les sexes. Et il insiste « Si le Christ, en instituant l’Eucharistie, l’a liée d’une manière aussi explicite au service sacerdotal des Apôtres, il est légitime de penser qu’il voulait de cette façon exprimer la relation entre l’homme et la femme, entre ce qui est «féminin» et ce qui est «masculin», voulue par Dieu tant dans le mystère de la Création que dans celui de la Rédemption. Dans l’Eucharistie s’exprime avant tout sacramentellement l’acte rédempteur du Christ-Epoux envers l’Eglise-Epouse. Cela devient transparent et sans équivoque lorsque le service sacramentel de l’Eucharistie, où le prêtre agit «in persona Christi», est accompli par l’homme. » Quelques mois plus tard, une note de la Congrégation pour la doctrine de la foi, signée du Cardinal Ratzinger, précise que cette position engage l’infaillibilité du magistère sur une doctrine d’exclusion des femmes de l’ordination à la prêtrise, qui est présentée comme appartenant au dépôt de la foi et exigeant un assentiment définitif. Le pape François, tout en parlant aussi du génie féminin, exclut toute possibilité d’accession à la prêtrise pour les femmes.

Limites et impasses de la position actuelle

Tous ces préjugés reposent sur la croyance en un déterminisme biologique des rôles. La différence entre les sexes est prise comme référence absolue pour asseoir l’idée selon laquelle il y aurait deux humanités spécifiques, masculine et féminine, tout comme on a cru longtemps que les différences ethniques créaient des races différentes. Cette pensée porte un nom : le différentialisme ; elle a permis par le passé et permet encore de maintenir d’innombrables discriminations en créant des catégories où l’une est toujours supérieure à l’autre : maîtres et esclaves, noirs et blancs, riches et pauvres, hommes et femmes.

Les femmes dans l’Église catholique sont toujours « inaptes », à exercer la cure d’âmes, à prêcher, à enseigner, à sanctifier, à gouverner. Mais l’essentiel est de tout faire pour que les femmes puissent effectivement assumer à part entière des responsabilités d’Eglise. Faute de quoi, en dépit des plus belles déclarations sur l’égalité de tous les baptisés dans le Peuple de Dieu, sur la nécessaire participation des femmes dans la société et la mission de l’Eglise, sur la non-supériorité des ministres, I’Eglise renoncerait à sa nature profonde et à sa mission sacramentelle de «signe levé devant les nations».

Georges Heichelbech

DIEU EST IL UN ASSASSIN ?

La première page de Charlie hebdo de cette semaine, spécial anniversaire, représente un  barbu, habillé d’une gandoura, qui se sauve à toutes jambes. Il est armé d’une kalachnikov et possède des attributs  divins caricaturaux (le Dieu barbu du moyen âge surmonté du triangle à la fois   trinitaire et franc maçon…etc) Une phrase explicite le sens de cette caricature « une année après l’assassin court toujours ».Il s’est trouvé des chrétiens pour se scandaliser de cette représentation.

Je me demande comment on peut manquer à ce point du sens de l’humour pour s’offusquer d’un tel dessin et de son commentaire.

D’abord  comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire le dieu ainsi caricaturé n’est pas le Dieu de miséricorde et de paix ni de la Foi évangélique ni de la Foi musulmane  authentiques. Mais il  s’agit bien ,hélas,  d’une croyance en un Dieu violent et agressif, invitant à la guerre sainte ou à la croisade voire à l’assassinat pur et simple de ceux qui le dénoncent. Et ce Dieu a exercé des ravages dans l’esprit et les pratiques millénaires des religions dominatrices. Les guerres de religion sont parmi les plus inhumaines.

Ensuite je ferai remarquer que des idéologies athées peuvent aussi agir selon le même  ressort que ces religions violentes :à savoir la certitude que l’on possède la vérité absolue, que nul n’a le droit de penser autrement que nous et que celui qui propose une autre approche de la vérité que la notre doit être éliminé, par la censure, la prison ou la mort.

En réalité cette caricature est riche  d’une pensé philosophique, spirituelle  et politique très sérieuse, comme c’est  le cas de l’humour qui ne  saurait se réduire à une grosse rigolade.Cette caricature nous dit que c’est le dieu que nous nous fabriquons et que nous nous approprions mentalement qui est violent, car il est la justification de nos propres haines à l’égard de l’autre que nous.

J’aime donc beaucoup cette première page du numéro anniversaire de Charlie Hebdo: elle dénonce non pas Dieu mais les fous de Dieu. De même que la grenade  dans le turban, du Prophète de la caricature danoise  ne  représentait pas le Prophète Mohammed mais l’idée que certains djihadistes s’en font.

Jean Riedinger, secrétaire de l’Observatoire Chrétien pour la laïcité (OCL)

Les Français crèvent de 30 ans de manque de courage politique, par Géraldine Dalban-Moreynas

Par Géraldine Dalban-Moreynas. Regarder autour de soi, écouter, lire… Recevoir de plein fouet la violence des mots et des réactions. La condamnation est sans appel, sans pitié, à la hauteur du choc, partout, de la moindre radio au plus influent des réseaux sociaux : honte à eux, honte à ceux qui osent bafouer notre démocratie, honte à la France. Partout, chacun y va de son amertume. Ils sont révoltés, écœurés, refusent de vivre dans un pays dont le premier parti politique est le Front national (FN). Tous pleurent sur cette France digne héritière du siècle des Lumières, de la pensée, de la liberté et de la fraternité.

Partout l’émotion. Et pourtant rester dubitatif. Comme incapable de participer au lynchage collectif des 40 % de Français qui ont voté pour le FN dimanche 6 décembre, dans certaines régions. Incapable de participer à ce grand élan qui veut sauver notre démocratie, contre ceux qui l’ont bafouée et insultée dimanche dernier avec l’outil même de ladite démocratie : le bulletin de vote. Pourtant, ne pas avoir voté FN.

Faire partie de celles et ceux qui vivent dans de jolies maisons des beaux quartiers, qui partent en vacances dans les hôtels où il faut être, qui ont réussi, qui ont fait, avant, des études suffisamment longues pour être capable de comprendre que les extrêmes ne sont pas une solution. Et ne pas pouvoir s’empêcher de se demander ce que l’on ferait si on vivait à Calais et que l’on gagnait le Smic ? On voterait FN. Comme une certitude. Et on enverrait valser toutes les âmes bien-pensantes parisiennes qui viendraient expliquer que l’on fait honte à la France.

Les Français sont en train d’étouffer. Oh pas tous bien sûr, pas ceux qui étaient dimanche 6 décembre sur les plateaux de télévision pour défendre les grands idéaux républicains. Pas ceux qui avaient ressorti leurs précieux éléments de langage usés jusqu’à la corde. « Nous devons entendre l’exaspération et la colère des Français ». Mais qu’entendent-ils, ceux-là même qui sont au pouvoir depuis plus de 30 ans, droite et gauche confondues ? Et qu’en font-ils ?

Ceux qui sont en train d’étouffer, ce sont les autres. Ceux que l’on n’entend pas, ceux qui ne gagnent pas une tune, qui deviennent racistes à force de 13 novembre et de migrants dans les journaux de 20 heures, qui voient le système scolaire qui fout le camp, qui prennent le chômage en pleine figure, qui se demandent comment leurs enfants vont pouvoir vivre dans cette société qu’ils voient sans avenir, ceux qui se retrouvent sur le carreau parce que l’économie est « en pleine mutation », et qu’ils n’ont ni la capacité ni les compétences pour s’adapter à la mutation. Le train qui passe. Et eux qui ne montent pas dedans.

Ceux qui voient l’immigration, le terrorisme, la pauvreté, les mal logés, qui sont à 20 euros près pour boucler leurs fins de mois, qui mangent des pates à partir du 15, qui habitent dans des banlieues que l’ANRU était censée sauver ; où les ascenseurs ne marchent plus depuis la nuit des temps.

Ceux qui travaillent à Paris mais qui vivent à deux heures de RER parce que tout le monde ne peut pas se payer un appartement à 10 000 euros le m2. Ceux qui ont voté Mitterrand, Chirac, Marchais ou même Sarkozy parce qu’il promettait de nettoyer les cités au Karcher.

Qu’ont-ils fait ?

On crève aujourd’hui de 30 ans de politiquement correct et de manque de courage politique.

Les responsables du Parti socialiste et du parti Les Républicains sont les seuls responsables du score du FN. Parce qu’ils ont eu l’inestimable chance d’avoir le pouvoir de changer les choses. Et qu’ils ne s’en sont pas servis. Le résultat de ces élections régionales n’est que la sanction justifiée de 30 ans de langue de bois, d’incapacité à agir, de manque de courage, de leurs faiblesses face aux lobbys des uns et des autres, de la gestion de leurs propres intérêts, avec en première place leur réélection, alors qu’ils étaient là pour servir l’intérêt général.

Aucun politique n’a eu le courage depuis 20 ans de prendre les bonnes décisions, alors que tous savent ce qu’il faut faire. Et que tous ont reculé devant des réformes indispensables qui auraient pu leur coûter 3 points dans les sondages. Depuis dimanche soir, tous sont sur les plateaux de télévision, appelant au sursaut républicain. Ils s’aperçoivent qu’ils ont gâché un bien précieux, le pouvoir. Le pouvoir n’ayant de valeur qu’en fonction de ce que l’on en fait.

On a encore espéré que cette fois-ci, ils allaient comprendre, « entendre le message des Français ». Que proposent-t-ils depuis dimanche ? De chercher la meilleure façon de contrer le FN dans les prochaines 72 heures. C’est en agissant depuis 20 ans qu’il fallait le contrer. Pas aujourd’hui. « Faut-il se retirer ? », « Faut-il fusionner ? », « Faut-il choisir le ni ni ? ». Quel gâchis.

Quand les partis républicains comprendront-ils enfin que pour reprendre leur place, ils doivent faire leur mue, en sortant des discours lisses devenus inaudibles qui les ont coupés du reste de la France. Et des électeurs. Aujourd’hui, le FN est le premier parti de France. Et si on ne le partage pas, si on ne s’en félicite pas, si on ne le souhaitait pas, si on en ressent de la colère et de l’amertume… Une chose est sûre, on ne peut pas blâmer ceux qui l’ont voulu.

Voter pour ses convictions intellectuelles est un luxe. Eux votent juste pour essayer de vivre mieux. Dimanche 6 décembre, la France a tourné le dos à ses élites. Comment ne pas la comprendre ?

Géraldine Dalban-Moreynas est présidente de l’agence Milbox, conseil en communication, affaires publiques et relations presse

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