Oecuménisme, quel est ton visage?

Pour vivre l’œcuménisme il est bon d’être d’abord au clair avec sa propre tradition religieuse et de connaître autant que cela se peut les autres traditions et ne pas se contenter de coller des étiquettes sur le dos des personnes, qui donnent souvent des a priori même parfois faux sur ceux qui ne font pas partie de mon Eglise. Il y a aussi des conceptions assez différentes de l’œcuménisme. Sans parler des intégristes pour lesquels l’oecuménisme est le diable en personne, vous avez ceux qui pensent que faire de l’oecuménisme consiste à ramener les autres dans l’Eglise catholique. Et ma petite cervelle arrive difficilement à concevoir que quelqu’un qui est convaincu que l’Eglise catholique est la seule Eglise voulue par le Christ, puisse avoir une autre vision de l’oecuménisme. Vous avez ceux qui pensent que l’oecuménisme se résume à une relation de bon voisinage. Enterrons la hache de guerre, gommons nos différences et disons que tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil. Je pense que c’est la plus mauvaise manière de défendre la cause de l’oecuménisme. Mais vous avez aussi ceux qui se laissent interpeler dans leur foi par la foi des autres. Ce n’est pas la position la plus facile mais je pense que c’est la plus féconde. Mais l’oecuménisme se vit souvent à la base, sans l’initiative des Eglises institutionnelles. Il s’agit d’un oecuménisme «séculier» ou parfois même «sauvage» qui, contestant les lenteurs et pesanteurs des christianismes officiels, vit et confesse la foi évangéliques en étroite solidarité avec les luttes pour l’avenir de l’humanité.

L’œcuménisme se vit à plusieurs niveaux. Au niveau institutionnel. Il s’agit là de dialogues à deux ou plusieurs Eglises d’une façon officielle. Comme une institution par essence est plutôt conservatrice, ce n’est pas à ce niveau qu’on constate les changements les plus spectaculaires. Il peut néanmoins y avoir des exceptions, pensons à ce qui s’est passé à Vatican II pour l’Eglise catholique. Mais il peut aussi y avoir des reculades. Pensons à Dominus Jesus. Mais globalement, en regardant tout le chemin parcouru, on a néanmoins l’impression qu’on est arrivé à un point de non retour.

Au niveau des théologiens. C’est là qu’en général il y a le plus d’accords. Pensons par exemple à tout le travail qu’a fait le Groupe des Dombes. Mais ces avancées ne sont pas souvent prises en compte par les Eglises. Pensons aussi à la réception que l’on peut au minimum dire mitigée du BEM (baptême, eucharistie, ministères) élaboré par Foi et Constitution en 1982.

Au niveau de la base. Et là cela est tout à fait variable. Mais si la base n’avance pas, le travail des théologiens ne sert pas à grand chose et cela ne fera pas infléchir les institutions. Il est vrai que le chemin est étroit entre deux écueils antagonistes, le syncrétisme d’une part et l’affirmation de son identité au détriment de l’identité de l’autre, d’autre part. Ce travail à la base est important. Il s’agit de faire des actions communes, apprendre à se connaître et dialoguer. Et là on peut évoquer des généralités sur le dialogue, qui en particulier s’appliquent à la démarche œcuménique.  Certes, nous constatons à l’usage que le dialogue est plus difficile à pratiquer qu’à préconiser. Il suppose d’abord que les interlocuteurs acceptent de se situer sur un pied d’égalité. Entrer en dialogue, c’est s’exposer à la parole de l’autre; c’est laisser venir à soi des questions qui risquent d’ébranler des certitudes acquises. Le dialogue me conduit à entendre une vérité différente de la mienne, et cette confrontation peut constituer pour ma cohérence spirituelle une épreuve redoutable. Les deux partenaires ne tardent pas à s’apercevoir que le dialogue est faussé aussi longtemps que chacun cherche à convertir l’autre à ses propres vues.

Quiconque s’engage à fond dans l’expérience du dialogue découvre au surplus que celui-ci ne se réduit pas à un échange de discours. Entendre en vérité la «parole» de l’autre, c’est se laisser questionner par son existence tout entière, sa manière de vivre, ses solidarités naturelles, ses références éthiques, la lumière et la force qu’il tire de ses croyances. Or ceux parmi les chrétiens qui sont allés le plus loin dans cette voie finissent par tenir des propos étonnamment modestes.

Dans notre dialogue à l’intérieur de l’Eglise il en va de même. Il est important que chaque partenaire ait préalablement pris la mesure de sa position et de la tradition qu’il assume. Faute d’un enracinement reconnu comme tel de part et d’autre, le dialogue se réduirait à un échange verbal et se solderait par une connivence dans la médiocrité. Est-ce que je suis bien conscient de ce qui sous-tend ma position et est-ce que je connais aussi le pourquoi de la position de mon interlocuteur?

Cela ne signifie pas que les démarcations de chacun doivent être maintenues telles quelles et à tout prix. Un vrai dialogue pourra conduire au démantèlement de certaines positions en tant que citadelles. On ne surmonte pas les obstacles en les ignorant. C’est au contraire la non-appropriation des sensibilités confessionnelles qui transforme celles-ci en machines de guerre. Vidées de leur substance évangélique, elles se dégradent en complexes idéologiques, exclusifs les uns des autres. Il s’agit, non d’opter pour ou contre telle sensibilité, mais de les inscrire dans la logique d’une existence centrée sur l’Évangile.

Mais l’œcuménisme est confronté aujourd’hui à de multiples défis nouveaux. Après cent ans d’œcuménisme, le monde chrétien apparaît aujourd’hui plus divisé que jamais. Si on comptait 1900 dénominations chrétiennes en 1900, on les évalue à 38000 aujourd’hui. Il faut aussi dire que le centre de gravité s’est déplacé vers l’hémisphère sud. Ainsi, alors que le nombre de chrétiens continuera de progresser dans les autres continents, il régressera en Europe, tandis que l’Amérique latine et l’Afrique rassembleront davantage de fidèles qu’elle. Même l’Asie, encore si peu christianisée, devrait bientôt la dépasser. On en devine les conséquences pour le mouvement œcuménique. Les débats doctrinaux portés par l’Europe où sont nées les divisions ne seront plus les questions de la majorité des chrétiens. Il y a aussi la transformation des mentalités. D’abord, le discrédit général des institutions et de leurs discours, jugés idéologiques : il touche directement les grandes Eglises et leurs affirmations doctrinales. Mais aussi une montée de l’individualisme et une recherche de plus en plus pressante de l’épanouissement personnel sur fond émotionnel. Il y a aussi le développement considérable des églises évangéliques et pentecôtistes. Qui souvent ne sont pas particulièrement motivées par l’œcuménisme. Il y a aussi beaucoup de personnes qui sont touchées par la figure de Jésus mais peu enclines à s’engager dans une communauté. C’est en particulier le cas des jeunes qu’on ne voit plus guère dans nos Eglises, si ce n’est certains qui, recherchant des repères stables, ont plutôt un comportement traditionnaliste.

Ainsi, le mouvement œcuménique apparaît confronté au défi de devoir faire face à une situation bien plus complexe que lorsqu’il naquit, il y a environ un siècle. Cette complexité pourrait nous décourager. Elle doit être au contraire un stimulant sur un chemin où l’Esprit n’a pas fini de nous surprendre.

Certaines personnes ont déjà des difficultés à sortir du cercle de leur Eglise pour aller dans le cercle plus large de l’œcuménisme, qui est le dialogue avec d’autres confessions chrétiennes. Mais ce cercle est englobé dans le cercle plus large du dialogue interreligieux. Il s’agit de la rencontre avec différentes religions du monde, à l’exemple de ce qui s’est passé à Assise. Il existe encore un cercle plus large, qu’on pourrait appeler interconvictionnel. En effet au niveau de la spiritualité on peut trouver des convergences avec les agnostiques ou les athées. Certaines personnes vont jusqu’à se poser la question, si on ne peut pas concevoir une spiritualité sans Dieu. Ces différents niveaux ne sont bien évidemment pas du même ordre, mais pour qu’il puisse y avoir un dialogue de qualité entre tous les hommes de « bonne volonté », il est nécessaire d’élargir notre réflexion, sinon on risque de passer du ghetto confessionnel au ghetto chrétien, car il faut bien le reconnaître, l’œcuménisme n’est de loin pas le centre d’intérêt de tous nos contemporains. Et cela, tout en affirmant notre identité mais pas au détriment de l’identité de l’autre.

Nuit des Veilleurs : Une voix dans le silence

Voici le texte de la méditation sur 1 Rois 19, 11 – 14, que j’ai proposée lors de la Nuit des Veilleurs à Sarreguemines

Ce passage biblique de la rencontre d’Elie avec Dieu au mont Horeb m’a toujours fasciné. C’est la raison pour laquelle je l’ai choisi comme thème de la Nuit des Veilleurs 2012. Dieu n’est pas dans le vent violent, il n’est pas dans le tremblement de terre, il n’est pas dans le feu mais dans le bruissement d’un souffle ténu, que certains auteurs traduisent par « Il était dans le bruissement du silence »

Ce texte en dit long sur la manière dont Dieu se révèle et nous aide à entrevoir une facette de Dieu parmi de nombreuses autres, mais en même temps en exclut d’autres. Certaines de nos représentations humaines de Dieu ne collent pas. Dans des textes apocalyptiques, il apparait dans toute sa gloire dans les nuées du ciel. Cela donne l’image d’un super Louis XIV avec toute sa cour, son faste et son blingbling. Mais déjà, si nous réfléchissons à son incarnation, elle ne se fait pas dans la cour des grands, ni même dans le milieu sacerdotal, mais au milieu des bergers, qui, il faut le rappeler, faisaient partie des rejetés de la société de l’époque. Ce Dieu est venu non pas pour être servi, mais pour servir. C’est lui qui a lavé les pieds de ses disciples. Il est venu dans la discrétion.

Le problème est encore le même pour nous aujourd’hui. Il est vrai que certaines sensibilités ont l’impression de le voir à tous les coins de rue. Et de dire par exemple que c’est une évidence que Dieu est présent dans les merveilles de la création. On dit aussi facilement qu’il est présent dans chaque homme. Mais au-delà de ce discours convenu, sommes nous toujours convaincus de ces affirmations ?

Certains disent aussi que si tout leur réussit, ils vivent dans la bénédiction de Dieu. Et on pense bien sûr que, si nous sommes dans notre bon droit, Dieu est avec nous. Tout le monde connaît le « Gott mit uns » de l’armée allemande. Mais Busch n’a pas fait mieux lors de l’invasion de l’Irak. Le hic, c’est que Sadam en face, essayait aussi de mettre Allah dans le coup. De la même manière, à l’inverse, si cela va mal, c’est une punition de Dieu « Qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter cela ? ». Mais cette façon de voir a entièrement éclatée par exemple après ce qui s’est passé dans les camps de concentration. La réflexion théologique sur Dieu ne peut plus suivre les chemins classiques après ce qui s’est par exemple passé à Auschwitz. Où était Dieu à ce moment là ? Se désintéressait-il de l’humanité ou alors, comme certains le disent, n’est-ce pas une preuve qu’il n’existe pas. Et il est vrai que le mal, la souffrance, sont des pierres d’achoppement aussi bien pour les croyants que pour les incroyants.

Mais revenons à la méditation de notre texte. Dieu se manifeste toujours dans la discrétion, dans le murmure d’une brise légère. Il faut donc toute notre attention pour percevoir sa présence. Là, dans la solitude d’une caverne, dans le silence de la brise légère Elie a vécu l’expérience d’une communion profonde avec son Seigneur, expérience de communion qui lui a redonné courage pour reprendre la route. Elie guette la venue de Dieu. C’est d’abord un effrayant ouragan. « Mais Dieu n’était pas dans l’ouragan ». Dieu ne veut pas nous faire peur. Nous aurions bien tort d’attribuer n’importe quel cataclysme à une intention de Dieu de nous faire peur. Au contraire, Dieu vient apaiser nos craintes. Et puis voilà un tremblement de terre. « Mais Dieu n’était pas dans le tremblement de terre ». Dieu ne cherche pas à détruire. « Pour ceux qui l’aiment, Dieu tire du bien de tout »  dira Paul écrivant aux Romains. Et puis voilà un feu. « Mais Dieu n’était pas dans le feu ». Même pour purifier la foi et la fidélité d’Elie, quelle que soit ses fautes, ses infidélités, Dieu, qui en Jésus se soumettra à l’épreuve de la Croix, ne soumettra pas Elie à l’épreuve du feu. Et voilà, enfin, « le murmure d’une brise légère ». Un vent léger qui est un grand soulagement. Dieu vient pour soulager, pour consoler, encourager, rendre des forces.

Quand Elie entend ce vent léger, il sait que Dieu est là. « Il sort, il se tient à l’entrée de la grotte, et se voile le visage avec son manteau ». Quelque proche que Dieu veuille être de nous, quelqu’amitié qu’il nous témoigne, nous ne pouvons jamais oublier que c’est l’infiniment grand qui se penche vers nous. Notre attitude devant lui doit être celle d’Elie : la disponibilité. Dieu est dans le murmure de la brise légère ou plutôt, et le texte veut dire cela, Dieu est dans le murmure au plus profond du coeur. Le Seigneur est dans la douceur. Elie a découvert « Je suis ». Comme Moïse, Elie a découvert le Seigneur. « Je suis » est dans ce coeur qui s’ouvre au mystère de Dieu qui se dévoile à lui.  L’expérience du prophète Élie nous montre clairement la manière dont Dieu passe et dit sa présence dans nos vies. Mais Dieu est tellement discret et silencieux, qu’il peut sembler absent de nos vies, de l’histoire de l’humanité.

Comme à Elie, c’est aussi parfois ce qui nous arrive personnellement et comme militant de l’ACAT, d’appréhender l’échec, de fuir la solitude, de ne pouvoir réaliser un travail qui nous avait été confié, de nous trouver à bout de persévérance, de patience et d’espoir ! Combien de fois avons-nous eu l’impression que nos efforts avaient été vains ? Que nous n’étions pas arrivés à changer les choses par exemple quand un condamné à mort est exécuté ? C’est bien par la prière, que nous reconnaissons la présence continue de Dieu et que nous puisons la force pour notre mission.

C’est aussi ce que vivent des victimes de la torture pendant leur détention. Elles se sentent souvent seules, épuisées, à bout de ressources et d’espoir. Mais aussi combien d’entre elles témoignent de ce que la prière et l’action des membres de l’ACAT les aident à vivre et leur redonnent de l’espoir. Il s’agit de toutes celles qui éprouvent le besoin d’entrer en relation avec Dieu dans le « murmure d’une brise légère » pour sublimer toute la violence qui leur est infligée. Ces dernières années un grand nombre d’otages ont fait cette expérience, ils se sont laissé transformer et ont trouvé le courage de tenir.

À travers la prière, au-delà des continents et avec les richesses des cultures, tous les veilleurs du réseau ACAT se sentent en communion, avec tous ceux qui appellent au secours, et croient en l’espérance. Elle leur demande simplement d’ouvrir les yeux et les oreilles car dans de tels cas, le secours, la solidarité et la prière sont « sans frontières ». À chacune de ces personnes pour lesquelles nous intervenons, depuis toutes ces années, nous voulons dire que nous les aimons et que nous les respectons. Solidarité matérielle, solidarité relationnelle et solidarité spirituelle. Prière pour les victimes mais aussi prière pour les bourreaux.

Dieu semble parfois sourd à nos appels. Mais cet apparent silence de Dieu, Jésus l’a aussi expérimenté durant sa passion et sa crucifixion. « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », tel était son cri de détresse. Tels peuvent aussi être les cris des torturés. Et nous savons que Dieu n’était pas absent. Le vendredi saint a débouché sur le matin de Pâques. Telle est notre espérance chrétienne qui porte et donne sens à notre prière.

La ténèbre n’est point ténèbre devant toi, la nuit comme le jour est lumière

Liberté de conscience et liberté de religion

La Conférence des évêques canadiens vient de publier une lettre pastorale sur la liberté de conscience et de religion. On peut télécharger ce document, via le journal La Croix en cliquant ici.

Analysons ce document de 12 pages pour en relever les aspects positifs mais aussi les manquements.

Il est indéniable qu’un des aspects du problème de la liberté de religion est le fait de pouvoir pratiquer librement sa religion et le document fait bien de souligner que cela est loin d’être garanti à travers le monde.

On rappelle la déclaration de Benoît XVI dans son message à l’occasion de la Journée mondiale de la Paix 2011 « Il est douloureux de constater que, dans certaines régions du monde, il n’est pas possible de professer et de manifester librement sa religion, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En d’autres points du monde, il existe des formes plus silencieuses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition à l’encontre des croyants et des symboles religieux ». Et on ne peut qu’y souscrire.

Et on rappelle la déclaration du Concile Vatican II qui enseigne qu’une personne « ne doit pas être contrainte d’agir contre sa conscience, pas plus qu’elle ne doit être empêchée d’agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse (Dignitatis Humanae, n° 3).

C’est violer la liberté de conscience que d’essayer d’imposer à autrui sa conception de la vérité. Il faut constamment défendre et revendiquer le droit de professer la vérité, mais jamais sans le moindre mépris pour ceux et celles qui pensent autrement. « Nier à une personne la pleine liberté de conscience, et notamment la liberté de chercher la vérité, ou tenter de lui imposer une façon particulière de comprendre la vérité, cela va contre son droit le plus intime» Ceci a été déclaré par Jean Paul II dans son message pour la Journée mondiale de la Paix de 1991. On ne peut s’empêcher de dire « Que c’est beau ». Mais il faut tout de suite ajouter « Que ce serait encore plus beau, si l’Eglise catholique commençait par appliquer cela pour elle-même » Car vous viennent à l’esprit l’impressionnante liste des théologiens condamnés par l’Eglise catholique et la liste des exclus qu’elle fabrique elle-même : les prêtres mariés, les divorcés remariés, les homosexuels.

Mais en poursuivant le document, ce que je viens d’évoquer semble être hors sujet. On peut y lire « Si nous pensons que la liberté de suivre sa conscience revient à suivre son sentiment subjectif, nous oublions que cette liberté a pour orientation essentielle d’agir conformément à la vérité objective. Le droit d’agir selon sa conscience doit donc s’accompagner de l’acceptation du devoir de la conformer à la vérité et à la loi que Dieu a inscrite dans nos cœurs » Et si nous n’agissons pas selon cette « vérité objective », il nous faut éduquer notre conscience.

Qu’est ce que cette vérité objective ? On se réfugie derrière Dieu en disant que c’est celle que ce dernier a révélée. Mais si on regarde de très près, une bonne partie de cette vérité a été fabriquée par l’Eglise, qui prétend que c’est Dieu qui en a voulu ainsi. Quelques exemples : Le discours officiel prétend que c’est Dieu qui a voulu que la femme ne devienne pas prêtre ou que le prêtre reste célibataire. Utiliser une méthode de contraception, c’est aller contre la volonté de Dieu. Et on pourrait multiplier les exemples. Et au Katholikentag, l’évêque de Ratisbonne, Mgr Gehrard Ludwig Müller, proche du pape a déclaré que ceux qui mettent cela en cause font partie des gens qui n’obtenant rien de l’existence, s’accrochent aux événements, pour promouvoir une forme d’existence parasitaire.

Il n’y a qu’une vérité objective, c’est celle professée par l’Eglise catholique et il est tout a fait impossible de mettre sur un même pied d’égalité la vérité et l’erreur. Il s’agit d’un discours totalitaire, mais pas d’une reconnaissance effective de la liberté religieuse et de la liberté de conscience. Ces dernières ne se résument pas à avoir la liberté d’exercer sa religion et d’entrer en résistance contre un état qui met en place des centres d’interruption de grossesse. La liberté de conscience et la liberté de religion signifient que chacun a le droit de choisir sa religion ou de choisir de ne pas en avoir. Cela peut aussi signifier entrer en résistance à l’intérieur de l’Eglise catholique, comme le font par exemple les prêtres autrichiens et bien d’autres personnes,  quand la dignité humaine y est bafouée. Pensons à l’apartheid qui y est pratiquée vis-à-vis des femmes ou vis-à-vis des laïcs.

Hans Küng et le Katholikentag

Voici le document que mon amie Lucienne Gougenheim, membre de NSAE, vient de m’envoyer :

Le théologien Hans Küng a refusé l’invitation de venir célébrer le 50e anniversaire du Concile Vatican II, lors du Katholikentag à Mannheim (Allemagne), les samedi 19 et dimanche 20 mai.

Il a donné à son refus de participer à ce qu’il a appelé le « Gala du Concile » une explication de 4 pages dont sont extraits les 2 passages suivants :

« J’ai été honoré de recevoir l’invitation mais est-on d’humeur à une célébration à une époque où l’Eglise est dans une telle détresse douloureuse ? »

« A mon avis, il n’y a aucune raison de faire un gala festif. Mais plutôt un service honnête de pénitence ou un service funèbre pour le Concile ».

Il a fait par ailleurs, à l’issue de la rencontre, une déclaration que le réseau IMWAC, International Movement We Are Church (auquel appartiennent NSAE, Nous Sommes Aussi l’Eglise, non pas une Autre Eglise mais une Eglise Autre, et FHEDLES, Femmes et Hommes, Egalité, Droits et Libertés, dans les Eglises et la Société) s’est chargé de diffuser :

Le Pape provoque à la désobéissance

À Mannheim, c’est en général la colère et la frustration qui dominaient aussi bien du côté des « alternatifs » que du Katholikentag officiel, au sujet de l’immobilisme concernant les réformes internes. En total contraste avec cette aspiration, le Pape Benoît XVI prépare de toute évidence une réconciliation définitive de l’Eglise Catholique Officielle avec les traditionalistes de la Fraternité Saint‐Pie X, leurs évêques et leurs prêtres. Ceci doit se passer même si ses membres continuent de refuser les textes décisifs du Concile, ceci au moyen d’astuces de droit canonique pour les intégrer dans l’église. Le Pape devrait être formellement prévenu, avant tout par les évêques, car :

1.         Le Pape ferait entrer définitivement dans l’Eglise des évêques et des prêtres dont l’ordination n’est pas valide. Selon la Constitution Apostolique de Paul VI « Pontificalis Romani recognitio » du 18 Juillet 1968, les ordinations d’évêques et de prêtres faites par l’archevêque Lefebvre n’étaient pas seulement illicites, mais elles étaient aussi invalides. Ce point de vue est soutenu entre autres par Karl Josef Becker SJ, qui est l’un des principaux membres de la « Commission de Réconciliation » et qui est aujourd’hui cardinal.

2.         Une telle décision scandaleuse éloignerait davantage le Pape Benoît du Peuple de Dieu, en plus de son attitude hautaine déplorée de toutes parts. La doctrine classique sur le schisme devrait lui être un avertissement. Selon cette doctrine, un schisme arrive dans l’Eglise quand on se sépare du Pape, mais aussi quand on se sépare du reste du corps de l’Eglise. «Ainsi le Pape peut aussi devenir un schismatique s’il ne veut pas maintenir l’unité et l’attachement dû avec la totalité du corps de l’Eglise. » (Francisco Suarez, éminent théologien espagnol des XVIe et XVIIe siècles)

3.         Selon ce même droit canonique, un Pape schismatique perd son ministère. Tout au moins il ne peut pas compter sur l’obéissance. Le Pape Benoît encouragerait alors un mouvement déjà croissant de la « désobéissance » envers une hiérarchie qui désobéit aux Evangiles. Il aurait alors la responsabilité exclusive pour l’immense fossé et pour la discorde qu’il aurait lui‐même provoqués au sein de l’Eglise.

Au lieu de se réconcilier avec la Fraternité Saint‐Pie X, ultraconservatrice, antidémocratique et antisémite, le Pape ferait mieux de se réconcilier avec la majorité réformatrice des Catholiques et de s’occuper de la réconciliation avec les Eglises de la Réforme, et de tout l’œcuménisme. Ainsi il pratiquerait l’unité et non la division.

Prof. Dr. Hans Küng

(traduction française de Pierre Collet)

Je persiste et je signe : Vatican II se situe dans la discontinuité et la rupture par rapport à ce qui a précédé

Devant les membres de la Conférence épiscopale italienne réunis en assemblée plénière du 21 au 25 mai 2012, Benoît XVI a réaffirmé jeudi 24 mai 2012 son opposition à une lecture du Concile Vatican II selon « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture ». Ce faisant, il a réaffirmé une nouvelle fois la ligne définie lors de son discours à la Curie romaine le 22 décembre 2005, considéré comme le programme de son pontificat. Ceci est relaté dans le journal La Croix du 25 mai 2012, mais cela ne sert à rien de donner la référence puisqu’il s’agit d’un document protégé.

Vatican II, continuité ou rupture? Tout dépend de la définition précise qu’on donne à ces mots. Si on dit que la continuité signifie que rien n’a changé, vous trouverez peu de personnes qui parleront de continuité. Si rupture signifie que l’Eglise d’après Vatican II n’a plus rien à voir avec celle d’avant Vatican II, on ne peut pas parler de rupture. L’Evangile et le Credo par exemple sont des références aussi bien d’avant que d’après Vatican II. Par contre lorsque les changements dans un certain nombre de domaines sont très profonds, il n’est plus possible de parler de continuité, on est donc obligé de parler de rupture.

La thèse dominante est que Vatican II est une rupture : le Concile a lancé une dynamique nouvelle et radicale, l’aggiornamento, à laquelle l’Église doit travailler en fidélité à un « esprit du Concile ». De l’autre côté, une autre thèse, jadis minoritaire mais montante, conteste l’idée que le Concile avait, dans ses gènes, le projet d’un changement profond. Cette thèse a grandi en force depuis l’arrivée aux commandes de Benoît XVI. Celui-ci participa au Concile comme expert. Pas question donc de renier son bébé. Le 22 décembre 2005, il prononce un discours dans lequel il édicte la juste interprétation. Il récuse l’idée d’une « rupture » dans l’histoire, même s’il s’agit de l’interprétation communément admise. Car, dit-il, il ne peut exister deux Églises, celle d’avant 1965 et celle d’après. Le pape propose son interprétation : celle de la « réforme », de la « nouveauté dans la continuité ». Pour lui, Vatican II ne devait être qu’un simple retour aux sources (à la Bible, aux Pères de l’Église), mais on serait allés trop loin, notamment dans la liturgie. Dans sa volonté de réécrire l’histoire, Benoît XVI évite pourtant de se confronter aux évidences qui font conclure à une révolution copernicienne : il suffit de penser à l’attitude de l’Église face au judaïsme, à sa réconciliation avec le protestantisme et l’orthodoxie, et surtout à son acceptation de la liberté religieuse.

On a effectivement assisté à une révolution copernicienne dans la façon dont l’Église se conçoit elle-même et envisage son rapport au monde, aux autres confessions chrétiennes et aux autres traditions religieuses. Avec la constitution Lumen Gentium, on passe d’une Église comprise comme société parfaite, dans une perspective juridique, à une Église communion, une communion d’Églises locales. De la conception pyramidale de l’Eglise, on est passé à la conception Eglise peuple de Dieu. Mais dès 1974 le théologien Ratzinger a mis en cause cette conception en disant qu’il s’agit d’une part d’une notion d’Ancien Testament et d’autre part d’une notion trop sociologique (cf son livre « Entretiens sur la foi »). Et d’ailleurs dans la même logique, il a désavoué, voire combattu la théologie de la libération.

Vatican II représente une rupture par rapport à ce qui a pu être enseigné auparavant quant au droit à la liberté religieuse. Durant des siècles, l’Église a été tentée de sacrifier les droits de la personne aux droits absolus de la vérité révélée. Vatican II affirme les droits imprescriptibles de la conscience humaine et reconnaît la liberté de ne pas croire. La conscience est un sanctuaire inviolable et la foi ne peut jamais résulter d’une contrainte. Mais la notion de liberté religieuse, actuellement on la vide complètement de son intuition d’origine. On met en avant que cela signifie que les états doivent garantir aux catholiques d’exercer leur religion, alors que la liberté religieuse signifie la liberté de choisir sa religion ou de choisir de ne pas en avoir du tout, ce que des théologiens de cour qualifient d’idée maçonnique à laquelle le Concile Vatican II n’a jamais pensé.

Le débat sur la bonne interprétation du Concile est un débat toujours ouvert. Certains veulent distinguer l’esprit du Concile et les textes. Il est vrai que les textes sont souvent ambigus. En effet, pour parvenir à la plus grande unanimité des pères conciliaires lors des votes, il est arrivé que l’on juxtapose le point de vue d’une minorité irréductible et celui de l’écrasante majorité. C’est le cas, par exemple, à propos du pouvoir épiscopal. Le Concile a juxtaposé le principe de la collégialité et l’autorité absolue du pontife romain. Il est donc souhaitable d’interpréter les textes en fonction de l’esprit qui animait tous les pères du Concile, celui d’une conversion de l’Église elle-même, dans sa fidélité à l’Évangile.

Sur l’année de la foi dans laquelle doit se célébrer le 50e anniversaire de l’ouverture de Vatican II, je me suis déjà exprimé (cliquer ici). Mais comment peut-on naïvement croire que les intégristes vont réintégrer l’Eglise catholique en acceptant Vatican II sans qu’on dise qu’il se situe dans la continuité de ce qui précède ? Et on oublie, ou on fait passer par pertes et profits, les milliers de croyants qui quittent l’Eglise catholique, parce qu’ils la jugent d’un autre âge et qu’elle ne correspond pas du tout à leurs aspirations de croyants ? N’est-ce pas une des caractéristiques d’une secte de s’imaginer être les seuls à être dans la vérité et que tous ceux qui ne la rejoignent pas vont à leur perte ? Faut-il que l’Eglise implose par elle-même avant que ses dirigeants comprennent cela ? Depuis le Katholikentag de dimanche dernier je sais qu’avec ce que je viens d’écrire, je fais partie des gens qui n’obtenant rien de l’existence, s’accrochent aux événements, pour promouvoir une forme d’existence parasitaire. Attention : il est interdit de rigoler ! Celui qui a dit cela le croyait vraiment et ceci est d’autant plus inquiétant.

A propos du Katholikentag 2012 à Mannheim

Le président de la Conférence des évêques de France, après s’être illustré par « Il ne suffit pas d’avoir une jupe, encore faut-il avoir quelque chose dans la tête », s’était illustré à nouveau en disant « Or, la multiplication des divorces et l’éclatement des familles ne sont-ils pas une forme de polygamie qui ne dit pas son nom ?  » Mais les évêques français n’ont pas l’exclusivité des déclarations choc.

Voici ce qu’on peut lire dans le journal La Croix du 21 mai 2012, à propos d’un compte rendu du Katholikentag allemand, qui s’est tenu cette année à Mannheim :

Les débats autour des réformes nécessaires dans l’Église ont été extrêmement vifs. D’un côté, l’évêque de Ratisbonne, Mgr Gehrard Ludwig Müller, proche du pape, et qui accueillera le prochain Katholikentag, en 2014, a fortement critiqué ces « fidèles catholiques, qui réclament de plus en plus bruyamment les droits de participation des femmes et des laïcs et des solutions pour les personnes divorcées et remariées ».

« La question est de savoir si les personnes soi-disant pour la réforme le sont vraiment, a-t-il déclaré : est-ce que ce ne sont pas des gens qui n’obtiennent rien de l’existence, et s’accrochent aux événements, pour promouvoir une forme d’existence parasitaire ? »

On en apprend tous les jours. La majorité des personnes n’obtiennent rien de l’existence et s’accrochent aux événements pour promouvoir une forme d’existence parasitaire. Il ne fallait pas manquer d’aplomb et de mépris pour les personnes qui ne partagent pas leurs opinions, pour oser faire une déclaration pareille. Il aurait été plus censé de se demander pourquoi plus de 100 000 personnes quittent l’Eglise d’Allemagne par an. En 2010, 180 000 personnes ont demandé à être rayées des registres de l’Église catholique, contre 128 800 en 2009. Peut-être que certains évêques y contribuent aussi par leurs déclarations, indépendamment des scandales de pédophilie.

En revanche, le président de la République et ancien pasteur protestant, Joachim Gauck, a demandé aux catholiques d’avoir « un esprit de dialogue ». Il a exhorté les chrétiens à mieux s’impliquer dans la vie politique : « Comment l’Église pourrait-elle être présente dans la société si elle ne s’occupait que du spirituel ? » Pour le président de la République, « l’Église catholique doit rechercher un dialogue plus profond avec ses laïcs ».

Les catholiques pratiquants toujours plus à droite

Partons d’abord d’une analyse de l’hebdomadaire La Vie qui, sur les bases d’un sondage montre que les questions de mariage homosexuel et d’euthanasie ont certes influencé les catholiques pratiquants plus que la moyenne des électeurs, mais bien moins que ce qu’on avait pensé. Reste que pour 60% des catholiques pratiquants, ces questions ne sont pas si importantes. Selon le sondage Harris/La Vie, les débats sur le mariage homosexuel et l’euthanasie ont finalement joué un rôle « faible » sur leur vote au deuxième tour. Ce sondage est une illustration supplémentaire d’un vote catholique identitaire et bourgeois où la question de l’immigration et de la réduction de la dette joue un rôle plus important que les considérations éthiques. L’incidence des questions de société est importante, mais elle n’est pas centrale dans les motivations des catholiques.

Si vous avez le temps, il est intéressant, comme cela est proposé à la fin de l’article, de lire les Chroniques « Chrétiens en campagne »

Poursuivons cette analyse par l’article de René Poujol « Ne nous trompons pas de combat »

Il conclut son article par « Alors : oui, ne nous trompons pas de combat. Ne prenons pas le risque d’isoler un peu plus notre Eglise de la société française, en l’enfermant dans une logique d’affrontement et de contre-pouvoir. Ne dépensons pas plus d’énergie à dénoncer le mal qu’à nous associer au combat pour le bien. Les Français n’attendent pas des catholiques – à supposer qu’ils en attendent quelque chose… – qu’ils leurs fassent une fois de plus la morale, mais qu’ils marchent fraternellement à leur côté vers plus de justice. Et nous savons depuis Emmaüs que la route et le partage du pain peuvent être propices à bien des témoignages. »

Encore une analyse de François Vercelletto « Chrétien, citoyen et journaliste »

Il dit « Cela doit nous interroger sur plusieurs points. Vote-t-on à droite parce qu’on va à la messe ? ou Va-t-on à la messe parce qu’on vote à droite ? Dans la première hypothèse, cela signifierait que les valeurs de l’évangile, auxquelles on est censé adhérer quand on pratique, sont mieux représentées par la droite. Dans la seconde hypothèse, cela voudrait dire que l’on est plus porté à pratiquer quand on partage des idées de droite.

Il est vrai qu’en majorité, les évêques français ont demandé à leurs fidèles, plus ou moins explicitement (cf l’exemple de Mgr de Germiny, évêque de Blois) de donner la priorité aux questions éthiques : avortement, euthanasie, mariage homosexuel. Des points « non-négociables » selon l’épiscopat français. Très clairement, dans ces conditions, « un bon catholique » ne devait pas voter pour François Hollande.

Terminons par une analyse de Desiderius Erasme  « Les catholiques pratiquants ont voté… pour une erreur spirituelle »

On peut y lire « Si les catholiques peuvent être utiles à quelque chose, dorénavant, ce n’est pas en étant les dénonciateurs paniqués des dérives sociétales – ce qui ne fera que renforcer les extrêmes –, mais en croyant, en actes, aux ressources de vie qui habitent cette société, jusque dans ses recoins les plus fragiles, en œuvrant à leur mesure et dans leur proximité immédiate pour commencer, à des solutions concrètes. Il faut retrousser ses manches et ne pas tout attendre ni du Ciel ni de l’État ni d’un grand soir. »

On peut encore compléter par un article du blog des paroissiens progressistes. Mais heureusement que tous les catholiques ne sont pas autant à droite que Civitas. S’y est ajouté un nouvel article de Desiderius Erasme qui essaie de prendre un peu de recul pour faire une réflexion un peu plus sereine sur l’euthanasie. Il s’agit de l’éternel problème de l’éthique des principes et de l’éthique en situation. Mais aussi d’analyser les véritables motivations des décisions. L’humain et la liberté de conscience doivent rester les phares des décisions qui souvent, tout en n’étant pas bonnes dans l’absolu, sont les moins mauvaises possibles

Mais ne pourrait-on pas aussi dire qu’à force de prendre des positions conservatrices rigides qui ne prennent en aucune manière en compte les évolutions de la société, l’Eglise ne peut se retrouver que dans les idées de droite, voire pour certains de ses membres d’extrême droite et que ceux qui ne partagent pas cette orientation la quittent, ce qui ne fait que renforcer cette droitisation, mais avec le risque de se transformer en secte de purs et de durs qui n’interpelle plus la majorité de nos contemporains. Certains se posent la question  « Est-ce que l’Eglise ne devrait pas proposer une contre culture ? » Ce qui serait plus important, c’est d’entrer en dialogue avec le monde, sinon elle risque de devenir une sous culture, comme l’a déclaré Albert Rouet dans le monde daté du 4 avril 2010.  Il disait « L’Eglise est menacée de devenir une sous-culture. Ma génération était attachée à l’inculturation, la plongée dans la société. Aujourd’hui, le risque est que les chrétiens se durcissent entre eux, tout simplement parce qu’ils ont l’impression d’être face à un monde d’incompréhension. Mais ce n’est pas en accusant la société de tous les maux qu’on éclaire les gens. Au contraire, il faut une immense miséricorde pour ce monde où des millions de gens meurent de faim. C’est à nous d’apprivoiser le monde et c’est à nous de nous rendre aimables. »

(Les documents dont on fait référence, on peut y accéder en cliquant sur les phrases qui sont en rouge)

Le cardinal Koch estime que la fronde dans l’Église est influencée par une mauvaise interprétation du concile

L’actuelle contestation des prêtres des pays germanophones contre Rome est très inspirée par la vision du théologien Hans Küng du concile Vatican II, a estimé jeudi 26 avril le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens.

L’Allemagne, l’Autriche et la Suisse ont « reçu le concile Vatican II de façon très particulière, en accueillant surtout l’interprétation qu’en a faite Hans Küng, qui a été relayée par beaucoup de médias de masse », analyse le cardinal suisse dans un entretien à l’hebdomadaire italien Tempi .

Dans le monde germanophone, selon lui, on a assisté « à la diffusion de l’idée de Küng selon laquelle le concile constituerait un acte de rupture avec la tradition de l’Église et non d’évolution de celle-ci ». Selon lui, « c’est sur cette interprétation que se basent les agitations actuelles », tandis que Benoît XVI, dans la lignée de son discours de décembre 2005 à la Curie, défend une interprétation « de la réforme, du renouveau dans la continuité ».

« De nombreux prêtres sont très inquiets »

Celui qui a en charge l’œcuménisme au Vatican a jugé légitime et « nécessaire » que Benoît XVI ait critiqué, le jour du Jeudi saint, « l’appel à la désobéissance » lancé en juin 2011 par des prêtres autrichiens dans le cadre de la Pfarrer Initiative . « Naturellement, le pape a réagi à sa façon, claire mais très gentille. Il l’a fait dans le contexte d’une messe (…) où les prêtres renouvellent leurs promesses sacerdotales, dont celle de l’obéissance », a souligné le cardinal.

Les signataires de l’appel déploraient en particulier l’impossibilité pour les personnes divorcées et remariées d’accéder au sacrement de la communion. Ils prônent également le mariage des prêtres, un engagement plus large des laïcs dans la liturgie, ou encore l’ordination sacerdotale des femmes.

Le cardinal se dit conscient que « de nombreux prêtres sont très inquiets à cause des problèmes de la pastorale dans la société contemporaine », ajoutant qu’il comprend ces inquiétudes. Il estime néanmoins que tous les signataires de la Pfarrer Initiative ne sont pas d’accord avec toutes les conséquences qu’implique l’appel des prêtres autrichiens.

Les lefebvristes ne peuvent pas refuser « 65 % du concile Vatican II »

Jusqu’à présent, le texte a été signé par quelque 400 prêtres et diacres autrichiens, soit un dixième du clergé, et rencontre un certain succès en Allemagne, en Suisse et jusqu’en Irlande. En France, cet appel a été relayé par quelques prêtres du diocèse de Rouen.

Dans un entretien le même jour à l’agence de presse catholique autrichienne Kathpress, le cardinal Koch est également revenu sur l’offre de réconciliation de Benoît XVI envers la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX).

Selon lui, les deux réponses des lefebvristes de novembre 2011 et de mars 2012 au Préambule doctrinal proposé par Rome, et dont le cardinal Koch a eu connaissance, étaient insuffisantes. La teneur de la réponse du 17 avril ne lui est pas encore connue, mais il est clair qu’elle ne suffira pas « s’ils refusent 65 % du concile Vatican II »

Pour le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, le concile, auquel le pape actuel a participé en tant qu’expert, marque une césure dans le domaine de l’œcuménisme. Mais après 50 ans, il est devenu clair que « l’unité prendra plus de temps qu’on le pensait à l’époque ».

Source : La Croix du 27 avril 2012

Cet article montre que Rome est à mille lieux de réaliser ce qui se passe concrètement à la base. C’est une mauvaise interprétation de Vatican II (est mauvaise par définition toute autre idée sur Vatican II que celle de Benoît XVI) qui est à la base de la fronde dans l’Eglise. Mais les idées d’avant Vatican II sur l’Eglise, qu’il y en a qui enseignent et que les autres doivent se laisser enseigner, qu’il y en a qui commandent et que les autres doivent obéir, que les uns ont la vérité infuse et que les autres sans le secours des uns sont dans l’erreur, oui Vatican II les a balayées. Mais pour le comprendre il faut réaliser que Vatican II est en rupture avec ce qui s’est passé avant et pas en continuité. Ce n’est pas en fricottant avec les intégristes qu’on arrivera à comprendre cela

Rome assène la saine doctrine et condamne ceux qui ne s’y soumettent pas

La plus grande vertu du chrétien est l’obéissance au magistère. Si en nous laissant guider par notre conscience on voulait décider différemment que ce que nous dicte le magistère, qui lui est directement branché sur le Saint Esprit, il faudrait s’alarmer et réaliser que notre conscience est mal éduquée. Heureusement que nous avons le magistère, sinon nous irions à notre perdition !

Voici quelques saines lectures pour vous convaincre de cette affirmation (il suffit de cliquer sur les textes soulignés)

Benoît XVI exige l’obéissance des prêtres autrichiens. Mais est-ce que l’obéissance est encore une vertu ?

L’« Année de la foi » doit aussi devenir «l’Année du dialogue»

La Conférence des religieuses américaines invitée à renforcer ses bases doctrinales

Une liste de toutes les personnes sur lesquelles, directement ou indirectement, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a enquêté, qu’elle a sanctionnées, ou excommuniées sous Joseph Ratzinger 

Une liste de théologiens et de leaders spirituels qui ont été bannis, exclus ou interdits de parole sous Ratzinger 

Notre conscience nous dicte de protester contre ce genre d’agissement mais elle est sans doute mal éduquée. Il me semblait que la foi était libre ou elle n’est pas, que le message de l’Evangile est libérateur et non pas oppression des consciences

Rome et les intégristes : réconciliation ou manipulation?

Rome croit-elle vraiment que les intégristes vont accepter Vatican II? C’est tellement gros que même tout non spécialiste peut répondre à cette question. Ou a-t-on tellement dénaturé Vatican II qu’on puisse faire croire qu’il se situe dans la continuité de ce qui précède au lieu d’être en rupture? Ou est-on devenu soi-même si intégrisant qu’on estime qu’il faille aller dans cette direction? D’une façon plus diplomatique on peut répondre qu’on veut préserver l’unité de l’Eglise mais en chassant des milliers d’autres qui ne sont pas d’accord avec cette politique. C’était déjà le chantage que la curie avait fait à Paul VI pendant le concile qui lui a fait ajouter des parties de textes dans les documents de Vatican II et qui lui avait fait retirer de la compétence du Concile les discussions sur la contraception, sur le célibat des prêtres et le sacerdoce féminin. On a vu par la suite ce que cette décision a fait comme ravage dans l’Eglise catholique.

Je vous propose, mais il y en a des tas d’autres, une analyse sur cette question (cliquez sur le mot souligné « analyse » pour y accéder) et son complément et une autre analyse du site de la CCBF